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CHAPITRE XVL

CHALEUR SOUTERRAINE. — SA PUISSANCE DÉMONTRÉE PAR LES TREMBLEMENTS DE TERRE.

LES TREMBLEMENTS DE TERRE ET LES VOLCANS ONT UNE CAUSE COMMUNE. — TREMBLEMENTS DE TERRE RÉCENTS A LA NOUVELLE-ZÉLANDE. — VASTE ÉTENDUE DE PAYS PERPÉTUELLEMENT SOULEVÉS. — TREMBLE- MENT DE TERRE AU CHILI, AU SIÈCLE ACTUEL. — SOULÈVEMENT DE L^ÉCORCE TERRESTRE. — TREMBLEMENT DE TERRE DE EATCH, DANS L'INDE, 1819. — EXEMPLE REMARQUABLE D* AFFAISSEMENT ET DE SOU- LÈVEMENT. — TREMBLEMENT DE TERRE DE CALABRE, 1783. — TREM- BLEMENT DE TERRE DE LISBONNE, 1755. — TREMBLEMENT DE TERRE DU PÉROU, AOUT 1868. — SCÈNE GÉNÉRALE DE RUINE ET DE DÉVAS- TATION. — ÉNORMES VAGUES. — VAISSEAU TRANSPORTÉ AVEC TOUT SON ÉQUIPAGE A 400 MÈTRES. — TREMBLEMENT DE TERRE D*ANTIOCHB , AVRIL 1872. — FRÉQUENCE DES TREMBLEMENTS DE TERRE.

Le principal effet des éruptions volcaniques sur la structure géologique de notre globe consiste dans raccumulation des cendres et des roches fondues, soit à la surface même de la terre, soit dans les crevasses et les cavernes si fréquentes dans son écorce solide. Quelquefois aussi, les opérations d'un volcan en activité sont accompagnées d'un mouvement d'exhaussement ou d'affaissement. Nous avons vu, par exemple, qu'une portion de la côte d'Italie s'éleva lors de l'apparition du Monte-Nuovo, que la ville de Tomboro fut submergée à l'occasion de l'éruption du Sumbawa, et que le fond de la mer fut notablement exhaussé par la dernière explosion des feux volcaniques de Santorin. Néan-

moins, le cas le plus ordinaire est que le soulèyement fait place à Téruption dès que Técorce terrestre brisée offre un passage aux feux souterrains, en d'autres termes, dès que le volcan est en activité. Mais il arrive souvent que cette soupape de sûreté ne s'offre point, à l'excès d'énergie des feux intérieurs; alors la force prodigieuse de la chaleur, dans les efforts qu'elle fait pour s'échapper, ébranle les fondements des collines et soulève la masse supérieure des roches solides»

Cette théorie, qui attribue les phénomènes des tremblements de terre et des volcans à la même cause, agissant en des circonstances différentes, est maintenant presque universellement adoptée par les géologues. Quelques considérations suflBiront pour en faire sentir l'extrême vraisemblance. Premièrement , quoique les tremblements de terre aient lieu quelquefois loin de toute ré- .gion volcanique connue, ils sont plus fréquents cependant dans le voisinage des volcans actifs ou éteints. Secondement, presque toutes les éraptions volcaniques sont précédées de tremblements de terre, et les tremblements de terre cessent généralement ou, du moins, deviennent moins violents quand le feu souterrain a jailli au dehors sous forme de volcan. Troisièmement, il est clair que la vapeur condensée, qui est engendrée par la chaleur intérieure, et que la force d'expansion de cette chaleur elle-même doivent nécessairement, lorsqu'elles sont enfermées dans les cavernes de la terre, tendre à produire les phénomènes qui cai*actérisent précisément les tremblements de terre (1).

Observons cependant que si nous expliquqns les phénomènes en question par l'action de la chaleur souterraine, ce n'est pas que cette doctrine soit nullement nécessaire pour le but que

(1) Voir la note F, fin du volume.

Digitizôd by

nous nous proposons. Quelle que soit la cause d'où procèdent les tremblements de terre, il nous suffit de montrer que Técorce terrestre a été, de temps à autre, soulevée, disloquée et déchirée dans les temps modernes, comme on suppose, dans la théorie géologique, qu'elle a été soulevée, disloquée et déchirée de temps à autre dans les âges passés. Nous rapporterons, dans ce but, quelques-uns des nombreux -tremblements de terre qui ont été observés dans les cent vingt dernières années.

Lorsque les colons anglais s'établirent dans la Nouvelle-Zélande, il y a environ cinquante ans, les indigènes leur dirent qu'ils pouvaient compter sur un tremblement de terre tous les sept ans. Cette prédiction alarmante ne s'est pas réalisée à la lettre; mais il faut bien reconnaître que le nombre des commotions ressenties depuis cinquante • ans n'a pas été inférieur à celui qui eût résulté de son accomplissement exact. Pendant les années 1826 et 1827, plusieurs secousses furent éprouvées dans le voisinage du détroit de Oook, à la suite desquelles on observa que le rivage s'était élevé au nord de Dusky-Bay. La transformation de cette côte était si complète que sa configuration primitive n'était pius reconnaissable. Une petite anse, connue sous le nom de Jaily qui offrait aux baleiniers un ancrage fort commode, fut complètement mise à sec.

Mais la convulsion la plus mémorable arriva dans la nuit du 23 janvier 1855. Une étendue de terre aussi vaste que le Yorkshire subit un exhaussement permanent de trente centimètres à trois mètres. Port Nicholson s'éleva, ainsi que la vallée de la Hutt, de un à deux mètres. Un rocher que l'eau recouvrait auparavant, et qui était regardé comme dangereux par les navigateurs, est resté, depuis le tremblement de terre, à un mètre au-dessus du niveau de la mer. La secousse fut ressentie piar les vaisseaux qui se troii-

Talent en mer à une distance de 240 kilomètres de la côte, et l'on estime à une surface triple de celle des îles Britanniques l'étendue de la région qui fut ébranlée.

Toute la côte du Chili a été, au siècle présent, le théâtre de nombreux bouleversements et de changements de niveau considérables. En novembre 1837, la ville de Valdivia fut détruite par un tremblement de terre, et au même moment, un navire baleinier, situé à une courte distance en mer, éprouva une forte secousse et perdit ses mâts. On reconnut que le fond de la mer avait été exhaussé de près de trois mètres en certains endroits, et quelques rochers, autrefois couverts en tout temps par la mer parurent à la snrface. Deux ans auparavant, en 1835, la ville de la Conception et plusieurs autres furent renversées par une secousse semblable. Après la première grande convulsion, la terre resta plusieurs jours dans un état d'agitation continuelle. On compta plus de trois cents petites secousses du 20 février au 4 mars. A cette. occasion aussi, le lit de la mer ftit exhaussé, et l'île entière de Santa-Maria, longue de onze kilomètres, fut élevée de trois mètres environ au-dessus de son ancien niveau.

Le tremblement de terre de 1822 ftit plus vi6lent, peut-être, et plus frappant dans ses effets qu'aucun de ceux qui précèdent. Le 19 novembre de cette année, un choc convulsif et soudain fut ressenti simultanément sur une étendue de près de 2,000 kiL La côte fut élevée, à Valparaiso et aux environs, sur un espacé considérable. Lorsque M"*® Graham, qui vivait alors dans l'endroit et qui nous a laissé un récit du tremblement de terre, descendit le lendemain sur le rivage, elle trouva que « l'ancien lit de la mer était à sec, de sorte qu'on y apercevait des bancs d'huîtres, des moules et d'autres coquillages adhérant aux rochers sur lesquels ils s'étaient développés; le poisson, dont la totalité avait

péri, exhalait des miasmes excessivement pernicieux b. On pent se faire nne idée de la force gigantesque qui est ici en action, si Ton se rappelle que, pour élever la côte du Chili, il fallait mouvoir la puissante chaîne des Andes, et, entre autres, la masse colossale de TAconcagua, qui a une hauteur de 7,300 mètres. On n'a pu reconnaître avec exactitude jusqu'à quelle distance en mer s'était étendu l'exhaussement du lit de l'Océan ; mais il est certain que les sondages donnèrent, pour un espace considérable, une profondeur moindre qu'avant le tremblement de terre. On estime que la croûte terrestre fut exhaussée sur une étendue de 250,000 kilomètres carrés environ, étendue égale à la moitié de celle de la France.

Sur la côte occidentale de l'Inde, près de l'embouchure de l'Indus, est la province bien connue du Katch. Au mois de juin 1819, ce vaste territoire, égal au moins à la moitié de l'Irlande en étendue, iut violemment ébranlé par un tremblement de terre; plusieurs centaines de personnes furent tuées, et beaucoup de villes et de villages furent renversés. Les secousses se continuèrent pendant quelques jours et cessèrent seulement lorsque l'éruption d'un volcan sembla ouvrir un passage aux feux souterrains. On reconnut alors, et c'est un fait digne de remarque, qu'un changement s'était effectué dans le niveau de la contrée environnante. Le fort et le village de Sindree, situés sur la branche orientale de l'Indus, forent engloutis sous les eaux, ainsi qu'une vaste étendue de terrain dépassant 3,000 kilomètres en superficie. Cependant, les principaux édifices restèrent debout, avec leurs parties supérieures au-dessus de la surface de l'eau, et plusieurs habitants qui s'étaient réfugiés dans l'une des tours du fort se sauvèrent en bateau lorsque le tremblement de terre eut cessé. D'un autre côté, à une distance de 9 kilomètres de ce HeUj

le nivean du sol fdt exhaussé de manière à former on monticule assez élevé de 80 kilomètres de long sur 25 de large , que l'on appela Ullah Bund ou Monticule de Dieu. C'est, sur une petite échelle, un exemple frappant des changements qui, d'après les géologues, ont eu lieu à la surface du globe depuis qu'il a commencé d'exister : la terre ferme était devenue le lit de la mer, et la plaine unie s'était élevée de manière à former une chaîne montagneuse»

Vers la fin du siècle dernier, la province de Calabre, au sud de l'ItaUe, fut le théâtre d'un tremblement de terre qui a pour nous une importance spéciale, relativement au but que nous nous proposons. Cette célèbre convulsion n'est pas cependant spécialement remarquable par sa violence, par sa durée ou par l'étendue du territoire ébranlé. Sous tous ces rapports , elle a été surpassée par d'autres tremblements de terre arrivés en d'autres contrées, .dans les cent cinquante dernières années. Mais le tremblement de terre de la Calabre réclame de nous une attention toute spéciale, parce qu'il est le seul qui jusqu'ici, comme le dit sir Charles Lyell, « ait été visité pendant et après les commotions par des hommes ayant le loisir, le zèle et les connaissances scientifiques sufl&santes pour recueillir et décrire avec exactitude les faits physiques qui peuvent jeter quelque lumière sur les questions géologiques ».

Les secousses furent ressenties pour la première fois en février 1783, et elles se continuèrent pendant près de quatre ans. Sur une étendue considérable de pays, toutes les bornes communes qui limitaient les diverses propriétés farent bouleversées ; de vastes lambeaux de terre glissèrent des flancs des montagnes; des vignobles, des vergers et des champs de blé furent httéralement transportés d'un emplacement dans un autre : ce qui

donna lieu à des contestations pour savoir à qui devait appartenir la propriété qui avait ainsi changé de place. Près de Mileto, deux métairies, qui occupaient une étendue de terre de 1,600 mètres de longueur sur 800 de large, furent entraînées à la distance de 1,600 mètres dans la vallée, et « une chaumière, ainsi que de grands oliviers et mûriers, dont la plupart restèrent debout, furent transportés intacts jusqu'à cette distance extraordinaire 3>. En d'autres endroits, la surface terrestre se souleva comme les flots d'une mer agitée ; des maisons furent exhaussées au-dessus du niveau ordinaire; d'autres, au contraire, s'enfoncèrent dans le sol. A diverses reprises, la croûte solide du globe fut déchirée, et des fissures, des gorges et des ravins furent produits soudainement, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Parfois, lorsque la crise était passée, le gouffre béant se refermait promptement, engloutissant des maisons, des animaux et des hommes. On a [même rapporté, — quelque étrange que cela puisse paraître, — que lorsque deux chocs se succédaient rapidement sur le même endroit, les gens engloutis par le premier étaient rejetés et littéralement vomis par le second. Environ 40,000 personnes périrent dans cette catastrophe épouvantable. La plupart furent ensevelies sous les ruines des villes et des villages; d'autres furent englouties dans les fissures beautés pendant qu'elles fuyaient à travers la campagne ; d'autres, enfin, furent consumées dans les incendies qui suivaient presque toujours les secousses.

Tout le monde a entendu parler du fameux tremblement de terre de Lisbonne. Il est principalement mémorable par l'extrême soudaineté du choc, par l'immense étendue de terrain qu'il affecta, et par les innombrables, et incomparables désastres qu'il causa. Le matin du jour fatal, — c'était le T' novembre 1755, —

le soleil se leva radieux et brillant sur rinfortnnée cité; nul symptôme de danger imminent n'apparaissait dans le ciel ni sur la terre, et les gens vaquaient gaiement, comme d'habitude, à leurs affaires ou à leurs plaisirs, lorsque tout à coup, à six heures moins vingt minutes, un bruit semblable à celui du tonnerre se fit entendre sous terre, le sol fut violemment ébranlé, et en un moment la plus grande partie de la cité fat renversée. Dans le court espace de six minutes, 60,000 personnes périrent. Les montagnes du voisinage forent fendues. Les eaux de la mer se retirèrent d'abord, puis elles se précipitèrent sur le rivage en une immense vague qui dépassait de plus de 15 mètres en hauteur le niveau des plus grandes marées. Un nouveau quai, construit entièrement en marbre, avait offert un asile provisoire aux habitants terrifiés qui cherchaient à se mettre à l'abri de la chute des décombres. Trois mille personnes s'étaient, dit-on, réunies sur ce quai, lorsque tout à coup il s'enfonça sous les flots, et pas un fragment de la maçonnerie, pas un vestige de sa cargaison vivante n'a reparu depuis. La mer a maintenant, en cet endroit, une profondeur de 100 brasses.

De Lisbonne pris comme centre, le tremblement de terre se fit sentir sur une portion de la surface du globe au moins égale à quatre fois l'étendue de l'Europe. Le mouvement se transmit vers le nord avec une vitesse de 32 kilomètres par minute, soulevant la terre sur son parcours jusqu'aux rivages de la mer Baltique et de l'océan Germanique. Les eaux du lac Lomond, en Ecosse, furent violement agitées. A Kinsale, en Irlande, la mer se précipita avec impétuosité dans le havre, sans qu'il y eût la moindre brise, et envahit la place du Marché. A l'est, la convulsion se fit sentir jusqu'aux Alpes, et à l'ouest, elle s'étendit jusqu'aux Antilles et aux grands lacs du Canada. Sur

la côte septentrionale d'Afrique, le cataclysme fut aussi violent qu'en Espagne et en Portugal. On rapporte que; à 30 kilomètres de Maroc, la terre s'entr'ouvrit et engloutit une ville considérable avec ses habitants, au nombre de 8 à 10,000.

Le choc ne se fit pas moins ressentir en pleine mer que sur terre. « En vue de San-Lucar, écrit sir Charles Lyeil, un vaisseau, le Nancy, fut si violemment ébranlé, que le capitaine crut avoir touché le fond; mais, en jetant la sonde, il reconnut au contraire qu'il se trouvait dans une eau très profonde. Par 36° 24' de latitude nord, le capitaine Clark, venant de Dénia, sentit, entre 9 et 10 heures du matin, son vaisseau agité et poussé comme s'il eût donné contre un rocher; la secousse fut si forte que les écoutilles du pont s'ouvrirent et que la boussole fut renversée dans l'habitacle. Un autre vaisseau, à 160 kilomètres à l'ouest de Saint- Vincent, éprouva une si violente commotion que les hommes qui se trouvaient sur le pont fiirent soulevés de 50 centimètres. y> Il est remarquable que ce tremblement de terre, le plus désastreux dont on ait conservé le souvenir, ne fat accompagné d'aucune éruption volcanique, ce qui confirme la théorie qui voit dans le volcan en activité une sorte de soupape de sûreté par laquelle se dégagent les forces retenues, pour ainsi dire, captives au sein de l'écorce terrestre (1).

Nous ne pouvons terminer cette notice sur les tremblements de terre sans donner au moins un court aperçu d'un pareil

( 1) Nous devons la description de ces divers tremblements de terre principalement au zèle infatigable de sir Charles Lyell, qui a puisé .avec grand soin les faits qu*il rapporte, en partie dans la description de témoins oculaires, en partie dans les documents authentiques écrits sur les lieux mêmes. Voir ses Principes de Géologie, t. II, chap. xxviii, xxix et XXX. Voir aussi Earthqvàke Catalogue de M. Mallet, et la première des Familiar lectures on scientific subjecU de sir John Herschel.

300 GÉOLOGIE ET BÉVÉLATION.

événement qui est venu effrayer le monde depuis que nous avons commencé à réunir les matériaux de ce livre. Il est , sur la côte occidentale de l'Amérique du Sud, entre les sommets élevés des Andes et les rivages de l'océan Pacifique, une longue et étroite bande de terre qui, dès les temps les plus anciens, a été le théâtre de nombreuses commotions de ce genre. Une nouvelle convulsion, lapins effrayante et la plus désastreuse du siècle, a désolé ce malheureux pays dans la soirée du 13 août 1868/ La conmiotion se fit sentir dans toute sa violence sur une étendue de 2,400 kil. le long de la côte, depuis Ibarra, à un degré au nord de Téquateur, jusqu'à Iquique, à plus de 20 degrés au sud. En dix minutes à partir du premier choc, 20,000 honmies périrent, et des biens extrêmement considérables, d'une valeur approximative de soixante millions de livres sterling, furent entièrement détruits. Plusieurs villes florissantes ; Iquique, Mexillones, Pisagua, Arica, Ylo, Chala, etc., furent détruites. Leurs ruines mêmes ne furent pas épargnées. Lorsque les secousses eurent cessé, la mer envahit les terres et entraîna tout dans un naufrage universel, sans même, bien souvent, laisser derrière elle un seul vestige qui indiquât aux survivants cons^ temés où se tenaient autrefois leurs maisons d'habitation. On pourrait s'imaginer que les villes situées sur des hauteurs et abritées par des collines étemelles ne furent pas atteintes par la convulsion qui ébranla la plaine. On se tromperait. Arequipa, qui s'élève sur les flancs des Cordillères occidentales, et Pasco, la plus chante ville du monde, située au niveau du sommet neigeux de la Jungfrau, furent renversées avec la même violence que les villes de la côte.

Les divers incidents rapportés par les survivants sont aussi intéressants que terribles. A Iquique, d'après un récit, un gron-

dément souterrain se fit entendre vers cinq heures, dans la soirée du 13 août, puis le sol fut violemment agité pendant quelques minutes, la mer s'éloigna du rivage avec un grand bruit et revint ensuite sur elle-même en une vague monstrueuse qui se précipita sur la terre et emporta la ville. « Je vis, dit un écrivain, toute la surface de la mer se soulever en forme de montagne. Puis un autre choc, accompagné d'un mugissement eflfrayant, se fit sentir. J'invitai mes compagnons à se retirer sur les pampas. Mais il était trop tard ! la mer se précipitait sur nous avec un horrible bruit et, d'un seul bond, elle renversait la ville d'Iquique. Je perdis mes compagnons, et en un instant je me trouvai en lutte avec l'eau. La vague puissante s'élevait, mugissait et bondissait. Les. cris des hommes et des animaux se faisaient entendre d'une manière épouvantable. Une masse de débris me recouvrit et me maintint sous leau. J'étais presque asphyxié lorsque la mer me jeta sur une planche; mais un clou qui pénétra dans mes habits me retint encore en dessous et je perdis connaissance. Je suppose que, dans cet état, je dus faire des efforts pour me dégager, car, lorsque je recouvrai le sentiment, je me trouvai accroché par un bras à une longue planche. Je jetai les yeux autour de moi : ce n'était partout que ruine et désolation. En un moment je fus entraîné dans la baie par une nouvelle lame. Une masse de bois flottant que je rencontrai me frappa au menton d'un coup terrible, et j'eus la cuisse traversée par l'extrémité brisée de la planche qui me soutenait. J'ignore ce qui se passa ensuite, jusqu'à ce que je me retrouvai sur la plaine, dans l'obscurité. J'étais sans pantalon, sans habit, sans souliers ni chapeau. EecueiUant mes esprits, je pensai qu'une nouvelle vague pouvait m'entraîner et je rampai vers le flanc de la montagne. J'aperçus une caverne.

j'y entrai et y passai la nuit, mouillé et frissonnant. Ma blessure saigna librement. Le lendemain je regardai et je vis qu'il n'était resté d'Iquique que quelques maisons autour de l'église. 7>

Un grand nombre de vaisseaux étaient à l'ancre dans la baie d'Arica. Lorsque les eaux se retirèrent pour la première fois, chaînes, câbles et ancres furent brisés comme des fils et les vaisseaux emportés en pleine mer. Un moment après, ils forent ramenés irrésistiblement par le retour de la vague et mis en pièces sur la côte. L'un d'eux, plus heureux que les autres, le Wateree, vaisseau de guerre appartenant au gouvernement des États-Unis, fiit emporté sur la crête de la vague et mis à sec au milieu des collines de sable, à 400 mètres du rivage, n'ayant perdu qu'un seul homme.

Avant ce tremblement de terre, Aréquipa était une ville prospère de 30,000 habitants. Elle avait un commerce florissant, et, en importance aussi bien qu'en étendue, elle était regardée comme la troisième ville du Pérou, ne le cédant qu'à Lima et à Cuzco. Les maisons étaient construites avec un soin spécial, dans le but de les mettre à l'abri des commotions terrestres ; elles n'avaient qu'un étage, étaient extrêmement massives et bâties de pierres très dures. Mais ces précautions, qui étaient pourtant le fruit d'une longue expérience, forent toutes inutiles. Au coucher du soleil de cette fatale journée du 13 août, la populeuse et florissante cité d' Aréquipa n'était plus guère qu'un monceau de ruines : « Pas une église ne resta debout, » écrit un témoin oculaire, « pas une maison ne resta habitable. Le choc commença à cinq heures vingt minutes de l'après-midi et ^nm six ou sept minutes. Les maisons étant solidement construites et n'ayant qu'un étage, résistèrent pendant une minute, ce qui donna aux gens le temps de se précipiter au milieu des rues.

de sorte que la mortalité, quoique considérable, ne fut pas aussi grande qu'on aurait pu s'y attendre. Si le tremblement de terre était arrivé la nuit, il serait resté peu de personnes pour en rapporter l'histoire; naturellement, les détenus de la prison publique et les malades de l'hôpital ont péri. Le tremblement de terre commença par un mouvement ondulatoire. Lorsque la secousse fiit à son comble, personne ne pouvait tenir sur ses pieds, et les maisons, balancées comme un vaisseau sur une mer agitée, ne tardaient pas à crouler. Les cris des femmes, le fracas des murs qui tombaient, le soulèvement du sol, les nuages de poussière, tout cela formait une scène indescriptible. Nous eûmes, la même nuit, dix-neuf secousses plus faibles, et le sol continua de trembler. Rien n'a encore été fait pour arracher les morts de dessous les décombres, mais je ne pense pas que personne ait été enterré vivant, car la mort a dû être nécessairement le sort de tous ceux qui n'ont pu gagner la rue. La terre s'est ouverte dans toutes les plaines environnantes^ et l'eau a apparu en divers endroits (1). »

Un tremblement de terre encore plus récent et presque aussi désastreux eut lieu à Antioche, dans la matinée du 3 ami de l'année 1872. Il fiit d'une soudaineté effrayante et ne dura que deux secondes, mais dans ce court intervalle la plus grande partie de la ville fut renversée. Il y avait avant la secousse

(1) Voici les sources où nous avons principalement puisé nos informations sur le tremblement de terre du Pérou en 1868 : 1° une série de lettres écrites sur le théâtre de la catastrophe et publiées dans le Times du 26 septembre 1868, dont une du vice-consul anglais et une autre de Tagent de la Compagnie de la navigation à vapeur du Pacifique, tous les deux résidant à cette époque à Arica; 2** une lettre de M. Cléments Markham dans le Times 4u 15 septembre 1868; 3** un rapport du capitaine Powel à l'amirauté, en date du 14 septembre 1868.

304 GÉOLOGIE ET KÉVÉLATION»

3,000 maisons dans la cité : 2,000 furent entièrement détruites; plus de 800 furent plus ou moins endommagées, et seulement 147 , qui étaient surtout construites en bois , forent totalement épargnées. Parmi les habitants, 500 furent tués et autant furent gravement blessés (1). •

Nous avons rapporté quelques exemples caractéristiques des plus violentes convulsions qui aient agité Técorce terrestre depuis un peu plus d'un demi-siècle. Ils ne laissent aucun doute sur le genre de changements qui peuvent être attribués à la même action dans Thistoire antérieure du globe. Si nos exemples sont peu nombreux, il ne faut pas en conclure que le tremblement de terre soit un événement rare^t exceptionnel. Au contraire, rétat de convulsion et de perturbation partielle semble être la condition naturelle et ordinaire de notre planète. D'après l'intéressant catalogue de M. Mallet^ le nombre des tremblements de terre observés et décrits serait à notre époque, en moyenne, de deux à trois par semaine. Or, ce catalogue ne peut représenter plus d'un tiers du globe, car les commotions qui se passent dans les vastes profondeurs de l'Océan doivent échapper pour la plupart à l'observation, et plusieurs parties même de la terre habitable sont encore inaccessibles aux recherches scientifiques. Ce n'est donc pas sans raison que sir Charles Lyell estime « qu'il se passe à peine un jour sans qu'une partie du globe n'éprouve quelque secousse (2) y>.

(1) Voir, dans le Times du 31 juillet 1872, une lettre écrite sur le théâtre 9iême du désastre et implorant des secours pour les habitants sans asile de cette malheureuse cité.

(2) Tout ce chapitre n'est-il pas la condamnation de l'hypothèse des catises actîtelles en même temps que la confirmation de la théorie contraire, celle des phénomènes violents, des soulèvements brusques, des cataclysmes subits? On y voit, en effet, que la plupart des modifications qu'a éprouvées le globe dans

De plus, dans le catalogue de M. Mallet, on ne tient pas compte de ces moindres vibrations ou tremblements de Técorce terrestre qui ne sont accompagnés d'aucun événement frappant ou digne de remarque. Et pourtant ces phénomènes, lorsqu'ils sont souvent répétés, peuvent produire un changement de niveau fort important ; et ils sont beaucoup plus fréquents qu'on ne le croit généralement. Dans notre calme région, l'on est tout disposé à croire à la stabilité générale de la terre ; mais dans d'autres contrées, les habitants, avertis par une longue expérience, ne sont pas moins profondément convaincus de son instabilité. Sir John Herschel dit que dans les régions volcaniques de l'Amérique centrale et méridionale, <r les habitants ne pensent pas plus à compter les tremblements de terre que nous ne pensons à compter les ondées de pluie ; » il ajoute même que « dans quelques localités le long de la côte, la pluie est un spectacle plus rare y>. En Sicile, aussi, on prend contre les mouvements du sol les précautions que nous prenons contre la foudre et les orages, de sorte que c'est une chose commune chez les architectes de donner leurs maisons comme à l'épreuve des tremblements de terre (1).

son relief depuis les temps historiques doivent être attribuées, non à des opérations lentes et uniformes, mais à de brusques phénomènes, à des exhaussements ou des déchirements subits de l'écorce terrestre. Pour être autorisé à nier que la terre ait été le théâtre de convulsions semblables dans le cours des âges géologiques, il faudrait pouvoir appuyer cette opinion sur de graves raisons. Or, nous l'avons vu précédemment (note D), tout concourt à établir au contraire que ces convulsions se sont produites dans tous les temps, et avec une intensité plus grande, sinon plus fréquemment qu'à notre époque. (NT du traducteur,) (1) Voir note G, fin du volume.

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