PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION
La présente édition sera considérée, j'espère, comme nn perfectionnement de la première. Tout en conservant à l'ouvrage son caractère général, j'ai réparé quelques omissions et corrigé quelques inexactitudes sur lesquelles de bienveillants critiques avaient attiré mon attention. En même temps, de nouvelles gravures et un grand nombre de faits nouveaux, dus aux observations et aux recherches récentes des géologues, sont venus enrichir ce livre.
29 septembre 1872.
GEOLOGIE ET REVELATION.
INTRODUCTION
BUT DE l'ouvrage. — LA GÉOLOGIE CONSIDÉRÉE AVEC DÉFIANCE PAR LES CHRÉTIENS. — ACCLAMÉE PARLES INCRÉDULES. — PAS DE CONTRADIC- TION POSSIBLE ENTRE LES ŒUVRES DE LA NATURE ET LA PAROLE DE DIEU. — » l'auteur ne REDOUTE PA^ LES DÉCOUVERTES GÉOLOGIQUES. — POINTi DE CONTACT ENTRE LA GÉOLOGIE ET LA RÉVÉLATION. — EXPOSÉ DE LA QUESTION. — LA RÉPONSE. — DIVISION DE L'OUVRAGE.
Parmi les divers objets des investigations de Tesprit humain, il en est peu d'aussi attrayants que la géologie ; il n'en est aucun d'aussi important que la révélation. Chacune de ces études présente en elle-même un intérêt particulier. L'une concerne principalement le monde dans lequel nous vivons; l'autre, le monde vers lequel nous aspirons. La géologie nous fait descendre dans les profondeurs de la terre, et là, déplqyant à nos yeux une longue série de merveilleuses annales gravées par la main de la nature sur d'impérissables monuments, elle nous retrace l'histoire de notre globe pendant les milliers de siècles passés. La
révélation^ de son côté^ noos vient d'en haut ; exposant les annalesy beaucoup plus merveilleuses encore , des relations de Dieu Bvec l'homme, elle nous apporte l'espérance d'iMi monde étemel qui demeurera, alors que la terre, avec tout ce qu'elle renferme, sera consumée par le feu (1).
Mais, peut-on se demander, comment deux sujets si divers peuvent-ils se trouver associés dans une discussion ? Répondre à cette question, c'est exposer le but et le plan du présent ouvrage* Nous n'écrivons point un manuel de géologie ; nous ne composons pas non plus un traité sur la révélation. Ces deux sujets, pris séparément, ont été traités avec beaucoup d'habileté et de talent : l'un par les adeptes de la science, l'autre par les amis de la théologie. Notre but est de les considérer, moins en eux-mêmes que dans leurs relations mutuelles; de comparer les conclusions de la géologie avec les vérités de la révélation, et de rechercher s'il est possible d'accepter les unes sans rejeter les autres.
Longtemps les amis de la vraie religion ont craini^que les découvertes de la géologie ne fussent en désaccord réel avec les faits rapportés dans le livre de la Genèse, ce dont beaucoup d'incrédules se montraient parfaitement convaincus. Or, comme le récit historique de la Genèse est le véritable fondement de toute religion révélée, il en est résulté, parmi les fidèles peu éclairés, une sorte de défiance contre la géologie. Au contraire, elle était acclamée, comme un nouvel et puissant auxiliaire , par ce parti infidèle qui a pris,- dans ces. derniers temps, une position si hardie et si arrogante. On affirme maintenant, avec beaucoup d'assurance, que nous ne pouvons admettre l'ensei-
(1)11 Saint Pierre, m, 10.
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gnement de la révélation sans fenner les yenx à Tévidence de la géologie, et que nous ne pouvons poursuivre Tétude de la géologie si nous ne sommes préparés à renoncer à notre foi dans les doctrines révélées.
Certes, cela ne peut pas être. La vérité ne peut être opposée à la vérité. Si Dieu a inscrit l'histoire de notre globe, comme le prétendent les géologue^, sur d'impérissables monuments dans l'intérieur de l'écorce terrestre, nous pouvons être parfaitement certains qu'il n'est pas allé contre cette histoire dans sa parole écrite dans les livres saints. Il peut, il est vrai, y avoir conflit, pendant quelque temps, entre celui qui étudie la nature et celui qui étudie la révélation: Chacun est sujet à errer lorsqu'il entreprend d'interpréter le récit qu'il a entre les mains. Mainte théorie brillante, fort acclamée au commencement, a été renversée par de nouvelles découvertes, même du vivant de son auteur. D'un autre côté, on ne peut nier que les théologiens n'aient quelquefois fait dire à la Bible ce que la Bible n'enseigne point. Des hommes savants et pieux, protestants et catholiques, croyaient autrefois que le livre de Josué représente la succession du jour et de la nuit comme produite par la révolution du soleil autour de la terre, tandis que maintenant on trouve parfaitement clair que le livre de Josué, bien compris, n'enseigne rien de semblable, mais que l'écnyain inspiré, décrivant un phénomène de la nature, emploie simplement le langage humain en usage de son temps. Il ne faut donc pas s'étonner qu'un conflit d'qpinion s'élève de temps à autre entre le géologue et le théologien ; mais un tel' conflit ne peut avoir lieu entre l'histoire que Dieu a inscrite sur ses œuvres et celle qu'il a rapportée dans sa parole écrite.
Aussi, bien que nous soyons au premier rang de ceux qui ont
le devoir et l'honneur de défendre la révélation, nous ne pouvons qu'applaudir à la merveilleuse ardeur, et il faut ajouter au merveilleux succès avec lesquels les recherches géologiques ont été poursuivies dans ces derniers temps. Nous soiïimes assez sûrs de la vérité de notre cause pour ne pas craindre qu'elle ait à souffrir du progrès des sciences naturelles. Au contraire, notre conviction est que mieux les œuvres de la nature sont comprises, mieux on les voit s'harmoniser avec les vérités révélées. Nous ne craignons donc nullement de nous aventurer dans les domaines de la géologie ni d'aborder en face ses découvertes. Trop longtemps peut-être cette science intéressante et populaire a été négligée par ceux qui sont rangés sous la bannière de la religion. Il faut montrer que l'étude des œuvres de Dieu n'est point incompatible avec la foi en la parole de Dieu et qu'il est parfaitement possible de rechercher l'ïiistoire ancienne du monde que nous habitons, sans perdre ses droits à un meilleur.
Les points de contact entre la géologie et la révélation sont principalement les deux suivants : — Premièrement, l'ancienneté delà terre; secondement, l'ancienneté delà race humaine. Dans le prient volume, nous nous bornerons à l'étude de l'ancienneté de la terre. Le sujet qui s'offre à la discussion peut s'exposer en peu de mots. Les géologues soutiennent que l'écorce de la terre a été construite lentement, au moyen d'une longue série d'opérations qui ont demandé pour s'effectuer des centaines de milliers, peut-être de millions d'années; la 'Bible, au contraire, prétend-on, rapporte que six ou huit mille ans seulement se sont écoulés de la création du monde au temps présent. Le récit géologique semble dès lors contredire le récit
USTÏÏODUCTION,
mosaïque; c'est cette contradiction apparente qu'il s'agit d*explîquer,
Quelques-tms se sont hasardés à résoudre ce problème i Boit em rejetant le récit historique de la Bible ^ soit en ne tenant pas compte des faits les plus incont^atables de la géologie. Mais il est une troisième classe d'écrivains, parmi lesquels nouB rencontrons des norQS de la plus haute autorité, qui prétendent que nous pouvons admettre l'extrême ancienneté de notre ^lobe, ancien* neté que îa géologie réclame si împérieusementj sans compromettre dans le moindre degré' l'exactitude de Thistoire mosaïque. Ils disent que la chronologie de la Bible s'arrête à Adam cfc ne remonte pas jusqu'au commencement du monde. Au moyen des dates que fournit la Bible, nous pouvons calculer au moins approximativement le laps de temps écoulé depuis Adam jusqu'à la naissance du Christ* Mais du commencement de toutes choses j lorsque Dieu créa le ciel et la terre ^ à la fin du sixième jour, lorsque Adam fut introduit sur la scène, il y a un intervalle que le récit biblique a laissé complètement incertain et indéterminé. Telle est la pensée que nous espérons développer et démontrer dans les pages qui vont suivre.
Kotre tâche se divise naturellement en deux parties. D abord noua devrons considérer la théorie géologique xeçue et examiner en détail quelques-uns des intéressants et merveilleux phénomènea anr lesquels elle a'appuie. Cette étude, crvmplètemen Indispensable pour rîntelligente appréciation de notre sujet , ne peut manquer en môme temps do donner tme idée nouvelle ut frappante de la puissanct^j de la bonté et de la pro^adence de Dieu, ce Car ce qu'il y a d'invisible en Dieu est deveuTi visible , depuis la création da monde, par la connaissance que ses
GÉOLOGIE ET EÉVÉLATION.
créatures nous en donnent, même sa puissance étemelle et sa divinité (1). »
Dans la seconde partie, nous considérerons Tancienneté de la terre dans ses rapports avec ITiistoire de la Genèse. Notre dessein est de montrer que, en ce qui concerne le récit biblique. Un intervalle de siècles innombrables a pu s'écouler entre la première création du ciel et de la terre et le commencement des six jours mosaïques (2). Nous montrerons en outre que Ton peut, sans aucun préjudice pour l'histoire sacrée, supposer que ces jours ont été non des jours dans le sens ordinaire du mot, mais de longues périodes d'un temps indéterminé. Si nous parvenons à établir ces deux points, il faudra en conclure que si la Bible nous permet. de déterminer au moins par approximation rage de la race humaine, elle ne fixe aucune limite pour l'histoire de la terre.
(l)Kom., 1,20.
(2) Nous ne partageons pas sur ce point l'opinion de l'auteur. Nous donnerons ailleurs (fin du volume) les raisons qui nous font nous écarter de ce sentiment pour nous attacher exclusivement à la seconde hypothèse, ceUe qui considère comme des périodes indéterminées les jours mosaïques. (iV. du trad.)