‹ Gélogie et révélationChapitre 7 sur 105 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

THÉORIE DBS GÉOLOGUES.

DÉFINITION DE LA GÉOLOGIE. — FAITS ET THÉORIES. — PROGRÈS RÉCENT DE LA GÉOLOGIE. — STRATIFICATION DES ROCHES. — ROCHES AQUEUSES : D*0RIG1NE MÉCANIQUE, — D'ORIGINE CHIMIQUE, — D'ORIGINE ORGANIQUE. — ROCHES IGNÉES : PLUT0NIQUE8 ET VOLCANIQUES. — ROCHES MÉTAMOR- PHIQUES. — EXPOSÉ SOMMAIRE DES ROCHES OU TERRAINS QUI COMPOSENT l'ÉCORCE terrestre. — ORDRE RELATIF DE POSITION. — CONDITION IN- TERNE DU GLOBE. — MOUVEMENTS DE L'ÉCORCE TERRESTRE. — FORCE SOUTERRAINE. — SOULÈVEMENT ET PLISSEMENT DES COUCHES. — DÉNU- DATION ET SES CAUSES. — FOSSILES. — LEUR VALEUR DANS LA THÉORIE GÉOLOGIQUE.

L'objet de la géologie est d'examiner et de décrire les apparences présentées par. l'écorce terrestre, et, à l'aide de ces apparences, de retracer les longues séries d'événements par lesquelles elle a passé avant d'arriver à son état actuel. La géologie se compose donc, comme toutes les autres sciences naturelles, à la fois de faits et de théories. Il appartient d'abord au géologue de rechercher les phénomènes que la croûte terrestre office à sesyeux. Dans ce but, il descend dans la mine et dans la carrière ; il visite la crevasse de la falaise , le ravin profond sur

le flanc de la montagne, la tranchée du chemin de fer; en un mot, tout endroit où une section de Técorce terrestre est exposée à sa vue, soit par l'action^ de la nature, soit par la main de l'homme. Il se retire alors dans le silence de son cabinet, avec ses notes et ses échantillons, et là après avoir disposé et classé les divers phénomènes qu'il a observés de ses propres yeux dans le monde extérieur, il tire ses déductions et construit sa théorie. Il cherche à s'expliquer comment des matériaux si divers dans leur composition se sont trouvés entassés dans un ordre si admirable et avec une si prodigieuse variété, et comment les roches solides ont pu devenir comme le magasin d'arbres, de plantes, d'os- et de coquilles pétrifiés qui semblent, pour ainsi dire, sortir de leurs tombes pour raconter la merveilleuse histoire d'un monde passé.

Dans les premiers temps de la géologie, ceux qui se dévouèrent, avec une patiente industrie, à collectionner et à classer les faits, furent comparativement peu nombreux. La plupart voulaient, avec une connaissance insuffisante des faits, bâtir des systèmes. De cette manière, il parut une multitude de théories différentes et contradictoires, qui attirèrent pendant quelque temps l'attention publique, chacune étant vivement défendue par ses partisans et aussi vivement attaquée par ses adversaires. Ces théories, qui ne reposaient sur aucun fondement solide, ne purent tenir contre le flot des nouvelles découvertes. Elles eurent la vogue pendant quelque temps et puis cédèrent la place à d'autres à peine mieux étg,blies et destinées à leur tour à être rejetées et oubliées. Il arriva que la géologie, par suite de l'instabilité manifeste de ses principes, tomba pendant longtemps sou9 le discrédit et que les hommes pratiques firent peu de cas de ses découvertes si vantées et de ses révélations à effet.

Mais il serait injuste et peu philosophique de condamner la théorie moderne des géologues à cause de leurs erreurs passées. Nous devons juger cette science, non d'après ce qu'elle fut autrefois dans la faiblesse de son enfance, mais d'après ce qu'elle est actuellement, dans la force croissante de sa maturité. Il semble . être dans la nature des choses que des spéculations sans fondements et des conjectures extravagantes précèdent la science proprement dite. Les rêveries illusoires de l'alchimiste ouvrirent la voie à la science de la chimie, et les vaines imaginations de l'astrologue cédèrent la place aux merveilleuses découvertes de l'astronomie. De même, au milieu de la masse confuse des arguments et des opinions contradictoires dont les phénomènes géologiques furent longtemps comme enveloppés, germaient lentement les semences d'une science nouvelle. De nouveaux faits furei^t avidement recherchés pour défendre ou attaquer la théorie du temps. La théorie passa, mais les faits restèrent. Avec le temps, l'accumulaticm de ces faits devint assez profonde et assez solide pour fournir une forte base au raisonnement : et c'est ainsi que tout récemment la géologie a pris, on peut le dire, le rang et la dignité de science.

Elle a été étudiée pendant le dernier quart de siècle avec plus d'ardeur peut-être qu'aucune autre science, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Amérique. Elle a été étudiée aussi sur de meilleurs principes qu'auparavant. On a apporté moins d'attention aux théories ; quant aux phénomènes naturels, on n'a épargné ni peine ni labeurs pour leur investigation soigneuse. Il y a encore, sans doute, différentes écoles de géologues qui sont divisées en ce qui concerne d'importants détails de la théorie ; mais il est des conclusions générales sur lesquelles tous les géologues sont d'accord et qui,, nous assurent-ils^» sont établies par

des arguments absolument irrésistibles. C'est sur ces conclusions que nous désirons appeler l'attention de nos lecteurs, car elles touchent de près à la question de l'ancienneté de la terre.

Les géologues nous disent donc que les matériaux dont se compose l'écorce terrestre ne sont point entassés en masse confuse, mais qu'ils sont disposés avec des marques évidentes d'un arrangement systématique. C'est là une vérité dont de nombreux exemples nous sont familiers, bien que nous n'ayons peut-être pas pensé à leur signification. Ainsi, dans une carrière nous voyons communément d'abord un lit de calcaire, au-dessus un lit de sable et plus haut encore un lit d'argile, et .le calcaire luimême n'est pas ordinairement une masse compacte, mais il est disposé en lits successifs, assez semblables aux assises successives de maçonnerie dans les constructions. Or il paraît qu'une grande partie de la croûte terrestre est divisée de cette manière en lits successifs ou strates, comme les appellent les géologues. Ces strates se composent de diverses substances, telles que l'argile, la craie, le calcaire et la houille, et elles présentent partout les mêmes apparences générales. Elles sont connues sous le nom générique de roches aqueuses (1), parce que l'on

(1) Il peut être utile d'obesrver une fois pour toutes que lé mot roche est employé par les géologues dans un sens techiiique. H s'appUque à toute grande masse de matière minérale qui contribue à former la croûte de la terre, qu'eUe soit dure et solide ou molle et plastique. C'est ainsi, par exemple, que le sable et l'argile, la houille et l'ardoise sont appelés roches, aussi bien que la pierre à chaux et le granité. <r Nos plus anciens écrivains se sont efforcés d'éviter une expression qui offrait une teUe infraction à notre langue; ils ont dit, en parlant des matières qui composent la terre, qu'elles consistent en roches et en »oU, Mais il 7 a souvent une transition si insensible de Tétat mou et incohé-

croit qu'elles ont été formées originairement sous l'eau, et en cela les professeurs de géologie vont contre les notions populaires qui prévalaient autrefois.

Ils enseignent que les roches stratifiées ne reçurent pas la disposition que nous leur voyons maintenant^ au moment où la terre sortit des mains du Créateur, mais qu'elles ont été formées, pendant le cours de siècles innombrables, par l'action de la nature. Bien plus, ils ont réparti ces roches en diverses classes, et ils prétendent montrer la voie progressive que chaque variété a suivie. En premier lieu, en ordre et en importance, viennent les roches qui doivent leur existence à la force mécanique de l'eau courante. Les éléments dont elles se composent existèrent d'abord sous la forme de minces particules qui furent transportées par l'action de l'eau d'un lieu dans un autre et se trouvèrent ainsi répandues sur une surface donnée, exactement comme nous voyons maintenant des lits de sable, de limon ou de gravier se déposer à l'embouchure des rivières, dans les estuaires de la mer ou sur la terre elle-même, pendant des inondations temporaires. Enfin, après un long intervalle, s'effectua, d'une façon lente mais sûre, l'œuvre de la consolidation. Le sable fin se trouva cimenté et se transforma en grès. Les gros graviers devinrent, par un progrès analogue, une masse solide connue sous le nom de conglomérat ou de poudingue. De son côté, le limon ftit converti, par suite de la pression, en

rent à l'état pierreux, que les géologues de tous les pays ont jugé indispensable de consacrer un mot pour désigner Tun et l'autre de ces deux états. On a en français le mot roche , en italien rocca, et en allemand yè/«ar^. Le commençant devra donc constamment se souvenir que le mot roche n'implique pas nécessairement une masse minérale présentant la condition de matière dure ou pierreuse. 2> LyeU, Éléments de Géologie, trad. franc., t. I, p. 8.

une sorte d'argile ardoisière appelée schiste. C'est ainsi que d'âge en âge la nature édifia de nouvelles strates ou consolida les anciennes.

Viennent ensuite les roches aqueuses qui doivent leur origine à l'action des lois chimiques. A cette classe appartiennent plusieurs de nos formations calcaires. De grandes quantités de carbonate de chaux sont tenues en dissolution dans l'eau chargée d'acide carbonique. Lorsque, dans le cours du temps, l'acide carbonique vient à disparaître, le carbonate de chaux ne peut plus rester en dissolution et, en conséquence, il se précipite au fond des eaux sous une forme solide. De cette manière se forma cette espèce particulière de calcaire appelée travertin, qui abonde en Italie et que les voyageurs qui vont à Eome peuvent reconnaître dans la pierre dont est bâti le Colisée. On en trouve un exemple plus familier encore, sur une petite échelle, dans les stalactites et les stalagmites. L'eau saturée d'acide carbonique ruisselle le long des parois ou dégoutte du sommet d'une caverne calcaire. Dans son cours, elle dissout du carbonate de chaux qu'elle retient à l'état de solution. Atteignant ensuite le sol de la caverne, elle s'évapore lentement et laisse après elle une mince couche de calcaire qu'on appelle stalagmite, tandis qu'on appelle stalactites les concrétions pierreuses qui restent attachées en forme de glaçons à la voûte des cavernes.

Il est une troisième classe de roches aqueuses que l'on suppose formées presque exclusivement de débris de plantes et d'animaux et que, pour cela, on appelle organiques. Les récifs bien connus de corail, si redoutés des navigateurs dans les mers tropicales, ne sont pas autre chose, paraît-il, qu'une masse de squelettes pierreux appartenant à de petits 'animalcules marins, connus des zoologistes sous le nom de polypes ou de zoophytes.

Ces petites créatures, réunies en multitudes innombrables, retirent le carbonate de chaux des eaux de TOcéan dans lequel ils habitent, et le convertissent, par l'action de leurs organes vivants, en un squelette solide que Ton appelle corail. Le même travail s'étant effectué de génération en génération, pendant la longue succession des âges géologiques, il en est résulté que des masses énormes de corail, longues de plusieurs centaines de milles, se sont ainsi trouvées construites depuis les profondeurs impénétrables de l'Océan jusqu'à quelques pieds de sa surface. D'un autre côté, nos vastes formations houillères sont un exemple tout trouvé de roches composées principalement de végétaux fossiles. Des roches aqueuses ou stratifiées, passons à un autre groupe très différent, dont l'origine est attribuée au feu et que l'on désigne en conséquence sous le nom de roches ignées. Dans leur aspect général, elles se distinguent des premières, surtout par l'absence de stratification régulière. Elles sont néanmoins entrecoupées par de nombreux plans de division ou des joints, comme on les appelle, et elles se trouvent ainsi séparées en blocs de forme et de volume divers. Les géologues pensent que ces roches furent autrefois réduites à l'état de fusion sous l'action d'une chaleur intense, et qu'un refroidissement très lent les fit se solidifier et cristalliser. On les divise en deux classes : les roches pîutoniques et les roches volcaniques. Les roches plutoniques sont principalement les granites', à quelque espèce qu'ils appartiennent, et, bien qu'elles apparaissent maintenant fort souvent à la surface, on les suppose* produites originairement à une profondeur considérable dans la croûte terrestre, « ou quelquefois, peutêtre, sous d'énormes masses d'eau qui les surmontaient (1). » Les

(1} LyeU, Éléments de Géologie, 1. 1, p. 12.

GoDgIe

roches volcaniques ont été formées à la surfe^je de la terre et, comme leur nom le laisse entendre, elles sont ordinairement vomies à l'état de fusion, par les fissures d'un volcan en activité, quoique, assez fréquemment, elles prennent la forme plus imposante de colonnes basaltiques, comme à la Chaussée -des- Géants, en Irlande, ou dans l'île de Staffa, près la côte d'Argyleshire, en Ecosse. L'Australie offre un phénomène semblable que représente la figure ci-dessous.

fîi^

Colonnes basaltiqaes, Nonvelle- Galles du Snd.

Il nous reste à parler d'un dernier groupe de roches. On les a appelées de différents noms, selon les temps; mais elles sont généralement désignées maintenant par le mot métamorphique. Sous quelques rapports, elles ressemblent aux roches aqueuses; sous d'autres, elles se rapprochent davantage des roches ignées. Comme les premières, elles sont stratifiées dans leur disposition extérieure; comme les dernières, elles sont plus ou moins cristallines dans leur structure interne. Quant à leur origine, on dit qu'elles fttrent d'abord déposées au fond des eaux comme les roches aqueuses, mais que, dans la suite, leur structure interne fut altérée sous l'action de la chaleur souterraine. De là

dérive l'adjectif métamorphique qui , employé pour la première fois par sir Charles Lyell, donne l'idée que ces roches ont subi un changement de forme, A ce groupe appartiennent les diverses variétés d'ardoises et aussi le fameux marbre statuaire d'Italie.

Nos lecteurs comprendront par ce rapide aperçu que, si l'on adopte la théorie des géologues, les roches qui composent l'écorce terrestre peuvent se diviser convenablement, quant à leur origine, en trois groupes principaux : roches aqueuses, roches ignées et roches métamorphiques. Les roches aqueuses sont formées sous l'eau, soit par la force mécanique de l'eau ellemême dans son mouvement, soit par l'action des lois chimiques, soit par l'intervention de la vie organique. Elles se divisent donc naturellement en trois classes : roches mécaniques, roches chimiques et roches organiques. Les roches ignées sont produites par la chaleur, étant d'abord fondues, puis soumises au refroidissement. Lorsque ce travail s'effectufe sous une grande pression, dans les profondeurs de la terre, il en résulte du granité, et les roches granitiques s'appellent, en géologie, plutoniques. Si ce travail s'effectue à la surface du sol, sous l'action d'un volcan, les roches ainsi formées sont appelées volcaniques. Enfin, les roches métamorphiques ne sont pas autre chose que des roches aqueuses dont la texture a été modifiée par l'action d'une chaleur intense.

Quant à l'ordre de ppsition relative occupée par ces diverses classes de roches, la place inférieure semble appartenir uniformément au groupe granitique ou plutonique. Il est vrai que le granité apparaît souvent à la surface du sol ; mais partout où il y a une série de roches se surmontant les unes les autres, le granité se trouve au-dessous. Cette assertion est basée sur deu3ç

principaux faits : d'abord, toutes les fois que Ton péuètre audessous des autres roches, on trouve qu'elles reposent sur le granité; en second lieu, aucune autre roche n'a jamais été trouvée au-dessous du granité (1). D'après cette circonstance, le granité est considéré comme le fondement solide de la croûte terrestre et est souvent appelé, pour cela, granité fondamental. Au-dessus du granité, les roches aqueuses ont été déposées^ lentement et lit par lit, pendant le long espace des temps géologiques, tantôt dans une partie du monde, tantôt dans l'autre, selon que chacune était à son tour exposée à l'action de l'eau. Les roches volcaniques ne présentent point d'ordre fixe de succession. Elles sont distribuées irrégulièrement sûr presque toute la surface du globe, s'offrant quelquefois sous la forme de montagnes coniques, d'autres fois sous la forme de colonnes gigantesques, d'autres fois, enfin, sous la forme de murailles massives appelées dyTces^ qui s'ouvrent un passage à travers les couches plus moUes des roches aqueuses déposées à la surface de la terre avant leur éruption. Quant aux roches métamor- ^ phiques, qui sont supposées devoir leur caractère particulier au contact de la matière minérale en fusion, on ne les trouve que dans le voisinage immédiat des roches ignées.

L'état de la terre, au-dessous de la mince écorce qui la recouvre, n'a jamais été l'objet de l'observation directe, car les géologues n'ont jamais pu pénétrer au-dessous des roches granitiques. Néanmoins, ce sujet a été souvent discuté et a offert un vaste champ aux spéculations philosophiques. Tous s'accordent sur ce point, qu'il règne très généralement une chaleur intense à l'intérieur de l'écorce terrestre, une chaleur si intense

(1) A moins qu'il n'y ait eu éboulement ou qu'il ne s'agisse de granité éruptîf, c'est-à-dire vomi par éruption à l'une des époques de Thistoire du globe. (^Tvad,)

qu'elle serait parfaitement suffisante, agissant dans les conditions ordinaires, pour réduire à l'état de fusion toutes les roches connues. Aussi, c'était une opinion générale parmi les premiers géologues que la condition de notre globe est celle d'un vaste noyau central composé" de minéraux fondus et recouvert d'une enveloppe extérieure de roche solide comparativement mince. Cependant, les géologues les plus éminents de notre temps hésitent à accepter cette opinion. Ils observent : 1* que nous n'avons pas encore appris quelle est la matièn^ dont se compose rintérieur du globe et que, par conséquent, nous ne pouvons dire avec certitude quel est le degré de chaleur suffisant pour réduire cette matière à l'état liquide ; 2° que nous ne savons pas jusqu'à quel point l'immense pression exercée à de grandes profondeurs peut contribuer à maintenir la matière à l'état solide, même lorsque la température est portée à un haut degré (1); 3* qu'il y a dans cette théorie des difficultés astronomiques et physiques qui n'ont pas encore reçu de solution pleinement satisfaisante. Aussi les géologues modernes, procédant» avec plus de précaution que leurs devanciers, tout en regardant cette opinion comme probable, refusent de l'accepter comme démontrée d'une façon décisive. Mais qu'il règne dans l'intérieur du globe une très haute température, c'est, disent-ils, une conclusion établie par des preuves abondantes et qui peut être regardée comme moralement certaine.

On peut se demander comment les diverses couches de roches aqueuses, qui constituent la portion principale de l'écorce terrestre, ont pu être soulevées au-dessus du niveau de la mer; car, d'après notre théorie, elles furent toutes déposées primi-

(1) Voir note A , fin du volume.

tivement au fond des eaux. A cette question, qui doit inévitablement se présenter à l'esprit de tout lecteur, les géologues ont une réponse toute prête. Ils disent que, depuis les premiers âges, la croûte terrestre a été sujette à des bouleversements et à des" dislocations. En différents temps et en différents lieux, elle a été soulevée, et ce qui était auparavant le lit de TOcéan est devenu terre ferme. En d'autres endroits, au contraire, elle est descendue au-dessous de son premier niveau, et ce qui auparavant était tçrre ferme est devenu le lit de TOcéan. Ainsi, dans le premier cas, la dernière couche qui s'était déposée au sein de la mer, avec tous ses restes variés d'un âge antérieur, s'est transformée, pour un temps, en la surface de la terre et est devenue le théâtre de la vie animale et végétale, pendant que, dans le dernier cas, rancienne surface de la terre, avec ses tribus sans nombre d'animaux et de plantes, sa, faune et sa flore, comme on les appelle, fut ensevelie sous les eaux, pour y recevoir à son tour les fragments brisés d'un monde antérieur, déposés sous forme de sable, de limon, de cailloux ou de petites particules de chaux. Et ce n'est pas tout; ce n'est là qu'un seul anneau dans la chaîne de la chronologie géologique. Dans mainte partie du globe, nous affirme-t-on, un mouvement semblable de soulèvement et d'affaissement a alterné pendant des âges innombrables; de çorte que le même endroit qui était d'abord le lit de l'Océan devenait terre ferme, pais le fond d'un estuaire ou d'un lac dans l'intérieur des terres, pour redevenir successivement mer et terre ferme. On nous assure, en outre, que chacun de ces états a pu durer des milliers et des milliers d'années.

Mais quelle est la source de cette force puissante qui peut ainsi soulever la terre et chasser l'Océan de son lit ? On nous répond que cette force gigantesque réside dans l'intérieur de la

CEAP, L — THÉOHIE DES GÉOLOOUEB.

terre elle-même et qu'elle n'est pas autre chose que la chaleur Bouterraine dout nous a vans déjà parlé. Ce Taste feu interne agit ayec une force inégale sur les différentes parties de Tenyeloppe ou de la croûte de îa terre, la soulevant dans un endroit et la laissant s'affaisser dans un autre» Tantôt il est noient et convulsif j brisant les roches les plus dures et ébranlant les fondements des collines ; tantôt il est doux et inoffensif ^ imprimant à de vastes continents une ondulation à peine perceptible^ aeniblable an gonflement lent et silencieux de TOcéal]. Tel il a été dèa le commencement et tel il est maintenant dans ce dernier âge du calendrier géologique. Car, même depuis les temps historiques, des montagnes se sont soulevées soudainement au milieu d® plaines unies, et plnsieui's parties de la croûte terrestre ont été sujettes à un mouvement leut comme celni de la vague, s'élevanfc ici et s' affaissant là^ dans la mesure de quelques pieds peut-être par siècle. Quelquefois aussi le liquide ardent a brisé ses barrières et a versé ses torrents destracteurs de roche fondue dans la tranquille et riante vallée*

Cette théorie d'une force interne de perturbation ^ qui de temps à autre produit des élévations et des dépressions de Técorce terrestre, &ert k expliquer un autre phénomène qui n*a pu manquer de frapper i*œil même le moins observateur. On dit que les roches aqueuses de formation mécanique sont composées de minces fragments, qui étaient d* abord tenus eu suspension dans Teau et qui sont ensuite tombés au fond. S'il en est ainsi, il en résulte que ces roches, dans la première période de leur existence, durent être disposées en lits parallèles ou k peu près parallèles à rhori^on. Mais nous les voyons maintenant, comme chacun le sait, dans des positions très variées. Quelquefois elles sont parallèles à Hiorizon j quelquefois elles sont inclinées ; tantôt eUea for-

ment avec loi un angle droit, tantôt elles constituent entre elles divers pUms qui se coupent; ailleurs elles sont recourbées et plissées d'une façon très fantastique. Or, toutes ces apparences sont les résultats naturels d'une force agissant irrégulièrement de bas en haut sur Técorce solide du globe. Lorsque le feu souterrain agit en même temps, avec une égale intensité, sur une vaste surface, les couches supérieures sont réellement soulcTées et conserrent leur position horizontale. Mais si toute la force agit ayec une intensité locale sur un espace très restreint, dans cet endroit particulier les roches seront inclinées et leur position entièrement changée ; quelquefois elles seront courbées et resserrées entre elles, quelquefois disloquées et renversées; d'autres fois peut-être, une montagne sera formée et les roches, auparavant parallèles à l'horizon, resteront désormais parallèles aux pentes de la montagne.

Les gravures de U page voisine, que nous empruntons, en les modifiant légèrement, à l'Introduction à la Géologie du professeur Philips, aideront le lecteur à se faire une idée exacte de ces phénomènes ; il y verra d'un même coup d'œil les roches ignées, aqueuses et métamorphiques sous leurs diverses formes, à peu près telles qu'elles se présentent dans les sections naturelles de l'écorce terrestre. La ligne ponctuée de la figure 2 marque la direction supposée des couches au-dessous de l'espace accessible à l'observation. A gauche de la figure 3, F indique une dislocation des strates, en langage technique une faille y et, presque au centre, on peut voir, en Vf des veines de roche ignée qui pénètrent dans les roches métamorphiques. La figure 4 montre que, à la suite des convulsions qui relevèrent les formations h, d, un nouveau dépôt de strates, marqué par la lettre c, s'effectua horizontalement au sommet et sur les flancs des roches contour-

nées. Cette disposition est désignée par les géologues sous le nom de stratification discordante.

Les strates contournées et plissées que représente la lettre c,

FlO. 2.

FiG. h.

a , 6 , c , d, e, roches aqaeuses ou stratifiées. — /*, faille.

O t roches ignées. — M^ roches métamorphiqnes.

V, V, roche ignée i)énétrant dans la roche métamorphiqne.

dans la figure 3, sont très communes dans les pays où les roches ignées apparaissent à la surface du sol. On peut les observer sur une échelle vraiment grandiose dans les diverses parties de la Suisse, spécialement dans la belle et sauvage vallée qui conduit de la ville d'Interlaken aux chutes du Staubach, et, plus près de nous, sur les côtes de Cork, de Kersy et de Clare, où elles sont les objets familiers de l'admiration. L'esquisse que nous donnons ici, et qui a été dessinée par M. du Noyer au cap 01d> près de Kinsale (Irlande), en offre un exemple intéressant.

Il est un autre genre d'action, connu sous le nom de dénudation, que nous ne pouvons passer sous silence, parce qu'il oc-

OgÉOLOGIE ET RÉVÉLATION.

cupe une placé très importante dans Thistoire naturelle de notre globe. La dénudation a toujours existé à la surface de la terre et elle a laissé la marque de son existence sur tous les groupes de

FlO. 5.

strates plissées et contournées an cap Old (Irlande).

roches, depuis les couches inférieure's jusqu'aux supérieures. Elle renferme tous les genres d'opérations par lesquelles les roches préexistantes sont ou réduites en fragments, ou moulues en poussière, ou usées par le frottement, ou dissoutes par l'action chimique, et alors enlevées de leur première situation pour devenir les éléments de nouvelles couches. De là le nom de dénudation, puisque par ces opérations les couches superficielles sont enlevées et qu'une surface auparavant couverte est mise à nu. La somme de destruction eflPectuée par ce travail en chaque âge successif est toujours égale à la masse des roches aqueuses formées dans le même temps. Cela sera bien compris si nous rappelons que les roches aqueuses sont produites, pour la plupart, par des dépôts de sédiment et que le sédiment n'est pas autre chose que les fragments, plus ou moins petits, de roches préexistantes. Ce qui est déposé sur le lit de l'Océan a été emprunté à la surface de la terre, et les nouvelles strates sont construites

avec les ruines des anciennes. Lorsque nous voyons un grand é(iifice en pierres s'élever vers le ciel, nous sommes sûrs que quelque part sur la terre une carrière a été ouverte et que les dimensions de la carrière sont à peu près exactement représentées par le volume de la maçonnerie dans Tédifice. De même, la masse des roches aqueuses est à la fois le monument et la mesure de la dénudation qui a précédé leur formation.

La dénudation est l'œuvre de plusieurs et de diverses causes naturelles. La chaleur et le froid, la pluie, la grêle et la neige, les affinités chimiques, l'atmosphère elle-même, tout y contribue ; mais la plus large part revient à l'action mécanique de l'eau en mouvement. Chaque petit ruisseau qui coule des flancs de la montagne est chargé d'un sédiment finement pulvérisé qu'il a dérobé à la surface de son propre lit. Chaque 'grand fleuve, outre l'immense quantité de limon et de sable qu'il transporte dans son cours turbulent les jours d'orage, a son canal jonché de cailloux sur lesquels il agit incessamment, rongeant leurs angles et polissant leur surface ; et ces cailloux, que sont-ils autre chose que les fragments de roches anciennes et les éléments de nouvelles, le blocage de la construction de la nature sur sa route de la carrière à l'édifice? Il y a de puissantes rivières, telles que l'Amazone, l'Orénoque, le Mississipi, le Nil, le Gange qui, chaque jour, déchargent dans la mer des millions de pieds cubes et des milliers de tonnes de matière minérale. Souvent cet énorme volume de limon et de sable est transporté au loin dans la mer par l'action des courants ; mais quelquefois il est déposé auprès du rivage et forme ce qu'on appelle un delta, offrant ainsi un admirable exemple de roches stratifiées dans la première période de leur existence. Enfin nous devons signaler l'immense pouvoir du grand Océan lui-même, agissant avec une infatigable éner-

gie sur les côtes des continents et des îles dans le monde entier^ minant profondément les falaises, roulant çà et là d'énormes blocs de roches et disséminant ses fragments dans un nouvel ordre au fond de la mer.

Pour se faire une idée nette de la grandeur des effets que nous pouvons attribuer à cette dernière force, il faut nous rappeler que, d'après la théorie géologique, presque chaque portion de récorce terrestre a été plus d'une fois relevée au-dessus de la surface de l'Océan et ensuite abaissée au-dessous. On croit que ce soulèvement et cet affaissement alternatifs furent très souvent, peut-être le plus communément, l'effet, non de commotions soudaines, mais plutôt de mouvements lents et graduels. Or, pendant que la terre émergeait ainsi du sein des eaux ou s'y enfonçait successivement, de nouvelles surfaces s'offraient, en chaque siècle, à la force des courants océaniques ou à l'action érosive des brisants. Il n'est donc pas difficile de concevoir comment au bout d'un temps fort long, des agents destructeurs si puissants, si infatigables, si universels, ont pu fournir, dans une très large proportion, les matériaux des roches aqueuses actuellement existantes.

Jusqu'ici nous avons considéré la croûte de la terre conune un grand édifice lentement construit par les mains de la nature. Nous avons parlé des roches qui la composent, de leur origine et de leur histoire, de l'ordre dans lequel elles sont disposées, et des divers agents qui ont concouru à leur donner leur forme actuelle. Il nous reste à contempler cet édifice sous un nouvel aspect. Les géologues nous disent, en effet, qu'il n'est qu'un vaste sépulcre, dans lequel gisent enfouis les restes d'existences antérieures, depuis longtemps disparues. Chaque série de strates n'est qu'une nouvelle rangée de tombeaux et chaque tombeau

a son histoire propre. Ici, s'offre à la vue un monstre gigantes-* que, auprès duquel les plus grands animaux de nos forêts ne sont rien quant à la taille ni quant à la force. Là, dans un étroit espace, se trouvent resserrés des millions d'animalcules si petits qu'un puissant microscope peut seul nous en révéler l'existence. Dans un endroit, nous trouvons des squelettes presque entiers, enfouis dans la roche solide; dans un autre, c'est une incroyable profusion d'os et de coquilles; dans un autre encore, ce ne sont plus des squelettes, ni même des os dispersés, c'est simplement l'empreinte de pas imprimés autrefois sur le rivage sablonneux, empreinte qui s'est perpétuée dans le sable fin devenu, par l'effet d'une immense pression, une roche compacte. Ces restes ne manquent pas dans ce merveilleux charnier de la nature. Pendant un demi-siècle, on a pillé sans relâche; les tombeaux ont dû céder leurs morts ; chaque ville du. monde civilisé en a rempli ses musées, et les cabinets des collectionneurs particuliers en surabondent ; néanmoins, les dépquilles jusqu'ici amassées sont peu de chose auprès de ce qui reste encore.

Ces débris d'animaux et de plantes enfouis dans l'écorce terrestre sont appelés /osstZes^ et les géologues affirment que les fossiles conservés dans chaque groupe de strates représentent les animaux et les plantes qui vécurent à la surface du globe ou dans les eaux de l'Océan, pendant que ce groupe de strates était en voie de fOTmation. Là ils vécurent, là ils moururent, et là ils furent enterrés dans le sable, le gravier ou l'argile que déposaient les eaux supérieures. Puis de nouvelles formes de vie parurent à la voix toute-puissante du Créateur et formèrent comme un anneau intermédiaire entre le nouvel âge du monde qui commençait et l'ancien qui veijait de finir. Mais elles moururent à leur tour et trouvèrent leur tombeau au fond des eaux, car la

nature, avec une inépuisable énergie, était encore occupée à rassembler les matériaux des roches anciennes pour en faire de nouvelles: Puis cet âge passa comme le premier et un autre vint, et chaque âge ftit représenté par son groupe de strates, et chaque groupe de strates fut à son tDur recouvert d'un nouveau dépôt ; et les tombeaux furent tous scellés avec leurs innombrables légions de morts, leurs massifs monuments de pierre et leurs étranges inscriptions hiéroglyphiques. Avec le temps vint la dernière période de l'histoire du monde et l'homme parut sur la scène, et c'est à l'homme qu'appartient le privilège de descendre dans ce merveilleux sépulcre, d'errer parmi ses monuments et d'essayer d'en lire les inscriptions. De nos jours surtout, la science a ses adeptes zélés et enthousiastes qui s'en vont parcourir la face entière du globe pour dérober à chaque pays des restes fossiles de mondes éteints. A l'aide de l'histoire naturelle, ils cherchent à assigner à chacun la place qui lui convient dans les rangs de la création, à retracer l'apparition, le progrès et l'extinction de chaque espèce, et même à décrire la nature et le caractère de toutes les formes qu'a revêtues la vie sur le globe depuis le commencement.

Telle est la théorie géologique exposée aujourd'hui par les plus savants et les plus populaires de ses défenseurs. Pour ne pas fatiguer le lecteur, nous avons passé sur une multitude de détails, et nous nous sommes écarté des points controversés pour ne pas nous mêler à des discussions purement scientifiques. Notre but a été seulement de réunir, sous une forme systématique, les conclusions générales regardées maintenant comme certaines par tous ceux qui ont consacré leur vie à l'étude de la géologie, bien que ces conclusions puissent encore paraître exa-

gérées aux gen&du monde ou même à ceux qui cultivent d'autres branches de la science. Il nous reste maintenant à rechercher les faits sur lesquels reposent ces conclusions et à considérer les arguments qui ont amené tant d'hommes remarquables et sérieux à les accepter. Dans ce vaste champ de recherche, nous dirigerons principalement notre attention sur les points qui concernent l'ancienneté de la terre, et pour mieux faire saisir à nos lecteurs la nature et la force du raisonnement géologique, nous nous attacherons aux démonstrations simples et claires.

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