‹ Général et TrappisteChapitre 11 sur 44 · CHAPITRE V (i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V (i

En Angleterre. — Visites au prince Régent et à ses ministres. — ■ La Lettre à lord Moira et la Lettre à Sophie.

— Courses dans l'intérieur du pays et proclamations.

— La famille royale de France. — La Junte espagnole refuse de payer les dépenses du baron de Géramb. — Siège de sa maison. — Sa déportation au Danemark.

Aussitôt arriA'é en Angleterre, le général de Géramb se rendit à Brighton où résidait le prince de <jalles. Son père, le roi Georges III, étant devenu fou. le prince avait pris en main les affaires du royaume. Il accueillit gracieusement M. de Géramb qu'il avait appris à connaître à son précédent voyage, et après s'être entretenu avec lui « une heure entière des affaires d'Espagne, et avoir pris connaissance des deux lettres par lesquelles le président de la Junte et

(1) C'est surtout dans ce chapitre e.t le suivant que nous nous écarterons du pittoresque roman qu'a tracé avec beaucoup d'esprit l'auteur des Vieilles maisons, vieux papiers. Tout en faisant lui-même d'expresses réserves, nous l'avons déjà marqué, sur le peu de véracité de ses sources, Lenôtre puise presque exclusivement à des rapports de police et aussi à des « renseignements particuliers » dont il n'indique pas la provenance.

Rpppclons que nos documents émanent, soit de la famille du P. de Géramb, soit de lui-même, à l'époque où converti et fervent pénitent de la Trappe il n'aurait certes pas voulu, en écrivant ou dictant ses souvenirs, travestir le moins du monde la vérité.

LE PÈRE DE GÉRAMB 5l

M. Frère (2), ministre anglais à Cadix, accréditaient le général auprès de son gouvernement, il les apostilla l'une et l'autre de quelques mots de recommandation à l'adresse de lord Perceval, qui présidait le cabinet de S. James (3). »

Dès le lendemain, le général se présentait à ce dernier, puis au ministre des Affaires étrangères, lord Wellesley (dont il avait rencontré le frère à Cadix) et on convint ensemble de la marche à suivre pour arriver à recruter un corps de troupes, composé exclusivement d'étrangers. Grâce à l'amitié de lord Moira, un des li^mmes les plus distingués de l'Angleterre et d'une haute valeur morale et intellectuelle avec lequel Géramb avait lié amitié en 1808 (4), un hôtel fut loué pour sa résidence. C'était « dans un des quartiers les plus riches de la ville (5), une habitation commode, parfaitement aérée, faisant face à un square magnifique, et garnie de la cave au grenier de tout le confortable voulu. Les conditions en étaient onéreuses, il est vrai, mais M. de Géramb n'était pas homme à reculer devant un sacrifice d'argent (6). »

Comme on l'avait vu fréquenter les ministres et qu'il parlait tout haut de ses belles relations, a tou& les crédits lui furent ouverts, il eut de superbes che-

(2) Le P. de Géramb devait plus tard retrouver M. Frère â Malte à son retour des Lieux saints. {Pèlerinage à Jérusalem^ III, p. 322.) .(3) P. Irénéc, p. 87.

(4) J'avais eu avec lui de précieuses relations, » raconta plus tard le P. de Géramb dans son Pèlerinage à Jérusalem, m., p. 322; il m'honorait d'une tendre amiitié et se plaisait à m'eit donner des preuves. » — Je n'ai pas besoin de faire remarqueccombien ces relations honorent M. de Géramb.

(5) A Bayswater, à l'extrémité de lîyde Park.

(6) P. Irénéc, p. 88.

vaux, une livrée rutilante, des meubles de prix. On devinait en lui l'homme dès longtemps habitué au luxe et pour qui l'argent est sans valeur, ce qui le rehaussait encore dans l'esprit de ses fournisseurs (7). » « Pour prendre ces allures de grand seigneur, ajoute encore le P. Irénée, il n'eut qu'à s'abandonner à la pente de sa propre nature. »

L'amitié du comte Moira lui avait ouvert les portes des principales maisons de Londres. « Au sein de cette société d'élite, M. de Géramb se trouva à l'aise. La facilité avec laquelle il s'exprimait en anglais, les agréments de son extérieur, le charme gnfm de sa conversation pétillante de sel, de verve... lui gagnèrent tous les cœurs. On attacha du prix à son amitié, et comme il arrive aux personnes momentanément à la mode, ses appréciations en tout genre, devinrent des oracles- de sens et de bon goût (8). »

Pour « émouvoir le sentiment i>ublic à l'endroit de l'Espagne «, lord Moira lui conseilla de faire connaître, dans un opuscule de circonstance, ce qu'il avait vu et fait à Cadix. Quelques semaines lui suffirent pour terminer la Lettre au comte Moira... sur les Espagnols et Cadix (9). Ecrite d'un style élégant qui

(7) M. Lenôtre, p. "16.

(8) P. Irénée, p. 89.

(9) Cette Lettre au comte Moira dût paraître pour la première fois en 1810, et fut suivie d'une Lettre à Sophie (nous ignorons si ce nom désigne quelqu'un ou est celui d'une personne imaginaire) sur la fête donnée par le prince-régent pour célébrer l'anniversaire de la naissance du Roi (fête dont il va être question).

Ces deux opuscules furent réédités par le baron de Géramb en 1814, en un in-8° de 147 pages, à Paris, chez Michaud et Petit. L'avis de l'éditeur (vraisemblablement du P. de Géramb lui-même) contient ce passage caractéristique : « Le baron de Géramb, auteur des deux lettres que nous publions, est un (le ces hommes rares qui, n'ayant jamais désespéré du salut de l'Europe, aussi longtemps qu'il y avait un coin de terre où

ne le cédait « à aucune des œuvres littéraires de l'époque » (lo), cette lettre lui mérita « les éloges de la plupart des organes de la presse et acheva de le bien poser dans l'esprit des hautes classes de la société britannique (ii) ».

En outre le général de Géramb faisait imprimer et afficher de tous côtés des appels qui furent entendus : ({ en moins de quatre mois le registre matricule du bureau se couvrit de cinq cents signatures. La même frégate qui l'avait transporté en Angleterre, transporta ces volontaires à Cadix dans le courant d'octobre (12). » Pendant ce temps, M. de Géramb parcourait l'Angleterre toujours dans ce même but €t bientôt trois cents autres volontaires s'enrôlaient, qu'il s'occupait aussitôt à équiper, à instruire puis à embarquer à Portsmoulh.

A son retour de cette ville, une honorable surprise

l'on put se battre ou soutenir la cause commune, a i>aru successivement, pour la servir, sous les bannière-s de la nation espagnole et sous celles de l'indépendance anglaise, comme général et comme écrivain. Il commandait, à la bavtaille de Wagram, un régiment levé à ses frais et qui portait le nom de l'Impératrice, lorsque les revers qu'éprouva alors l'Autriche et les conséquences fâcheuses qu'ils eurent pour elle, l'obligèrent pour n'être pas témoin de l'humiliation du souverain auquel toutes .ses facultés étaient dévouées, à quitter sa patrie et à venir au milieu des Espagnols alors insurgés pour leur liberté, porter sa bravoure et ses regrets. »

Le P. Irénée di.t de ces deux ouvrages du P. de Géramb « qu'ils n'existent plus. » L'édition de Londres, peut-être oui; mais celle de Paris, nous l'avons trouvée à la Bibliothèque nationale.

(10) P. Irénée, 89.

(11) Par contre, comme il y célébrait « la noble insurrection d'une nation opprimée par le tyran », et d'autre par* y rappelait « les droits de l'auguste famille des Bourbons », la publication de cet opuscule devait devenir plus tard, le P. de Géramb en convient lui-même, une des causes de son arrestation par la police de Napoléon.

L'auteur de la biographie allemande du P. de Géramb dit qu'il y a dans cette Lettre des pages que pourrait envier 'Chateaubriand.

(12) P. Irénée, p. 89.

l'attendait : c'était une invitation au dîner diplomatique par lequel le prince de Galles inaugurait sa prise de possession du ■ gouvernement du royaume. A ce dîner, Géramb rencontra les membres de la famille royale de France. « Les comtes de Provence et d'Artois (i3), ainsi que Madame, duchesse d'Angoulême et le duc de Berry étaient du nombre des convives, et l'on pense bien qu'en présence de personnages si haut placés le baron ne manqua pas de mettre en évidence tout ce que le ciel lui avait départi de qualités rares et brillantes. Le comte d'Artois l'entretint longtemps en particulier (i/i); et à deux reprises différentes la duchesse d'Angoulême voulut qu'il lui parlât de la Sicile et de sa tante, la reine Caroline. Le général se prêta à tout et mit d'autant plus d'empressement à satisfaire la princesse que jeter à son esprit le nom de la reine de Naples, c'était rattacher l'heure présente aux instants les plus doux de sa vie et ouvrir dans son cœur une mine toujours féconde en récits pleins d'intérêt (i5). »

Le baron de Géramb pouvait se croire à ce moment, à l'apogée de sa fortune et de sa renommée (i6). Mais « à deux pas du Capitole... la roche

(13) Les futurs Louis XVIII et Charles X.

(14) Par contre son fils, le duc de Berry, l'avait jugé dédaigneusement raconte M. Lenôtre (p. 80), ce que confirme Vlntcvrogatoiie déjà cité : « Le duc de Berry a di.t que j'étais un carmagnol (sic) e.t que j'avais plutù», l'air d'un général pour les Français que d'un général contre. »

(1.')) Manuscrit de M. le comte de Nas. — Sur cette fête, voir la Lettre à Sophie, p. lOl et suiv. — Le baron de Géramli avait aussi dans ses courses à travers l'Angleterre, fait une visite au duc de Bourbon, à Amesbury. (P. Irénee, p. 90.)

(16) C'est à ce moment qu'on fit de lui le beau portrait en général dont nous donnons une reproduction.

La gravure porte ces indications : London, 15 oct. 1810,d'iprès la pc>nture de VilUers, Schiovanetti sculpsit. In-folio.

Le oénéral baron de géramb (Londres, 1810.)

îarpéiennc. La roche tarpéienne pour M. de Géramb fut le peu de soin, qu'il apportait à régler ses comptes et ses dépenses, et le péril que conséquemment il courut de voir sa liberté compromise et son honneur flétri. Racontons le fait sans rien déguiser », continue le P. Irénée (17).

« En lui confiant la mission de recruter des hommes, la Junle, on le comprend assez, s'était engagée à couvrir toutes les dépenses que nécessiterait une opération de ce genre, et dans ce but lui avait ouvert un crédit chez un banquier de Londres. Mais elle stipula, d'une part, que les sommes à porter à son passif ne s'élèveraient pas au-delà d'un chiffre déterminé ; et d'autre part, elle eut soin d'instruire le baron que l'emprunt n'aurait pour objet que l'équipement et l'entretien des hommes, sauf à prélever pour lui-même là-dessus ce qu'il lui faudrait pour ses frais de bureau et ceux plus considérables de déplacement et de représentation modérée. Or, à la date du 10 mars 181 1, les sommes successivement empruntées ayant atteint le niveau du capital convenu, le banquier ferma son crédit, et déclara tout net à M. de Géramb qu'il ne lui avancerait de nouveaux ■fonds que sur un avis formel émané de la Junte. Le baron écrivit à Cadix et joignit à sa lettre le relevé de ses comptes sur deux états différents, dont l'un regardait exclusivement les valeurs affectées à l'opération du recrutement, et l'autre était relatif à ses dépenses privées. La Junte répondit aussitôt au banquier qu'à l'instant même elle venait de verser, dans la caisse de son correspondant à Cadix, l'équivalent du capital mis au service du recrutement, et qu'elle

faisait ses réserves par rapport aux dépenses personnelles du général, les trouvant exorbitantes et complètement en dehors des instructions qui lui avaient été données.

« C'était un blâme indirect, et en quelque sorte une menace d'enquête ou de mise en accusation ultérieure. Nous n'entrerons pas dans la discussion des procédés de la Junte ; mais tout en faisant la part des prodigalités immodérées de M. de Géramb, il nous semble néanmoins que sa position à Londres, et comme général, et comme mandataire accrédité auprès du Régent, assimilait son rang à celui d'un ambassadeur. Or ce serait une exigence tout à la fois impolitique et ridicule, de contraindre un ambassadeur à régler sa vie sur celle d'un spartiate, et à vouloir qu'il représentât son pays par d'autres voies que celles de ses devanciers ou de ses pairs.

« Quoi qu'il en soit, cet ajournement de la Junte, qui était loin de faire le compte du banquier, eut en outre le triste inconvénient de créer à M. de Géramb une situation très anormale. Privé de l'appui si bienveillant de lord Moira, que de nouvelles occupations, retenaient ailleurs (i8), mis au ban de l'opinion publique par ce qui aurait dû au contraire lui concilier un sympathique intérêt, il vit son âme en proie aux jerplexités les plus douloureuses (i9). »

Lord Wellesley qui avait d'abord accueilli Géramb très favorablement avait changé d'attitude à son égard. Avait-il reçu, comme le prétend M. Lenôtre,

(18) Lord Moira se préparait à partir pour les Indes dont il avait été nommé vice-roi.

(19) Comme on l'a écrit avec raison les allures de M. de Géramb étaient beaucoup trop romanesques pour s'accorder longtemps avec ces froids e.t positifs insulaires.

desrenseignementsqui ne lui permettaient plus de lui faire confiance (20), lord Bentinck continuait-il de poursui^Te celui qu'il avait fait expulser de Palerme, ou faut-il simplement croire que le ministre anglais ne se souciait pas de subvenir aux dépenses excessives de Géramb et qui n'étaient pas en rapport avec le maigre résultat obtenu? Toujours est-il qu'il le manda au ministère et lui fit remettre 600 livres sterling (21), (( lui disant qu'il n'en recevrait pas davantage (22). » Il l'aurait de plus « engagé à quitter, sous trois semaines, le territoire anglais (28). »

Mais reprenons notre récit.

<( Jamais, le ciel de l'avenir n'avait été pour lui plus ténébreux. Jamais son esprit, si fécond en ressources, n'avait été plus court d'expédients et de lumières. Pendant ce temps-là, sa partie adverse instnimentait contre lui, obtenait jugement sur jugement, et un beau jour il arriva que toute une meute aboyante d'huissiers et de recors s'abattit sur son hôtel pour déclarer de bonne prise ses meubles, ses chevaux, ses livres et jusqu'à son linge. Le baron laisse faire ; mais quand, de la saisie mobilière, les huissiers voulurent procéder à la contrainte par corps, sa colère, contenue jusqu'alors, éclata en explosions terribles et ce fut son tour de les contraindre à compter avec lui.

(20) C'est à ce propos que l'historien raconte la fable du 3Tiif hongrois, de la dégradation, etc., etc .. P. 77.

(21) M. Lenôtre dit qu'on lui remit seulement cent guinées. — L.' Interrogatoire ajou.te qu'on lui donna encore 200 1. s. au moment de son départ de l'Angleterre.

(22) Interrogatoire, page 7.

(23) Lenôtre, p. 80. Il y eut, entre eux « une scèène très vive » raconte le baron de Géramli lui-même clans une lettre que nous citterons au chapitre suivant.

u Son plan de bataille fut bientôt arrêté : ses dispositions de défense consistèrent à se barricader dans sa propre maison et à y soutenir un siège dans toutes les formes. Aidé de son valet de chambre, il ferma les fenêtres, verrouilla les portes, arbora à l'extérieur un drapeau portant ces mots : Ma maison est ma citadelle (2/1). Puis, le sabre au poing, ses pistolets d'arçon à la ceinture, ce héros d'Ulm, réduit aux mesquines proportions d'un écolier réfractaire, attendit de pied ferme l'attaque des bataillons ennemis. La principale porte sommée de s'ouvrir, ne s'ouvrit pas; au moyen de barres de fer, les assaillants entreprirent de l'arracher de ses gonds, leurs efforts s'épuisèrent sans succès ; un serrurier, requis au nom de la loi d"y apporter le concours de son art, ne réussit pas davantage. Alors on songea aux fenêtres : une échelle fut dressé contre celle qui dominait la porte, mais à peine celui qui s'y hasarda eut-il atteint son niveau, que les deux battants s'ouvrirent à la fois et qu'un violent coup de pommeau de sabre asséné sur sa tête le renversa dans la rue. Au même Instant le redoutable baron parut, arma avec une lenteur calculée un de ses pistolets et le montrant à la foule, lui dit de sa voix de stentor ■. (v Je promets à celui qui le premier mettra le pied sur cette échelle, de lui casser la tète. » La bravoure, on le sait, n'est pas le fait des barbouilleurs de papier timbré. Aussi, à cette menace à brûle-pourpoint, les fronts se rembrunirent et presque aussitôt la meute se dispersa.

(2i) « La fameuse devise anglaise » comme dit le baron de Géramb dans sa Lettre au comte Moira. D'après le journal anglais The trav'eller du 3 août 1812, l'inscription de l'écrWeiu portait encore : Je me trouve sous la vroteclion des lois anglaises. » (Arcli. nat., pièce 2.)

(( Chez un peuple épris de tout ce qui est étrange et excentrique, la conduite bizarre de M. de Gérambétait de nature à lui ramener l'opinion, ou tout au moins à lui créer des sympathies. Peu s'en fallut en effet qu'il ne redevint à la mode. Le bruit de l'aventure avait couru tous les quartiers de la ville avec la rapidité d'une étincelle de feu sur une traînée de poudre. Londres ne s'entretint que de cela pendant trois jours (25), et plus d'un gentleman s'estima heureux de charmer les loisirs de son désœuvrement en venant considérer, de près et dans tous les sens, le théâtre d'un drame si nouveau. Cependant il était à croire que les créanciers ne se tiendraient pas pour battus, et qu'à défaut de la milice des procureurs, la force armé de la police serait mise en demeure de demander compte au baron de sa résistance opiniâtre. L'attorney général eut le bon esprit de reculer devant cette mesureextrême (26) et crut concilier tout à la fois et le sentiment de son propre devoir et le respect que l'on doit à l'honneur d'un honnête homme, en ménageant au malheureux général un passage à bord d'un vaisseau marchand qui, sous peu de jours, devait faire voile pour le Danemarck (27).

(25) L'assiégé, en congédiant ses gens, les aurait chargés (l'annoncer quil possédait des provisions pour deux mois. (Lenôtre, p. 81.)

(26) Du reste, sur des ordres du ministère anglais, comme on ie verra au commencement du chapitre suivant.

(27) Le journal anglais que nous avons déjà cité rapporte que la force armée avait fini par pénétrer dans le castie de M. de Géramb « en enfonçant à coup de hache la porite du jardin » et qu'alors il s'était laissé prendre « avec une douceur d'agneau », ajoute M. Lenôtre (p. 82), mais après s'être assuré que l'officier à qui il rendait les armes n'était pas un policier. Ce dernier détail se trouve dans un journal allemand du temps l'Allgeineine Zeitung de 1812 et a été reproduit dans la biographie du P. de Géramb, qu'on lit dans le quatrième volume de la traduction du Pèlerinage à Jérusalem (Alx-Ja-Chapelle,, 1837), p. 11.

6o GÉNÉRAL ET TRAPPISTE

« M. de Géramb se hâta d'en profiter (28). Toutefois, avant de quitter le territoire anglais, il écrivit une lettre à ses créanciers, qui fut insérée dans le principal organe de la presse de Londres, et dans laquelle il les priait de ne point regarder son départ comme un expédient frauduleux qui le mettait à couvert de leurs poursuites et le dégageait de ses obligations, mais comme un moyen plus facile de liquider sa dette et de faire honneur à ses engagements ; que du reste il espérait, avant six mois, leur donner des preuves évidentes que si la Junte avait pu le tromper, il était homme, lui, à ne tromper personne (29). »

Hélas! six mois n'étaient pas écoulés, le baron de Géramb était sous les verroux du donjon de Vincennes (3o).

(28) Le p. Irénée dit en note que « quelques auteurs ont prétendu que dans cette circonstance, le gouvernement an- ■glais avait fai.t revivre, à l'égard de M. de Géramb, une ancienne loi contre les étrangers, l'Alien MU. Les inexactitudes nomt)reuses dont fourmille leur récit, nous ont porté à nous ■en tenir à nos renseignements. »

(29) Manuscrit du comte de Nas.

(30) Les dettes de M. de Géramb furent cependan* acquittées, au moyen des sommes qu'il reçut par 1 intermédiaire de sa lamille, comme nous le verrons au chapitre suivant.

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