CHAPITRE IX
Les divers emplois dans le monastère du frère de Géramb: vestiaire, barbier, garde-malade. Ses insuccès. — Reprise des relations avec sa famille. — Mariage de sa fille, et mort de sa sœur. — Son apostolat auprès de sa tante pour l'engager à rentrer au couvent.
C'est en effet à pas de géant que notre nouveau religieux allait continuer de marcher dans la voie dans laquelle il s'était engagé. Aux austérités communes de la règle, le frère Marie-Joseph cherchait constamment le moyen d'en ajouter de nouvelles. Il avait un prétexte tout trouvé pour que ses Supérieurs lui permissent ce complément de pratiques de mortifications : c'est ce qu'il appelait le scandale de son rOche eimbonpoint, qui était tel en effet que certains exercices lui étaient comme interdits. Ce fut alors contre cette malencontreuse corpulence une guerre de tous les instants, une série d'expédients qui firent de sa vie un véritable martyre. Ainsi il rationna son corps « comme un ohevai qu'on dresse à la course » disait-il, en se condamnant à un seul repas même dans le temps 011 la règle en accorde deux et en s 'abstenant de toute boisson fermentée. Ainsi encore il rendit les conditions de son sommeil les plus diffî-
Il6 GÉNÉRAL ET TRAPPISTE
ciles 130'ssible, en couchant sur des planches raboteuses et disjointes, avec une bûche de bois pour traversin. Nous verrons que toute sa vie, même en voyage, il devait rester fidèle aux usages sévères de la Trappe au sujet de la nourriture.
)C Le noviciat terminé, on assigne ordinairement au nouveau profès quelqu'emploi particulier dans la maison. Comme, à cause de la disposition physique du frère de Géramb dont il vient d'être question, et <jue jamais il ne mettait de mesure dans son application au travail, tout effort et toute fatigue faisaient couler de son front des ruisseaux de sueur, les Supérieurs lui confièrent l'emploi qui, pensaient-ils, conviendrait le mieux à son tempérament, et, le déchargeant des travaux communs qui le fatiguaient trop, le placèrent au vestiaire. On l'initia donc aux secrets de ce métier, si nouveau pour lui, en lui apprenant d'abord à tenir une aiguille, puis à poser des boutons, à coudre quelques pièces faciles sur des chemises ou des chaussons. Tout d'abord la chose sembla lui convenir, car il y mettait la meilleure volonté du monde et l'on se félicitait d'avoir présumé qu'un homme qui, dans les charges les plus relevées, avait fait preuve d'une si rare intelligence, aurait aussi toutes les aptitudes voulues pour ce nouvel état. Hé- Jas ! on ne tarda pas à s'apercevoir que les boutons du Père de Géramb ne tenaient pas, que la plupart de ses pièces étaient cousues à l'envers, que les aiguilles, le fil et les autres objets mis à sa disposition se brisaient ou se fondaient entre ses mains comme par enchantement. De plus, à force de se piquer les doigts, il en était arrivé à ne plus pouvoir s'en servir
et s^ présence au vestiaire devint un embarras plutôt qu'un secours. Il fallut bientôt convenir que les titres de général et de chambellan n'étaient pas un brevet de capacité pour la profession de couturier, et que, de plus, la nature ardente et nerveuse du frère ne pouvait s'accommoder de la vie trop sédentaire de la lingerie.
/V Une autre expérience ne réussit pas davantage. Sachant que le frère de Géramb avait l'habitude de se raser lui-même, le P. Abbé présuma qu'il saurait aussi raser les autres et le nomma barbier. Ecoutons le frère nous raconter lui-même (i) ce qui advint. « Lorsqu'à l'heure de la rasure, les religieux me virent à mon poste, ceint d'un tablier, les manches retroussées et un rasoir à la main, un frisson glacial parcourut leurs membres, et se défiant à juste titre de la brusquerie de mes mouvements mal réglés et nerveux, s'éloignèrent tous de moi, se disant: // pourrait bien nous faire de vilaines taillades. Toutefois un pauvre malheureux, moins avisé que ses frères, s'aventura à subir l'épreuve de ma main. Mais quand, après l'opération, on le vit couvert de sang et de blessures, il n'y eut plus moyen d'en attraper un autre, et sur-le-champ je fus relevé de mon office de barbier. »
On le mit alors à l'infirmerie où précisément se trouvait à ce moment un malade proche de sa fm. Mais par oubli, on ne lui donna pas la permission de parler, qui dans ce cas est toujours accordée. « J'ai peine à exprimer, raconta-t-il lui-même plus tard (2), ce que j'eus à souffrir de ne pouvoir adresser quel-
(1) Manuscrit de M. de Nas.
(2) Cité dans la Petite vie. p. 44.
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ques mots de consolation à ce pauvre mourant. Il me demandait souvent : « Quelle heure est-il? » Je le lui montrais sur mes doigts. J'avais mis par écrit, avec chaleur, les sentiments déchirants qui m'agitèrent durant cette cruelle nuit, sous ce titre : Une nuit passée à l'infirmerie de la Trappe. Mais le R. P. x\bbé ayant cru y remarquer quelques sentiments repréhensibles (3), j'y mis une enveloppe avec cette adresse : A Jésus-Christ, et je jetai cet écrit au feu. »
C'est à l'cpoque oii les Supérieurs du frère de Géramb essayaient sans succès, on le voit, à l'employer dans diverses charges de la maison, que des relations plus suivies reprirent entre lui et sa famille. On a vu combien il avait souffert du silence prolongé des siens, mais voici que, coup sur soup, lui arrivent des lettres de ses enfants, de ses sœurs et de son frère le général de brigade, ordinairement plusieurs à la fois et sous le couvert de ses tantes de Lyon comme il l'avait demandé et pour épargner à la maison des frais onéreux (A). Racontons rapidement ce que lui apprenait l'une ou l'autre de ces lettres (5). Celle de son frère, du i6 octobre 1817, lui annonçait le projet de mariage de sa fille aînée, avec « le plus riche gentilhomme de Hongrie, M. Schander Latinowisch (6).»
(3) Il s'y plaignait, paraît-il, en .termes assez vifs de ce que, dans des circonstances de ce genre, la loi du silence ne comportât point d'exception, en quoi du reste 11 se trompait absolument.
(4) On sait qu'à cette époque, les ports de lettres, assez élevés, étaient payés par le destinataire.
(ô) Que nous citerons d'après les originaux, des Archives de M. le marquis de Leusse.
(6) Dans cette même lettre le général rapporte qu'ayant eu l'occasion de dîner avec l'empereur et l'impéraitrice, leurs Majestés avaient demandé des nouvelles des enfants du P. de Géramb et dans une lettre suivante du 29 octobre il écrivait à son frère qu'il allait les présenter à l'Empereur.
LE PÈRE DE GÉRAMB Il9
C'est au contraire une triste nouvelle que la lettre suivante du 29 du même mois — toujours du général Fleury de Géramb — avait à annoncer au Port-du- Salut : la mort de la sœur du P. de Géramb, Mme Julie de Redl, celle dont la maison était le centre de réunion de toute la famille et qui avait recueilli chez elle ses filles. « Je ne sais rien de ses dernières volontés, mandait le général à son frère, seulement on m'a dit qu'elle avait fait un testament... Je pense qu'elle n'aui"a pas oublié tes enfants. C'est la première fois, mon cher ami, que je souffre de n'être pas riche et de ne pouvoir faire pour Adélaïde, Gustave et Eugénie (7) ce que mon cœur m'inspire, qui sont de bons enfants que j 'aime de tout mon cœur. » Le riche mariage d'Adélaïde, préparée encore par la défunte, et qui fut célébré peu après, allait assurer l'avenir des autres enfants du P. de Géramb.
La situation de ses tantes, auxquelles la généreuse défunte servait une pension, préoccupa ensuite le P. de Géramb qui écrivait aussitôt à Lyon la lettre suivante :
(( Lit sainte volonté de Dieu !
a 3o novembre 181 7.
« Inclus, mes bonnes et chères tantes, deux lettres de Fleury qui vous apprendront la perte que nous avons faite. — Je n'ai pas la force de vous en dire
(7) Fleury ne parle pas du fils aîné, Edouard qui ét-ait déjà à l'école militaire de Sain.t-Pétersboiirg. Plus tard Gustave devait entrer à celle de Vienne. La plus jeune des filles du Père, Eugénie, devait mourir prématurément en 1836.
davantage. Dieu nous l'avait donnée dans sa miséricorde, il nous l'a ôtée; il n'est arrivé que ce qu'il a voulu, que son saint nom soit béni à jamais !
(( Soyez sans crainte sur votre sort. Vous verrez par la lettre de Fleury, que Julie a fait un testament. Nous périrons tous plutôt que de laisser dans le besoin de si bonnes tantes. Soyez tranquilles, bien tranquilles. Dieu ne vous abandonnera pas...
u Priez pour cet ange, priez pour cette Julie qui n'avait point d'égale au monde. Elle reçoit maintenant sa récompense. La religion seule me soutient dans cette affreuse perte ; elle est affreuse pour moi. Soyez tranquilles, je vous en conjure. Non, nous ne vous abandonnerons jamais, dussè-je moi aller mendier pour vous, de porte en porte.
A la hâte.
Votre affectionné neveu et tendre, bien tendre amice Frère Marie Joseph. »
Bientôt après, le général Fleury de Géramb pouvait en effet annoncer (8) aux demoiselles La Sausse, que le testament de Mme de Redl leur assurait une pension plus élevée encore que celle qu'elle leur donnait de son vivant.
Ces « bonnes et chères tantes » de Lyon restaient à un autre point de vue, l'objet des préoccupations de leur neveu trappiste. En fervent religieux qu'il était, il aurait désiré voir ses tantes, consacrées comme lui à Jésus-Christ par des vœux (9), s'envoler à tire d'aile,
(15) Lettre du 21 décembre 1817.
(■)) L'ainée du moins, Victoire; la seconde, on va le voir, n'avait pas été religieuse.
maintenant que l'orage révolutionnaire était passée vers le nid qui les avait vues naître à la vie religieuse. Mais il y avait vingt ans de cela, et durant ce long espace, de nouvelles habitudes prises, des liaisons formées, enfin mille attaches dures à rompre rendaient la chose bien difficile. Cette situation n'en donne que plus de force et d'énergie aux exhortations du P. de Géramb. Ecoutons les accents de son âme d'apôtre (lo) :
(( La sainte volonté de Dieu !
(( Mes chères et excellentes tantes,
...» Ou souffrir ou mourir ! Tu la prononçais souvent (cette devise) et toujours avec un nouvel élan d'amour, fidèle amante de Jésus-Christ !
(( Mon Dieu, n'est-ce pas là ce que je devrais dire moi-même, après celle qui fût la merveille du Carmel, si de même qu'elle, j'étais convaincu que le mérite d'un chrétien, surtout d'un religieux, comme sa véritable gloire, est d'être collé à la croix de son Rédempteur, de partager ses souffrances, de mêler ses larmes à son sang.^ Et, pour le croire, mes chères tantes, avons-nous besoin de vision ou de révélation.-^ La foi nous l'apprend : la croix sera toujours le partage des élus et rien ne doit plus m 'alarmer sur mes destinées éternelles, — puis-je, ô mon Dieu, faire cet aveu sans des larmes amères.»* — que mon aversion pour les souffrances qui sont cependant de grandes grâces pour les justes et pour les pécheurs... Oui, ma
(10) Nous ne nous lassons pas de citer les lettres du R. P. de Géramb qui ont été conservées : rien ne peinât mieux la sincérité de sa foi et l'élévation de ses sentiments.
fille disait un jour Jésus-Christ à sainte Thérèse, plus mon Père envoie d'afflictions à une âme, plus il lui donne de marques de tendresse.
« Tante Victoire verra, par ce que je marque de sainte Thérèse, combien je suis attaché à cette grande sainte et à toutes ses filles les Carmélites... Je ne sais trop comment m 'expliquer sur une chose que j'ai sur le cœur et qui me tourmente fort. Comme j'ai laissé toute espèce de finesse à la porte de notre monastère, je vais droit au but. Ne serait-ce pas bien, mes chères tantes, si tante Victoire, épouse de Jésus- Christ, pût de rechef vivre en communauté? Ne seraitce même pas un devoir, et de vivre dans le monde, les circonstances n'étant plus ce qu'elles étaient, n'est-ce pas pour une religieuse un péché? Tante Mariette, en vivant comme pensionnaire du monastère, ne pourrait-elle pas rester avec sa chère sœur.*^ L'idée de savoir tante Victoire religieuse, épouse de Jésus- Christ, dans le monde, me tourmente. J'ai souvent voulu en écrire aux chères tantes, mais j'ai toujours hésité. Enfin, je m'y résous, y croyant ma conscience engagée. Les chères tantes ne s'en fâcheront pas. Dieu qui voit mon âme, sait combien j'aime mes tantes et combien je désirerais les savoir dans un monastère. Avec ce qu'elles reçoivent de Vienne (et ce qui est peu pour vivre dans le monde) elles pourraient encore faire du bien au monastère où elles entreraient qui les regarderait comme des anges. Je suis trappiste, mes tantes seraient carmélites, quel bonheur ! et nous nous reverrions bien sûrement dans le ciel !
« Ah ! mes tantes, chère tante Victoire, chère tante Mariette, ce sera à notre dernière heure que
nous sentirons bien seulement, que rien n'était bon que de vivre retiré du monde ; que rien n'était bon que la vertu ; rien de solide que la fidélité à la pratique de ses devoirs, rien d'aimable que la religion, rien de si doux que son joug, rien de si consolant que les promesses de Dieu... On est alors éclairé d'une divine lumière, le voile est tombé, et une voix... dit au cœur : Anathème au monde, à ses péchés et à ses passions !...
« J'ai cru ma conscience engagée à tracer ces lignes à la chère et mille fois bonne tante Victoire ; mon devoir est rempli, ma conscience tranquille, et je n'en parlerai jamais davantage (ii). J'ai voulu rendre à Jésus son épouse, son épouse chérie. Ah ! que Jésus a droit à notre amour ! venez, mes tantes, chantons une hymne nouvelle à la louange de notre Dieu ! Il est si grand dans ses Saints, et surtout à leur dernière heure ! Comment s'appelle mon Bienaime : l'ignorezvous, âmes sensibles.»^ Son nom, son vrai nom est le Père, l'Ami, le Sauveur, le Consolateur, l'espoir et les délices du chrétien dans les angoisses de la mort... Vive à jamais Jésus dans mon cœur et dans celui de mes tantes bienaimées ! Oui, chères tantes, bénis.sGiis son nom, que chacun de nous répète : Que le Dieu fort qui me soutient, que le Dieu Père qui me chérit, que le Dieu ami qui me protège, que le Dieu rédempteur qui me sauve, que mon Jésus mon amour, mes délices et mon tout, garde ma couche funèbre, bénisse mon dernier soupir, mon dernier soupir, mon dernier soupir...
« Ah ! mes tantes, n'est-ce pas que cette idée du
(11) On va voir au contraire qu'il revint à la charge, pour enfin avoir gain de causo.
dernier soupir vous attriste? Mais pas moi... J'aime à penser à mes derniers moments. Alors, si j'ai su correspondre à votre tendre et puissante miséricorde, ô mon Dieu, loin d'être à plaindre, je me trouverai heureux... je saluerai avec joie le beau jour de mon éternité. Mes yeux éteints se rouvriront encors une ïois avec une extrême douceur sur le crucifix, ce monument d'amour qui fera ma confiance... D'une main tremblante, je le presserai sur ma poitrine et le collerai sur mes lèvres livides. Plus le jour de ma vie approchera de son couchant, plus mes maux s'accroîtront, plus aussi doubleront mes délicieuses espérances : l'agonie deviendra l'heureuse messagère de ma félicité...
« JÉSUS, Père, ami, sauveur, consolateur infini ! vous que j'aime, mon cher et tendre maître,... Dieu de mes pères et Dieu de mon cœur ! vous qu'en mourant je bénirai par tous les transports, par tous les élans de mon amour, ô mon bien aimé ! n'abandonnez point tante Victoire et tante Mariette ; sauvez vos servantes qui espèrent en vous, et donnez-leur une bonne année, suivie de plusieurs autres. Port-du- Salut de Notre-Dame de la Trappe, le 20 décembre
« Frère Marie-Joseph,
trappiste très indigne et très mauvais. »
On conviendra que voilà de beaux accents et qui dénotent une bien grande élévation de cœur et d'esprit. Les chères tantes durent être ébranlées. Il fallut cependant de nouvelles instances pour les décider à entrer dans les vues de leur saint neveu. Les embarras d'une nouvelle installation lui servent de prétextes pour revenir au sujet qui lui tenait tant à cœur.
LE PERE DE GERAMB IJO
<\ J'ai vu avec plaisir (12), mes chères tantes, leur écrivait-il le 18 août 1820, les petits désagréments que vous éprouvez relativement à votre appartement. Comment ! allez-vous vous écrier, quel neveu, quelle tendresse ! nous écrire qu'il a vu avec plaisir nos chagrins !... Mais c'est affreux, c'est abominable ! Je m'explique. Il est un fait, mes chères tantes, (c'est) qu'il n'y a rien de plus terrible que l'incertitude où nous sommes de notre salut : celui qui est vivement persuadé qu'il y a une éternité bienheureuse ou malheureuse après cette vie, et que nous devons inévitablement être ou bienheureux ou malheureux pour jamais, ne peut s'empêcher de craindre, particulièrement lorsqu'il considère que. les plus grands saints ont été saisis d'horreur et de frayeur dans la vue de ces épouvantables vérités ; et ce qui est bien plus étrange, est que des âmes très éminentes dans la consommation des vertus, se sont perdues à la fin de leur vie. Mais si l'on peut trouver en cette vallée de larmes quelques sujets de consolation qui puissent donner quelque paix à l'âme, parmi de si justes craintes, sans doute qu'on doit les chercher dans les croix. Les croix sont les sujets les plus assurés de nos plus douces et plus certaines espérances, elles sont les plus belles et les plus infaillibles marques de salut.
L'âme marquée de la croix porte le signe de la prédestination ; une maison toute pleine de croix est un lieu de bénédiction ; une famille qui est dans la souffrance, attira sur elle les plus précieuses grâces du riel,... et le Saint-Esprit nous assure que ceux qui -ont à Jésus-Christ sont des crucifiés.
Oui, mes tantes; oui, tante Victoire ; oui, tante
(12) C'est le P. de Géranib qui souligne ces mots, à ûexix reprises.
Mariette,... l'esprit de Jésus est un esprit de croix ; or c'est là l'esprit qui donne la vie. Voilà pourquoi sainte Thérèse s'écriait: Ou souffi'ir, ou moum'. Cette sainte Thérèse est ma sainte de prédilection ; je l'aime, je la vénère au-delà de toute expression. Ah i tante Victoire, tante Victoire, qui vous dit que, du haut du ciel, cette grande sainte n'est pas la cause de tous les déboires que vous éprouvez au sujet de vos logements.^ Elle-même désire vous loger, ainsi quê tante Mariette. Je donnerais ma vie pour revoir tante Victoire carmélite et tante Mariette comme pensionnaire dans le même monastère que sa sœur. Tante Victoire est l'épouse de Jésus-Christ; c'est un époux jaloux et, à coup sûr, il doit souffrir de la voir dans la maison Jonage (i3), qui n'est point la chambre nuptiale de tante Victoire. Tout cela paraîtra aux chères tantes des radotages du pauvre Marie-Joseph, mais c'est à la mort qu'elles diront : Ah ! il avait raison, notre pauvre neveu... Mais laissons cela. Tout ce que je viens de tracer, c'est l'amour le plus pur,, le plus tendre qui me l'a dicté, car j'aime et j'aimerai mes bonnes tantes jusqu'au dernier soupir. )> Ces instances, jointes sans doute à de fer^'entes prières, devaient, dans une mesure, être couronnées de succès. Le Carmel ayant reparu à Lyon, Mlle Victoire La Sausse se disposait à y rentrer, lorsque Dieu, satisfait de la bonne volonté de son épouse, le rappela à lui (iZi). Plus jeune que sa sœur, la tante Mariette
(13) C'était dans cette maison, comme nous l'apprend l'adresse de la lettre, et au 10 de la rue du Pérat, que se trouvait le nouveau logis des tantes du P. ■de Géramb.
(14) Au commencement de 1825. Le P. de Géramb envoya à la survivante des deux vénérables sœurs une belle lettre de condoléance avec un dessin de sa façon le représentant agenouillé au pie'.l d'une croix dans le cimetière.
resta dans le monde, retenue par ses infirmités. Nous la retrouverons encore dans le cours de cette histoire (i5).
U5) Ajoutons encore un passage extrait également de la correspondance du P. de Géi'amb avec ses tantes. Une letitre de sa sœur, la baronne de Rieger, lui ayant annoncé que sa fille, Mme Latinowisch l'avait rendu grand'père, il fait part de cette nouvelle à Lyon et ajoute gaiment : « Grand'père! j'ai vraiment honte d'être bien.tôt grand'père. Moi, grand'père, c'est incroyable! Au moins, mes bonnes tantes, n'allez pas vous tromper en m 'écrivant et gardez-vous bien de mettre sur l'adresse de vos lettres : Au Révérend Grand'père Marie Joseph. » (22 mars 1819.)