CHAPITRE XIII
Mésintelligence enlre le P. Abbé du Port-du-Salut et le P. de Géramb. — Ses causes. — Le P. de Géramb se décide à aller à Oelenberg. — Ses adieux à la Mayenne.
— A Oelenberg. — Les ordonnances de Charles X contre les Jésuites. — Protestation du P. de Géramb.
— La populace de Mulhouse à la porte du monastère, les moines sont obligés de quitter. — André Kœchlin prend leur défense. — Le P. de Géramb se réfugie en Suisse.
Bien que le P. de Géramb n'eut entrepris les courses de frère quêteur, dont on vient de lire le récit, qu'en vertu de la sainte obéissance, et que de plus, on l'a vu aussi, il n'en continuât pas moins, même hors du couvent, sa vie austère de pénitence et de mortification, il avait forcément rapporté au Port-du-Salut un peu de la poussière du monde sur ses pieds. Aussi, rentré enfin au monastère, fut-il tout heureux de pouvoir vaquer, sans aucune charge qui l'obligeait à garder des relations avec l'extérieur, aux exercices réguliers de la Trappe. Dès lors ses journées s'écoulèrent tout entières entre la méditation presque continuelle des souffrances d©
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Notre-Seigneur dans sa douloureuse Passion et les pratiques d'une piété filiale envers Marie. « L'une alluma en lui celte soif ardent-e de la pénitence, ce goût marqué pour tout ce qui tendait à mortifier son corps et humilier son esprit (i), les autres en firent « un homme qui pour plaire à sa Souveraine, se dépouilla de tout, même de ses œuvres satisfactoires et expiatoires, et qui, las des créatures, reporta sur elle ce que Dieu lui avait mis au cœur de dévouement et d'élans généreux. Il serait difficile, ajoute le manuscrit que nous citons, de dire ce que ce sentiment lui inspira d'immolationshéroïques... Il faudrait entrer dans les détails de la vie intime et nous ne le pouvons pas, faute de renseignements précis. Néanmoins la transformation extraordinaire qui s'était opérée dans le P. de Géramb faisait assez voir que ce travail de réforme avait été aidé par un puissant secours, et que sous l'action personnelle de l'homme, la main de Marie avait agi. Sans doute, pas plus pour lui que pour les saints, cette transformation ne pût être complète ; cependant il y avait loin, du P. Marie- Joseph d'aujourd'hui, si modeste et si pieux, au baron Ferdinand d'autrefois pour lequel le monde semblait être un théâtre trop étroit et qui avait rempli l'Europe entière du bruit de ses folles aventures. La sainteté sans ombre ni faiblesse n'existe que dans le ciel, et Dieu lui laissa, à lui, ce qui jusqu'à son dernier soupir sera comme une pierre d'achoppement où il se heurtera sans cesse, nous voulons parler de l'originalité de son caractère, côté saillant de sa physionomie et qui parfois, s'affichait.
(l) p. Irônér, p. 251.
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à son insu, par des actes singuliers. » En voici un trait assez typique pour être rapporté ici (2).
Tandis que l'abbé de la Trappe de la Melleray, Dom Antoine de Beauregard, faisait la visite régulière de la maison du Port-du-Salut, en 1826, il arriva que le préfet de la Mayenne vint dans le même temps au monastère et demanda à dîner au réfectoire des moines, chose tout-à-fait insolite à la Trappe. Or le P. de Géramb était précisément lecteur de semaine. Averti de l'événement au moment de sonner le dîner, l'idée lui vient que les convenances l'obligent d'adresser au préfet un compliment et vite il crayonne quelques phrases sur un bout de papier. Puis, après la lecture de la Bible, il se lève, s'incline devant le préfet et lui débite le boniment qu'il vient d'improviser, au grand ébahissement de tous. « Les deux abbés se regardent et le préfet cherche déjà dans son esprit ce qu'il aura à répondre, quand tout-à-coup, Dom Antoine frappe sur sa tasse pour faire signe au lecteur de s'arrêter ; mais le pauvre Père, lancé à toute vitesse, n'entend rien et continue. Un second coup plus fort que le premier retentit, et cette fois le P. de Géramb entend le P. Visiteur lui enjoindre de descendre de chaire et de venir se prosterner au milieu du réfectoire, ce que l'humble religieux fit à l'instant, à la grande édification sans doute de celui qui avait été
(2) 7b. 252. Ses originaités ou ses singularités, dont malgré sa transformation intérieure, il ne parvint jamais à se défaire, finirent, on va le voir, par lui aliéner plusieurs de ses confrères, qui, ne pouvant juger que de l'extérieur, étaient étonnés d'nctes parfois extraordinaires e.t peu en harmonie avec la vie de communauté.
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la cause involontaire de cette gi'ave infraction aux usages monastiques (3). »
La chose eut malheureusement un certain retentissement. On alla jusqu'à accuser le P. de Géramb de débiter, dans ses lectures publiques, ses propres éîucubrations à la place de celles des auteurs dont il avait à lire les ouvrages. Le reproche était faux, mais fit néanmoins impression sur l'esprit du Père Abbé. (V II en résulta une situation extrêmement tendue entre le P. de Géramb et son Supérieur : chacun d'eux se mit à l'égard de l'autre sur le pied d'une réserve pénible et qui, à tout moment, pouvait aboutir à une rupture ouverte (4). « Une circonstance imprévue allait bientôt jeter une complication de plus dans leurs rapports.
Un des visiteurs les plus habituels du Port-du- Salut, à l'époque où le P. de Géramb remplissait la charge d'hôtelier, était un imprimeur de Laval, M. Genesley, qui avait été conquis rapidement, comme tous, par les bonnes grâces et l'esprit du Père. M. Genesley était revenu au monastère en 1826 et bien que, déchargé de l'hôtellerie, le P. de Géramb avait été autorisé à s'entretenir avec lui. Mais entre écrivain et libraire on parle de livres. Le Père raconta qu'il venait de mettre la dernière main à un petit opuscule sur les Plaies de Notre-Seigneur (5). L'hôte demande à voir l'ouvrage, et sans se défier le P. de Géramb lui confie son manuscrit qui le lendemain, au départ de M. Geneslay, lui est rendu fi-
(3) p. Irénée, p. 253.
(4) Ib.
(D) 11 en a été question plus haut.
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dèlement. Deux ou trois semaines après, le R. P. Abbé reçoit un paquet contenant un certain nombre d'exemplaires de l'opuscule avec, en toutes lettres, le nom de l'auteur. « Comme on le pense bien, la surprise fut grande, et le P. Abbé voulut tout de suite avoir des explications à cet égard. Le Père lui avoua qu'en effet, à tel jour, il avait eu l'imprudence de confier son manuscrit à M. Genesley, mais qu'aucun mot n'avait été dit de part et d'autre sur un projet d'impression, et qu'il fallait qu'il l'eut copié pendant la nuit pour l'imprimer ainsi à son insu. Dom Bernard ne se contenta qu'à demi de cette ouverture, en sorte que la mésintelligence qui régnait déjà entre eux ne lit que s'accroître (6). »
Dans cette circonstance, comme dans d'autres, le P. de Girmont, tout saint homme et si éclaire qu'ii fut, semble n'avoir pas eu, à l'égard du P. de Géramb « une idée assez exacte de la ligne de conduite qu'il aurait importé de tenir (7) » et dut blesser profondément sa légitime susceptibilité. De son côté notre héros eut souvent le tort de ne pas s'efforcer de modérer les saillies de sa nature emportée, lés singularités de son caractère et ses airs de grand seigneur qui, en dépit de ses sentiments intimes, faisaient croire à un fond d'orgueil qu'il n'avait certainement plus. « Nous croyons enfin.
(6) p. Irénée, p. 255.
(7) 7b. — « Peut-être, dit encore autre part (p. 162) le P. Irénée, l'abbé du Port-du-Salut n'eut-il pas pour le P. de Géramb tou'te la condescendance qui semblait s'imposer en face d'une nature d'élite mais impressionnable et d'autant plus sujette aux emportements de l'orgueil que le monde l'avait enivré de ses fausses adulations. »
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ajoute le P. Irénée (8) qu'il fut inexcusable de se retrancher dans un parti pris, à l'endroit de son supérieur, et au lieu de s'attacher à reconquérir ses bonnes grâces par une soumission plus entière, des rapports plus faciles, comme c'est le rôle d'un enfant à l'égard de son père ou d'un disciple à l'égard .de son maître, d'avoir, au contraire, rendu tout rapprochement impossible en fermant à son abbé les aA'enues de son cœur. »
D'autre part encore les fréquentes originalités de l'humeur du P. de Géramb lui avaient aussi aliéné l'esprit de plusieurs de ses frères. Sa position au Port-du-Salut était donc devenue embarrassante et pénible. Toutefois rien au monde n'aurait été capable de lui faire prendre en dégoût son état ni même de l'arracher au berceau qui l'avait vu naître à la vie religieuse, si Dieu n'eut, dans son admirable Providence, disposé les choses de manière à lui faciliter le moyen de sortir de cette impasse « sans forfaire à l'honneur, encore moins à la conscience » comme dit excellemment le P. Irénée.
Le lecteur se souvient de Darfeld, où notre héros avait fait comme sa veillée d'armes avant de s'engager dans la vie religieuse, et d'oii était partie, en iSi/i, la colonie de Trappistes qui était venue, sur les bords de la Mayenne, jeter les fondements de l'abbaye du Port-du-Salut. Un autre essaim, deux ans après, quitta la ruche pour s'établir d'abord dans l'ancien monastère cistercien du Gard, près d'A-
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miens (9). Il ne restait plus à Darfeld que les religieux de langue allemande formant le dernier noyau de l'abbaye.
Or, précisément sur la fin de l'année iSaS, ceS' derniers Trappistes de Darfeld, poussés à bout par les tracasseries du gouvernement du roi de Prusse, se décidèrent à quitter ses états inhospitaliers et à se réfugier en France où « la Providence leur ménageait, dans le département du Haut-Rhin, en x'Vlsace, l'asile qui convenait le mieux à leurs mœurs et à leur nationalité, » comme le dit très bien le P. Irénée (lo). Ils étaient en effet presque tous allemands (il) et la langue du pays qu'ils allaient habiter leur était familière.
L'endroit choisi pour établir ce nouvel essaim de religieux portait le beau nom biblique de Mont-des-
(9) Cette abbaye fut, en 1845, tranféiée à Septfons, « dont le nom et le passé se rattachent, dit le P. Irénée, aux gloires les plus pures do la réforme de l'abbé de Rancé. »
(11) Sauf l'un ou l'autre français ou belge, dont le sousprieur et son frère, comme on le verra plus bas.
Ceci explique que depuis sa fondation jusqu'à nos jours, Oelenberg s'est recruté surtout dans les pays de langue allemande. 11 faut bien que dans une communauté tous parlenl, et comprennent le même idiome.
La France, sous tous les gouvernements qui s'y succédèrent depuis 1825, ne s'alarma nullement (sauf un Instant, en 1830, on va le raconter) de l'existence en Alsace de cette maison composée en grande partie d'étrangers. Aussi bien les Trappistes qui sont les plus silencieux des hommes, qui n'exercent au dehors aucun ministère, qui ne sortent que rarement de leur clôture, qui ne se mêlent jamais de politique, qui veulent être les plus oubliés des mortels (il n'y eut jamais qu'un P. de Géramb parmi eux!) ne sauraient être dangereux pour personne. Aujourd'hui cependant, tout ce qui s'est passé pendant la dernière guerre a évidemment rendu difficile cette situation, et les Pères et Frères de nationalité allemande se sont établis dans un refuge de l'autre côté du Rhin. La communauté, réduite aux éléments alsaciens et suisses, compte cependant déjà une quarantaine de membres.
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Olives (12) OU Oelenberg. C'était un lieu sanctifié très anciennement par la prière. Fondé par la mère du pape S. Léon IX en io48, le monastère avait été longtemps habité par les religieux de l'ordre de Saint-Augustin (i3), puis après l'éclosion du protestantisme, il avait été possédé en commende. Enfin les Jésuites de Fribourg-en-Brisgau en avaient pris possession et l'avaient conservé jusque vers la Révolution. En 1825 les bâtiments étaient la propriété d'un ecclésiastique (i4) qui les céda aux Trappistes. Lorsque ceux-ci arrivèrent' sous la conduite du R. P. Pierre Klausener (i5), il ne restait plus grand chose des anciennes constructions, sauf quelques bâtiments d'exploitation agricole, sauf encore la vénérable antique église qui avait été consacrée par S. Léon IX, et, qui, en témoignage de ce glorieux souvenir, était surmontée d'une croix papale (16). Aussi les commencements de la nouvelle communauté furent difficiles. Les hommes surtout manquaient. C'est alors que le Supérieur fit un appel aux religieux de langue allemande qui pouvaient être disséminés dans diverses- maisons de l'ordre, appel auquel le P. de Géramb fut un des premiers à répondre. Après s'en être ouvert à l'abbé du Port-du- Salut, autorisé par le Président général de Cî-
; (12) C'est la dénomination française qui a prévalu et non celle de Mon.t-des-01iviers.
(13) Cf. mon Alsatia sacra, II, p. 21.
(14) Un certain abbé Spanagel. C'est l'évêque de Strasbourg, Mgr Tharin, qui avait parlé d'Oelenberg au prieur de Darfeld.
(15) A ce moment, suivant l'usage, seulement supérieur. Il ne fut nommé abbé qu'en 1832.
(16) Le bombardement de la dernière guerre l'a fait tomber. Mais retrouvée dans les ruines, elle a été rétablie à la place d'honneur qui lui appartient, au sommet du campanile qui orne l'église.
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teaux (17), il prit le chemin du Mont-dcs-Olives dans les premiers jours de janvier 1827.
Le P. de Géramb n'avait point pris la grave détermination de quitter le monastère dont il était prof es, sans souffrir beaucoup. Bien que ne s 'accordant plus entièrement, on l'a vu, avec le supérieur du Port-du- Salut, il restait attaché par le fond des entrailles à cette sainte maison où il avait vécu de si heureuses années, et c'est littéralement la mort dans l'âme qu'il arriva à Laval. Son état de prostration était si inquiétant qu'il fut obligé de s'arrêter chez un ami dont le récit mérite d'être reproduit (18). « Le départ du P. de Géramb de l'abbaye du Port-du-Salut, fut une des plus cruelles épreuves de sa vie. Il aimait d'une affection profonde la modeste et paisible demeure où il avait trouvé de si douces consolations et l'oubli du passé ; il l'aimait d'autant plus qu'elle avait été en quelque sorte le berceau de sa régénération, et qu'il avait contribué, avec son zèle intelligent et un dévouement sans borne, non seulement aux améliorations matérielles dont elle jouissait, mais encore à son accroissement et à sa prospérité. Aussi pouvonsnous dire que ce fut avec une sorte de désespoir qu'il se décida à abandonner cet asile de paix, et ceux qui le rencontrèrent s 'éloignant lentement du monastère, les yeux gonflés de larmes, et s'arrêtant de temps à autre pour prêter l'oreille aux sons lointains de la petite cloche du saint lieu, ceux-là durent être péniblement affectés à l'aspect d'une douleur aussi sincère. »
(17) C'était alors le nom du supérieur majeur de l'Ordre.
(18) M. Maignan, op. cité, p. 52.
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Cette douleur était si grande que le P. de Géramb eut un moment l'intention de rebrousser chemin et s'en ouvrit au P. abbé. Celui-ci l'encouragea, par de réconfortantes paroles, à rester fidèle à sa détermination, que le P. de Géramb, brûlant ses vaisseaux, crut alors devoir faire connaître par une sorte de circulaire adressée au public, démarche qui le peint au vif, mais que justifiait sa grande popularité dans toute la région (i9). Voici cette curieuse pièce (20) :
(( La sainte Volonté de Dieu !
» Laval, 24 janvier 1827.
Le Fr. Marie-Joseph de Géramb, religieux profès de l'abbaye de N.-D. de la Trappe près d'Entrammes, se rendant au monast&re du Mont-des-Olives de N.-D. de la Trappe près de Mulhouse, diocèse de Strasbourg (Haut-Rhin) ne peut se résoudre à quitter cette douce contrée, sans témoigner à ses bons et aimables habitants la profonde reconnaissance qu'il éprouve pour le vif intérêt dont ils ont bien voulu l'honorer et pour les bienfaits dont ils n'ont cessé de le combler pendant douze années. Ce départ accable son esprit et déchire son cœur ; mais quelque douloureux que soit pour lui ce sacrifice, il ne peut que répéter, avec les sentiments de la plus parfaite résignation, ces paroles admirables de notre divin Rédempteur agonisant dans le jaxdin des Olives : Mon
(19) Surtout depuis qu'il l'avait parcourue toute entière, faisant des quêtes pour la construction de l'église du monastère.
(20) ^f. Maignan, ibid. On la lit aussi abrégée, en tête des Lettres à Eugène. Cf l'Ami de la religion du 2 juin 1827.
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Père, détournez de moi, sHl vous plaît, ce calice : néanmoins que ma volonté ne se fasse point, mais la vôtre. (S. Luc, xxii, 42.)
En leur faisant ses adieux, il implore le puissant secours de leurs prières ; il l'implore d'autant plus que S. A. S. le prince de Hohenlolie dit, le 28 de ce mois, une messe à son intention, il espère qu'ils voudront bien s'unir aux prières de cet ange que le Seigneur a bien voulu faire paraître sur la terre pour ranimer notre foi par les miracles qu'il opère tous les jours (21). »
Le P. de Géramb publiait à la suite de sa lettre celle du prince de Hohenlolie que nous reproduisons aussi :
(( Au R. P. Marie-Joseph Géramb, religieux prof es de la Trappe, à Laval {Mayenne) France.
GrossAvardein, le 27 décembre 1826.
« Mon cher frère dans l'amour de Jésus-Christ. Je dois être bref, parce que les lettres qui m 'arrivent de toutes parts me prennent beaucoup de temps.
« Je bénis, avec vous, le Dieu tout puissant qui vous fit aborder dans le Port de la paix (22). Ecoutez avec la plus grande attention la voix du Saint-Esprit
(21) Ce saint homme (1793-1819) sorte de curé d'Ars allemand (d'une famille célèbre mais où l'on ne compte pas d'autre illustration à qui l'on puisse donner le qualificatif de sain.t, le cardinal encore moins que les autres) est connu chez nous par la publication du Carmel de Marienthal. Bien des personnes du reste en Alsace se recommandaient à ses prières et je me souviens avoir vu dans les papiers de ma grand'mère paternelle une lettre de lui.
La dernière année de sa vie 18,000 personnes, dit-on, étaient allées le visi-ter.
(22) Allusion au nom du monastère.
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qui loin des hommes, nous parle avec plus de clarté. Courage, courage, mon cher Frère, et fortifié de la £oi, regardez en haut où vous apercevrez toutes les couronnes de ceux qui ont remporté la victoire contre le monde, contre la chair et contre le démon. S'ils l'ont pu, nous le pouvons aussi par Celui qui donne le don de la persévérance, quand on l'en prie avec humilité et la simplicité d'un enfant. Je vous conseille de faire souvent la prière suivante :
(( 0 mon Sauveur et mon Dieu , pénétrée de douleur et du repentir le plus sincère et le plus profond pour tous mes péchés même les plus légers, votre ingrate créature se prosterne à vos pieds sacrés, et embrassant le bois de votre croix, elle s'écrie dansl'angoisse de son âme : 0 mon divin Rédempteur, ne permettez pas que votre sang adorable soit perdu pour moi. Qu'une goutte de ce sang précieux tombe sur ma tête criminelle et me lave de mes péchés.
{( 0 mon Jésus, je me réfugie aujourdliui et je le ferai toujours dans vos plaies sacrées, comme la timide colombe se cache dans la fente des rochers. Epurez, purificz-moi ici-bas par des douleurs, par des peines ; mais épargnez-moi dans l'autre vie, où. par votre miséricorde, j'espère être aussi intimement uni à vous, que l'est la goulie d'eau qui en tombant s'unit et se perd dans l'immensité de l'Océan.
Le 28 janvier, le matin à 7 heures et demie, je dirai la Sainte Messe à votre intention. Vale, charitas Christi wget nos, urget et urgeat amplius.
Je vous salue, et vos dignes Supérieurs dans l'amour de Jésus, et me recommande à vos prières. Prince Alexandre Hohenlohe, abbé et chanoine. »
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Mais le P. de Géramb n'en avait point fini avec ses adieux au pays qu'il avait édifié depuis douze ans. Son départ du Port-du-Salut ayant été, dans divers milieux, interprêté fâcheusement, sur les instances de l'évêque du Mans (aS), Mgr de la Myre, qui l'honorait de son amitié, il lui adressa la lettre suivante qui fut reproduite dans les journaux (2Z1) et que sa biographie doit aussi contenir, car elle est également très caractéristique.
(( La sainte Volonté de Dien !
Orléans (25), 20 février 1827.
« Monseigneur,
« Par votre lettre du i4 de ce mois que je ne reçois qu'aujourd'hui, vous m'apprenez les bruits que la méchanceté se plaît à répandre au sujet de mon départ de Laval, et vous m'invitez à imposer promptement silence à la calomnie. Malgré la répugnance que j'éprouve à entretenir de moi un monde avec lequel j'ai rompu tout commerce, je m'empresse. Monseigneur, selon votre désir, de faire la déclaration suivante. Puisse-t-elle forcer les bouches, qui ne s'ouvrent que pour blasphémer le nom du Seigneur, à confesser hautement ses miséricordes et à publier que son joug est doux et léger.
(93) Laval ne devint que plus iard le siège d'un évêché et dépendait alors de celui du Mans.
(2-i) Elle fut aussi publiée en brochure, in-i" de 8 papes (Orléans, impr. Jacob), et aussi dans les Lettres à Eugène, et Maifinan, p. 56.
(25) Le R. V. de Géramb s'était arrêté dans cette ville, dont l'évêque, IMjri- rsrumaud de Beauregard, de sainle mémoire, était aussi son ami.
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« Après une longue captivité au donjon de Vincennes, appelé par une bonté de Dieu non méritée, à l'état religieux, jamais, depuis douze années que je vis à la Trappe en pénitent public, et malgré les afflictions que Dieu a daigné m'y envoyer, jamais je n'ai cessé de bénir le Père des miséricordes de m 'avoir retiré du monde, et jamais, jamais, par une grâce particulière de sa part, je n'ai reporté mes regards sur ce monde qui entraîne par ses exemples, séduit par ses plaisirs, et corrompt par ses principes. Aujourd'hui les couronnes entassées de l'univers entier que l'on m 'of lirait, même avec la certitude de pouvoir me sauver avec cet amas de grandeurs, ne me feraient pas renoncer aux livrées de Jésus-Christ que j'ai le bonheur de porter, et qui feront ma seule gloire jusqu'à mon dernier soupir. Tant que mon cœur battra, je préférerai la condition de Pierre chargé de fers à celle de l'Ange qui le délivra, et 1.) bouche collée sur les plaies sacrées de la divine Victime, je ne cesserai de lui demander de porter avec courage les stigmates glorieux de ses souffrances et de pouvoir, en expirant sur la paille et sur la cendre, en arrosant des larmes du repentir son adorable image, prononcer pour dernières paroles ces mots, les seuls qui conviennent à un pécheur comme moi : Miséricorde ! Miséricorde !
« Tels sont. Monseigneur, les sentiments dont mon cœur est animé ; telle est la déclaration solennelle que j'en fais et que je signerais de mon sang, s'il en était besoin. Que ceux donc qui nous calomnient, apprennent que je n'ai point lâchement abandonné le Maître que je sers depuis douze années ; qu'ils sachent que appelé dans un autre monastère de notre
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ordre, qui \ient de s établir en Alsace, ce n'est qu'avec la permission de mes Supérieurs que j'ai quitté la sainte maison que je m'étais choisie pour tombeau et où j'avais espéré que le sommeil de la mort fermerait mes paupières. Que n'ont-ils été témoins de la douleur qui brisa mon cœur, alors que je m'arrachai de ces cloîtres muets qui avaient eu tant de charmes pour moi, alors que je m'éloignai de ces murs qui m'avaient offert un port assuré contre les orages de la vie.
{( Ah ! Monseigneur, semblable à l'enfant que l'on entraîne loin des bras de sa mère ,je sentis alors, pour la première fois de ma vie, expirer mon courage. Mais je ne saurais dire tout ce que mon cœur éprouva d'angoisses en visitant, pour la dernière fois peut-être, cet asile sacré oij, plus heureux que moi, reposent plusieurs de mes frères, qui couvre la dépouille mortelle de notre pieux fondateur, que vous aimâtes sans le connaître, et qui fut pour moi un père, un ami. Là, penché sur ces tombes que j'arrosai de mes larmes, je priai mon Dieu d'accorder à ceux qu'elles renferment... ou plutôt je priai tous ces Saints d'obtenir de lui que mon sacrifice lui fût agréable.
rt II n'était pas encore fait, Monseigneur, ce sacrifice, et j'eus besoin pour l'achever, d'aller chercher ailleurs la force qui me manquait. C'est dans ce temple du Dieu trois fois saint, que je venais d'élever à sa gloire (26), et 011 ma plus douce occupation avait été de louer l'Eternel et de chanter sa
(26) Ce que le P. de Géramb pouvai-t dire en toute vérité : c'est, on l'a vu, grâce aux sommes recueillies par lui dans la Mayenne et les pays voisins, en 1822-23 que l'église du Portdu-Salut avait pu être édifiée.
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miséricorde ; c'est devant le tabernacle du Dieu fort, que je sentis renaître mon courage et que je devins fort moi-même. Il ne me restait plus qu'un devoir à remplir : je devais prier pour les Frères que j'allais quitter et pour ce diocèse^dont les habitants m'avaient donné tant de preuves d'une si tendre et si touchante bienveillance.
(( 0 mon Dieu, m'écriai-je, bénissez mes Frères et que votre charité habite toujours au milieu d'eux, qu'ils vous aiment par-dessus toutes choses, et leur prochain comme eux-mêmes. Bénissez surtout ces bons habitants du Maine, dont les cœurs faisaient tout mon bien, et veuillez leur accorder ces grâces précieuses, que vous vous plaisez à répandre sur vos élus.
<( Mais, Monseigneur, je m'arrête pour ne pas abuser plus longtemps de votre complaisance. Ma première sera de Paris où mes affaires me retiendront quelques jours. Croyez, Monseigneur, que, quoique dans Babylone, Sion aura tous mes regards, et que, dans ce lieu oii le moindre danger est de faire oublier le Seigneur, je vivrai, autant que possible, comme dans un cloître.
« Je suis, avec le plus profond respect, Monseigneur, de votre grandeur
le très humble et très obéissant serviteur,
« Fr. Marie- Joseph de Géramb. »
Le P. de Géraml» quittait donc la Mayenne avec tous les honneurs de la guerre, pouvons-nous dire, puisque c'est la biographie d'un ancien soldat que nous écrivons. Et, sur la fin d'avril 1827, après un
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court séjour à Paris, il arrivait en Alsace, à Oelenberg.
« Là recommença pour lui cette vie de silence et de prière qui pendant son séjour au Port-du-Salut, avait reflété sur son âme tant de douceur et de sérénité. Désormais, rendu à lui-même et libre de toute entrave de construction ou de quête, il se dressa un plan de conduite dont le but était de se consumer goutte à goutte, comme la lampe du sanctuaire, au pied des saints autels, et d'élever si haut l'édifice de sa sanctification que le bruit des passions ou du monde ne pût atteindre à son sommet. Il entrait alors dans sa 56® année, et, à cet âge, le corps n'a ni la même souplesse, ni la même vigueur qu'à la fleur de la vie ; l'embarras en outre, de son embonpoint toujours grossissant et les premières atteintes d'un asthme douloureux le recommandaient à l'indulgence de la règle. Le R. P. Dom -Pierre sembla le comprendre en lui donnant une cellule particulière et en l'appliquant à des travaux modérés (27). » Grâce à cette latitude, il put revoir plusieurs de ses opuscules et en préparer de nouvelles éditions.
La pensée de la mort, on l'a dit, est l'idée dominante des ouvrages du P. de Géramb. Elle inspirait toujours son pinceau, et c'est pendant ce premier séjour à Oelenberg qu'il peignit, à l'entrée du dortoir des religieux, un tableau célèbre dont les reproductions sont répandues partout en Alsace et au-delà de ses frontières. De grande dimension, cette peinture représente, sur un fond noir, une énorme tête de mort qui, par un contraste saisissant, semble
(27) P. Irénée, p. 266.
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revivre et vouloir dépasser un mur sur lequel s'appuient deux mains de squelette à côté d'une faux. Sur le mur se lit en deux langues l'inscription si suggestive : Cette nait peut-être, bien propre à frapper les esprits à l'entrée du lieu du repos, peu effrayante cependant pour les Trappistes. N'est-ce pas en effet pour eux, mieux que pour personne, que la mort est a un événement de bénédiction », comme dit l'abbé de Rancé (28).
La vie paisible du P. de Géramb au Mont-des- Olives devait malheureusement être de courte durée par suite des événements qui troublèrent la France à la fin de la Restauration. Charles X commençait la série de ces maladroites mesures qui allaient le faire choir du trône (29). Ce furent notamment, en juin 1828, les ordonnances contre les Jésuites que « les esprits les plus modérés, dit Nettement (3o), virent avec douleur, » et contre lesquelles protestèrent un grand nombre d'évêques dans une déclaration collective. Le P. de Géramb, bien que simple trappiste, y alla aussi de sa manifestation, et « sa lettre que reproduisirent tous les journaux et ses éloquentes protestations firent dans le public un effet immense (3i). »
(28) Ce tableau du P. fie Géramb dont nous donnons ci-contre la reproduction, n'a grâces à Dieu, pas trop souffert du bombardement du monastère. Une peinture analogue, qui n'existe plus, ornait la propre cellule du P. de Géramb. (Chronique du P. Etienne. IV, p. 53.)
(29) Grâce « plutôt à la division et à l'incapacité de ses funestes conseillers qu'à la révolte p-arisienne. » [Mémoires de Mme Boigne, m, 389.)
(30) Histoire de la Restauration, vin, p. !28.
(31) Biographie du clergé contemporain.
Pciiitiiic du P. de Géidmb à Vcntrcc du dorinir du Mont-dcs Ci:ics.
LE PÈRE DE GÉRAMB l99
Le P. Irénée (Sa) fait à ce sujet ces sages réflexions: « Le Père fît-il bien de s'immiscer dans cette affaire? « lui appartenait-il, à lui simple mo^ne, de dire son « mot dans une question qui passionnait tant d'es- (( prits, et d'empiéter en quelque sorte sur les droits « des sentinelles avancées du camp d'Israël, comme <( s'il n'y avait en France aucune voix plus élo- « quente et plus autorisée que la sienne pour infliger « aux auteurs des malheureuses ordonnances le « blâme qu'ils méritaient? Nous n'oserions l'affirme mer. Mais nous n'oserions aussi lui en faire un ft crime ; car l'objet des mesures ministérielles inté- « ressait bien plutôt l'ordre moral que l'ordre poli- « tique, et quand une maison brûle, tout le monde « a mandat pour crier au feu (33). »
Quoi qu'on puisse penser de l'opportunité ou du mal-à-propos de la démarche du P. de Géramb, elle
(33) Presqu'en même temps, le P. de Géramb fit paraître dans la Quotidienne, une autre protestation en faveur des Jésuites. Reproduite aussi dans la Gazette de France du 25 juin 1828, elle es-t assez curieuse pour trouver place ici :
« Mont-des-Olives, le 18 juin 1828.
« C'est ulî besoin pour mon cœur de parler du désintéressement extraordinaire qui caractérise si éminement la société admirable des Jésuites. Je pourrais, à ce sujet, citer des faits qui me sont personnels relativement à un de mes fils, capi.taine dans les Chasseurs à cheval de la garde impériale de S. M. l'Empereur de Russie que j'ai fait élever dans leur collège -de Saint-Pétersbourg; mais je me bornerai à des faits plus récents.
« Il y a quinze mois qu'une personne voulant venir au secours des Jésuites établis à Laval, me pria de leur remettre à mon passage par cette ville une somme assez considérable. Jamais je ne pus parvenir à la leur faire accepter, e.t le R. P. aux pieds du quel je me jetai pour le conjurer de ne pas refuser, fut inexorable en me disant qu'il y avait encore des personnes plus indigentes auxquelles cet argent pouvait servir.
fit du bruil dans le pays (34) et y excita les esprits contre les Trappistes d'Oelenberg. Aussi lorsqu 'éclata la Révolution de juillet i83o, les libéraux d'Alsace réclamèrent la fermeture du monastère et l'expulsion des religieux qui n'étaient point de nationalité française, et dans les premiers jours de septembre on vit se diriger de Mulhouse vers le Mont-des-Olives, une cinquantaine d'individus armés, à pied et à cheval. Mais les habitants de Reiningen faisaient bonne garde, et quand les Mulhousiens, ayant à leur tête Nicolas Kœchlin, arrivèrent au couvent, ils n'osèrent avouer leurs mauvaises intentions et reprirent le chemin de la ville.
Quelques jours après, nouvelle alerte. Mais les révolutionnaires plus nombreux cependant, sont culbutés par la garde nationale de Reiningen, commandé par le P. de Géramb, en costume de général,
« Je suis avec respect... etc. »
Comme les Jésuites sont toujours, aujourd'liui comme en 1S28, accusés d'accaparer les fortunes, on me permettra d'ajouter au témoignage du P. de Géramb, un fait encore plus caractéristique arrivé U y a une dizaine d'années et dont je suis le témoin oculaire si je puis ainsi parler. Un jeune Jésuite, fils unique, avait apporté à la Compagnie une dot fort considérable. Ses oncles dirigeaient une importante et honorable maison de banque qui fit de mauvaises affaires et dut déposer son bilan. Pour éviter la faillite, la Compagnie de Jésus rendit spontanément la dot du jeune confrère. Or, il ne s'agissait de rien moins que d'un million.
Je citerai à qui voudra les noms propres.
(34) Où, lors du voyage triomphal que venait d'y faire Charles X, « tous les discours qui lui avaient été adressés vantaient surtout les ordonnances contre les Jésuites », d'après Mme de Boigue (III, p. i-'A.)
Il n'y a cependant aucune trace de la chose dans le récit du Voyage de S. M. Charles X en Alsace (Strasbourg, 1829). par Fargès-Méricourt qui reproduit cependant les discours adressés au roi.
D'après la Biographie du Clergé contemporain et le Grand Larousse, c'est bien cependant la démarche du P. de Géramb qui attira Poiage sur Oelenberg.
qui fait tirer à blanc sur les Mulhousiens en déroute. Une autre bande arrive par un autre chemin jusqu'aux portes du monastère, où intimidée par l'attitude énergique des défenseurs des Trappistes, elle balbutie piteusement qu'elle est venue pour visiter le couvent. Aussitôt, avec son amabilité coutumière, le P. de Géramb s'empresse auprès d'eux et les conduit partout, jouissant avec bonhomie de leur embarras (35).
Malheureusement l'agitation s'étendait et les journaux îibéj'aux d'Alsace demandaient qu'on débarrassât la France a des Capucins et des Trappistes (36). » C'est la façon habituelle, classique, pourrait-on dire, de comprendre la liberté chez les adversaires du catholicisme. Sous la pression de ces libérâtres, la maison fut fermée (37). Il en fut de même du monastère voisin des Trappistines. Là, l'odieux s'ajouta au grotesque de cette expulsion : une jeune religieuse mourante dût être emportée sur un brancard et expira à quelques pas du monastère (38). <( Nous, propriétaires, qui avions adopté la France pour patrie, devait écrire plus tard le P. de Géramb, étrangers aux événements, ne connaissant aucune nouvelle, ignorant absolument tout
(35) Chronique de la Maison (du P. Etienne) tome IV, p. 72 et tome II, A, p. 256. — Il y a, à ce second endroit, une longue notice sur le R. P. cle Géramb.
(36) Courrier du Bas-Rhin, du 18 novembre 1838.
(37) Il ne semble pas quil y eut une intervention du gouvernement. Mais, d'après la chronique de la maison, le maire et le cmé de Mulhouse avaient conseillé au Supérieur de céder momentanément à l'orage.
Quelques religieux restèrent à la garde de l'abbaye.
(38) Chronique du P. Etienne.
ce qui se passait hors de la clôture (39), obéissant aux lois, payant nos contributions, soumis au nouveau gouvernement comme à l'ancien, nourrissant les pauvres du fruit de nos sueurs, nous étions chassés de notre asile par des gens sans mission. Malades, infirmes, tout dut partir... (Zjo). »
C'était du bolchevisme avant la lettre.
Fort heureusement un secours inattendu allait venir aux Trappistes là même où ils ne pouvaient guère s'attendre à en trouver. Le maire de Mulhouse, — c'était le célèbre André Kœchlin, — quoique protestant comme l'on sait, mais libéral dans le vrai sens du mot, prit hautement la défense des moines d'Oelenberg, et dans une réunion, provoquée par lui, çù assistaient « le député du Haut-Rhin (4i), commissaire extraordinaire du gouvernement, le procureur général de la cour royale, le préfet du Haut- Rhin et les maires des deux principales villes du département, tous, à l'unanimité votèrent pour le maintien de la Trappe (42), oià rentrèrent presqu 'aussitôt 26 moines qui s'étaient réfugiés chez des amis du voisinage (43).
Le P. de Géramb cependant, qui vraisemblable-
(39) Ce n'était point tout-à-fait exact pour le Père lui-même, mais très vrai du reste de la communauté, comme on l'a dit plus hau-t. (P. 5.)
(40) Pèlerinage à Jérusalem, vol. I, p. xi.
(41) André Koechlin,' fut lui-même député en 1830, 1841 et 1840. Les idées larges, l'activité extraordinaire, l'énergie de fer,
l'aptitude à juger les hommes d'André Koechlin, sans parler d'une générosité sans limites font de lui une des personnalités les plus éminentes de l'Alsace et de la France du xix" siècle.
(42) Courrier du Bas-nhln, 1830, n° 143.
(43) Quelques novices cependant n'osèren-t plus revenir. Nous en remarquons deux qui portaient des noms bien connus en Alsace et ne devaient pas rentTer : Blanck et Juif. {Registre des entrées.)
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ment avait attiré cet orage sur la maison, resta sagement en Suisse où l'abbé de la maison cistercienne de Saint-Urbain, dans le canton de Lucerne (/i4), s'était empressé de lui donner asile.
(44) Cette abbayç a été sécularisée depuis par la radicaillesuisse.