‹ Général et TrappisteChapitre 25 sur 44 · II · texte numérisé non relu

II

En Egypte le P. de Géramb retrouvait ses amis les ânes. Point de voiture, marque-t-il (i3), ni carrosse, ni cabriolet, ni rien qui y ressemblât ; les chevaux réservés à la troupe... Si l'on ne veut pas aller à pied, point d'autre monture que les ânes. » Mais il s'en trouve beaucoup mieux qu'il n'eût jamais imaginé, dit-il. (c Pour la beauté, la taille, pour l'intelligence, les ânes d'Egypte sont, sans contredit, les premiers ânes du monde... L'âne égyptien est d'une vivacité rare. Son pas est sur, son allure si douce qu'elle ne fait pas éprouver le moindre mouvement pénible, et, pour surcroît de mérite, il est infatigable. Avec lui je fais de longues courses au grand trot, au grand galop, sans le lasser. Qu'après avoir couru ainsi deux ou trois heures entiè res dans la poussière de la ville, ou dans les sables des environs, il m 'arrive de descendre un instant par curiosité ou pour affaire, quand je reviens à lui, je le retrouve joyeux, me regardant fièrement, frappant du pied, et comme le plus ardent coursier, manifestant l'impatience de partir. En un mot... rien de plus vif, de plus actif, de plus vigoureux, de plus adroit ; et si je ne craignais de paraître ridicule, je dirais de plus spirituel que l'âne du Caire. Vingt fois déjà, sans son intelligence, au milieu de cette foule de chameaux ou de dromadaires chargés d'énormes caisses et encombrant les rues étroites le long desquelles j'étais emporté, j'aurais eu la tête cassée, ou j'eusse couru risque d'être écrasé (i/i). »

(13) Ibid., 96.

(14) Plus tard, le P. de Géramb allait encore pouvoir admirer une autre race d'âne, celle du désert « qui, par ses qualités particulières, est un trésor pour le bédouin de l'Arabie Pé.trée. » m, 202.

C'est toutefois sur une autre monture que le i4 février, avec une suite de six personnes, son janissaire Mahomet et ses bédouins avec leur chef « qui conduisaient autant de chameaux chargés d'une lente, d'un matelas, de tapis, d'outrés contenant la quantité d'eau dont nous présumions avoir besoin, d'autres provisions et de lèves pour les montures », que le P. de Géramb quittait enfin le Caire. Il montait un beau dromadaire blanc, envoyé par le gouverneur et qui venait des écuries du vice-roi. a Richement harnaché, couvert d'une magnifique housse de velours violet galonné, il portait sur la cuisse le chiffre de son Altesse, chiffre qui, aperçu de loin par les Bédouins, devait leur imposer et me faire respecter (i5). » Le P. de Géramb eut un peu de peine à s'habituer, surtout pour ses lectures, au balancement continuel de son dromadaire, le navire du désert comme l'appellent les Arabes. Aussi s'arrangeait-il pour ft devancer toujours d'un quart d'heure sa caravane qui n'allait qu'au pas. » A cette distance il s'arrêtait, récitait son office, faisait une lecture, dessinait, écrivait. Et, continuait-il « lorsque mes gens se trouvaient près de moi, partant de nouveau, je disparaissais comme l'éclair pour recommencer plus loin. Quelque fois il m 'arrivait de m 'avancer tellement que ceux que j'avais laissés derrière moi ne m 'apparaissaient plus que comme des points. De cette sorte je trouvais k- moyen d'rtre moins constamment fatigué et de tirer parti de mon temps (i6). » N'oubliant jamais qu'il était trappiste et pèlerin, il ajoute : « Le silence profond qui régnait

autour de moi avait... un charme ineffable ; il entretenait dans mon âme un recueillement continuel et y ramenait sans cesse la pensée de Celui qui est toute la consolation du clirétien (17). »

Bientôt la caravane arriva à Suez. On logea le P. de Géramb dans la chambre même qu'avait occupée Bonaparte. (( En ouvrant ma fenêtre — ce passage éloquent est à citer — je voyais l'endroit où le général, rev^enant des Fontaines de Moïse et voulant abréger le chemin de deux lieues en évitant de contourner la pointe du golfe, traversa le gué qui est près de Suez. C'était au commencement de la nuit ; la marée augmentait beaucoup plus rapidement qu'on ne l'avait cru ; malgré les guides du pays dont il était escorté, il faillit à se noyer. La vague, qui l'eut alors emporté, eût épargné à l'Europe bien du sang et bien des larmes. Mais il avait une mission de châtiment à remplir à l'égard du monde trop longtemps et trop orgueilleusement coupable ; il ne devait disparaître, comme tous les fléaux, que quand cette mission serait accomplie.

« Appuyé sur ma croisée, il me semblait apercevoir cet homme extraordinaire au milieu des flots. Je voyais son coursier à la blanche crinière, offrant un large poitrail à l'onde amère et faisait des efforts inouïs pour atteindre la rive, tandis que son cavalier, calme, imperturbable, comptant sur sa fortune, était occupé de toute autre chose que du danger qui le menaçait.

« Que de réflexions m'assaillirent pendant les courts moments que je passai dans l'appartement

{il) Ibid., 170.

que cet homme habita ! que de souvenirs se succédèrent alors dans mon âme ! Naguère il épouvantait la terre et jetait la terreur dans les royaumes. Il enlevait les anciennes bornes des peuples, il pillait les trésors des princes ; il arrachait les l'ois de leurs trônes... Et il disait en lui-même : C'est par la force de mon bras que j'ai fait les grandes choses ! Mais, ô vanité de l'orgueil ! ô néant de la grandeur de celui qui doit mourir !... Le véritable dominateur, le Seigneur des seigneurs fera sécher de maigreur les forts de son armée et sous ses victoires se formera un feu que le consumera.

« Ainsi les paroles d'Isaïe (i8) me redisaient ce que j'avais vu et m'expliquaient la fin tragique du conquérant, qui, après avoir été si longtemps la gloire de la France veuve de ses rois, et l'effroi du reste du monde, mourut proscrit, relégué sur un rocher au milieu des mers, à deux mille lieues d'un fils proclamé roi au sortir du sein de sa mère, à deux mille lieues de ceux dont il fut le héros, à deux mille lieues de ceux dont il fut le fléau, et qui n'y laissa de lui qu'un cercueil sur lequel la main de Dieu demeure appesantie.

« Et, pénétré d'une religieuse frayeur, je tombai à genoux et j 'adorai les redoutables décrets de cette justice divine pour qui rien n'est un obstacle, qui brise à son gré les trônes et les sceptres, qui forme et détruit les nations, et donne quand elle veut et comme elle veut, l'empire ou la mort, le diadème ou les fers (i9). »

Croirait-on pas lire une page de la Politique Urée

(18) Ch. X et scq.

Le p. de géramb pèlerin de terre-sainte. (Le Caire, 1833.)

des paroles de VEcrilure Sainte? Et lorsqu'il parle, quelques lignes plus loin (20), « des cadavres de royaumes et de cités qui passent sous ses yeux » tandis que la Bible « sur les lieux, lui racontait les crimes des générations, la brièveté, les misères et le terme de la vie bumaine, et lui montrait toujours subsistant au haut des cieux. Celui qui veut qu'on sache qu'il est le Seigneur, et qui atteint infailliblement par sa justice l'insensé qui dédaigne sa miséricorde », il semble aussi entendre encore Bossuet.

Dix jours après avoir quitté le Caire, les pèlerins aperçurent enfin le Sinaï. « Je mis aussitôt pied à terre, et religieusement prosterné j'adorai de toutes les puissances de mon àme Celui qui y était descendu au milieu du feu pour parler à la maison de Jacob, pour annoncer sa loi aux enfants d'Israël (21).

C'était la fin de la journée et on était encore à six lieues de la montagne sainte. Il fallut faire halte, et le P. de Géramb qui, dans ce voyage comme en Terre Sainte, gardait toujours une Bible à sa portée, passa une partie de la nuit à lire l'Exode. Le lendemain, 25, arrivé enfin aux pieds du fameux monastère de la Transfiguration, ou de Sainte-Catherine, il y était hissé par une corde. On sonnait le souper de la communauté et le P. de Géramb y fut admis pour cette fois. Mais le lendemain commençait le Carême et, les trois premiers jours, on devait jeûner au pain et à l'eau, a Je témoignai l'intention de m 'associer à cette pénitence, mais on ne me le permit pas, et j'avoue à ma honte, ajoute avec sa

(20) Ib. 192.

(21) Exode. XIX.

bonne simplicité le P. de Géramb, que je n'en eus pas beaucoup de regrets. Passer quinze jours dans le désert, boire de la mauvaise eau, supporter des cbaleurs excessives, être mal coucbé, dormir peu, tout cela aurait fatigué un corps plus jeune et plus robuste que le mien ; ajoutez que j'avais les mains et le visage grillés par le soleil (22). »

Le P. de Géramb prit donc quelques jours d'un repos mérité. Il fit bien, car, avoue-t-il encore plus loin, la traversée du désert et surtout la gênante position de ses jambes sur son cbameau, l'avaient tellement fatigué qu'il ne marchait plus a qu'avec une grande peine (28). » Malgré cela, dès le i^^ mars, il voulut monter au sommet du Sinaï, où, bien qu'il lui fallut pour cela quatre heures de marche, il passe trois heures en prières, — c'était toujours l'héroïque et infatigable pèlerin que nous avons déjà admiré en Terre Sainte, — répétant avec ferveur les articles du décalogue que Jéhovah y avait promulgués et s engageant à les observer toujours avec plus de fidélité.

La nuit s 'approchant, le guide et le religieux qui accompagnaient le Père durent l'arracher pour ainsi dire à ce lieu sacré, où il répétait comme Pierre au Thabor : Seigneur il fait bon ici (24).

Les jours suivants sont employés à visiter le Mont Horeb, la grotte d'Elie, le lieu du Buisson ardent, le rocher que Moïse frappa pour en faire jaillir l'eau et qui porte toujours le nom de Meribah, le rocher de la tentation. Puis tous ces endroits, riches de grands

souvenirs, visités, le P. de Géramb le 5 mars quilta le monastère du Sinaï pour reprendre le chemin du Caire, sur son blanc dromadaire.

Il éprouva, nous conte-t-il, quelque chagrin en rendant aux écuries de Méhémet-Ali ce bel animal, dont il fait ce joli portrait :« Mon dromadaire surpassait en vitesse la meilleure jument arabe. Je ne me lassais pas de l'adtaiirer. Une fois, pour hâter sa marche, j'eus la pensée de le frapper, ma main refusa d'obéir- Au moindre accent de ma voix, il pliait les genoux pour que je pusse plus facilement monter ou descendre. Si par hasard je laissais tomber mon mouchoir, mon bréviaire, si la bride m'échappait, il s'arrêtait aussitôt spontanément jusqu'à ce que j'eusse ramassé ou qu'on m'eut remis l'objet tombé. Voulant retourner promptement des bords de la mer Rouge à la caravane, je le pressais plus vivement qu'à l'ordinaire, il tourna la tête vers moi et ifie regarda en poussant un léger cri, comme pour m 'avertir que nous avions encore une longue course à faire, et que si je le faisais marcher si vite, il lui serait impossible de me ramener à ma destination.

« Soir et matin, quand nos chameaux étaient groupés autour de notre caravane, je me plaisais à les visiter, à les caresser ; mais je revenais toujours de préférence à mon blanc dromadaire qui couchait à la porte de ma tente. Je ne confiais à nul autre le soin de nourrir ce fidèle compagnon de mon pèlerinage. C'était moi qui lui offrais de temps en temps de ces fèves que j'avais emportées exprès pour lui ; il connaissait ma voix et paraissait me comprendre ; j'avais pour lui des attentions particulières, il les remarquait et s'y montrait sensible. Quoiqu'il

2aO GENERAL ET TRAPPISTE

pût supporter la soif beaucoup plus longtemps que moi, Je partageais souvent mon eau avec lui, sans trop m 'inquiéter de la difficulté de m'en procurer une nouvelle provision ; il buvait en me regardant avec des yeux dans lesquels je croyais démêler une sorte de reconnaissance. Je l'ai quitté... avec regret, parce qu'aucun animal ne m'a rappelé et ne me rappellera jamais plus fortement la bonté infinie de Dieu pour l'homme, cette bonté que le philosophe sans foi^ sans espérance, sans charité, attribue stupidement à la nature (25). »

A son retour du Sinaï, le P. de Géramb croyait bien son voyage fini, « l'objet essentiel de son pèlerinage était rempli », comme il dit. Il faisait ses préparatifs de retour en Europe, lorsque l'aimable invitation d'un gentilhomme français, le comte d'Estournel, le décida à visiter avec lui la Haute- Egypte. « J'hésitai d'abord, écrit-il (26). Pèlerin, religieux, ne pouvant à mon âge jeter un regard sur l'avenir sans penser à la nécessité de profiter du peu de temps que m'est réservé dans le secret de la Providence pour me préparer à un autre voyage dont le succès, tout autrement important, peut seul m'assurer la félicité à laquelle j'espère, je n'entrevoyais dans ma participation au projet auquel on me fai-

(25) III, 268. — Le p. de Géramb fait, ici allusion à Volney dont il venait de citer un passage sur le chameau. Sur la vue 'du Sinaï qui est en tête du 3' volume du Pèlerinage, le P. de Géramb est représenté sur son dromadaire en tête de la caravane.

(26) M d'Estournel fit à ce moment un portrait du Père (JrCnée, p. 465) qui est vraisemblablement celui qui fut gravé au Caiie et dont nous donnons ci-contre la reproduction.

LE PÈRE DE GÉRAMB 25l

sait l'honneur de vouloir m 'associer que la satisfaction d'une curiosité très raisonnable en elle-même sans doute, mais peut-être moins légitime pour moi que pour ceux qui n'ont pas entièrement rompu avec le monde et ne lui ont pas dit un éternel adieu. » On sent qu'il avait hâte de retrouver la solitude de son monastère. Mais ses scrupules furent levés lorsque M. d'Estournel lui eut rappelé les glorieux souvenirs chrétiens de la Thébaïde et de ses illustres anachorètes. Il put ainsi visiter les déserts u où vécurent dans le jeûne, la mortification, dans les austérités de la plus rude pénitence, les Paul, les Hilarion, les Macaire, les Pacôme et leurs inombrables disciples. (( J'ai pénétré, dit-il, dans quelques-unes de ces grottes creusées çà et là, les unes par la nature, les autres par les mains des solitaires et qui furent pour eux autant de cellules. J'ai contemplé, avec une satisfaction mêlée de tristesse, ces débris de monastères, d'antiques églises, et surtout ces sables arides, ces rochers, vaste théâtre où des milliers de chrétiens allèrent consacrer à la méditation des choses célestes les longues années de leur vie, prier Dieu, faire la guerre à leurs penchants, purifier leur cœur et donner , au peuple le plus superstitieux de la terre, le spectacle merveilleux des sacrifices et des vertus que la vraie religion peut inspirer (27). »

Au Caire, à son retour, le P. de Géramb eut la consolation de trouver, qui l'y attendaient, des nouvelles de la plupart des membres de sa famille : lettres de Lyon, d'Autriche, de Hongrie, tout était arrivé à la fois. « Le temps qu'il mit à répondre à

cette correspondance ne fut pas le moins cher à son cœur, et quoiqu'il n'en parle pas, nous le connaissons assez pour prendre sur nous la responsabilité d'une telle affirmation sans crainte de démenti », écrit le P. Irénée à qui nous empruntons ce détail (28). Et il ajoute : « L'affection qu'il portait à ses enfants, à son frère, à ses sœurs et au reste de sa parenté, était si vive, si pleine d'inquiétudes et de soucis qu'elle a fait, pour ainsi dire, le tourment de sa vie. » Et ici remarquons combien il lui eut été facile de revenir en Suisse par Trieste (29) et l'Autriche afin d'y revoir les siens. « Mais, continue le P. Irénée, s'il tenait à recevoir souvent de leurs nouvelles, en revanche il craignait leur contact ; il avait peur, cet homme si fidèle à ses devoirs et à ses engagements religieux, que près d'eux la nature ne trahit l'œuvre de la grâce, et que la tendresse qu'il se sentait pour les siens n'usurpât dans son cœur la place de Dieu. Voilà pourquoi, malgré tous les moyens qu'il en avait, et toutes les sollicitations qui lui en furent faites, à différentes reprises, il se refusa toujours à un voyage en Autriche, afin d'y voir, ne fût-ce qu'un jour, et d'y embrasser, ne fûtce qu'une seconde, ceux qui lui étaient unis par les liens du sang. On dirait qu'il a rompu avec tous les membres de sa famille. Mais qu'on dépouille sa correspondance privée, qu'on lise ses lettres intimes, et à la première page qui passera sous les yeux, on sentira les chauds battements de ce bon, de ce grand

(29) D'autant plus facile, ajoutons-nous, qu'à ce mon;ent même, un de ses amis, le commandant de Prokesch, s'embarquai't à Alexandrie pour Trieste sur un brick autrichien. (111, 298).

cœur de père qui, placé entre les exigences de son ^tat et les devoirs de la paternité, a l'héroïque courage de sacrifier à sa soif d'expiation, les droits de la nature (3o). »

Pendant qu'il attendait à Alexandrie une occasion de passer- à Malte, le vice-roi était revenu dans cette ville. Le P. de Géramb crut devoir lui Taire une dernière visite. « La renommée lui avait déjà parlé de mon crocodile et de ma momie (3i) : il en fit un instant le sujet de la conversation, ce Altesse, lui dis-je en riant, je suis persuadé qu'au retour de l'Egypte, on ne saurait décemment se présenter en Europe sans avoir dans une main un crocodile, dans l'autre une momie. » Cette petite plaisanterie l'amusa beaucoup. »

Le 5 juillet, le brigantin maltais le Coradino emportait le P. de Géramb, son crocodile et sa momie.

A Malte où le bateau arriva trente jours après, le P. de Géramb fut reçu avec beaucoup d'honneurs par l'évêque ^t le consul d'Autriche. Il eut la joie de trouver d'anciennes connaissances : le général Ponsombi qu'il avait connu en Espagne (Sa), et qui était gouverneur de l'île (33); et M. Frère, autrefois ambassadeur d'Angleterre aussi en Espagne. Mais ce qui lui causa encore plus de plaisir, ce fut de rece-

(31) « Une superbe momie » dii-il. Je ne sais d'où elle venait. Le crocodile, de 9 pieds de long, lui avait été donné par le vice-consul de France qui l'avait tué lui-même dans la Haute- Egypte. (III, 278.)

(32) Cf. p. 45.

(33) Il avait eu comme prédécesseur dans cette charge, le marquis d'Hastings, (lord Moira) qui était aussi, on se le rappelle, un ami du P. de Géramb. (III, 322.)

voir des lettres lui donnant des nouvelles de son^ cher monastère du Mont-des-Olives et lui annonçant que les religieux y étaient rentrés. Aussitôt, renonçant à son dessein de passer par Ronie pour aller (( y déposer aux pieds du Souverain Pontife le double tribut de sa vénération et de sa vive reconnaissance pour la bonté touchante avec laquelle il avait accueilli sa demande de pèlerinage et la haute protection dont il l'avait honoré auprès de tous les prélats ou supérieurs de couvents qu'il avait rencontrés sur sa route (34) », aussitôt, disons-nous, il se décida à rentrer, par le plus court chemin, rejoindre ses frères d'Oelenberg.

Au moment de se rendre au port rejoindre le brick anglais qui devait le transporter à Marseille et oii étaient déjà ses bagages, grande surprise! il se trouve, sur le seuil même du Couvent des Carmes oii il avait logé pendant son séjour à Malte, (( en face de deux dames qui semblaient vouloir lui barrer le passage. Il les regarde, continue le P. Irénée (35), un cri d'étonnement et presque de stupeur s'échappe de sa poitrine... C'étaient sa sœur et sa fille (36), qui se jettent aussitôt à son cou, l'enlacent dans leurs bras et l'inondent de leurs larmes... Le pauvre Père que l'émotion étouffe, mêle ses sanglots aux leurs, et peut à peine articuler quelques mots. Deux ou trois religieux, témoins de cette scène, font entrer les dames dans une pièce réservée aux personnes de leur sexe, et pendant qu'elles se débarrassent de leurs costumes de voyage, le P. de Géramb s'échappe et

m) p. Irénée, p. 476.

(35) Ibid., p. 470.

(36) La baronne de Rieger, et MeUe Eugénie de Géramb.

disparaît. Cinq minutes, dix minutes s'écoulent, sans qu'on puisse savoir ce qu'il est devenu. On le cherche dans la maison, mais personne ne l'y a vu; on court au port, dans la pensée que peut-être il s'y sera rendu pour contremander son départ ; mais là un employé du consulat d'Autriche qui l'avait vu partir, étendant la main vers la mer, leur montre au large le brick qui l'emportait...

(( Trait d'héroïsme, conclut le P. Irénée (87), comme l'histoire des Saints en offre des exemples ; acte sublime d'un homme assez fort, assez généreux, assez maître de lui pour faire don à Dieu de ce qu'après son saint amour, il y a de plus pur, de plus grand dans le cœur de l'homme, l'amour de la famille. »

(37) Ib., 471,

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