‹ Général et TrappisteChapitre 29 sur 44 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Il padre Geramh sara cardinale. — L<?s deux Papes. — La voiture, l'âne et le domestique du Père. — A Albano. Les promenades au bras de Grégoire XVI. — Les affaires du Procureur. Le passe- port poxu: l'enfer. La fête du Sacré-Cœur. Les deux Congrégations de la Trappe. — Le cierge de la Chandeleur. — Mort du Pape. — > Maladie et mort du P. de Géramb. — Ses vertus.

Arrivé à Rome au printemps de cette année i84i, le P. de Géramb n'eut rien de plus pressé que d'aller voir le Pape. Grégoire XVI qui avait hâte dé le retrouver, le retint auprès de lui près d'une heure (i). Décidément, — s'il m'est permis de me servir de cette expression en parlant de la plus haute autorité qui soit au monde, — ils étaient devenus une paire d'amis. A Rome, <( en plein régime de l'étiquette » le Saint Père ne pouvait rendre ses visites, comme il le faisait l'été à la campagne ; mais

(1) C'est le P. de Géramb qui nous l'apprend lui-même dans une lettre du 3 avril 1841 à M. La Sausse : « Le Saint- Père m'a reçu avec une bonté inexprimable... Je suis resté près d'une heure avec ce Père des fidèles qui jouit d'une san,té tout extraordinaire. — Il m'a assuré ne s'être jamais mieux porté et avoir la même vigueur qu'il avait à 20 ans. J'en bénis Je Seigneur. »

LE PERE DE GÉRAMB SlQ

le P. de Géramb, à raison de sa charge, avait mille bonnes raisons pour aller au Quirinal (2) ou au Va tican, et il était toujours bien reçu par le Pape.

(( Nul ne se montrait plus expansif que Grégoire XVI, dit à 06 propos le P. Irénée (3), lorsqu'il s'agissait des intérêts de la foi ou de son épanouissement dans' le monde, et qu'il a\ait sous la main une âme qui fit écho à la sienne. Avec les qualités que nous lui connaissons, le P. de Géramb était bien le confident qu'il lui fallait. Même impatience du salut des âmes, même soif de la gloire de Dieu... C'est ce qui explique l'affection singulière qu'ils se sentirent l'un pour l'autre, et qui ne se démentit jamais. »

Aussi s'attendait-on, à Rome et même en France (4), à voir un jour le P. de Géramb élevé à la dignité suprême du cardinalat. Le peuple qui connaissait l'affection du Pape pour lui, disait souvent en le voyant aller au Vatican : Il padre Géramb sara cardinale. Et, on l'a vu plus haut, à Vichy, une bonne femme s'était écrié : Il est le premier après le Pape. Bien mieux, un jeune prêtre en le voyant un jour au Quirinal avec son grand habit blanc au milieu de plusieurs cardinaux, l'avait pris pour le Pape et s'était jeté à ses pieds : ce qui avait beaucoup diverti Grégoire XVI qui avait dit : i^ Nous sommes deux papes à présent : Il padre Géramb, ed io (5). »

(2) Avant la main-mise sur Rome du gouvernement itaUen, les Papes résidaient tout aussi bien au Quirinal (aujourd'hui palais royal) qu'au Vatican.

(4) Il en est gue&tion dans l'article que nous avons souvent cité de la Biographie du Clergé contcmpoimn paru en 1841. (Page 23 de ma copie.)

(5) Biographie du Clergé contemporain, p. 36.

Au moyen-âge sans doute, le P. de Géramb fut devenu, malgré les résistances de son humilité (6)^ et cardinal, et peut-être même pape. Il ne devait être ni l'un ni l'autre; mais mieux encore puisqu'il fut un vrai saint, très original sans doute, très différent du moule ordinaire, luttant toujours contre ses défauts naturels sans réussir à s'en débarrasser complètement ; mais ce phénomène n'est pas imique dans la vie des saints, et ne sont-ce pas ceux-là qui, pauvres gens que nous sommes, nous attirent le plus, car nous leur ressemblons davantage?

Dans cette première audience accordée au P. de Géramb à son retour de France, le Saint Père l'avait félicité du rétablissement de sa santé. Hélas ! peu de semaines s'écoulaient et l'on vit le Père s'acheminer péniblement vers le Quirinal, ayant en poche sa démission de procureur général de la Trappe. « Eh I pourquoi, lui dit le Pape », tout allarmé à l'idée qu'il aurait à perdre le voisinage de son bon ami. «C'est que, Très Saint Père, mes jambes^ mes malheureuses jambes à certains jours me refusent lec.ir service, je ne puis donc plus remplir tous les devoirs de ma charge. — Mais, lui répondit le Pape; en souriant, lorsqu'on ne peut plus faire ses courses à pied, on les fait en voiture. »

Ce conseil de Grégoire XVI (7) tranchait en effet

(6) J'incline à croire que là fut l'obstacle, et que Grégoire XVI n'obtint pas de la vertu du P. de Géramb qu'il acceptât d'être cardinal.

(7) II faut insister sur ce fait que le P. de Géramb ne prit ce parti d'avoir une voiture que sur l'avis formel du Pape. Car on lui reprocha vivement la chose « surtout au sein des communautés religieuses » dit le P. Irénée.

Seulement il faut convenir qu'à cette occasion, le gentlemin reparut un peu trop : son tilbury était de la dernière élégance.

la difficulté. Restait celle cependant de faire l'acquisition d'un cheval et d'une voiture. Le P. de Géramb écrivit aussitôt à sa fille « lui représentant qu'ayant six chevaux dans son écurie la piété filiale lui faisait un devoir d'en céder deux, au moins un, à son père qui, vieux et infii-me, ne pouvait plus se servir de ses jambes. Mme de Latinovich comprit et envoya de quoi couvrir largement les frais que nécessiteraient l'achat de l'équipage. » Le Père eut même de quoi, du surplus de la somme, faire l'acquisition d'un âne destiné à porter les gros paquets et les provisions du marché.

Il fallait en outre un domestique. Le vénérable \incent Palloti (8) lui procura un excellent jeune homme, Vincenzio Andrielli, qui devait lui rendre de grands services et lui rester fidèle jusqu'à la mort. En outre, pour le bourriquet, un petit garçon lui fut adjoint. «Tous deux étaient pieux, intelligents, d'un caractère facile, et s'habituèrent vite aux habitudes du Père, aux bizarreries de son humeur. » Au bout de peu de temps, ils connaissaient si bien le bon cœur de leur maître que, ajoute le P. Irénée. (( ses colères les plus terribles glissaient sur eux comme sur une toile cirée. » Ra\d des bonnes dispositions de ses deux serviteurs, le Père eut alors ridée originale, saugrenue même oserai-je dire-

le cheval fringant, &t 11 le menait lui-même soigneusement ganté. « Nous croyons qu'en abandonnant ce soin à son domestique, dit le P. Irénée lui-même, sa dignité n'y aurait rien perdu, et que sans doute les vertus de simplicité et d'humilité dont 11 faisait profession, y auraient grandemen.t gagné. (P. 572.)

(8) Ce grand serviteur de Dieu (1795-1850), fondateur de la Congrégation qui porte son nom a été héatifié depuis.

Le P. de Géramb, on le voit encore ici, choisissait bien ses amis.

d'organiser sa maison en petite communauté de la Trappe : le vendredi Vincenzo et le petit gars auraient à faire la coulpe, et à certaines heures on garderait un silence rigoureux. Mais le chapitre dégénérait habituellement en séances de fou rire ; et le moyen de se taire, même une heure durant, avec un maître qui parlait tout le jour (9) ! Le Père n'insista pas et ne leur demanda plus que de bien soigner le che val et l'ânon.

La villégiature que se choisit cette année le P. de Géramb fut, non plus Frascati, mais Albano, et il y devait rester fidèle jusqu'à la fin. Peu même s'en fallut, nous le verrons bientôt, qu'il n'y mourût ! Albano eut sa préférence non autant à cause de la pureté de l'air qu'on y respire et du charme et de la beauté des sites qu'à cause du voisinage de Castel- Gandolfo, résidence d'été du Pape, dont Albano n'est séparé que par une large avenue, bordée des deux côtés d'arbres magnifiques plus que deux fois séculaires. Le Père avait trouvé chez les Franciscains qui y avaient un vaste monastère, non seulement place pour lui, mais encore pour ses deux domestiques, le cheval et le bourriquet.

A Albano c'était une, même deux fois par semaine que les deux amis se rencontraient dans la belle avenue dont nous venons de parler. Dès que Grégoire XVI voyait le P. de Géramb il se détachait de sa suite, allait à lui et, le prenant par le bras, s'entretenait familièrement avec lui. Un jour en le reconduisant à son couvent, il voulut de nouveau visiter

(9) Tous ces amusants détails intimes ont été fournis au P. Irénée par le brave Andrielli lui-même.

l'installation du Père: la chambre à coucher, le salon, la cuisine, l'endroit où couchait Vincenzio, l'écurie. Le petit âne fixa surtout son attention. Et il y avait de quoi, s'il faut en croire la chronique, car « il eut été difficile de trouver, si ce n'est au Caire ou à Tripoli(io), une bête qui eût une tête plus intéressante, deux grands ye^ix plus expressifs et des formes plus gracieuses. « Comment lappelez-vous », dit l'aimable Pontife. — « Bijou, très Saint Père. — Bien nommé, mais d'où vient-il .î> — Des Marches. — Vous entendez, dit alors le Pape à un des cardinaux présents, avec son sourire malin, il est de votre pays. » Et tout le monde d'éclater de rire, sauf peut-être... le compatriote du baudet.

Le voisinage de Castel-Gandolfo valait au P. de Géramb la visite de la plupart des personnages qui se rendaient chez le Pape. C'était un jour, le célèbre cardinal Pacca qui l'affectionnait beaucoup et l'emmenait quelque fois dîner avec lui à Frascati ; une autre fois l'alsacien Mgr Level, supérieur de Saint- Louis-des-Français ; ou encore le P. Vaures, ce saint religieux qui plus tard devait rendre au successeur de Grégoire XVI de si importants services. C'était plus souvent encore le jeune ami de cœur du P. de Géramb Mgr Acton, qu'il allait avoir la grande joie de voir élevé au cardinalat, et chez lequel dans sa villa de Monte-FoTzio il devait rester une année pendant tout un été (il).

(10) Cf. p. 233.

(11) Lorsque Mgr Acton devint cardinal, en 1843, le P. de Géramb se chargea de faire venir de Lyon, par l'obligeant intermédiaire de M. La Sausse, les étoffes de moire rouge et violette qui étaient nécessaires et qu'il demandait « de la plus grande beauté et parfaitement, ondées. »

Les villégiatures du P. de Géramb nécessitées par son état de santé et aussi par la clialeur de l'été à Rome où, du reste, pendant ce temps, toutes les affaires chôment, ne nuisaient aucunement à l'accomplissement des devoirs de sa charge de procureur. Rien, par sa faute du moins, ne restait en souf- • franoe, et il fallait, ainsi en devait témoigner plus tard le bon Vincenzio, il fallait qu'il fût bien malade pour laisser une lettre ou même un simple billet sans réponse, et expédier sans désemparer les affaires dont on le chargeait.

Dans certains cas cependant, mais à dessein, le P. de Géramb ne se pressait pas. C'est lorsqu'il avait à faire les démarches nécessaires pour la sécularisation d'un religieux. (( Tout en plaignant du fond de mon âme le pauvre frère qui est assez malheureux pour ne pas sentir le bonheur de la vie monastique et qui demande à être sécularisé, écrivait-il un jour (12), je ne manquerai pas, tout en priant pour lui, de lui rendre ce mauvais service et dont d'avance je me lave les mains. » Tout cela demande des larmes de sang w, écrivait-il dans une circonstance analogue au P. Abbé d'Oelenberg, bien que cette fois il fut question d'un pauvre moine révolté qui était venu jusqu'à Rome, protégé par son évêque, pour agir contre ses supérieurs. « C'est, selon moi, écrit le P. de Géramb, un tripoteur qui, après quatre années de profession, a perdu l'esprit de son état. Il a près de soixante ans, est deux fois aussi gros que moi, possède beaucoup d'esprit (le diable en a aussi) et cherche maintenant à se faire séculariser. Je l'ai vu une

(12) Lettre du 10 avril 1847.

fois et ai promis de le protéger, quant à la sécularisation. On le regardait à la Grande Trappe, la première année, comme un saint ! Il avait le don des larmes !... Cela a bien changé ! »

Ordinairement ces démarches étaient très douloureuses pour lui. (( En voilà encore un qui court à sa perte, écrivait-il dans une de ces occasions. Quel mal lui avez-vous fait, ô mon Dieu, pour qu'il renonce à votre service.»^ Malheureux que je suis ! Fautil donc que je sois condamné à prêter mon concours à une démarche si funeste pour le solliciteur ! »

Ces douloureuses exclamations rappellent qu'un jour, étant hôtelier à la Trappe du Port-du-Salut, il courut à la poursuite d'un pauvre frère qui sortait du couvent pour retourner dans le siècle, se jeta ik ses pieds qu'il arrosait de ses larmes, le conjurant par les motifs les plus pressants d'avoir pitié de son âme et de revenir sur ses pas.

Aussi était-ce en gémissant et comme accablé d'un lourd fardeau qu'il présentait au Souverain Pontife les requêtes de ces malheureux apostats, et Grégoire XVI qui lui aussi avait à cet égard les mêmes sentiments que le P. de Géramb disait en lui remet-, tant la fatale cédule : « Tenez, mon cher Père, voilà un passe-port pour l'enfer (i3). »

Une plus consolante négociation dont il fut chargé par le chapitre général de i845, par l'intermédiaire du R. P. Abbé du Port-du-Salut, fut d'obtenir pour les maisons de la Trappe, l'autorisation de célébrer

(13) P. Irénée, p. 583.

la fête du Sacré-Cœur (i4). Le bref qui accordait cette faveur fut transmis aussitôt par le P. de Géramb, qui, de sa villégiature de Castel-Gandolfo n'avait cessé de presser ses correspondants romains de l'obtenir (i5).

Rappelons à ce propos la grande dévotion du Père pour le Sacré-Cœur : dans les dernières années de sa vie il terminait habituellement ses lettres par une invocation au Cœur de Jésus et souvent aussi au très pur Cœur de Marie.

Mais l'affaire la plus importante qui se traita à Rome pendant que le P. de Géramb était procureur de la Trappe fut celle de la séparation de la Congrégation en deux observances distinctes. Des difficultés de plus d'un genre étaient survenues, qu'il serait trop long de rapporter ici, et partageaient les esprits. On adressa, de part et d'autre, des pétitions en cour de Rome. L'affaire commencée en i844 exigea une longue procédure, pendant laquelle le P. de Géramb se trouva obligé, par les devoirs de sa charge, de présenter indifféremment les sollicitations des deux parties adverses. La position était singulièrement délicate. Il appartenait à l'observance du saint abbé de Rancé. « Je suis enfant de Rancé, écrivait-

(14) A ce propos me permettra-t-on, en qualité d'ancien ora^lorien et d'ancien vicaire général de Langres, de dire, ce cfue beaucoup ignorent, même à l'Oratoire, que l'autorisation de célébrer la î)rcmièrc messe en l'honneur du Sacré-Cœur fut donnée par le P. Amat, oratorien et vicaire général de Langres, à la prière de la Supérieure de . la Visitation de Dijon qui faisait partie alors encore du diocèse de Langres.

(15) Lettres de Mgr Corboli Bussi du 24 mai 1846. (Archives du Port-du-Salut.)

il (16), je mourrai avec ce cher titre (17), et dans toutes les occasions je saurai prouver aux maisons de notre saint Réformateur que je leur appartiens par mille et mille titres. » Cependant, admirable ,de prudence et d'impartialité, il servit avec autant de fidélité l'autre observance, a C'est, atteste le P. Irénée (18) j le témoignage que lui ont rendu tous ceux qui ont été dans le cas d'observer son attitude. » « La conduite que j'ai tenue, que je tiens encore et que je tiendrai toujours dans ce triste démêlé, écrivait-il à l'abbé du Port-du-Salut (i9), est celle que m'a dictée la Religion, ma conscience, l'honneur et la prudence, conduite approuvée par Sa Sainteté, par le cardinal Protecteur (20), et par des personnes éminentes en piété et en dignité, conduite qui seule me mettait dans la possibilité de vous être utile et de vous rendre les services que j'ai été assez heureux de vous rendre comme vous le saurez un jour. Non, non, et mille fois non, jamais le respect humain ne m'a fermé la bouche ; jamais, au grand jamais, la crainte de déplaire à qui que ce soit ne m'a rendu timide ; jamais au lieu de m 'élever contre le mal je me suis contenté d'en gémir ; jamais je ne me suis tii oiî il fallait parler, et jamais je n'ai dissimulé où il fallait agir :

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

(16) Lettre de juin 1845.

(17) Qu'il mit même sur ses cartes de visites. — Comme le lui écrivait un jour un prélat romain, son histoire a plus d'un rapport avec celle du grand réformateur de Citeaux, dont pendant toute sa vie il s'était efforcé de suivre les admirables exemples.

(18) Chapitre VIII, non paginé et non terminé.

(19) Lettre du 1er juillet 1845.

(20) Le cardinal Lambruschini.

Personnellement, le P. de Géramb regrettait cette scission dans l'Ordre- « Vous aurez, mon T. R. P. Abb^', disait-il dans cette même lettre,, ce que vous désiriez, surtout le R. P. Abbé dom Pierre (21), c'est-à-dire une séparation très probable, séparation que Je dois vous avouer, ne sachant pas plus cacher un sentiment que j'éprouve que feindre un sentiment que je n'éprouve pas (22), séparation dis-je, que je n'approuve aucunement, croyant qu'elle ne peut pas être agréable à Dieu, et qu'elle est encore humainement impolitique. »

Dès le début de cette douloureuse négociation, deux abbés de la Réforme rancéenne, celui précisément à qui était adressé la lettre que nous venons de citer, et l'abbé de la Trappe du Gard (23), étaient venus à Rome, pour plaider leur cause. Lors de leur première audience, Grégoire XVI leur dit tout d'abord : « Avez -vous vu le P. de Géramb? — Oui^ très Saint Père, cela a été notre première visite. — Bien, bien, exposez-lui votre affaire ; il la conduira, à bonne fin. » Puis le pontife ajouta ces mots : 0 virum fide plénum, et amore divino succensum!

Paroles qui constituent assurément un bel éloge, sortant de la bouche du Vicaire de Jésus-Christ.

De leur côté les Lestrangistes ou les Âugustiniens (2A) comme les appelle le P. de Géramb, avaient délégué à Rome l'abbé de Belle fontaine, Dom Fulgence. Bientôt, toutes les parties entendues, on

(21) L'abbé du Mont-des-Olives, Dom Pierre Klausener.

(22) Comme cette phrase pein.t bien la nature loyale du P. de Géramb !

(23) Tranférée en 1845 à Sept-Fons, on l'a déjà dit.

(24) Les Trappistes qui suivaient les règles de Dom Augustin; de Lestraiige.

tomba d'accord sur le principe : il y aurait deux Congrégations distinctes avec deux vicaires généraux et gardant chacune son observance. Cet accord des deux parlies intéressées écartait la principale difficulté. Cependant les Cardinaux chargés de l'examen de l'affaire restaient partagés : les cardinaux Lambruschini, Polidori, Acton ne cachaient pas leur sympathie pour les Rancéens. ((Je nourris depuisbien des années, écrivait le prenaier au P. de Géramb (25), une singulière dévotion et une affection particulière pour la Réforme du vénérable abbé de Rancé. Arrivé à un âge mûr, par goût et par expérience ,et par conviction, j'aime les vieilles institutions que je préfère aux nouvelles. » Mais au point où en étaient arrivés les choses, la séparation, lœ coupure, comme disait le cardinal Lambruschini, devenait désirable, et le P. de Géramb avait fini par se ranger à cet avis. Il pouvait l'annoncer à l'abbé du Port-du-Salut, lui citant « dans toute la siniplieité de son cœur )) un mot du cardinal Polidori convenant que l'heureuse et entière réussite de l'affaire était surtout due à l'empressement du R. P. Procureur général (26).

Les négociations, arrêtées sans doute par la moTt du Souverain Pontife, dont il sera t'ait mention bientôt, durèrent encore toute une année, et ce ne seraqu'en 1847 (27) que (Pie IX donna le décret partageant les monastères de Trappistes en deux Congrégations distinctes, celle de Belgique forniant en

(25) La lettre originale du («irainal L.i ubruschini, que j'ai sous les yeux, est en italien. Je la cite d';;i'i'ès la traduction du P. de Géramb. (27 août 1846.)

(26) Lettre (en italien) du 12 août I8.i6

(27) Le P. de Géramb tint à l'annoncer tout de suite, le 4 mars, à celui qu'il regardait iloujours Cvmme son supérieur^

33o GÉNÉRAL ET TRAPPISTE

outre un petit organisme distinct, ix)ur des raisons de nationalité, mais restant fidèle à la réforme de l'abbé de Rancé (28).

Parmi les prérogatives des procureurs d'ordre religieux à Rome, il y a celle d'offrir tous les ans, au Souverain Pontife, un cierge à la Chandeleur. La cérémonie se passe au Vatican : le Pape, assis sur son trône et entouré de cardinaux, bénit les cierges et les reçoit ensuite, un à un, de la main de chaque Procureur (29). On parla longtemps encore après sa mort, du mal que se donnait le P. de Géramb en cette circonstance. Il commandait un cierge monumental, le faisait orner avec tout le luxe possible. Lui-même l'agrémentait de dessins de sa façon, alternant avec des distiques latins en l'honneur du Pape qu'il avait soin ensuite de faire imprimer à part pour les distribuer à ses amis. De mémoire d'homme on n'avait rien vu de pareil, et lorsque le Père se montrait sur le seuil de la salle de réception, avec en main sa flèche de cathédrale qu'il portait fièrement, avec une secrète petite satisfaction de vanité ,les applaudissements et les rires éclataient. « Le Pape riait plus cordialement que les autres, et prenant le cierge des deux mains, il passait un long temps '•.

l'abbé d'Oelenberg. « J'ai eu à lutter pemlant plus de deux ans et demi avec les Lestrangistcs et en dernier lieu avec quatre abbés de leur ordre. Moi seul, malade et boiteux, je leur ai livré bataille à outrance, et je le dis dans la simplicité de mon cœur, notre Congrégation me doit des prières. »

(28) Aujourd'hui, comme l'on sait, l'union des Congrégations de Trappistes a de nouveau été faite, sous le pontificat de Léon XIII, en 1892.

(29) Pour en faire ensuite cadeau à des personnes qu'il veut honorer. Nous avons vu qu'il en envoya un, en 1838, à la reine des Français, Marie-Amélie, et que ce fut précisément le P. de Géramb qui avait été chargé de le présenter.

hU PÈRE DE GÉRAMB 33 ï

l'examiner et à admirer la finesse du travail, la délicatesse des peintures (3o). » En iS/jo (3i), le cierge du P. de Géramb portait deux vers dont voici' quel était le sens : « Puissiez-vous vivre autant d'années qu'il y a de gouttes de cire dans ce cierge. — A condition, P. de Géramb, lui dit aussitôt le Pape, que vous viendrez me le présenter chaque année jusqu'à la fin. » Dès i8Zj5 cependant, le cierge monumental faillit manquer : le P. de Géramb avait été très malade tout l'hiver, et il dut faire un effort pour ne pas manquer la cérémonie du 2 février. Grégoire XVI avait sans doute appris le triste état de son vieil ami et celui-ci portait sur sa figure les traces de la maladie. Aussi lorsqu'il le vit arriver, l'appela-t-il aussitôt et le fit asseoir auprès de lui, « chose inouïe et qui fit une profonde sensation », raconta peu après le P. de Géramb, dans une lettre (32) à l'abbé du Port-du-Salut. Et dans une lettre à sa sœur (33)^ Mme de Rieger, il ajoutait ces détails. « Assis à côté de Sa Sainteté, je la touchais, et pendant toute la cérémonie, elle n'a fait que me parler (3/i). Je croyais être dans un délire de fièvre, en me voyant assis à côté du Souverain Pontife... Après la cérémonie qui a duré plus d'une heure, le Pape m'a fait

(30) P. Irénéc, p. 579.

(31) Nous trouvons ce détail dans la Biographie du clergt contemporain, p. /j2.

(32) Du 20 juillet 1845.

(33) Qui transmit ces détails à M. Julien Lasausse dans une lettre du 22 février 1845.

^34) « Le Pape me demanda à l'o-reille, raconte le Père dans cette môme lettre à Dom François d'Assise, où était l'autre abbé de la Trappe, je lui répondis en rian.t : Saint Père, ce bon nbbé est d'une toilette si négligée, que j'aurais eu honte de le produire dnns une semblable circonstance. » Il s'agit de Dom Fulgence que les adversaires des Rancéens avaient chargé deles représenter à Rome. '

entrer dans son apparteiment, et là, me serrant sut son cœur, il m'a témoigné combien il était heureux de me revoir, et combien il avait cr; ;nt pour mes JOTirs qui avaienf été en si grand dai ger. — J'envoyais, a-t-il ajouté, tous les jours pnur savoir de vos nouvelles. »

Hélas ! celui des deux amis qui dev it le premier disparaître de ce mionde ne fut pas le P. de Géramb, mais bien le Souverain Pontil". Le i®"" juin 1846 fut le dernier jouT de la vie de Grégoire XVI dont la fermeté, la constance et la sa; '^sse qu'il déploya au milieu de circonstances difficHes assureront un nom dans l'histoire. Une courte m.-ladie avait eu raison de sa robuste vieillesse. On de^ "-le quelle dut être la douleur du R. P. de Géramb.

Nous n'avons malheureusement trou é ni lettre ni autre document où il exprimât la profi ndeur de son deuil (35).

Accablé par ce coup que rien ne t de plus en plus éprouvé par la maladie saigné de tous les côtés et suis cou\ toires, » écrivait -il le 3 avril, à Dom ] sise (36), le P. de Géramb n'allait pa coup à rejoindre le vénéré Pontife d; . du bon Dieu.

La mort du dernier fils qui lui rf

sait prévoir, — « j'ai été ^t de vésica- •ançois d'Astarder beau- 's le paradis

tait, tué en

(35) Le successeur de Orégoire XVI, qui fut Pii 'X, comme l'on sait, honora aussi lo p. de Géramb de sa bù -eillance. Mais il eut à peine le te-ups de le connaître.

On conserve préciousement à Oelenberg uii' alotte et une mule de Grégoire XVI gui furent vraisembla! nent envoyées ■par le P. de Géramb.

136) L'abbé du Port-du-Salut.

Hongrie comme nous l'avons dit plus haut (37), ■dans un combat contre les révolutionnaires, au moment où il allait, comme son père, êlae nommé chambellan de l'Empereur (38), acheva de l'accabler. Pour ne pas s'exposer à être insulté dans les rues de Rome, troublées aussi par la Révolution de 18A8 (39), le P. de Géramb était retourné à Albano au commencement de février. Bientôt son mal s'aggrava. Son bon Vincenzio accourut et lui dit (Zio) : « Ici vous manquez de tout, médecins et soins. Retournons à Rome où nous avons tout. Je vais vous y mener, en deux heures, dans une voiture fermée. » Ainsi fit-on. Dans son logis habituel de la Madeleine, le Père se trouva d'abord mieux. Mais bientôt la maladie reprit son cours, et il comprit que c'était la fin qui approchait. Il demanda à se voir dans un miroir et dit : « J'en ai pour très peu de temps », et il fit à Vincenzio la recommandation de lui mettre, après sa mort, la coule qu'il tenait en réserve à cet effet et qui avait reposé sur le saint Sépulcre à Jérusalem.

Lui aussi, allait recevoir la mort comme une vieille amie. N'avait-il pas, depuis son entrée à la Trappe, toujours vécu avec la pensée de la mort, ne s'en était-il pas constamment occupé, dans ses méditations, ses écrits, ses lettres, durant tout toute sii vie religieuse? N'était-il pas aussi détaché de tout,

(37) Ch. IV, p. 2.

(38) C'est le P. de Géramb qui donne ce détail dans une lettre à M. J. Lasausse.

Ne devait donc, de ses cinq enfants, lui survivre que Madame Latinowich.

(39) On sait que Pie IX avait dû s'enfuir de sa capitale.

(40) Rappelons que le P. I renée eut tous ces détails de Vincenzio lui-même.

et, selon le beau mot de sainl Augustin, sitiens- Deum?

Les Camilliens, chez qui il avait son logis, le soignèrent avec beaucoup de charité- Leur vocation spéciale n'est-elle pas d'assister les mourants? Leur supérieur général, le célèbre et savant P. Togni, qui était son ami et son directeur spirituel, le confessa et lui administra l'Extrême-Onction. A toutes les prières du sacrement, le vénéré malade répondit distinctement (4i). Lorsqu'on lui apporta le Saint Viatique, il voulut que les corridors par où Notre-Seigneur devait passer fussent semés de fleurs et de verdure. Il rendit son âme à Dieu le i5 mars, sur les onze heures du soir, a avec les sentiments d'un saint et édifiant tous les assistants, ayant jusqu'au dernier moment conservé son intelligence (42). » Le P. de Géramb avait soixante-seize ans et deux mois.

Par son testament il léguait, touchante pensée, une aumône considérable aux malades qui sortaient des hôpitaux : ce qui fut fait par ses exécuteurs testamentaires, les attachés de l'ambassade d'Autriche (43).

Le lendemain le corps fut exposé dans l'église paroissiale de Sainte-Madeleine oii l'on fit ses obsèques; et le 17, transporté à la basilique de Sainte- Croix-de -Jérusalem, desservie par les Cisterciens, il fut inhumé dans le caveau réservé aux Abbés de l'Ordre, sous le chœur des religieux.

(41) Ce détail nous est fourni par la biographie du P. de Géramb, gui figure dans la ooUection des Contemporilns de la Croix, n' 356, p. 16.

(42) Note envoyée au P. Irénée par le Supérieur de la maison.

(43) Lettre de Dom Grégoire, abbé de Sainte-Croix de Jérusalem du 9 lévrier 1878.

A la nouvelle de ce décès, on célébra un service solennel dans tous les monastères de la Trappe pour le cher défunt, auquel dit avec raison le P. Irénée « on avait de grandes obligations, n

Les journaux de Kome et de France annoncèrent la mort du saint religieux. Reproduisons seulement ici rarticle de VAmi de la Religion 44), le journal catholique le plus important de notre pays à cette époque :

« Nous apprenons avec un profond chagrin la mort du R. P. Marie-Joseph de Géramb, abbé procureur général de la Trappe, décédé à Rome, le i5 mars, dans la soixante-dix-septième année de son âge.

« L'agitation des premières années de sa vie au milieu du tumulte des camps et dans les dissipations des cours; l'éclat de sa conversion da!)s la vigueur de l'âge et malgré les séductions d'une position brillante ; l'austérité de sa vie durant les longues années qu'il a passées à la Trappe; ses voyages à Rome et à Jérusalem dont il nous a légué des récits pleins de charme; ses ouvrages de piété où respirent la foi îa plus vive et la charité la plus ardente, ont rendu son nom célèbre et sa mémoire prérieuse dans le monde catholique. Digne fils du vénérable abbé de Rancé, avec lequel il a eu plus d'un trait de ressemblance, le P. de Géramb représentait à Rome, depuis plusieurs années, l'ordre des Trapisto-; dont il a fait longtemps l'édification, dont il sera toujours l'une <ies gloires des plus pures. Deux grands papes, Gré- ;goire XVI et Pie IX, l'ont honoré de ]< nr affectueuse

{•'i4) N" ^i,514, t. 137, ler avril 1848,

bienveillance. Sa fin a été calme et d'une sérénité si douce, que c'est à peine s'il s'est senti mourir tant la pensée de la mort lui était familière, tant il était parvenu à rompre l'un après l'autre tous lesliens de la vie, pour ne plus vivre déjà qu'en Dieu ! Le Cierge de France qu'il aimait tant, les fidèles que ses ouvrages ont charmés ou édifiés, accorderont .quelques regrets et une prière à la mémoire de ce vénérable Trappiste. »

Nous voici au bout de notre tâche. Avons-nous réussi, sinon à intéresser les lecteurs, du moins à les édifier, ce que nous avons cherché, avant tout? Nous osons l'espérer. Car le P. de Géramb, malgré son originalité (45) i les impétuosités de sa nature, la fougue de son tempérament, qu'il n'arriva jamais à refréner entièrement, ni même parfois à modérer, a été véritablement un saint (46).

Plusieurs actes héroïques de sa vie ne se rencontrent que dans celle des plus grands serviteurs de Dieu. A plus d'un endroit de ces pages nous avons cité des traits de son admirable humilité, la vraie pierre de touche de la sainteté (47). En public et en particulier, dans ses lettres intimes comme dans SOS ouvrages, il aimait à se traiter avec mépris, et

(45 Ne devrions-nous pas dire à cause de son originalité ? Cftr s'il est vrai que, comme on l'a écrit récemment (Rom du lîoiirg, dans sa Vie du f. Gabriel Mossier « tous les originaux , iii^ sont pas des saints, mais que (tous les saints sont, dans une liliis ou moins grande mesure, des originaux, » il n'y a peut- < tre pas, dans toute l'histoire de l'Eglise, figure plus originale inie celle du P. de Géramb.

06) Ce que je ne dis, je le répète, qu'avec les réserves exigées.

(47) Cette vertu qui « reçoit toutes les autres, les conserve •'t les consomme » comme dit S. Bernard. {De offic. episcop., V. 17.)

LE PÈRE DE GÉRAMB SSj

constamment il revenait sur les égarements de sa viel>asséie pour s'en humilier devant Dieu et les hommes, (v Ai-je par mes pleurs, par mes austérités, effacé mes péchés, mes crimes, mes iniquités, mes forfaits? écrivait-il un jour. N 'ai-je pas peut-être accumulé mes dettes? revêtu de l'habit d'un pénitent public, suis-je vraiment pénitent? suis-je humble, petit à mes propres yeux? est-ce que j'aime à être abaissé, à vivre dans l'oubli, dans l'obscurité, en quoi con siste la vraie austérité, non pas de la Trappe seulement, mais du christianisme? Est-ce -que j'aime les opprobres, la pauvreté, la croix, qui sont la tunique, le diadème et le sceptre de Jésus-Christ? Suis-je ce que je voudrais être? Ne suis-je pas surtout le plus ingrat, le plus coupable des hommes envers le meilleur des maîtres? Si vous saviez tout ce qu'il a fait pour moi, si vous saviez de combien de dangers, de périls, il m'a retiré, préservé; combien de miracles il a faits pour me retirer du monde afin de me frayer le chemin du monastère que j'habite ! Oui, je vous serais en horreur de n'être pas déjà mort d'amour et de reconnaissance... Ingrat envers mon Dieu... je le suis peut-être même en traçant ces lignes, car je devrais même avoir oublié, excepté devant Dieu et au pied des autels, que j'ai encore des amis. C'est l'état ou l 'Apôtre veut que je sois quand il me dit que comme chrétien j 'ai dû mourir à tout et que ma vie doit être cachée avec Jésus-Christ en Dieu. C'est surtout l'état qui convient aux âmes vaines qui, comme moi, devraient se tenir dans la voie commune, y l'aire sans être remarqués tout le bien possible, en cherchant à effacer avec des larmes de sang.

non seulement leurs péchés, mais jusqu'aux traces de leur passage dans le monde. »

Et cette humilité non feinte, — on sent en lisant ces lignes combien elle était profonde et sincère, — ne consistait pas seulement dans les paroles, mais se manifestait constamment par les actes les plus caractérisés. A la Trappe, le P. de Géramb choisissait toujours la dernière place et briguait comme une faveur les occupations les plus basses et les plus viles. C'est par humilité que, à l'imitation de plusieurs des saints premiers compagnons de l'abbé de Rancé, il ne voulut jamais recevoir les Ordres. C'est par humilité, croyons-nous, qu'il écarta le chapeau de cardinal qui, à plusieurs reprises « *lotta sur sa tête », dirai-je en répétant une parole aimée (1x9).

Avec l'humilité, la grande foi du P. de Géramb pourra toujours être donnée en modèle. 0 virum fide plénum, s'écria un jour le Souverain Pontife en parlant de son ami : toutes les pages de ce livre fournissent la preuve de l'exactitude de cette exclamation du Pape. Le P. de Géramb avait la foi de l'enfant, du charbonnier, si l'on veut. Mais n'est-ce pas celle qui suffît, parce que l'autorité vivante et continue de l'Eglise garantit l'authenticité et la possession du dépôt sacré de la foi. (( Nous avons trouvé, disait Tertullien, nous n'avons donc pas à chercher au-delà. » 0 mon cher ami, écrivait un jour le P. de Géramb à M. Maignan, qu'il fait bon croire en Notre- Seigneur et que d'outrages on est obligé de faire à

(49) C'est mon vénérable ami Mgr Gauthey qui me la disait en me parlant de lui-même.

Lui aussi eut honoré la pourpre plus qu'il n'en eut été honoré, comme on l'a dit, pour la première fois je crois, de Bossuet, et à notre époque de Mgr Dupanloup.

LE PÈRE DE GF.RVMB SSq

la raison et au bon sens pour se soustraire à sa sainte loi ! »

La charité du P. de Géramb fut sans mesure. Citons le témoignage, recueilli de la bouche de ceux qui l'avaient connu au monastère, par le P. Irénée : « Il était plein de complaisance et de bonté pour ses frères, toujours prêt à les obliger. Combien de fois ne l'a-t-on pas vu prêter secours au dernier des frères convers, ave-c une amabilité qui faisait croire qu'il se tenait pour l'obligé. Il était plein d'attentions et de délicatesses dans ses rapports avec le prochain pour éviter tout ce qui aurait pu déplaire, ce qui provenait autant de sa grande charité que de sa bonne éducation. Car lorsque ceux avec lesquels il traitait, manquaient aux règles de la charité envers lui, quoi qu'il y fut très sensible, il ne leur rendait jamais la pareille et savait se maîtriser par vertu (5o). ))

Mais il nous faudrait écrire des chapitres entiers s'il fallait énumérer toutes les vertus (5i) pratiquées par le P. de Géramb, il faudrait répéter tout ce qui a déjà été dit dans ce livre, ce que nous avons marqué notamment de son amour pour Dieu, — o virum amore divino> swccensiim (Sa), — de sa dévotion pour

(50) Petite vie, p. 104.

(51) Et l'on ne veut i)Oint parler des vertus naturelles da P. de Géramb qu'il eut toutes : la droiture, la loyauté, la franchise, le courage, la fidélité à ses affections, la générosité envers tous, le désintéressement, etc.. etc.; comme aus!?i les vertus qui sont plutôt l'apanage de la classe élevée de la société: une politesse extrême, l'élégance des manières et de la tenue, la finesse, la délicatesse, la beauté de l'esprit... etc.. Toutes choses qui, au point de vue humain, rendent si sympathique la physionomie du général-trappiste.

(.52) On s'en souvient, c'est la seconde partie de son élogre fait par Grégoire XYI.

la sainte Eucharistie, de sa filiale affection pour la Sainte Vierge. Nous en avons assez dit pour répéter sans témérité que vraiment l'auréole des saints éclaire son front, et nous finirons ces pages en emprimtant à une biographie, plusieurs fois citée déjà (53), la conclusion qui la termine : « Je souhaiterais à ce pauvre monde, dit son auteur, un peu des vertus du P. de Géramb, et je me réjouirai d'autant plus dans ma conscience chrétienne, que les ecclésiastiques eux-mêmes s'approcheront davantage de ce modèle admirable. »

(53) La Biographie du clergé contemporain, parue U est intéressant (Je le remarquer, du vivant même du P. de Géramb, en 1841.

Page 1