COCHERS ET PALEFRENIERS
dehors, dès que le temps le permet. Il y a à cela tout avantage : le cheval prend Tair, la poussière et la crasse ne tombent pas dans récurie, le palefrenier peut laver les yeux, les naseaux, l'anus et les pieds sans mouiller le sol du box ou de la stalle ; l'animal ne s'impatientera pas si ses camarades mangent Tavoine, et s'il y a un nombreux personnel, le cocher ou le piqueur s'apercevra si un homme est brutal.
Supprimez en partie l'usage de l'étrille, si ce n'est pour nettoyer les brosses. Son emploi rend les chevaux et surtout les juments de sang difficiles, ou même méchants. Les palefreniers inhabiles s'acharnent à vouloir habituer à son contact des animaux nerveux; ils perdent leur temps et montrent seulement qu'ils sont des incapables. Chez certaines natures même l'emploi d'un bouchon trop dur sur une peau très fine peut être nuisible.
L'élève cocher doit comprendre que l'étrille ne nettoie pas; elle décolle les poils, fait tomber le fumier et c'est tout. Nous admettons cependant son usage à la condition qu'elle soit sans dents ou en caoutchouc.
Quand un homme veut prendre un pied de derrière à un cheval et qu'il ne peut y parvenir, c'est généralement parce qu'il opère mal et qu'il lève le membre avec exagération, ou qu'il le tire de travers. L'animal n'ayant pas d'articulation lui permettant la rotation de la cuisse en dehors, souffre, se débat et perd l'équilibre forcément. Il faut, pour commencer, lever le pied de quelques centimètres seulement et sans lui donner de point d'appui ; peu à peu la jambe prendra l'habitude de se lever au seul contact de la main et se maintiendra ployée assez haut pour que le pied puisse être lavé au-dessus d'un seau. Si le cheval est brutalisé, il croira que le lavage est le signal du combat et il luttera en désespéré.
S'il a besoin d'être douché, ne commencez pas par l'inonder d'un seul coup; le cinglement de l'eau l'effrayerait autant que des coups de fouet ou de cravache; dirigez le jet à deux ou trois mètres en avant ou en arrière des pieds dont vous le rapprocherez peu à
8o GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
peu. Si la peur continue, n'insistez pas trop longtemps; rentrez à l'écurie et recommencez toutes les deux ou trois heures; en deux jours l'animal le plus farouche ne bougera plus.
Le cheval est bête et l'homme qui s'en sert ou qui le sert doit toujours employer la ruse de préférence à la brutalité. Le proverbe : « On ne prend pas les mouches avec du vinaigre » , ne fut jamais plus applicable qu'à la race chevaline.
Cependant, tout en étant doux, ne soyez ni timide ni familier; si vous jouez avec votre monture à l'écurie, elle vous enverra une ruade dans les dents ou vous broiera la main avec ses mâchoires.
N'abordez jamais un cheval sans le prévenir; dans sa surprise, il pourrait involontairement vous blesser; ne faites pas non plus d'incessants appels de langue, leur eflFet deviendrait nul, ou serait au contraire une cause d'énervement.
Les palefreniers de bonne maison ont l'habitude de faire entendre une sorte de sifflement à chaque coup de brosse ; on ne saurait trop les approuver, ils occupent ainsi l'attention de l'animal. M. le comte de Chézelles trouvait encore un avantage à cet usage; en effet les hommes, en sifflant, ne parlent pas entre eux et sont, de ce fait, mieux à leur ouvrage.
Il est regrettable qu'il n'y ait pas une école de palefreniers et de cochers. L'essai en fut tenté sous l'Empire, croyons-nous, et ne réussit pas.
Soigner un cheval est chose difficile, et les jeunes gens qui se destinent à travailler dans les écuries ne savent où apprendre leur métier. La plupart même ne l'apprennent jamais, s'ils n'ont la chance d'entrer dans de grandes maisons ou dans de bonnes écoles de dressage. Ce qu'ils apprennent au régiment est nul, à moins qu'ils ne soient ordonnances chez un officier riche ayant un bon cocher du métier.
Les examens que fait passer une commission spéciale pendant les périodes du concours hippique et les brevets qu'elle délivre sont un encouragement pour les hommes qui savent ; mais où les novices peuvent-ils apprendre?
COCHERS ET PALEFRENIERS 8i
Si vous avez un bon cocher, ne lui marchandez pas la nourriture pour ses chevaux et laissez-lui une grande liberté dans son écurie.
Vous reconnaîtrez qu'il est bon aux signes suivants :
Vos chevaux seront gras ;
Rarement ou jamais malades ;
Ils seront indifférents à l'entrée de l'homme dans la stalle et se rangeront doucement ;
Ils se laisseront brider, seller, panser sagement;
Ils ne seront pas effrayés à la vue d'une fourche;
Ils ne tousseront pas;
Ils auront beau poil, même s'ils ne sont pas irréprochablement propres ;
S'ils sont jeunes, ils doivent épaissir à vue d'oeil;
Vous n'entendrez pas de bruit à l'écurie ;
La litière ne sentira' pas mauvais et des émanations ammoniacales ne s'en dégageront pas.
Si toutes ces conditions ne sont pas remplies, vous avez un mauvais serviteur, même s'il astique bien les aciers et que les chevaux soient propres.
Dans les bonnes écuries les animaux sont toujours gras; la légende qu'ils doivent être maigres pour marcher a été créée par les gens économes ou les cochers déshonnêtes.
Un cheval qui sort tous les jours ou à peu près, peut être gras sans danger; nous avons vu des hunters chasser à Pau dans un état qui ne laissait rien à désirer et cependant ne pas crever de congestion.
Les. entraîneurs américains nous ont appris que, pour gagner des courses, il était inutile de vider les chevaux par des suées ridicules et des purgations incessantes. Nous voyons aujourd'hui sur les hippodromes des animaux, sinon très gras, au moins en fort bon état; ils courent aussi bien et gardent leur forme bien plus longtemps, au grand bénéfice du propriétaire.
Quand vous avez un nouveau cocher, avant de le laisser se
diriger lui-même, sachez ce qu41 vaut. Il peut être un parfait honnête homme et vous perdre cependant par ignorance pour plusieurs milliers de francs de chevaux en huit jours.
Guidez-le surtout dans le travail à donner à chaque animal. Dites-lui : Montez ou attelez celui-ci ou celui-là; allez à tel endroit, par tel chemin et à telle allure. Le véritable homme du métier fera ce que vous lui dites; il comprendra que ne connaissant pas son savoir vous preniez vos précautions.
Après quelques jours vous jugerez, d'après Tétat où il ramène vos chevaux, si vous pouvez le livrer à lui-même. Il ne devra jamais rentrer un animal mouillé, à moins que vous ne le lui ayez commandé.
L'homme qui fait suer le cheval sous prétexte d'hygiène et de propreté est, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, un ignorant dont vous ne ferez jamais rien.
Celui dont la monture est visiblement fatiguée et qui prétend avoir été emballé, ment ; les chevaux sont emballeurs ou ne le sont pas; celui-là encore sera mauvais et devra être chassé aussitôt.
Si vous en avez un sérieux, doux et connaissant son état, gardez-le; même s'il n'est pas très rapide, qu'il ne vous éclaircisse pas vos aciers comme du vif argent et qu'il ne soit pas beau comme un Adonis.
Ceux qui n'aiment pas leurs animaux , et qui n'ont pas l'amourpropre de les avoir en bon état et en bonne santé, sont inutilisables.
Nous en avons connu avantagés d'un a bon physique » et capables de mener sans accident tous les chevaux menables ; chez des loueurs de grande remise ils recevaient 6 francs de leur patron et touchaient 5 francs de pourboire par jour; et pour eux il y avait rarement de chômage. De plus ils n'avaient à s'occuper ni du pansage, ni de l'attelage des bêtes, non plus que de l'entretien de leur matériel ; ils connaissaient leur métier, satisfaisaient le client sans cependant crever les animaux, et tout le monde y gagnait.