MISE EN TRAVAIL DU JEUNE CHEVAL
De tels cochers sont rares ; pour arriver à ce degré ils doivent avoir beaucoup mené et posséder des dispositions particulières ; les meilleurs que nous ayons rencontrés étaient assez jeunes. Si un homme arrive à trente-cinq ou quarante ans sans connaître son métier, il ne rapprendra probablement jamais.
N 'espérez donc pas prendre un jeune soldat libéré, le payer cinquante francs par mois, et être bien servi. C'est impossible si vous avez des chevaux de luxe jeunes et vigoureux.
Un dicton d'outre-Manche nous dit que : a Le groom anglais est ivrogne et brutal, le français est sans amour-propre, l'allemand est souvent malade d'indigestions, l'italien serait le meilleur, n'était sa mauvaise tête. »
En résumé, nous concluons qu'il y a de braves gens partout; mais il faut savoir leur passer leurs défauts.
Mise en travail du jeune cheval. — Nous préférons, personnellement, acheter des jeunes chevaux et nous vous donnons, lecteur, le conseil d'en faire autant si vous n'êtes pas trop pressé, si vous vous occupez de votre écurie ou si vous avez un très bon cocher. Nous vous donnons ce conseil pour différentes raisons, et la première est que vous ne pourrez probablement pas faire autrement; de plus, si vous achetez un animal jeune, il prendra de la valeur chez vous; si vous l'acquérez avec discernement entre quatre ans et demi et cinq ans, pour une somme de 1,500 francs par exemple, il peut vous faire un petit service et au bout d'un an il vaudra 2,500 francs.
Nous avons fréquemment tenté cette expérience et elle nous a rarement déçu.
D'abord, entendons-nous sur l'âge.
Tous les chevaux ayant perdu leurs dents de lait n'ont pas forcément cinq ans, mais il est rare qu'ils n'en aient pas quatre et demi. Vous trouverez à ce sujet des détails dans le chapitre « de l'âge ».
En admettant que votre cheval ait quatre ans et demi, s'il n'est
pas d'espèce carrossière et qu*il ait un certain degré de sang, vous pouvez commencer sévèrement son dressage.
Nous ne nous occuperons pas de ce qui se fait dans l'armée. Là, les chevaux sont menés à bien; mais le poulain acheté à trois ans et demi n'est envoyé aux manœuvres qu'à sept ans. Les particuliers ne peuvent adopter ce système, qui est assurément le meilleur, mais trop long pour les gens n'ayant pas une grosse écurie.
Nous prétendons qu'un cheval de taille moyenne et doué de sang, s'il est acheté au mois d'avril, ayant à ce moment perdu ses dents de lait, peut chasser au mois d'octobre. Il demandera à être monté avec discernement et sous un poids raisonnable, mais nous répétons qu'il pourra travailler, et bon nombre de sportsmen sont de notre avis.
Dès que le cheval arrive dans notre écurie, nous lui donnons, pendant huit jours, une alimentation rafraîchissante; si, ce délai passé, il ne présente pas de symptômes de gourme, nous le poussons rapidement en nourriture : avoine, aliments sucrés, fèves, son, mash, etc.
Quelques spécialistes du sport hippique disent qu'à ce régime l'animal deviendra rétif s'il n'a beaucoup de travail, et que s'il travaille fort, ses membres s'en ressentiront. Assurément, à moins d'être une rosse, ainsi nourri il sera difficile ; mais en lui appliquant une méthode de dressage rigoureuse, il subordonnera son caractère au vôtre. Vous aurez plus de peine qu'avec un poulain engraissé aux pommes de terre, mais, en revanche, après six mois de suralimentation, vous aurez un serviteur prêt.
L'effet de la suralimentation est immédiat. Le jeune cheval acheté en foire ou chez le marchand change d'une manière incroyable en deux mois, s'il est très nourri et qu'il ne travaille que juste le nécessaire pour subir son dressage. Il prendra des muscles et par conséquent de l'action; il épaissira de la culotte, du dos et du cou ; ses pieds referont une poussée et deviendront plus beaux; le garrot s'élèvera; l'encolure aura la force de porter la tête et les articulations se souderont.