FORCE ET SOUPLESSE
Les progrès seront surveillés de près, et s'ils ne sont pas sensibles, le professeur devra être changé.
Force et souplesse, — Tout homme normalement conformé peut monter à cheval; il aura plus ou moins de facilité, mais, en peu de temps, s'il veut bien s'en donner la peine, il arrivera à un résultat appréciable.
Les débuts sont toujours pénibles et l'élève est généralement impressionné, mais il ne faut pas rire de l'apprenti qui a peur.
Prenez un homme d'un courage à toute épreuve et précipitezle dans une rivière profonde ; s'il ne sait pas nager, il aura peur, et si l'on ne vient pas à son secours, il se noiera.
Le monsieur qui n'a jamais monté à cheval est aussi incapable de diriger sa monture que je le serais de conduire une automobile ; et s'il me fallait m'improviser chauffeur, je serais terriblement ému et je croirais ma dernière heure arrivée.
Je mets l'élève sur une selle à piquer ou sur une selle anglaise munie d'étriers; sans ces précautions, il serait impossible au débutant de rester sur son cheval.
Je prends un animal d'une sagesse absolue et trottant sec; je ne le changerai que quand l'élève sera en confiance.
Je demande d'abord du trot assis ; c'est le seul moyen d'obtenir la souplesse. Je ne dis pas solidité, car il faut en plus une grande énergie des cuisses, des genoux et des jambes pour être solide.
Il n'y a qu'à regarder les bons cavaliers aux concours hip;;:iques ou ailleurs pour se convaincre qu'ils serrent les jambes.
Dans l'armée, on ne parle que de souplesse, mais d^s qu'un officier est plus solide que les autres, on s'empresse de dire ; c'est un « pinçard » ; il a une « pince » extraordinaire . Contradiction flagrante .
Montez sur un sauteur aux piliers; si vous êtes souple, vous n'aurez pas le corps brusquement projeté en avant; mais si vous ne serrez pas énergiquement les jambes, vous volerez à un mètre au-dessus de votre selle au premier bond bien détaché.
A Saumuretdans les manèges civils, les cavaliers qui résistent
le mieux au sauteur ferment les jambes de la hanche au talon et ont une vigueur exceptionnelle dans les muscles des cuisses.
La souplesse est indispensable, mais dans les défenses de côté elle devient inutile si elle n'est secondée par la force.
Première leçon. — Pour donner la force en même temps que la souplesse, dès que l'élève est à peu près en sécurité, je lui supprime les étriers, et je le fais trotter assis;- puis je lui demande de s'enlever sur les genoux et de prendre l'anglaise.
Pour réussir, il devra tourner la cuisse en dedans, tenir ses tibias verticaux, laisser la pointe du pied basse; il portera le haut du corps légèrement en avant et il se laissera enlever par les réactions, sans faire d'efforts des reins, du ventre ou des épaules.
Ce travail fatigue beaucoup, mais, en peu de temps, un élève vigoureux trotte facilement pendant sept ou huit minutes sans manquer un seul temps, et il acquerra la même élégance que s'il avait les étriers.
Je prétends qu'il faut de la force dans les genoux, parce que :
Les Indiens montent en force;
Les covvboys montent en force;
Les jockeys en font autant ;
Les garçons, chez les maquignons, ont une pince extraordinaire ;
Les lads s'attachent à leur cheval de toute la force de leurs petites jambes ;
Etenfin, M. lecomted'Aure, véritable centaure, montait en force.
Le jeune cavalier s'efforcera donc d'être solide, en serrant les genoux et les fémurs, sans cependant être raccroché; tout le haut du corps restera souple.
Le cavalier, ayant pris l'habitude de trotter en souplesse le corps en arrière, et en force le buste légèrement en avant, sera absolument maître de son équilibre.
L'équitation peut dans une certaine mesure être comparée à l'escrime; quelques théoriciens affirment qu'un bon tireur n'a besoin que de souplesse; il faut n'avoir jamais fréquenté une