PREMIÈRES SÉANCES
défendre ; ils ne manifestent leur surprise et leur émoi que par un peu de nervosité. D^autres au contraire s'efïrayent à Tap* proche de la selle et s'immobilisent ou reculent dès qu'on les sangle et qu'on les monte.
Je fais seller ces sujets susceptibles à l'écurie en les serrant fortement et je laisse la selle en place pendant quatre ou cinq heures par jour. J'ai l'avantage de former le passage de sangles et d'habituer l'animal à demeurer serré.
Après deux ou trois jours, j'emmène le cheval à la longe dans un endroit mou, où la chute n'est à redouter ni pour moi ni pour lui. S'il paraît trop gai, je le laisse jeter son surcroît de vigueur à la longe; en cinq minutes il est calmé.
Je confie la longe à un palefrenier qui la tiendra à 30 ou 40 centimètres de la muserolle ; je me fais prendre le pied, je me mets en selle et je m'y maintiens comme je peux, jusqu'à ce que le cheval reste immobile. Je ne touche pas à la bouche, mais je tiens cependant l'extrémité des rênes pour les empêcher de tomber.
Si le cheval se défend, je saisis le pommeau d'une main et je me garde de rapprocher mes mollets et mes talons. Le palefrenier de son côté ne cherche pas à résister et s'il y a recul, il ne s'y oppose même pas.
Je procède ainsi pour que le cheval se rende bien compte que je ne lui veux pas de mal. Dès qu'un calme relatif se produit, je caresse longuement.
Après quelques instants, l'homme tentera d'emmener l'animal par la longe, comme s'il le reconduisait à l'écurie. Si le mouvement en avant ne se produit pas, le palefrenier cherchera à l'obtenir en tournant.
Presque tous les chevaux partent dans ces conditions ; cependant, si je n'ai pas réussi, je descends ; je demande plusieurs départs en main et j'use de la cravache sur les côtes près des sangles. Je fais arrêter et repartir une dizaine de fois et je me remets en selle ; j'encourage les départs par de petits coups de cravache dont j'augmente l'intensité d'autant plus que le cheval recule. Je
ne touche toujours pas à la bouche et je continue à tenir le pomjneau de la main qui tient l'extrémité des rênes, si je ne suis pas absolument sûr de ma solidité. En même temps que je commence les attaques, Tattitude de l'homme change et il se laisse traîner sur ses talons, arc-boutés dès que le cheval recule.
Aussitôt qu'il y a mouvement en avant, même violent, je cesse mes attaques, je caresse et je fais arrêter.
Après trois ou quatre concessions, je rentre à l'écurie, en selle si c'est possible et toujours tenu à la longe.
Quand l'animal, après quelques leçons, se déplace franchement à la cravache, je commence à rapprocher les jambes à chacun des départs, et quand ceux-ci sont bons, je mets l'aide au milieu du cercle et je cherche à faire tourner mon cheval en rond et au pas par mes seuls moyens et en le dirigeant moi-même à deux mains.
Quand j'ai obtenu ce résultat, je fais monter mon palefrenier sur un autre cheval et je le fais marcher devant ou à côté de moi tant que mon poulain n'est pas bien en avant.
11 ne faut pas conclure de ce qui précède que tous les chevaux offrent de pareilles difficultés à leurs débuts; la plupart, au contraire, sortent de chez l'éleveur où ils ont été mal nourris et ils n'ont ni beaucoup de sang, ni beaucoup de courage pour soutenir des luttes violentes.
J'use, du reste, de cette période de mollesse pour commencer le débourrage; après quinze jours de suralimentation, le bon cheval sait déjà ce qu'il veut et montre son caractère.
Maintenant que, par suite du dressage à la longe, ou par bon vouloir naturel, mon animal me porte, se déplace à la cravache et ne recule pas aux jambes, je lui donne la leçon de montoir.
Leçon de montoir, — Mon cheval étant sellé et bridé m'attend tenu en main. Je m'approche de lui, je l'examine, j'en fais le tour, je vérifie les sangles, qui doivent être peu serrées et je place mon épaule gauche près de son épaule gauche. Je prends les