LE SAUT
40 ou 50 centimètres pour les premières leçons ; le terrain doit être très élastique, surtout du côté où l'animal se reçoit.
Tous les chevaux n'ont pas les mêmes aptitudes et les plus puissants ne sont pas toujours les plus adroits ; celui qui saute en lapin ne fera jamais un parcours dur, tandis que le sauteur d'avenir montre, dès les premières séances, ses aptitudes en s'élevant comme s'il était projeté en l'air par des ressorts bien bandés ; il est souvent hésitant, maladroit ou brutal, mais, dès qu'il part, il fournit une détente puissante et s'il est bien mené il fera un bon hunter. L'adresse s'acquiert, la puissance ne s'enseigne pas. Ces bons chevaux sont souvent plus difficiles à parfaire que les autres, parce que le sang ne va pas toujours sans un peu de caractère et avec eux, pour ne pas les manquer, il faut plus de méthode qu'avec un brave petit poulain anémique.
Un animal ordinaire doit franchir un mètre en hauteur et 2 mètres 50 ou 3 mètres en largeur après quatre ou cinq séances ; d'autres, à la fois puissants et ardents, font beaucoup mieux, mais j'ai pris une moyenne pour fixer le lecteur et faire comprendre qu'il est inutile de prolonger les débuts sur une barre à terre ou sur des obstacles de 25 centimètres.
Quand le cheval, après avoir sauté, est parvenu à l'extrémité de la piste, il s'arrête forcément : je le fais alors prendre par un homme qui le caressera, qui le fera sortir doucement et le ramènera à la porte par laquelle il est primitivement entré dans le couloir. Il faut à tout prix éviter qu'il revienne sur ses pas, c'est à cette condition seule qu'il deviendra franc ; il doit comprendre que tout retour en arrière est rigoureusement châtié et qu'au contraire il a repos et récompenses quand il se porte en avant.
Si je n'ai pas de couloir, ce qui hélas est le plus fréquent, j'improvise un obstacle fixe de 60 centimètres environ ; je conduis mon élève au caveçon à dix ou quinze mètres devant ma construction improvisée, je prends de la main gauche la longe à une bonne distance de la muserolle et je conserve ma chambrière dans la main droite. Un palefrenier se place près de l'épaule du
cheval et du même côté que moi — à gauche pour Tinstant ; — il saisit la longe à 40 centimètres de la tète, il tient de sa oiain gauche une cravache et la dissimule derrière son dos. Le cheval, l'homme et moi nous nous mettons en marche parallèlement et droit sur l'obstacle ; arrivés à un mètre de celui-ci j 'agite ma mèche, l'homme lâche la longe, montre sa cravache et quatre-vingt-dix fois sur cent l'animal saute; comme j'ai eu soin, moi, de passer à côté de l'obstacle, j'ai toute facilité pour arrêter doucement l'élève, l'amener à moi et le caresser. Il faut que le palefrenier soit très obéissant et lâche la longe au moment précis où je le lui commande; il ne court du reste aucun danger, le cheval ne dérobant jamais en venant sur la chambrière et sur la cravache. Je renouvelle cet exercice, avec des interruptions, une dizaine de fois dans là séance.
Cependant, si l'animal refuse, je le place le nez sur l'obstacle que j'enjambe devant lui ; j'échange ma chambrière contre la cravache et je commande à l'homme d'attaquer vigoureusement de la mèche sans arrêt jusqu'à ce que les coups aient déterminé le saut. J'ai pris la cravache pour empêcher le cheval de me bousculer si la fantaisie l'en prenait ; il ne faut d'ailleurs jamais avoir les mains vides quand on procède à ce genre de dressage à la longe.
Le cheval doit toujours apprendre à sauter sans être monté, car si bon et si léger que soit le cavalier, son poids est cependant une gêne appréciable et l'accident plus à craindre. Je ne monte donc, ou ne fais monter mes chevaux que quand ils sont très francs et très adroits, encore ne le fais-je qu'avec précaution.
Je mets mon animal de dressage à la longe et je place sur son dos un homme léger — il est inutile qu'il sache monter, pourvu qu'il soit assez dégourdi — et je procède comme s'il n'y avait pas de cavalier; après quelques jours, je fixe les rênes à un licol et l'homme s'y cramponne d'une main, tandis que de l'autre il tient toujours le pommeau. Dès que, dans ces conditions nouvelles, le cheval est confirmé, je supprime la longe et je le monte en bridon ; je le place bien en face de l'obstacle — cela a une grande importance, — je l'arrête un instant, je le porte en avant au petit galop,
LE SAUT 2ot
je l'encadre bîen, et avant que la détente se produise, je rends complètement les rênes de façon à ce qu'au moment où il se reçoit, la tête soit entièrement libre. 11 faut choisir pour rendre l'instant précis où l*on sent que l'animal va s'enlever; à ce moment déjà il ne peut plus refuser ou s'arrêter et les rênes deviennent inutiles.
Si le cheval hésite, je le pousse des mollets et des talons et, à tout prix, je l'empêche de retourner : tant pis s'il saute mal, pourvu qu'il passe sans faire demi-tour; cette indécision ne doit pas se produire quand la leçon de longe a été bien donnée.]
Aussitôt après le saut, j'arrête et je caresse. Pour l'instant, je me garde d'attaquer au moment de la détente, car il me faut garder la confiance de mon cheval et pour cela il ne doit éprouver aucun désagrément. J'évite de sauter des haies, les chevaux les meilleurs prenant rapidement l'habitude de passer au travers.
Il est inutile d'allonger l'allure pour sauter la hauteur, au contraire; cependant, aussitôt que mon élève mè paraît assez confirmé, je l'engage à un galop rapide sur des obstacles de 60 ou 70 centimètres ; cet entraînement préalable est nécessaire pour franchir ensuite la largeur. Je recherche une douve ou un fossé de deux ou trois mètres de largeur dans un pré ou partout ailleurs, pourvu que le terrain soit bon ; je tâche de trouver deux camarades sautant bien, je me place entre eux et j'aborde l'obstacle à toute allure. Très généralement le cheval saute, mais s'il marque un temps d'arrêt le cavalier risque de passer par-dessus l'encolure ; ce qu'il y a de mieux à faire pour éviter un trop grand déplacement est de bien chasser les fesses en avant, de se voûter, de se faire aussi petit que possible, et de bien fermer les jambes.
Les chevaux, se dérobent plus facilement sur une douve que partout ailleurs, parce que le cavalier est obligé d'engager une allure très vive et qu'il a à lutter contre la force acquise qui s'ajoute à celle que l'animal développe pour s'échapper ; si la déviation se produit vers la gauche, je ferme la jambe gauche, je porte mes mains à droite de manière à charger l'épaule droite,
ao2 GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
c'est la rêne gauche qui agit le plus activement pour empêcher Tencolure de se ployer vers la droite ; si je tirais sur la rêne droite j'obtiendrais le même résultat que le mauvais cavalier dont j'ai parlé dans le chapitre « Chevaux de selle de travers » (i).
Si je désire pousser plus loin l'enseignement du saut, c'est-àdire si je veux obtenir Phabileté des postérieurs, je place deux hommes derrière l'obstacle ; ils tiennent chacun une des extrémités d'une barre qu'ils lèvent et dont ils frappent les boulets de derrière, quand l'avant-main est passé et que le cheval bascule. La plupart des animaux s'habituent à reployer avec soin leurs jarrets, si aucune tare ne les gêne dans leurs articulations.
Si j'ai affaire à un paresseux lymphatique, qui s'enlève mal, je le fais barrer devant ; mais alors je poste deux autres hommes munis de chambrières de chaque côté de l'obstacle pour s'opposer à un refus presque inévitable. Ce dernier procédé est dangereux ; il ne peut être employé que le cheval étant monté et provoque la chute, si les hommes ne lâchent pas la barre au bon moment ; il peut encore déterminer des défenses désespérées et souvent invincibles.
Une méthode plus facile pour arriver à un résultat généralement satisfaisant, est de garnir le dessus des obstacles avec des ronces, des épines ou des ajoncs ; cela suffit pour les parcours ordinaires, mais pour les grandes hauteurs il faut barrer coûte que coûte, vaincre par la lutte les résistances qui se produisent et attaquer de l'éperon à chaque obstacle.
Je termine en recommandant aux jeunes cavaliers de ne jamais essayer de faire sauter leurs chevaux par d'autres procédés que ceux précédemment indiqués; moi-même, chaque fois que je m'en suis écarté, j'ai eu à le regretter.
Chevaux difficiles. — Les chevaux sont difficiles par penchant naturel, par suite d'un mauvais dressage, ou parce qu'ils
(i) N'abordez jamais la largeur à une allure raccourcie, le cheval serait obligé, pour franchir l'obstacle, de fournir un effort qui Técœurerait bientôt.