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CHEVAUX DIFFICILES

souffrent ; les premiers sont les plus délicats à mener à bien, surtout si leur vice est héréditaire ; s41 n'est au contraire survenu qu'à la suite de traitements maladroits, un écuyer habile y remédiera avec de la persévérance et du tact. Il devra, avant tout, faire montre d'une volonté indomptable, énergique sans brutalité; ne pas se laisser désarçonner doit être sa préoccupation constante pour se maintenir en selle : il doit rechercher le mouvement en avant et le provoquer par l'emploi de la cravache, dès que le mauvzds caractère se manifeste. Un bond en avant et pendant le mouvement n'est pas terrible, le cavalier attentif y résiste facilement en se rapetissant sur sa selle, en chassant le siège en avant comme dans le saut. La ruade ne déplace pas l'homme un peu assis, mais toute défense sur place devient redoutable et le meilleur écuyer n'y résiste pas, si elle se prolonge et que le cheval parvienne à placer sa tête entre ses jambes.

Le cavalier qui se fait désarçonner est toujours le plus prudent ou celui qui n'a pas l'énergie de répondre par l'attaque à l'attaque ; le cheval commence-t-il à bondir, en baissant la tête, en voussant le dos et en cherchant à s'arrêter, une attaque violente de la cravache ou des éperons jointe aune action autoritaire de la main de bas en haut le surprennent et le jettenten avant ; quatre-vingtdix fois sur cent, il ne bondit même pas, ne pensant qu'à fuir. Si au contraire, le cavalier hésite, implore le calme d'une voix chevrottante et talonne sans conviction, il détermine des défenses de plus en plus fortes, il perd la tête et il finit par tomber ; il faut montrer son énergie et sa décision avec promptitude, il n'y a rien à gagner à attendre, et souvent une bonne résolution prise trop tard devient inutile. N'hésitez pas jeunes cavaliers, surtout si vous n'êtes pas très solides, à vous montrer plus brusques que vos chevaux, si vous avez affaire à de mauvaises natures ; mais ne les confondez pas avec des poulains naïfs, timides et gais, que .vous devez toujours traiter suivant les principes du dressage normal dont j'ai longuement parlé.

Les chevaux qui se renversent y sont généralement entraînés

par leur cavalier ; pas tous cependant, car j'en ai vu le faire dès que l'homme approchait le pied de Pétrier : cet animal me fut présenté par un loueur de la Cdte d'Azur; je ne le montai pas, bien entendu, et personne ne s'en soucia plus que moi.

Un cheval faible des jarrets peut aussi perdre l'équilibre en pointant. Cette défense, qu'elle provienne de vice ou de faiblesse, est la plus terrible de toutes, et il ne faut pas conserver les sujets qui s'y livrent. J'ai monté quelques cabreurs et je les ai toujours vigoureusement attaqués dès qu'ils étaient debout et sans jamais provoquer d'accident ; il est vrai que je me cramponnais au cou en plaçant ma tête sur le côté de l'encolure, tandis que, de la main restée libre, — la droite en général — je donnais des saccades de haut en bas avec le filet et en étendant le bras le plus en avant possible. Je m'étais exercé à cette acrobatie sur un cabreur bien connu et réputé très sûr dans un très grand manège parisien ; ce cheval remplissait les fonctions de sauteur aux piliers et donnait avec une obéissance et une sagesse parfaites toutes les défenses ; mais dès qu'on voulait, en liberté, lui faire franchir une barre, il rétivait et pointait. Toute une génération de cavaliers a passé sur son dos ; son nom m'échappe, mais c'était un type inoubliable de beau normand rouan vineux.

L'animal atteint de vertigo est dangereux et la douceur ou les coups restent impuissants contre la maladie ; il ne faut cependant pas confondre la lubie avec la folie, et j'ai eu un bon hunter qui avait de prétendues crises de vertigo dès qu'il était entre des mains inexpérimentées ; je l'ai toujours considéré comme parfaitement sain, mais emballeur. Il lui arrivait de temps en temps d'avoir des accès de paresse et de marcher à une allure ridiculement lente ; si on l'attaquait progressivement, il entrait en fureur, secouait la tête, tremblait et finalement s'emballait. Après avoir été emmené plusieurs fois, je me déterminai à le faire partir brusquement dès qu'il donnait des symptômes d'inquiétude et à prolonger le galop rapide aussi longtemps que possible au lieu de chercher à l'arrêter ; ce moyen dégoûta en très peu de temps ce

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