CHEVAUX EMBALLEURS
cheval dé s*emballer ; je le gardai cinq ans et je n'en eus que de Fagrément à la chasse ou à la promenade. Je l'attelai aussi, et il sV.mballa encore ; là, je n'osai employer le même procédé que monté par crainte d'un accident, et j'eus recours à un autre truc : dès qu'il me paraissait inquiet, je l'arrêtais court et je le maintenais immobile pendant quelques minutes ; après m'avoir fait quelques accidents au début de son attelage, il me donna par la suite toute satisfaction. Je le vendis, et en changeant de mains, il reprit son vice et causa, à mon grand regret, des accidents partout où il passa ; il se contenta heureusement de briser des voitures et de faire passer de vie à trépas un mouton et un veau, que son dernier maître, un boucher hélas ! l'avait chargé de véhiculer.
Chevaux emballeurs. — Aucun écuyer, quelles que soient sa science et sa vigueur, ne peut arrêter sa monture emballée ; il n'a plus aucun moyen à sa disposition pour varier l'équilibre de la masse et amener ainsi le changement d'allure, l'encolure et la mâchoire étant contractées et la vitesse telle que les rênes n'ont plus aucune action contre l'impulsion. L'homme de sangfroid peut chercher à changer l'équilibre en- portant tout son poids sur Pavant-main et en tendant ses rênes le plus possible, pour ensuite se reporter brusquement en arrière en rendant complètement et en fermant vigoureusement les jambes; il aura ainsi fait tout ce qui est mathématiquement possible pour déplacer le centre de gravité et peut-être obtiendra-t-il une modification de l'allure, mais cela est incertain.
Un violent coup de cravache sur les oreilles facilite l'arrêt, m'a-t-on dit ; en tout cas, cette attaque imprévue ne peut être nuisible puisque la folie et la vitesse sont à leur apogée et que rien ne peut les augmenter.
Un autre moyen, préconisé par un écuyer anglais dont le nom m'échappe, est défaire croire au cheval dont vous ne vous sentez plus maître qu'il vous obéit en galopant très vite et que vous n'êtes nullement contrarié de cette allure accélérée; mais de tous
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ces systèmes, le meilleur ne vaut pas cher, et chaque fois que j'ai été emballé, mon cheval s'est arrêté quand il Ta bien voulu; cela m'est arrivé très rarement et dans ma toute jeunesse.
Il ne faut pas confondre un gros tireur, qui vous emmène plus loin et plus vite que vous le désirez, avec un emballeur; Tanimai vraiment parti a la bouche et l'encolure rigides commes im bloc de pierre ; le tireur, lui, a toujours une certaine souplesse. Un tireur mal monté peut perdre la tête et s'échapper, tandis qu'un emballeur, entre des mains habiles, ne doit pas parvenir à disposer son centre de gravité dans la position nécessaire à l'accélération folle ; et dès que le cavalier craint de ne plus être maître de l'impulsion, il doit arrêter même sur les jarrets, fléchir l'encolure en tous sens, traverser le cheval, ou même descendre pour ne remonter qu'avec le retour du calme (i). Il faut beaucoup de tact, de jugement et d'attention à l'homme qui monte un animal aimant à partir, et il doit s'appliquer à occuper le mauvais sujet en lui demandant une foule de petites choses et d'infimes concessions. De tels chevaux sont insupportables et dangereux; avec eux les mains doivent rester presque immobiles et les effets de rênes ne provenir que d'une grande variété dans la puissance de fermeture des doigts.
J'ai vu de soi-disant emballeurs devenir chevaux de dame, après avoir subi un dressage d'as souplissement de mâchoire et d'encolure, et qu'ils surent obéir au mors, au lieu de le redouter.
Chevaux peureux, — Tous les jeunes chevaux, à moins d'être malades, sont peureux; ils redoutent ce qu'ils ne connaissent pas, et comme ils n'ont pas vu grand'chose, un rien revêt pour eux une apparence effrayante, mais dès qu'ils ont à côté d'eux un compagnon, ils marchent avec beaucoup plus d'assurance et le champ de leur rayon visuel se trouve limité à un seul côté ; le
(i) Si vous pouvez décider votre cheval à se rouler, il est probable que sa surexcitation sera disparue après cet exercice. C'est ce que font les entraîneurs pour calmer leurs poulains après le travail.