CHEVAUX PEUREUX
nombre des causes déterminantes de la peur se trouvera alors diminué de moitié.
II ne faut pas corriger le poulain qui s'effraie, tous les auteurs Tont répété, mais il vaut mieux cependant se montrer énergique que de laisser le cheval faire des demi-tours dont il abuserait par la suite. Si je découvre un objet effrayant, je détourne l'attention de l'animal en lui demandant des flexions, des concessions de hanches ou tout autre mouvement et en parlant à haute voix avec volubilité, mais sans colère. Je me rends compte de l'avantage que présente cette façon d'agir, quand je vois le même cheval tenu en main ou monté nonchalamment, faire des écarts et des défenses terribles en passant près d'objets qu'il ne regarde même pas quand je m'occupe de lui.
Si j'aperçois une automobile, même de très loin, je me gare immédiatement le plus possible et je commence un travail serré. Mon poulain, bien rangé sur la droite, n'a d'abord pas l'impression que la voiture vient sur lui, et comme il est très occupé par l'association et la variation de mes aides, il pense rarement à s'effaroucher; comme, d'autre part, je l'ai encadré et mis dans l'impulsion, il ne peut m'échapper, et s'il fait quelques petites difficultés, je feins de ne pas m'en apercevoir.
Je combats le demi-tour comme la dérobade; et quand mon cheval hésite à se porter vers un objet qui est sur sa droite, par exemple, je tends la rêne gauche, je porte mes mains à droite et je vibre la rêne droite d'un mouvement très vif tout en agissant de la jambe gauche.
Les animaux qui ont une mauvaise vue sont plus peureux que d'autres et ils voient partout des monstres; j'en ai possédé un qui était presque immontable » par les jours de grand soleil, les plaques de lumière se jouant à travers les feuilles l'affolaient; par les temps couverts, au contraire, il était parfaitement droit et un enfant l'eût monté. La chasse est un excellent travail à donner aux chevaux peureux ; ils y sont distraits et se trouvent en nombreuse compagnie.
2o8 GÉNÉRALITÉS HIPPIQUES
Il y a le faux peureux, c'est-à-dire le « cabochard », qui n'est pas en avant et qui profite de tout pour ralentir l'allure ou faire ■demi-tour; avec celui-là n'hésitez pas à employer la plus grande brutalité; par ce moyen seul vous le rendrez peut-être moins désagréable.
J'ai eu une jument atteinte de ce défaut et douée en plus de réactions dures; à chaque temps d'arrêt qu'elle me faisait, elle me déplaçait et dès qu'elle s'aperçut des variations de mon assiette, elle augmenta sa brusquerie; aussi un jour me posa-t-elle violemment à terre. Je ne la lâchai cependant pas et aussitôt relevé, pris d'une juste colère, je la frappai à tour de bras; comme elle tirait au renard mes coups de cravache tombèrent au hasard sur ses canons et elle se jeta à genoux; à force de coups je l'empêchai de se relever et je la battis aussi longtemps que j'en eus la force; dès que je le pus, je me remis en selle et recommençai la danse. Depuis ce jour, la jument ne me refit jamais de temps d'arrêt et à peine marqua-t-elle de légères hésitations ; mais elle ne me pardonna jamais, et si j'étais entré seul dans son box, je suis persuadé qu'elle eût largement pris sa revanche ; son caractère, naturellement doux, ne fut du reste en rien altéré vis-à-vis des autres personnes qui l'approchaient.
J'avais agi par colère et non guidé par le raisonnement ; je ne conseille pas d'employer ce moyen, cardes coups ainsi donnés sur le devant des membres peuvent offenser les extenseurs. Après un certain temps, je vendis cette bête, je ne la revis jamais et ne pus savoir si son vice lui était revenu.
Je termine ce chapitre en disant que plus un cheval est dans l'impulsion et dans l'équilibre, plus le cavalier combattra facilement les écarts; si au contraire l'homme et l'animal sont emportés par le poids, par la masse et par la vitesse, la peur et les défenses qu'elle entraîne ne pourront être maîtrisées par les rênes dont l'effet, dans de telles conditions, est nul au point de vue du déplacement du centre de gravité.