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CHAPITRE VI

Je ne parlerai pas de l'élevage proprement dit, mais j'exposerai les grandes lignes d'une question qui s*y rattache et à propos de laquelle ont coulé des flots d'encre ; je croirais ce recueil de notions générales hippiques incomplet, si je ne fournissais au lecteur quelques renseignements à ce sujet.

Il existe en France deux partis opposés, j'allais dire ennemis ; chacun d'eux voit l'avenir de l'élevage sous un jour différent et leur divergence d'opinion est telle, qu'il paraît impossible de les mettre d'accord.

L'un est composé de sportsmen distingués, d'officiers ayant un actif hippique brillant et d'écrivains habiles ; ces personnalités ont entraîné à leur suite la foule mondaine et incompétente. Ce parti est puissant et riche ; il est disposé, paraît-il, à faire des sacrifices importants pour transformer de fond en comble l'élevage français dans toutes ses régions, le Midi excepté. Son but, avant tout patriotique et sportif, consisterait à produire une catégorie de chevaux de selle, dont le père serait invariablement de pur sang anglais et auquel seraient livrées les meilleures poulinières de demi-sang normandes ou autres. Les produits de tels accouplements feraient de parfaits hunters, de beaux hacks et de merveilleux troupiers ; la Société du cheval de guerre encourage déjà les éleveurs qui ont tenté de timides essais, et elle nous promet que bientôt la France aura une race de chevaux de selle égale en qualité et en beauté à celle d'Irlande.

Les régiments seront admirablement remontés et un escadron complet pourra accomplir des raids semblables à ceux que de rares privilégiés seuls ont pu, jusqu'ici, tenter avec succès ; les officiers et sous-officiers entreprenants n'auront qu'à étendre la main pour trouver au quartier un steeple-chaser ; nous ne verrons plus nos malheureux soldats passer à l'allure ridicule du trot ; le civil ne sera plus obligé de chercher pour dépister un bon hack, et il n'aura qu'à choisir, en se promenant, celui qui fera le mieux son affaire ; le Bois de Boulogne, aujourd'hui sillonné d'affreux porteurs, deviendra le centre de réunion d'une cavalerie d'élite, et l'amateur se croira transporté dans le cadre charmant d'un concours hippique en plein air.

Naturellement les jeunes générations, ayant à leur disposition des chevaux de sang, deviendront habiles et fourniront des lignées d'écuyers. Le simple dragon, après avoir fréquenté des descendants de la race pure, passera maître en l'art hippique. Comme il n'y aura plus que de beaux et bons sujets, l'armée et le civil se remonteront pour des prix raisonnables et ce sera charmant : notre patriotisme, notre goût et notre bourse y trouveront satisfaction.

Le même parti en a assez de ce bête de normand qui n'est qu'une machine à trotter, si facile à remplacer par une automobile ; le normand ne peut pas galoper : à force d'avoir été sélectionné, il est déformé. Que voulez-vous en faire? C'est la mouche du coche, le bourdon : de l'épate et c'est tout. Il est lymphatique, il a de mauvais tissus ; cela est si exact qu'il suffit pour s'en assurer de peser un centimètre cube d'os de normand et de le comparer au poids du même volume d'os de pur sang. L'endurance du cheval de race pure et sa précocité sont indéniables et ne comportent pas discussion ; un enfant s'en rendrait compte ; moi-même, n'ai-je pas dit que le cheval de sang devait être préféré à tout autre.

Alors, pourquoi les partisans du père de pur sang ne triomphent-ils pas partout, et pourquoi la France reconnaissante ne

leur déceme-t-elle pas un éloge national pour leur découverte ? Avant de répondre à cette dernière question, écoutons ce que dit Tautre parti.

La Normandie, à force d'efforts et de sacrifices, a formé, depuis près d'un siècle, une race de chevaux étoffés, énergiques et très vites, et l'éleveur habile peut, à juste titre, espérer mener à bien un beau produit, que les haras ou des acheteurs étrangers lui achèteront comme reproducteur à un prix important ; si Tanimal ne paraît pas réunir les qualités nécessaires pour donner naissance à une lignée, il peut néanmoins faire un cheval Ae luxe et trouver preneur à un prix rémunérateur parmi les marchands parisiens ou belges ; le poulain est-il indigne de figurer dans des écuries de grand luxe, la remonte est encore là pour en donner un prix, sinon important, au moins appréciable.

De fait, Téleveur a trois clients dont l'un ou l'autre finit toujours par le tirer d'embarras ; et il risque, sans trop lésiner, des avances considérables tant au point de vue du recrutement des poulinières, qu'à celui de la bonne alimentation de ses élèves; il est classique, il s'entend avec les haras, avec les gros acheteurs ou les courtiers, et s'il n'est ni écuyer ni sportsman, il vit de son commerce et il produit une marchandise dont le bon renom est universel ; il a donc toutes satisfactions : honneurs et argent.

Tout à coup, un groupe de spécialistes vient lui dire : « Mon ami, tu n'y entends rien ; tu élèves des chevaux de père en fils, soit, mais nous, nous avons chassé à courre avec des pur-sang et des irlandais, nous avons gagné des steeple-chases, nous sommes, de plus, dévoués à la France pour laquelle nous voulons une belle cavalerie ; tu vois que nous nous y entendons. Tu vas donc remiser ton normand et nous faire du demi-sang issu de père de sang pur; tu vas niveler un trot bête, élevé et vite, pour nous faire des galopeurs rasant le tapis et embrassant du terrain; nous nous montrerons alors généreux, nous te donnerons des primes de 100 ou 150 francs, si tu es bien sage, et la remonte te paiera tes chevaux 50 ou 60 louis, b

L'éleveur normand sourit ou se fâche et il poursuit sa route, se rendant compte qu'il ne peut vivre en faisant seulement le troupier; assurément, il réussirait de temps en temps un bon cheval de selle en suivant les conseils qu'on lui donne ; mais à qui le vendrait-il le même prix qu'un trotteur?

Si encore, par des exemples déjà tentés, il pouvait espérer réussir à peu près, peut-être se laisserait-il convaincre; mais on lui conseille de marcher en aveugle dans l'inconnu ; il ne « marche » pas, du reste, et à mon avis il a raison.

Les protagonistes de la Société du cheval de guerre ont une compétence indéniable et leurs personnalités sont trop connues pour que j'en parle ici ; mais ils me font l'effet de certains artistes de talent qui finissent par se singulariser et par voir autrement que leurs confrères.

Je risquerai la comparaison suivante : les haras et les éleveurs normands représentent l'école des Beaux- Arts où l'on est classique et où l'on peint suivant Carolus Duran, Bonnat, Lefebvre, etc. Les partisans du père de pur sang incarnent, eux, les indépendants, les pointillistes, les impressionnistes; ils voient le cheval comme Carrière ou Henri Martin voient la peinture. Peintres et sportsmen sont, chacun dans son métier, gens de valeur ; néanmoins l'opinion ne doit se laisser entraîner ni par des conceptions artistiques trop abstraites, ni par des théories hippiques trop spécieuses. Laissons les Normands continuer tranquillement l'élevage de leurs admirables trotteurs, ce qui n'empêchera jamais l'homme de cheval de rencontrer un bon hack ou un bon hunter.

Il serait à redouter, en suivant la voie nouvelle et en quelque sorte inexplorée, qu'une race de demi-sang coupée en deux, autrement dit de « claquettes », ne vînt se substituer à la normande actuelle et que nous ne vissions encore un plus grand nombre de jeunes officiers montés sur des animaux sans dos, sans membres, sans allure, doués seulement d'un bout de vitesse.

La vulgarisation de l'élevage du « pur-sang cheval d'armes »,

c'est-à-dire capable de porter i oo kilogrammes pendant toute la journée, est également chimérique ; et malgré les dépenses énormes, combien sont-ils les éleveurs qui soient assurés de naître un animal apte à porter du poids? Il est facile de dire, en montrant des pur-sang comme ceux dont j'ai parlé à propos du hunter : voilà ce qu'on devrait élever, voilà le prototype du troupier; mais dans aucun pays, dans aucun élevage, il ne s'en rencontre couramment de ce modèle ; et ces admirables bêtes sont et resteront partout et toujours l'exception. Pour en produire un seul, il faudra en fabriquer un cent : la raison en est que la sélection s'est toujours opérée d'après la vitesse et dans le but de l'augmenter, et non d'après l'aptitude à porter, qui, elle, n'a aucun rapport avec ce qu'on exige du cheval de course. Pour faire un type de « pur-sang cheval d'armes », il faudrait sélectionner d'après le type ; et ce serait créer une nouvelle famille qui, après un certain nombre d'années, n'aurait plus du pur-sang actuel que le nom. Quel serait d'ailleurs le milliardaire assez désintéressé pour tenter pareille aventure?

J'ai déjà souvent parlé du pur-sang, mais je ne l'ai pas encore défini. Aussi vais-je maintenant dire quelques mots au sujet de ce grand seigneur qui, sous sa réelle noblesse native, cache parfois un triste sire.

« Le pur-sang, puissance vive, active et conservatrice, force inhérente à l'espèce, doit être considéré en dehors de la forme qui le contient. Celle-ci peut varier et revêtir des caractères extérieurs très différents sans que le principe qui l'anime cesse d'être parfaitement identique, parce qu'il a pour lui une admirable flexibilité : c'est son propre. En lui sont toutes les perfections, c'est la source de toutes les spécialités. C'est en cela qu'il domine l'espèce, c'est à cause de cela qu'il en est le prototype. » (Eugène Gayot : le Pursang)

Cette définition est savante, poétique, parfaitement capable de frapper les imaginations vives et de plaire à ceux qui préfèrent la parole à l'idée ; mais tout en demeurant un régal littéraire

pour tous, elle ne peut satisfaire un grand nombre d'esprits positifs et pratiques.

Le sang pur n'existe pas plus chez l'homme que chez l'animal à l'état de particularité ; cette locution est à la race chevaline ce que le mot « noble » était à la nôtre et désigne seulement le résultat d'une sélection. Il est avéré que la noblesse, autrefois destinée à combattre, était, dès l'origine, composée d'hommes vigoureux et entraînés aux exercices physiques. Guerriers, ils durent, par nécessité de demeurer forts et par goût peut-être, suivre des régimes fortifiants et se nourrir substantiellement comme des lutteurs ; ces hommes eurent des descendants dont les plus faibles peuplèrent les monastères, tandis que les autres, plus vigoureux, perpétuaient la race et les mœurs paternelles.

Cette noblesse s'unit entre elle sans mêler son sang riche à celui du vilain appauvri par la misère, par les privations et par une consanguinité étroite, malsaine et obligatoire. L'opinion naquit, puis s'accrédita que le sang noble était l'apanage d'une caste d'origine particulière ou même divine, absolument différente de la race serve. Mais avec les siècles commença l'évolution sociale lente et pénible : les féodaux se combattirent d'abord, puis s'allièrent afin de former des provinces, qui ne tardèrent pas à s'entre-ruiner à leur tour pour s'unir encore dans un but de défense commune, jusqu'à ce qu'un roi habile, Louis XI, mettant au service de l'unification du royaume son astuce triomphante, subordonnât à sa propre autorité ces dominations particulières. Le sang bleu se ternissait bientôt à la souillure des mésalliances et se mêlait à la boue des compromissions financières ou politiques. La noblesse de robe se dressa à côté de celle d'épée, à laquelle un empereur, né du peuple et delà révolution, vint ajouter encore la noblesse d'empire, aujourd'hui mêlée aux deux précédentes et à celle, plus récente, que Rome produit toujours. La fusion du sang entre les différentes classes sociales était depuis longtemps opérée.

Chez les chevaux, il fut plus heureux et coule, aujourd'hui,

limpide et puissant comme jamais, tout en étant, lui aussi, exposé à se transformer ou à disparaître en partie, le jour où sa diffusion sera propagée sans contrôle.

Par la sélection, les Arabes ont formé et maintenu une noblesse chevaline dont la descendance engendra le syrien, le barbe, l'andalou et la plupart des races qui peu à peu, en se modifiant sous les influences climatériques de la région où elles furent cantonnées et suivant le travail auquel elles furent astreintes , peuplèrent en partie la France des différents types qui s'y rencontrent encore aujourd'hui.

Le sang oriental fut, à différentes époques, importé dans l'extrémité occidentale de l'Europe par les Maures, par les armées d' Annibal, par les légions de César et de ses successeurs, par les hordes barbares, qui, à plusieurs reprises, envahirent les Gaules; par les croisés, qui ramenèrent des étalons arabes pour leur service; plus tard par de nombreux seigneurs et enfin aujourd'hui par l'industrie privée et par les haras. Mais dans tous les pays où la race pure fut abandonnée à elle-même, qu'en est-il resté? un produit dégénéré et informe; ailleurs, sous l'influence de la- sélection et des soins, elle devint au contraire propre à l'usage auquel ses nouveaux maîtres la destinèrent ; nulle part, elle ne resta elle-même.

Qu'est donc le sang pur puisqu'il s'évanouit dès qu'il n'est plus cultivé ?

Le pur sang anglais actuel est d'origine plus récente, il est le produit de la descendance de deux illustres ancêtres arabes — Godolphin-Arabian et Darley-Arahian (i) — dont l'un, dit-on, sans que cela ait jamais été prouvé, traîna une voiture de louage à Paris, — et de quelques autres dont il serait trop long d'énumérer la liste dans le cadre restreint de ce volume. Les

(i) Autant qu'il est permis de le croire, la création méthodique du pur-sang remonte à Jacques I" (1566- 1625).

Godolphin-Arabian ne commença ses saillies qu'en 1731. Le stud-book fut publié pour la première fois en 1791, par M. Wetherly.

Anglais, avec une habileté et une persévérance dignes de toutes les louanges et de l'admiration universelle, firent, toujours par sélection, des petits-fils de ces étalons ce qu'est le pur-sang anglais actuel, c'est-à-dire le plus admirable des chevaux de selle tant au point de vue du courage et de l'endurance que de la vitesse. Ils le sculptèrent en attachant un soin méticuleux à réduire ou à supprimer tout ce qui pouvait entraver sa rapidité, et ils développèrent en même temps ce qui pouvait contribuer à son accélération ; ils rétrécirent la poitrine pour diminuer la force de résistance de l'air et ils lui rendirent en hauteur et en profondeur ce qu'ils lui avaient retranché en largeur ; ils élevèrent l'arrière-main et en firent un puissant propulseur; ils couchèrent l'épaule, d'où l'encolure sortit dans une inclinaison favorable au facile déplacement du centre de gravité latéralement et longitudinalement ; ils transformèrent les proportions des leviers et l'ouverture des angles ; enfin, grâce à une nourriture surabondante prodiguée à pleines mains, dès les premiers mois, ils développèrent le système nerveux de leur pur- sang à son maximum.

Mais quels soins ne prirent-ils pas et combien de temps et d^argent coûtèrent et coûtent encore la production d'un poulain utile.

J'ai tenté de démontrer que le cheval de course anglais n'était pas unique possesseur du sang pur, puisqu'il fut créé de toutes pièces, grâce au sang arabe, qui lui-même dégénère dès qu'il est négligé ; et cela pour mettre en garde ceux qui croient puiser à la seule source vraie en ayant recours au cheval anglais comme améliorateur. Son emploi comme reproducteur de croisement est toujours incertain, et il n'a jamais donné de descendance homogène en s'alliant à des races déjà trop éloignées de lui pour que le produit soit suivi et non bâti de morceaux disparates.

Les protagonistes de la Société du cheval de guerre citent certains passages de Sidney, mais ils omettent avec soin celui-ci, que je copie textuellement dans le Livre du cheval, page 300 :

« Je trouve tous les jours, dît Markham, dans ma propre expérience que la vertu, la bonté, le courage, la résistance et la vitesse de nos chevaux de vraie race anglaise, sont égaux aux qualités de n'importe quelle autre race de chevaux, de quelqu'endroit que ce soit. Quelques anciens écrivains, soit par manque d'expérience, soit pour flatter la nouveauté, ont conclu que le -cheval anglais est une rosse, grande et forte, aux côtes profondes (aux flancs à sonnettes, à gros ventre), avec de fortes jambes, et de bons sabots, plutôt faits pour la charrette que pour la selle ou tout autre emploi. Combien cela est faux, tous les Anglais, hommes de chevaux le reconnaissent.

a Le vrai cheval anglais, celui que j'entends, élevé dans un bon climat, sur un terrain ferme, dans une pure atmosphère, est de grande taille et de larges proportions, sa tête, quoique pas aussi fine que celle du cheval de Barbarie ou de Turquie, est cependant mince, longue et bien faite ; son attache d'encolure est fuyante, sujette seulement à être épaisse s'il est a Stoned », mais s'il est castré, elle devient ferme et forte, son échine est droite et large; tous ses membres sont minces, larges, plats, et très bien jointes. Quant à la résistance, j'en ai vu peiner et travailler autant et plus que je n'en ai jamais vu faire des produits étrangers.

« J'ai entendu dire qu'au massacre de Paris (Saint- Barthélémy) Montgomery avait, avec une jument anglaise, dans la nuit, traversé d'abord la Seine à la nage, puis fait im si grand nombre de lieues que j'ai peur de le dire, craignant qu'une fausse interprétation me taxe d'un rapport trop prodigue.

« De plus, pour la vitesse, quelle nation a produit un cheval dépassant le cheval anglais? — Quand j'ai vu les meilleurs chevaux de Barbarie, quand ils étaient dans leur meilleure forme, battus par un bidet noir à Salisbury ; mais aussi ce bidet était bien plus battu par un cheval appelé Valentine, lequel Valentîne n'a jamais été égalé, à la chasse ou en courses, et c'était un cheval complètement anglais par son père et par sa mère. En

outre, pour un travail long et une résistance de longue durée, ce que l'on demande pour nos épreuves de chasses, je n*ai jamais vu aucun cheval à comparer au cheval anglais.

« Il est de bonne configuration, fort, vaillant et résistant.

a Ce passage, reprend Sidney, est important, car c'est une notion populaire que la bonté des chevaux anglais commença avec le cheval de courses dans le temps de Charles II, tandis qu'il est évident que notre gros cheval de sang est le résultat des croisements des chevaux orientaux avec des juments anglaises, croisements entretenus par une sélection soignée et de bons traitements. »

Plus loin, le même auteur dit encore : « A un moment, les demi-sang réels, produit d'un étalon de pur sang avec une jument de charrette, étaient cultivés dans le but de produire des hunters pour forts poids, sur la recommandation de « Nimrod » ( M. Apperley) qui avait trouvé à Melton au moins un sujet extraordinaire de cette espèce, portant M. Edge, un yeoman de 18 stone, dans le premier rang en Leicestershire ; mais on trouva bientôt que les prix étaient rares et les ratés nombreux.

« Le résultat le plus commun de ces mésalliances est un monstre composé de deux sortes différentes de chevaux mal réunies dans le milieu. »

Le pur-sang ne constitue pour ainsi dire ni un genre, ni une race, mais simplement une grande famille devenue homogène par sélection et consanguinité. Elle ne reste ce qu'elle est que grâce à des soins constants d'hygiène et à un régime particulier, aussi ne peut-elle en se croisant imprimer à sa descendance une marque définitive et immuable, comparable à celle que l'âne donne au mulet, fruit de son accouplement avec une jument quelconque.

Le sang pur, chez le cheval comme chez l'homme, demeure à l'état latent dans chaque individu, ne fût-ce qu'en parcelles infimes; et, parla sélection persévérante, l'hygiène et les soins, il peut et doit être régénéré dans la mesure nécessaire au bon fonctionnement de l'organisme. La sélection pour la race chevaline

est du ressort de l'éleveur; chez T homme, elle se fait par la liberté de culture physique, intellectuelle et morale qui chaque jour, de jflus en plus, devient à la portée de tout être responsable, sain et travailleur, et cette liberté est le patrimoine précieux dont la France dote chacun ses enfants.

Chasses à courre. Courses. Raids, — La chasse à courre est, dit-on, Técole du cavalier; et c'est là une erreur. Je pose ainsi la question : si vous chassez dans un pays facile comme Compiègne, Fontainebleau, le Loir-et-Cher, Arcachon et tant d'autres, je me demande quels progrès en équitation peuvent vous faire faire de longs temps de trot ou de galop en ligne droite sur des routes ou dans des allées sablonneuses ? Peut-être, par un exercice au grand air, fortifîerez-vous votre santé ou la maintiendrez-vous bonne ; peut-être conserverez-vous une souplesse et une vigueur appréciables jusque dans un âge avancé, mais vous n'apprendrez rien au point de vue équitation. Si vous chassez à Pau ou dans quelques régions de la Vendée, vous aurez de tels obstacles à sauter, qu'il vous faudra être déjà bon cavalier pour vous risquer derrière les chiens ; ici encore vous ne ferez qu'éprouver votre talent préalablement acquis et ce ne sera pas du tout la chasse qui aura contribué à votre instruction.

Dans un pays dur, les meilleurs et les plus hardis cavaliers ne peuvent galoper à travers champs, ni sauter tout ce qu'ils rencontrent; il leur faut choisir leurs passages, s'assurer de Fimportance de l'obstacle et de la qualité du terrain, en un mot, ne rien laisser à l'imprévu sous peine de chute. Il est donc tout aussi loisible au cavalier désireux de s'entraîner au saut, de se promener seul ou accompagné, de rechercher les obstacles naturels qui lui conviennent, et de remplacer le hasard stupide par une progression raisonnée.

La chasse ne donne pas de hardiesse, à peine procure-t-elle l'habitude de la chute aux gens entreprenants qui n'hésitent pas à galoper franchement dans une brande fréquentée par les lapins

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