Administration. — La saveur sucrée est en général
aimée de l’homme et des animaux. Celte règle souffre évidemment des exceptions, ou plutôt des restrictions. Par exemple dans certaines maladies, ou chez certains individus bien portants, le goût de tout ce qui est sucré devient désagréable. Mais il est rare que l’intolérance arrive jusqu'au dégoût absolu, et beaucoup de personnes, sans aimer le sucre, l’absorbent sans déplaisir. Les enfants aiment en général beaucoup la saveur du sucre, et celte indication est précieuse pour l’administration des médicaments h celte classe de malades. C’est pourquoi les sirops sont employés h chaque instant pour la médication des enfants.
La saveur sucrée des sirops n’a pas seulement l’avantage de prédisposer le plus souvent le malade à absorber le médicament. Elle masque bien souvent aussi la saveur désagréable do ce médicament lui-même, et n’est jamais masquée par elle. Car c’est un fait très digne d’attention, que le sucre conserve toujours sa saveur spéciale, malgré sa douceur, même en présence de matières douées d’une sapidité beaucoup plus intense (amers, acides, astringents, aromatiques, etc.) Cela résulte sans doute de la localisation de nos sensations gustatives (1). Mais c’est un fait général et important qui certainement est une des causes principales de l’emploi général des préparations sucrées en pharmacie. Comme les sirops joignent à cette saveur agréable une liquidité qui en facilite aussi l’administration, ils remplissent parfaitement la deuxième condition indiquée au début. Du reste le mot lui-même de sirop rappelle le mode i. Voy. Dict. des Sc. médicales, par Dechambre, article gustation.
d'absorbtion de cette forme médicamenteuse : car le terme de sirop, en vieux français e&syrol, vient de l’arabe charâb, boisson (du verbe charib, boire).
3. Préparation. — La préparation des sirops représente l’un des travaux les plus fréquents que l’on ait a faire dans les laboratoires de pharmacie. Cette préparation se borne en général a des manipulations très simples, dissolution de sucre et de substances médicamenteuses dans l’eau ou la solution aqueuse de substances actives, clarification et conservation du médicament.
Mais si la difficulté matérielle est en générale assez peu grande pour que la pratique en vienne vite h bout, il n’en est pas de môme de l’élude raisonnée du meilleur mode de préparation qu’il sera nécessaire d’employer selon la substance à réduire en sirop. À ce titre on peut dire que l’art du pharmacien a besoin d’être aidé sans cesse par des expériences précises, scientifiquement conduites, et c’est seulement quand il a pu apprécier la valeur des méthodes les plus diverses et de leurs résultats, que le pharmacien peut en adopter une.
Une pareille étude expérimentale est souvent fort difficile à faire, car elle doit tenir compte non-seulement de la valeur médicamenteuse du sirop lui-même, mais encore de diverses conditions en apparence secondaires, telles que le degré de facilité de la préparation, l’apparence du produit obtenu, sa saveur, sa conservation. Selon que telle ou telle de ces données paraîtra plus importante au) pharmacien, celui-ci adoptera un procédé particulier et différent des autres. C’est ce qui explique la diversité des méthodes em-
ployées pour la préparation de certains sirops. A notre avis la valeur médicamenteuse du sirop doit passer avant toute autre considération.
Ce que nous venons de dire ne concerne pas la préparation proprement dite ; celle-ci n’offre jamais de difficultés bien sérieuses : car s’il est souvent difficile trouver une bonne méthode de préparation, cette méthode elle-même est en général très facile à appliquer.
4. Conservation des sirops. — Les solutions concentrées de sucre ont la propriété de conserver des substances solubles qui par elles-mêmes ne sont pas susceptibles de se conserver seules. Tels sont les sucs des plantes,et d’une manière générale toutes les solutions aqueuses de substances extractives végétales ou animales. Celte propriété curieuse semble en contradiction avec les propriétés du sucre lui-même, substance éminemment altérable sous les influences les plus diverses. Dans une certaine quantité d’eau mettez un peu de sucre, et celui-ci s'altère rapipement, par exemple sous l’influence d’un ferment.Mcllez-cn beaucoup, l’altération ne se produit plus, ou est fortement ralentie. Ce fait intéressant ne reçoit en général aucune explication, les autours se bornant a le constater. Nous y reviendrons dans le cours de cette étude. Pour l’instant je dois me borner à reconnaître que cette propriété précieuse du sucre permet aux sirops de remplir la quatrième des conditions que nous avions reconnues comme nécessaires aux médicaments, la conservation des substances actives incorporées dans le vébicule employé.
En résumé, si les sirops sont employés, c’est qu’ils représentent une des formes médicamenteuses qui remplissent le plus directement et le plus complètement les conditions d’un bon médicament.
On trouve dans les Traités do pharmacie des renseignements très complets sur la manière dont on doit préparer les sirops, et je crois que ce serait faire double emploi que de répéter ici une exposition fort bien faite par beaucoup d’auteurs très compétents. Je me proposerai donc plutôt de passer en revue les points divers que les traités essentiellement pratiques ne peuvent étudier a fond ; de donner l’explication des phénomènes qui s’accomplissent pendant la préparation et ensuite pendant la conservation des sirops ; enfin d’indiquer les méthodes les plus rationnelles qu’il faudrait suivre pour donner aux sirops tous les avantages que peut posséder cette précieuse forme médicamenteuse.