‹ GênesChapitre 17 sur 25 · G K NES · texte numérisé non relu

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aperçoit au dernier plan d'autres ailes, et, du côté est, un jardin se dén)ule à leur pied sur une vaste terrasse : ainsi se détachent de l'ensemble, s'allègent dans le vide et s'offrent à l'air et à la lumière ces deux belles loggic qui font toute la grâce de l'édifice. Bartolommeo Bianco les a imitées de celles du palais Doria-Tursi, mais en les élevant plus haut, en les créant plus légères, en les plaçant devant rii(iri/.on des abruptes collines

qui apparaissent entre leurs arcades comme un pittoresque fond de décor, il a renouvelé tout à fait, et rendu mille fois plus séduisante, la création de Rocco Lurago.

Les escaliers du palais Durazzo-Pallavicini ont été remaniés au xviu'^ siècle par Tagliafico, en sorte qu'on juge mieux de ce qu'en ce genre Bartolommeo Bianco a pu imaginer dans un grand espace, par l'exemple du palais de l'Université, tout voisin, qu'un Balbilui fit construire pour le Collège des Jésuites (1623}. Là, toujours par l'heureuse combinaison des éléments les plus simples, et avec une pleine logique, il

a créé des perspectives dont la fantaisie rappelle et égale les plus éblouissants décors de Paul Véronèse ; de rinclinaison même du terrain, qui achève le versant abrupt de la colline, il a tiré un extraordinaire parti ; la succession des vestibules, des cours et des escaliers se divise en trois plans principaux: d'abord un bel atrium voûté où mène directement la porte du palais ; de là, vis-à-\às du seuil, vingt-trois degrés de marbre que gardent deux lions couchés montent à une grande galerie rectangu-

Loggia de la villa Paradiso (San Francesco d'Albaro)

laire posant sur des colonnes géminées qui supportent une autre galerie, elle-même portant une terrasse ; entre les quatre portiques ainsi disposés, une vaste cour reçoit la lumière du ciel ; mais les arcs des deux galeries sont eux-mêmes assez élevés pour qu'entre leurs baies le regard aperçoive la cime même de la colline et les arbres du beau jardin qui la couvre : aussi pour joindre la cour du palais à ce jardin suspendu, des escaliers de marbre s'élèvent de palier en palier jusqu'aux balustres qui bordent les bosquets dont on ne voit pas la fin, et le regard, séduit par toutes ces perspectives régulières mais subtilement entrecroisées, imagine à ce palais magnifique et léger des profondeurs mystérieuses.

Après ce beau songe, combien parait lourd le palais roj'al, 'presqu'en face de l'Université), commencé vers 1650 pour les Durazzo par le lombard G. -A. Falcone, qui mourut lors de la peste de 1657, et auquel succéda Pier Francesco Cantone : pourtant la grande porte de la cour laisse découvrir du seuil tout le port, chargé de vaisseaux, et cette vue habilement ménagée ajoute son charme à cet immense et pesant palais. Les appartements extrêmement riches valent mieux que l'extérieur, qui

Villa Imperiali (Terralba).

cependant semble imité du palais Cambiaso, de Cialéas Alessi ; mais toutes les proportions en étant changées, Alessi n'y aurait point reconnu son style.

C'est là le dernier palais génois où l'architecture de la Renaissance ait encore une part qu'il faille signaler. Dans l'Albergo dei Poveri, immense hôpital bâti non sans goût de 1655 à 1675 par G.-B. Grigo. Antonio Conrado, Girolamo Gandolfo et Antonio ïorriglia, pour Emmanuel Brignole, qui le donna à la République, une jolie chapelle de marbre blanc rappelle un peu le vaisseau de Sainte-31arie de Carignan. Un biographe de Puget prétend qu'il dessina le plan de la coupole, qui abrite un de ses chefs-d'œuvre : mais rien ne démontre la véracité de cette assertion.

Pour avoir une idée complète de la grâce de l'architecture génoise il fau-

GALÉAS ALESSI ET L'ARCHITECTURE GEXOISE

drait encore visiter les villas du XVT et du XViT siècle qui parent les côtes du golfe. Outre celles que j'ai citées, et qui gardent l'empreinte si pure du génie d'Alessi, outre toutes celles dont les injures du temps ont défiguré les belles lignes et qui nous apportent un regret plus qu'un témoignage, il en est où survit tout Tesprit aimable et riche delà Renaissance : telle cette villa Solluzio ou Paradiso. sise sur la colline de San Francesco d'Albaro, ornée de fresques de Bernardo Castello et de Tavarone, et dont la grande loggia est ouverte à tous les souffles de la mer dont elle contemple le mouvant horizon, — telle la villa Imperiali dont le jardin de lauriers-roses tapisse le vallon de Terralba que San Francesco d'Albaro sépare de la mer; deux loggic, longues chacune de trois arcades, allègent cette construction régulière et rappellent celles du palais Doria, construites par 31ontorsoli ; des grisailles sont peintes sur les murs, et une fresque de Luca Cambiaso décore le plafond de la salle d'honneur ; mais ce qui )' ajoute une séduction toute particulière, ce sont ces beaux escaliers qui, au-dessus d'une fontaine profonde, relient le jardin à la terrasse où s'élève la villa : une arcade, des rampes à balustres, quelques vases de marbre. — d'aussi simples moyens employés avec goût, <lans un site riant et fleuri, suffisent à l'embellir et à nous toucher.

La sculpture joue un rôle dans l'architecture génoise, comme dans toute celle de

l'Italie, à la Renaissance. Mais aucun grand nom de statuaire n'illustra la cité. Après avoir travaillé à la chapelle Saint-Jean, les Délia Porta sculptèrent des statues pour l'autel des Apôtres, au Dôme. En 1580 les • irimaldi appelèrent à <Tènes Jean Bologne et son élève Francavilla, pour décorer leur palais et l'église San Francesco di Castelletto. Cette église fut démolie en 1797 ; les statues et reliefs qui l'ornaient furent partagés entre le palais Pitti et l'Université de Gènes où on admire encore six Vertus de bronze de Jean Bologne, élégantes et maniérées. J'ai déjà parlé des statues des Carlone au palais Doria ; leurs élèves, — l.conardo Ferrandina, .Martino Rezi, Domenico Scorticone, etc. — furent

Jijn Bjlûgne. I..1 Foi (Uiiiversitc

nombreux mais obscurs. Le seul sculpteur génois qui honora sa patrie entre l'époque des Carlone et le xvui" siècle fut Filippo Parodi (1630- 1708), le père des deux peintres connus, Giambattista et Domenico. Elève du Bernin, Filippo Parodi a travaillé surtout à des sculptures architecturales, et l'exemple de Puget qu'il \'it à l'œuvre, à Gènes même, l'in-

Cliapclle lies Apôtres (Cathédrale)

fluença certainement : les deux puissants Icniiiiii qu'il a sculptés pour la porte du palais Brignole-Durazzo (piazza délia îMeridiana) déploient la même force héroïque que ceux de Puget à l'Hôtel de Ville de Toulon, et il a vraiment fait vivre les deux Tritons géants dont il a tordu les corps épais sur les parois de la fontaine du palais Raggio-Podestà (via Nuova) et qui y soutiennent de leurs bras musclés la terrasse qui surplombe la cour et mène aux jardins perchéssurla colline. C'estdans ces brutales et savou-

GALEAS ALESSI ET 1/ ARCH ITECT UR E GENOISE

reuses fantaisies qu'il a donné la mesure de son talent plus que dans le saint Jean Baptiste de Sainte-Marie de Carignan, ou dans la tombe de Vincenzo Gentile à Santa Maria di Castello, ou dans tant d'autres œuvres où s'épanouit le style baroque. Cet artiste fortement doué vécut malheureusement dans un âge où le goût du colossal et du pompeux étouffait le

goût des simples harmonies : s'il fût né un siècle plus tôt, Galéas Alessi aurait sans doute trouvé en lui le créateur des dieux dignes d'habiter ses palais, d'en décorer les portes et les corniches, ou de peupler ces grands jardins aux romanesques fontaines qu'il avait dessinés autour des villas patriciennes de San Francesco d'.Vlbaro, de Borgo San ^^incenzo ou de Sampier d'Arena.

Luca Cauibiaso. Fresque du j .ilais De Mari. (PaUuzo délia MeriJianal.

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