CHAPITRE II
HISTOIRE DE GÉXES
L'origine de Gênes plonge dans le crépuscule de la préhistoire. On a parfois affirmé qu'elle fut fondée par les Ligures l'an 707 avant J.-C. : précision aussi dénuée de preuves que l'ancienne légende qui attribuait cette fondation à Janus, arrière-petit-fils de Noë ; cette légende a toutefois le mérite du romanesque : une inscription de la cathédrale nous conte qu'un autre Janus, prince troyen, fuyant sa patrie en ruines, fut poussé par un vent favorable dans le port déjà fondé par l'héritier de .Noë. De Janits serait venu Jaii/iû, nom primitif de la ville, dont Genua puis Genova ne seraient que des déformations. Je préfère encore cette vieille légende à l'hypothèse selon laquelle Gcn/^rt dériverait du mot latin gcnu (genou) et ferait allusion à la courbe du rivage de Gènes : résignons-
lo GENES
nous à ignorer aussi bien l'origine de la cilé que léUmologie de son nom.
La race ligure habite la côte génoise et les régions qui lavoisinent au moins depuis l'âge du bronze. Rameau très anciennement détaché de la grande famille celte, parente des auvergnats et des bretons, comme eux patiente, courageuse et tenace, purement arj-enne, elle s'est établie en Europe bien avant les races germaniques. Gênes est au cœur même des vastes régions où elle s'est répandue, et c'est vers son golfe qu'elle a toujours été refoulée : Gênes est certainement un établissement primitif des Ligures, qu'une situation heureuse et forte, sur une côte abrupte dominant une mer riante, destinait à une longue prospérité.
De ces Ligures, la mer fit des marins. Leurs vaisseaux traversaient la .Miditerranée. Carthage devint leur amie. Mais quand les romains eurent conquis la (iaule cisalpine et pris i^lilan aux Insubres, Gênes, isolée au milieu des nouvelles conquêtes romaines, ne conserva point son indépendance: en 22 2, ^larcellus l'incorpora à la Gaule cisalpine. Lorsqu'Hannibal envahit la vallée du Pô, elle ouvrit son port à P. Scipion qui revenant du Rhône allait joindre sur le Tessin son terrible adversaire : c'est pourquoi en 205 31agon, le frère d'Hannibal, vint de lAlinorque ruiner Gênes. Mais la puissance d'Hannibal déclinait. En 202. Gènes fut relevée par le préteur Sp. Lucretius. Ville confédérée, sous la république, elle devint un iiinnicipc sous l'Empire, et vécut paisiblement jusqu'aux invasions des barbares.
De ce passé il ne subsiste que quelques fragments d'inscriptions. Sans doute le flot barbare qui maintes fois s'abattit sur Gènes en drainat-il tous les vestiges romains. Les llérules (470) puis les Ostrogoths (493) la conquirent; en 539, pendant queBélisaire écrasaitlesGoihs,lesBurgondes, passant les Alpes, vinrent la piller. Elle ne retrouva un peu de paix qu'après la défaite définitive des Goths par Narsès, sous Justinien : les exarques de Ravenne y placèrent un comte. Menacée mais épargnée par l'invasion des Lombards, elle fut l'asile de l'archevêque de Milan, quand Alboin se fut emparé de toute la vallée du Pô. Toutefois, riche, forte et commandant la mer, refuge de l'aristocratie romaine de Milan, elle devait tenter l'audace des Lombards. Rotharis parut en Ligurie en 640, la conquit, l'arracha de l'Empire grec et la dévasta jusqu'à la frontière franque. Gênes détruite, ses vainqueurs la relevèrent. Un comte lombard y siégea. Luitprand y fonda deux églises. Mais il semble bien qu'elle ait beaucoup souffert à cette époque des pirateries continuelles des sarrasins établis en Afrique : elle se donna à Charlemagne, qui fortifia la côte du golfe.
Dès lors elle appartient à l'empire : en réalité ce sont ses évèques qui la gouvernent. Pendant la lente désagrégation de l'empire de Charlemagne. ils donnent à leur cité conscience d'elle-même, l'organisent contre le danger et, en la rendant forte, la préparent à l'indépendance et à la domination.
Toute son histoire de la fin du ix° siècle à la fin du xi° est l'histoire de ses luttes contre les musulmans qui infestent la Méditerrannée et oppriment la Sicile et la Sardaigne. Après une terrible incursion des sarrasins sur la côte de Ligurie, en 860, l'évêque transporta son siège de San Siro à San Lorenzo qui domine le port de plus haut et qui fut enveloppé dans la muraille défensive ; il se construisit un château fort sur la hauteur où la population vint se grouper, abandonnant le quartier marin , trop exposé aux pirates.
Les habitants se divisèrent en huit coiupa-
giiics réparties en huit quartiers, et adjoignirent à l'évêque des consuls. Les sarrasins pillèrent trois fois la ville, mais la troisième fois furent poursuivis et leur flotte anéantie sur la côte nord de la Sardaigne. De tels succès resserraient autant que les lois nouvelles l'union des citoyens confédérés et renforçaient l'indépendance municipale ; en 958, le roi Béren-
Porte S.int' Andréa.
ger reconnut cette indépendance et confirma à la ville ses privilèges. Par la lutte ininterrompue contre les pirates ou contre les seigneurs pillards retranchés dans les châteaux des montagnes, les génois exercèrent et accrurent leur force : ils allaient passer bientôt de la défensive à l'offensive. Les graves périls encourus alors préparaient leur grandeur future.
Dès le IX" siècle les génois avaient commencé de s'établir en Corse. i^lais les sarrasins dominaient en Sardaigne. d'où il menaçaient toutes les côtes voisines. Pise fut pillée par eux comme Gènes. Ces deux villes maritimes, alors les plus importantes d'Italie, s'allièrent en 1017 contre les infidèletet conquirent la Sardaigne : seulement, quand il fallut partager
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Tombeau de Francesco Spinola. [Palazzo Bianco] .
le fruit de la victoire, les deux alliées ne s'entendirent plus. Telle fut l'origine des longues et sanglantes querelles qui divisèrent les génois et les pisans jusqu'à la fin du Xlll° siècle. D'abord, Pise vainquit Gènes (1021 1 etgardalaSardaigne.Pourtant, trop faible pour la défendre à elle seule, elle redemanda bientôt l'appui des génois contre les musulmans (1050). En 1088, leurs flottes alliées les poursuivirent avec succès jusqu'en Afrique. Elles coopérèrent aussi, au début de la première croisade, à transporter en Orient les armées chrétiennes. Ainsi les vaisseaux de Gènes connurent l'Orient, d'où ils devaient rapporter tant de richesse et de gloire. Mais en 11:9 la lutte contre Pise recommença à propos de la Corse où, depuis 1070, les pisans cherchaient à pénétrer. C'est la papauté, dont le pouvoir grandissait en Italie et se dressait en face du pouvoir impérial, qui départagea les deux villes ennemies : Innocent II divisa les évéchés de Corse entre Pise et Gènes, et éleva Gènes à la dignité d'archevêché ^1 133}. Au cours de ces âpres luttes, la république génoise n'avait cessé de grandir.
Sa constitution même avait changé Pour remédier à l'anarchie intérieure et à la vénalité du gouvernement, la séparation du pouvoir civil et du pouvoir judiciaire fut décrétée et la durée des fonctions consulaires réduite à un an : à côté des consuls civils furent nommés sept juges ou consuls des plaidoyers, répartis entre les sept quartiers, et munis chacun d'un assesseur.
Gênes possédait alors presque toute la côte de son golfe, de Vintimille jusqu'au fort de Porto Vénère, qui ferme la baie de Spezia. D'heureuses campagnes contre les Maures de Majorque et de la côte d'Espagne accroissaient son prestige et sa richesse. l""lle entreprenait la reconstruction de sa cathédrale sur un plan nouveau, vaste et hardi. Cette prospérité éveilla l'envie de l'empereur : le plus avide et le plus arrogant de ceux c|ui se prétendaient souverains maîtres de l'Italie, Frédéric Barberousse, y envoya un podestat.
Un puissant parti voulait qu'on s'inclinât devant l'empereur : le parti national triompha pourtant. En quelques jours d'opiniâtre travail, le peuple éleva autour de la ville une forte muraille, en ferma les portes et s'arma. Mais la république industrieuse ne cherchait pas la guerre ; elle envoya une ambassade à Frédéric. N'avait-il pas intérêt à ménager une ville maritime, possédant une flotte puissante qui tenait en échec les sarrasins? P'rédéric se laissa convaincre. Les génois surent ainsi résister aux prétentions de l'empereur sans avoir à soutenir la lutte terrible où triompha la ligue lombarde. Fis participèrent aux bénéfices delà paix de Constance sans avoir versé leur sang à l.egnano. Celle politique à la fois l'erme et
Rocher de la L.intenic