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adroite, virile et réaliste, caractérise bien ce peuple de commerçants hardis et tenaces, fiers de leur richesse et jaloux de leur âpre volonté.
Les guerres contre Pise continuèrent avec succès en Sardaigne. En 1175, le pape Alexandre III étant intervenu entre les deux rivales, elles se partagèrent l'île. Peu auparavant, les génois du consentement de l'empereur s'étaient installés à Svracuse et sur plusieurs autres points de la côte sicilienne. .Mais, unis contre l'étranger, ils se déchiraient entre eux : le parti gibelin, accru de tous les seigneurs delà région que la ville avait peu à peu attirés et absorbés, profita des vides laissés à Gênes par la Iir croisade, pour renverser enfin les consuls de la commune. Un podestat étranger fut élu pour un an, avec pleins pouvoirs. A partir de ce moment, la ville se partage en deux camps. Quand l'un triomphe, les consuls remplacent le podestat; quand les autres dominent, un nouveau podestat est rappelé. L'un de ces chefs, Oberto Olivano, de Pavie, délivra Gênes des luttes intestines en s'emparant des palais couronni'S de tours où les nobles belliqueux se retranchaient. Un autre. Drudo .Marcellino, ramena les vassaux de la cité à l'obéissance. .Sous l'autorité des podestats, d'heureuses campagnes furent conduites en Sicile et jusque dans l'île de ('andie : mais à Candie ils se heurtèrent aux vénitiens. Les luttes contre \'enise allaient durer plus de deux siècles
Ce n'est plus la Sardaigne qui est l'objet de ces guerres sanglantes : c'est la possession du Levant. A'enise soutient à Constantinople les empereurs latins : Gênes y rétablira les empereurs grecs. Dans ses guerres contre Pise, Gênes finit par triompher avec le parti guelfe, au temps d'Innocent IV, le pape génois. En 1290, son triomphe s'achève par la destruclion des ports de Pise et de Livourne. Mais les guerres navales contre Venise occupent davantage son ambition grandie : elles préparèrent la grandeur des deux premières familles de Gênes, les Doria et les Spinola. Jusqu'au milieu du xv!"" siècle, l'histoire de Gênes est faite de l'héroïsme et de la rivalité de ces deux familles.
En 1284, Oberto Doria détruit la flotte de Morosini et des pisans à la Melloria, et ruine ainsi définitivement la puissance de Pise. En 1298, Lamba Doria bat les vénitiens et fait prisonnier Dandolo, leur amiral, dans l'île de Curzola, près de Venise. De 1350 à 1354. Paganino Doria remporte trois victoires sur les flottes vénitiennes. En 1379, Luciano Doria meurt en infligeant une défaite à la flotte vénitienne, et Pietro Doria est tué en entrant dans Chioggia que le vénitien Pisani reprend l'année suivante. C'est alors Gaspardo Spinola qui ramène à Ciênes la flotte génoise. Sa famille' se partageait le plus souvent avec les Doria les charges de
HISTOIRE DE GICNES
capitaines du peuples institués en 1257 : Oberto Spinola, CorradoSpinola, Obizo Spinola et Galeotto Spinola furent successivement ca pi ta ni en même temps qu'ObertoDoria, Corrado Doria, BarnabaDoria, et Rafaëllo Doria. Mais la plus grande gloire des Spinola, avant le fameux général de Philippe III d'Kspagne. fut ce Francesco Spinola qui avec Biagin Assereto délivra en 1435 Gaëte assiégée par Alphonse d'Aragon, et l'année suivante chassa de sa patrie les troupes du duc de 3Iilan.
Les rivalités de ces familles, auxquelles il en faut joindre d'autres, elles aussi ambitieuses et puissantes, les Boccanegra. les Adorno, les Fregoso, les Grimaldi, les Fieschi, multiplièrent les dissensions intestines de la république, ^lécontente de ses capitani .
elle se donna en 1270 des protecteurs assistés A'abbés du peuple, puis nomma de nouveaux capitiDii. et enfin en 1339, après avoir tenté de se faire gouverner par l'empereur Henri VII. par le roi de Naples. par le j^ape. élut son premier doge perpétuel. .Simon Boccanegra.
La souveraineté des doges ne fut point stable ni paisible. Les uns furent chassés puis rappelés; d'autres durent
chercher pour la république un suzerain étranger : les ducs de .Milan, les rois de France, les marquis de 3Iontferrat. les empereurs d'Allemagne furent successivement choisis comme maîtres, par ce peuple incapable à la fois d'en subir un sans révolte et de se gouverner lui-même, et qui, déchiré sans iin par les factions, restait cependant toujours heureux dans son commerce, et ferme contre les ennemis du dehors. La fondation de la célèbre banque de .Saint-Georges en 1407 régularisa davantage encore la politique financière des génois, et soutint leur politique commerciale, forte jusqu'en (Prient.
En Orient, ils s'étaient puissamment établis dans la .Mer Noire, d'où les vénitiens n'avaient pu les chasser, pendant la longue guerre de Caffa ('350-I355'- Caffa, capitale de la Crimée, populeuse et riche, était la porte de toutes les routes d'Asie. Par Caffa, les Génois avaient pénétré
Sebastien del Piombo. Portrait d'André Doria (Rome, palais Doria-Pamphiii).
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jusqu'à la mer Caspienne, et recueillaient par cette voie tout le commerce de l'empire mongol Par là venaient ces soies de Chine, dont les vieilles familles de Gênes gardent encore jalousement de précieux restes. Mais la chute de l'empire mongol à Pékin et l'invasion progressive des turcs vers l'ouest appauvrit le commerce de la Crimée au profit de celui de riigj-pte, accaparé par les vénitiens. Quand i^lahomet II eut pris Constantinople, la situation des génois devint très précaire dans la Mer Noire : en 1475, les turcs leur enlevèrent Caffa, et les chassèrent même de l'archipel. Les génois se trouvaient rejetés vers l'Occident.
-Mais ce coup porté à leurs ambitions dans le Levant n'anéantit ni leur grandeur propre ni leur prospérité. A la fin du xv' siècle, les Sforza de .Milan et les rois de France se disputaient la suzeraineté de Gênes que la républiqueleur avait donnée d'elle-même à maintes reprises. Charles VIII échoua contre Ludovic le .More, mais Louis XII fut plus heureux en 1499, et, s'appU3'ant sur le parti des Fregoso, chefs des gibelins, établit fortement son gouvernement dans la cité. La populace ne sut accepter longtemps cette domination : en 1507 elle élut doge un teinturier, Paul de Novi, écouta les secrètes excitations du pape et chassa les Français. C'est alors que Louis XII, passant les Alpes et gagnant à sa cause la famille des Fieschi, prit la ville où s'installa en son nom le cardinal d'Amboise, l'annexa au royaume avec ses possessions, la Corse et l'île de Chio, et fit saisir à Pise le doge des révoltés : Paul de Xovi fut décapité, et les débris de son corps furent exposés tout sanglants aux portes de la ville.
Louis XII pourtant ne maltraita pas ce peuple de marchands à qui Ba3'ard criait dédaigneusement de se défendre avec des aulnes et non avec des piques. Il leur laissa leurs lois, maintint l'ordre auparavant toujours troublé, fit seulement construire au-dessus du port le fort de la Lanterne, qui commanda la ville et en garda le phare.
Mais dès qu'au temps de la Sainte Ligue la situation des français fut ébranlée en Italie, Gènes se repartagea en deux camps : les Fregoso groupent les partisans du pape ; les Adorno, les Fieschi, les Doria veulent garder le gouvernement ferme et prudent de Louis XII. Gênes est prise et reprise par chaque parti ; en 1514, le doge Ottaviano Fregoso chasse les français et rase le fort de la Lanterne : puis, dès que François I" fut monté sur le trône, il se laissa séduire par le nouveau roi et lui donna la ville. Le parti français y demeurait puissant, et l'ordre régna dans la république. Mais les Adorno et les Fieschi se rejetèrent dans le parti de l'empereur. Charles-Ouint envoya Prospero Colonna et le marquis de
Pescaire assiéger la ville avec vingt mille hommes : le 30 mai 1522, elle fut prise d'assaut et mise à sac.
C'est alors que parut André Doria. Général des galères de François I"', il voulait s'appuyer sur lui pour délivrer sa patrie des impériaux, contre qui se formait une ligue puissante : il prit le commandement de la flotte
Portail du palais Grillo-Cattaneo, 150-1 (piazza Cattaneo',
des alliés, dispersa vingt-deux vaisseaux venus d'Espagne, de concert avec Lautrec conquit toute la côte jusqu'à Livourne et bloqua le port de Gènes; il y entra bientôt, sans que ses troupes commissent le moindre excès
Mais l'ingratitude de François 1" allait préparer l'indépendance de la république. André Doria se vit retirer sa charge de général des galères, Trivulce fut nommé gouverneur de la ville, et le port de Savone fut agrandi
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et fortifié de façon à préparer la ruine commerciale de Gênes : ces griefs suffirent à détacher André Doria de François I". Filippino Doria qui bloquait Xaples assiégée en même temps par Lautrec, reçut l'ordre de faire défection, André Doria prit la mer, arbora le pavillon impérial, chassa les galères françaises jusqu'à Savone et entra en maître dans sa patrie, d'où Trivulce fut expulsé (1528). L'empereur fut proclamé protecteur de la ville, (iènes était libre et devait rester libre jusqu'à la Révolution française.
Ace peuple turbulent et jaloux, il fallait un maître : André Doria sut le discipliner, le contenir par une constitution plus étroite, et, sans autre titre que do5'en des sénateurs, le gouverner jusqu'à sa mort. Il fut le Périclès de cette république. Sa principale préoccupation fut d'effacer les divisions des citoyens, les anciennes castes, les anciens partis ; les Adorno et les Fregoso, chefs des guelfes et des gibelins, furent abaissés ; toutes les familles, nobles ou plébéiennes, réparties en vingt-huit tribus nouvelles, qui nommaient un Grand Conseil de 400 membres : les affaires étaient expédiées par le Petit Conseil, issu du premier. Un tribunal, composé de cinq censeurs, et un podestat étranger réglèrent la justice. Enfin un doge, élu pour deux ans, et emprisonné par une série de lois très strictes, devint le chef suprême de l'Ktat : le premier nommé fut Oberto de Lazzaro dei Cattanei.
Gênes atteignit vite, alors, l'apogée de sa puissance. Trop troublée peut-être par ses dissensions, elle ne s'était pas mêlée au mouvement artistique de l'Italie. Mais elle voulut dresser une statue colossale à son libérateur : JMontorsoli, l'élève de .Michel-Ange, architecte et sculpteur, fut appelé à Gênes, où Perino del Vaga et Beccafumi venaient de décorer un nouveau palais Doria. L'art génois naquit par eux. La pai.x accrut la richesse. La noblesse se construisit de pompeuses demeures, et Galéas Alessi créa la strnda nuova.
La conspiration des Fieschi assombrit les dernières années d'André Doria. Giovanni Luigi Fieschi, comte de Lavagna, qui l'ourdit savamment, pour rendre le pouvoir à l'ancienne noblesse abaissée par la constitution, ne réussit qu'à assassiner Gianettino Doria, fils adoptif d'André : au moment où, déjà maître du port, il croyait saisir la ville, il se no3'a en allant délivrer les galériens (1547). Ses partisans furent vite dispersés, et André Doria, dont la vieillesse n'émoussa point le ressentiment, demanda la tête des autres Fieschi : l'un d'eux, Ottobone Fieschi, s'échappa ; mais il retomba huit ans après dans les mains d'André Doria. qui le fit coudre dans un sac et jeter dans la mer.
Rien depuis ne troubla Gènes, qui resta libre et active dans l'Italie asservie et impuissante. Une révolte de la Corse fut étouffée en 1559. Quelques mouvements des anciens nobles furent facilement comprimés. Plus tard, après l'affaire de la Valteline, le duc de Savoie entreprit de s'appuyer sur la populace génoise pour renverser le gouvernement de la république : mais il fut repoussé ; sous la direction militaire de Lelio Brancaccio.
Firenzuola, Carlo PetruccietSeb. Ponsello élevèrent sur la montagne qui domine Gênes de puissantes fortifications; Vachero, (;hcf dubas peuple, et vendu au duc, fut décapi té ^ 1 6 2 9) . Le duc de Savoie mourut de sa défaite, quelques mois après.
Quelques pirateries des barbaresques, une terrible peste en 1657, la vaine conjuration de La Terre soutenue en 1672 par Charles- Emmanuel de .Savoie,
n'ébranlèrent pas profondément la prospérité pacifique de tiênes au xvii" siècle. En 1685, la république fut assez audacieuse pour prendre ouvertement le parti des espagnols contre Louis XIV et pour laisser insulter ,Saint-01on, l'ambassadeur de France : la réponse du roi ne se fit point attendre ; Duqucsnc et .Seignelay se présentèrent devant (îènes avec une flotte puissante ; les génois voulurent r(''sisicr : un Ixiniljardcmcnl de
Port.ul du xvi" siècle (Vi;i degli Orefici).
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quatre jours ruina une partie de la ville et tout le faubourg de Sampier d'Arena. Les espagnols ne secoururent pas la république : le doge Francesco-3laria Imperiali-Lercaro dut venir en personne, accompagné de quatre sénateurs, implorer à X'ersailles le pardon du roi.
Les ruines se relevèrent et une longue paix restaura la richesse de la
république. Toutefois, isolée au milieu (1 lùats toujours grandissants, elle se trouvait moins forte pour gouverner ses possessions. Révoltée depuis 1729, l.'i Corse réclamait la souveraineté de la France : les génois, lassés de la lutte, finirent par céder l'île à Louis XV, «[Uplques mois avant la naissance de Xapoléon.
La guerre de la succession d'Auiriche leur porta aussi des coups cruels. mais ils s'}' couvrirent de gloire. Alliés des Français, ils subirent en 1746 le contre-coup de leur défiiile à Plaisance et de leur retraite derrière le Var.
Botta entra sans effort à Gênes et livra la cité et tout son territoire au pillage ; .Marie-Thérèse d'Autriche exigea vingt-quatre millions de la république et ruina du coup la banque de Saint- (ieorges. Le peuple réduit à la misère la plus noire s'excitait chaque jour davantage contre les Autrichiens : un jour une simple rixe dans la rue, au passage d'un convoi militaire, dégénéra subitement en un soulèvement général : un cordonnier et un valet menaient la populace : un fort improvisé sur une hauteur commanda tous les postes autrichiens, des bandes de paysans armés entrèrent dans la ville, les soldats furent massacrés partout, et canonnés de la hauteur. Botta dut fuir sur Alexandrie avec les débris de ses troupes : la Ligurie était perdue pour l'Autriche. Lorsque, l'année suivante, les Autrichiens et les Anglais revinrent assiéger Gènes, les Français étaient rentrés dans la place avec lioufflers, qui mourut au cours de la défense : Richelieu qui lui succéda acheva la défaite des alliés.
I^ortail d'un palais de la piazza San Matteo.
Le traité d'Aix-la-Chapelle reconnut l'indépendance des génois (1748).
C'est la France qui, un demi-siècle après, y mit fin. Les victoires de Bonaparte en Lombardie favorisèrent une émeute du parti populaire : les statues des Doria furent brisées. Le gouvernement réprima l'émeute, mais les Français intervinrent et donnèrent raison au peuple : la constitution fut abolie et la république ligurienne, démocratique et à demi française, remplaça la république de tTênes (1797).
Les Anglais, les Autrichiens et les Russes reprirent bientôt la haute Italie. Masséna, enfermé dans Gènes, y subit en 1800 ce siège héroïque, demeuré presque légendaire. Mais la répuljlique ligurienne dura peu : en 1805 Gènes fut incorporée à l'Empire. Quand l'Empire tomba, elle ne recouvra plus son autonomie : les traités de Vienne la donnèrent au roi de Sardaigne.
I"",lle ne regretta point son indépendance car les esprits rêvaient déjà l'unité italienne. Mazzini. dans sa petite maison de la via Lomellini, bâtissait en esprit la grande république future. Les génois, qui en 1S49 poussèrent Charles-Albert à sa guerre malheureuse contre l'Autriche, demandèrent violemment la république, après la défaite de Xovare : le général La Marmora dut reprendre aux insurgés vSampier d'Arena et le palais Doria-Tursi. .Mais Charles-Albert pardonna à la ville : quelques républicains s'embarquèrent ; une amnistie générale couvrit les autres.
Pendant la guerre de l'indépendance, Gènes prouva son patriotisme unitaire. C'est de Gènes que Garibaldi, Turr et Bixio passèrenten Sicile. L'unité italienne a d'ailleurs profité à la ville. Un génois, le duc de Galbera, donna en 1876 vingt millions pour élargir le port, aujourd'hui le plus riche de la péninsule. La population a plus que douljlé depuis le règne de Charles-Albert. Des quartiers neufs sont sortis de terre. Gènes, où débouchent les routes du centre de l'Europe, est une fourmilière humaine, toute brûlante d'une fiévreuse activité qui plaît sans doute aux mânes des fiers génois du xvT siècle, dont les palais de marbre se dressent toujours sous son ciel changeant et profond.
Cloitre de San Matteo.