FAUNE
Ces sorciers emploient toutes les pratiques de magie que nous avons déjà envisagées, Ils guérissent par des paroles charmées, par des incantations où se retrouve toujours le même mélange de magique et de religieux. Aïnsi . dans la Mayenne le toucheux qui guérit les brûlures ou le zona (feu sauvage) prononce ces paroles déjà en usage au xvir° siècle : it
Feu perds ta chaleur Comme Judas perdit SES ve
Quand il trahit Notre- Seigneur Jésus-Christ au Jardin des Olives.
De même dans l’immortel poème de Mireille Tavèn, au milieu de ses pratiques de magie, évoque la passion du Christ.
La sorcellerie emploie aussi la” puissance des-nombres et des talismans. Le sorcier est particulièrement qualifié pour rompre Îles sortilèges provenant d’un autre sorcier
malveillant. 11 faut même parfois évoquer les morts dont la faveur ou l'hostilité joue un si grand rôle dans les croyances bretonnes. é *
Les sorciers se mêlent souvent de composer des médicaments où ils montrent une certaine science pharmacodynamique. Telle cette vieille recette d’onguent où il entre de la belladone, de la morelle furieuse, du sang de chauve- Souris, du sang de huppe, de l'aconit, de la suie, du persil, de l’opium et de la Le. et qui est destiné à proeurer le sommeil. A l’heure actuelle le sorcier compose encore des breuvages, comme Canidie, avec la mandragore, la ciguë, les langues de vipère et autres ingrédients décrits par Virgile et Horace.
Nous rattacherons un peu artificiellement à ce chapitre une trè courte étude sur les grands empiriques, qui ont influé sur la thérapeutique populaire d’une façon comparable à celle des obscurs sorciers ruraux. De tout temps des aventuriers se sont présentés au peuple, prétendant soulager ses misères. Ils connurent toujours le plus grand succès. La prodigieuse fortune de l’orviétan paraît incroyable quand on songe au temps qu’a duré la faveur de cette panacée. Il aurait été inventé par un certain Lupi, à Orvieto, en Toscane, et présenté par lui comme un anti- dote universel. Le monopole de sa vente fut successivement revendiqué par Vitrario, Levantin, Nicolas de Blégny, Desiderio Descombes (dit le Charlatan), Christophe Contugi (dit LOrviétan) et enfin Charles Dionis. A Îa
mort de ce dernier le remède, qui avait enrichi bien ‘des
familles, tomba dans le domaine public sans que ses propagateurs aient pu obtenir pour lui l’approbation de !a
Faculté. Il n’y a pas tellement longtemps il se débitait :
encore couramment sur nos places publiques. 5 Digby utilisait une «poudre de sympathie» qui fit fureur à l’époque. [1 guérissait avec une méthode sapparentant à la transplantation. La poudre du sfeur Aïlhaud était un « remède spécifique à tous les maux connus ». Mais Vun des thaumaturges les plus célèbres et dont le souvenir est resté vivant dans le peuple, est ce J oseph Balsamo qui connut une prodigieuse fortune sous le nom de Cagliostro. Il fit son éducation médicale au couvent de Caltagirgne, chez les Benfratelli, Frères de la Charité, qui faisaient office de garde-malades, de pharmaciens, de guérisseurs parmi leg campagnes à moitié désertes. 11 ‘ apprit ainsi du frère apothicaire des rudiments de thérapeutique. Plus tard, reparu après une jeunesse orageuse sous les traïts du comte de Cagliostro, il se lance dans
l’alchimie. Il aurait été initié par Saint-Martin en 1774-
Il se consacre ensuite à l’occultisme. En Allemagne il compose un remède, la Barba J'ovis, destiné à prolonger la vie et à augmenter les forces. Puis il exerce la médecine à la cour de Russie. Selon ses dires, sa méthode ne visait pas le patient mais les « esprits », causes efficientes du mal. I1 témoignaït de l’estime pour l’Ecole de Salerne dont il préconisait les ordonnances. A Strasbourg, en 1780, il devient le guérisseur en vogue, se montre désintéreasé envers les pauvres, “pratique des cures retentissantes. À Trente, un jeune médecin lui sert d’adjoint
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tandis qu’un pharmacien exécute ses ordonnances. Grand- Cophte du Rite Egyptien il préconise la régénération ; physique et morale par quarante jours de jeune. Sa for- Æ tune pâlit ensuite, Impliqué dans l’Affaire du Collier il est expulsé de France. Il mourra en Italie, à moitié fou, dans une prison pontificale. é a Nous n’avons donné ces exemples que pour montrer - comment l’activité de ces hommes qui se vantaient de n'être pas médecins a pu agir sur l'imagination populaire en lui faisant entrevoir une conception ésotérique de Vart médical particulièrement séduisante pour des âmes 5 “simples imprégnées de mysticisme et avides de merveil- Le leux,
L) lue) Dep De
LASTROLOGIE *.
# Sapiens dominabitur 4stris.
Employée par les Chaldéens, les Chinois, les Indous, les Egyptiens, l'astrologie remonterait au patriarche Abraham. Les doctrines médicales qui s’y rapportent proviennent d’une assimilation du microcosme au macrocosme. Grecs, Romains et Arabes admettent cette conception qui est introduite en France et connaît son apogée au xvr siècle, Déjà, avant cette époque, nous savons que Louis XI faisait le plus grand cas de l'astrologie. Florent de Villiers qui était à la fois son médecin et son astrologue le suivit en Savoie pour étudier les herbes des montagnes et les pierres médicinales qu’il gravait en talismans. A cette époque, astrologie et médecine allaient de pair et nous voyons Cardan, Codronchi, Ferrier, Cornélius Agrippa et le plus célèbre de tous, Paracélse, mêler intimement les deux sciences. à |
Les principales croyances astrologiques concernant l’art médical relèvent de la théorie selon laquelle un système de correspondances ekisteraitnon seulement entre microcosme et macrocosme, mais aussi entre leurs différentes parties. Chaque planète correspond à un tempérament particulier, physique et mental, à un métal, à une pierre précieuse, à des végétaux, Le livre sacré d'Hermès Tris-megiste énumère trente-six herbes magiques régies par les trente-six décans du zodiaque, On porte volontiers des
talismans où un signe zodiacal à été. ee où une prime =
a été insérée.
Le rôle joué par le Grand Albert et le Petit Albert
pour la dissémination des pratiques de magie est joué par les différents calendriers en ce qui concerne Pastro- . logie. Le Külendrier des Bergers dont la première édition
est de 1488 connaît des réimpressions successives pendant plusieurs siècles, Pierre Van Bruhesen publie à Bruges en 1550 son Grand et perpétuel Almanach dans lequel il indique les jours propres à se purger, se baigner, se raser, placer ‘des ventouses, etc. Mais, une fois de plus, nous voyons une tentative pour christianiser des pratiques condamnées par l'Eglise. C’est ainsi qu’en 1630 M° Anthoine Maginus, « dict l’hermite solitaire >, publie un Almanach ou pronostication des Laboureurs qui substitue les saints aux périodes astrales : Q
Saignée du jour Sainct Valentin
Fait le sang net soir et matin
Et la saïignée du jour devant
Garde des fièvres en tout l'an.
La tradition populaire reprend' l’opinion de Galien, disant qu’il ne faut pas saigner pendant la canicule, et enchérit même en affirmant que toute médication est nuisible pendant cette période et qu'il faut laisser agir la natura medicatris.
On croyait beaucoup autrefois aux années climatériques, périodes de sept ou de neuf ans, selon les auteurs, au bout desquelles il y aurait un renouvellement complet dé l'individu. Pythagore seraït à l’origine de cette théorie.
Les comètes frappaient vivement l’imagination popu-
laire et on leur prêtait volontiers une influence sur le
“Dhysique. «On ne devrait pas s'étonner, dit Cardan, de voir à leur suite,la sécheresse et la peste puisqu'elles des- sèchent l’air et ne lui laissent pas la force d'empêcher - les exhalaisons pestiférées. Elles produisent les séditions et'les guerres en échauffadt le cœur de l’homme et en changeant les humeurs en bile noire. »
Maïs le peuple na guère retenu de ces croyances que celles qui se rapportent à l'influence de la lune, l’observation de ses différentes phases étant chose aisée pour lui. I1 n’a pas admis difficilement l’influence de cette planète sur la santé, ayant déjà de fortes tendances à en observer Jes effets. sur la vécétation des plantes et la reproduction - des animaux. La périodicité de la menstruation et la durée de la grossesse, évaluée dix mois HOIAIECR, wa pas peu fait pour affermir ces croyances.
Madame de Sévigné écrivait à son amie, Madame de La Fayette : « Ne soyez pas inquiète sur ma santé, je me purgerai à la pleine lune. » Beaucoup de gens suivent encore son exemple.
Les anciens, comme notre publie actuel, admettaient l'influence de la lune sur les phénomènes nerveux, comme
- Vépilepsie, d’où le nom de lunatiques. Grasset a écrit : « L'influence des menstrues sur la recrudescence des crises est bien établie. >» Peut-être la tradition populaire, faite d’une multitude d'observations sur les phénomènes vitaux, sera-t-elle conforme à une vérité scientifique de demain qui fera admettre comme un dogme des faits qui auparavant étaient considérés comme relevant de la plus grossière superstition.