‹ Genèse de la médecine populaire françaiseChapitre 8 sur 15 · LA MAGIE · texte numérisé non relu

LA MAGIE

& .FOr @ chärm of powerful trouble, like a hell-broth botl-and bubble. 1

Macbeth, IV-1.

Elle constitue . certainement l’une des. sources L plus importantes de la médecine populaire. Son origine remonte aux civilisations les plus primitives. Il est certain qu’à l’époque néolithique les pratiques de magie existaient | déjà. Elles se sont d’ailleurs mélées à la æéligion dès l’origine, soit qu’elles aient constitué une véritable religion primitive, soit que la religion les ait absorbées, soit encore qu’elles aient lutté contre la en qui les rejet- tait, en s’infiltrant peu à peu.

D'ailleurs, l’origine des pratiques médicales magiques ou religieuses est identique : il s’agit toujours de lutter contre ‘les forces surnaturelles, mais cette fois, au lieu de s’adresser en suppliant à des divinités bienfaisantes, le malade veut agir par lui-même, obliger par un charme contraire la puissance maléfique à s’avouer battue.

En.ce qui concerne la magie thérapeutique, nous n’aurons guère à envisager que certains aspects de la magie blanche étant donnés les bons effets qu’on attend d’elle, mais encore ces pratiques niont-elles pas toujours été admises par la puissance religieuse, et l’histoire de la

+ magie enregistre une 7 entre les deux tendances, méthode humble du croyant, méthode orgueilléuse du magicien, ce qui aboutit dans l'esprit populaire à un curieux mélange où tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux façons d’agir prédomine.

” A l’époque historique nous retrouvons des pratiques de magie médicale dans toutes les civilisations. En Chine, en Chaldée, dans les temples d’Isis la magie était em-! ployée couramment. De même en Grèce et dans la Rome 7 antique, où les édits de Tibère, Claude, Vitellius, Valentinien, Valens, interdisent l’astrologie et la magie. La Kabbale juive, par l’intermédiaire de Cornélius Agrippa et de Paracelse, de Pic de la Mirandole, Marsile Ficin et Jean Reuchlin, contribue à la répandre en Europe. La traditior kaballiste persiste ensuite chez les occultister du xvrrr siâcle et l’on peut la voir se perpétuer encore chez un certain nombre d’initiés.

Certains grands noms marquèrent profondément l’esprit populaire, le plus souvent en raison de légendes qui les rendaient célèbres. C’est ainsi qu'Apollonius de Tyane, philosophe pythagoricien, né en Cappadoce au début de l'ère chrétienne et tombé dans l'oubli, trouva un renouveau de gloire au Moyen-Age à la faveur de biographies où les auteurs montraient une imagination quelque peu excessive. Il fut alors considéré comme l’un des magiciens les plus fameux et la tradition voulait même qu’il ent été le produit d’un incubat. Il trouva immédiatement des sectateurs, tel ce Jean, cité par Delancre, qui acquit une grande célébrité par des cures merveilleuses.

Les médecins des premiers siècles de l’ère chrétienne ne

eg

dédaignaient d’ailleurs pas de 8e servir de magie. Alexandre de Tralles, médecin du vi siècle, conseillait à ses malades les amulettes et les traitait par des paroles charmées. Selon lui, une bague sur laquelle est gravée la figure

d'Hercule étouffant le lion de Némée est un excellent

remède contre la colique. Il publia une Théorie des arts magiques qui le fit accuser, sans doute à tort, de magie noire. Rien d'étonnant que de si hauts exemples aient influé considérablement sur l’esprit populaire. |

Maïs un bien plus grand rôle encore peut être donné à deux publications qui furent abondamment répandues dans

les campagnes. Les Admirables Secrets d'Albert le Grand * et Le Solide Trésor du Petit Albert connurent des éditions

successives jusqu’à l’époque contemporaine. La diffusion de ces deux ouvrages fut incroyable et la plupart des foyers ruraux en possédaient. Ils étaient tous deux attri: bués à tort à Albert le Grand, corruption de son vrai nom, Albert de Groot, dominicain né en Souabe en 1205 qui fut évêque de Ratisbonne. Il ne fut pas l’auteur de ces publications, étant un érudit incapable d’écrire cette prodigieuse accumulation d’insanités. Le Petit Albert est le plus dangereux de ces deux ouvrages, renfermant des pratiques de magie qui vont s'implanter dans les Wan populaires.

Un recueil très répandu au Le Age, l’Ars Notoria, est condamné par l'Eglise parce que contenant des pratiques de magie. Guy de Chauliac s'élève contre « les gendarmes ou chevaliers theutoniques et autres suivans la guerre, lesquelg avec conjurations et breuvages.. pansent toutes playes, se fondans sur cela que Dieu a mis sa vertu

‘aux paroles, aux herbes et aux pierres ». (La Grande Chi rurgie, Paris, Alcan, 1890). Has En 1398, la Faculté de Théologie de Paris condamne < ceux qui veulent chasser les maléfices par autres malé-

fices... et-enclore, contraindre ou resserrer par les arts de

magie les démons en pierres, anneaux, miroirs. » ou employer pour cela «les paroles sainctes et quelques oraisons dévotes ».

Jeanne d’Are, le 7 mai 1429, d’une flèche à Vattaque « des Tournelles, doit refuser de faire charmer sa blessure en disant FA J'aimerais mieux mourir que de faire une chose que je crusse un péché. »

Ambroise Paré s'élève contre les « sorciers, enchanteurs, empoisonneurs, vénéfiques, meschans, rusez, trompeurs, : lesquels font leur sort par la paction qu’ils ont faicte avec les démons qui leur sont esclaves et vassaux.… »

Pierre Massé, avocat au Mans, publie en 1579 (Pouppy, Paris) un livre intitulé : De l’imposture et tromperie des diables, devins, enchanteèurs, sorciers, noueurs d’esguillettes, chevilleurs, nécromanciens, chiromanciens, et autres qui par telle invocation diabolique, ars magiques et superstitions abusent le peuple. On ne saurait être plus explicite.

L'Eglise qui lutte contre ces pratiques de magies est quelquefois contaminée, en.la personne de certains de ses membres, par l’esprit de l’époque. Delrio, jésuite du xvr° siècle, publie des Recherches Magiques où il se montre quelque peu crédule, maïs plus éclairé que la plupart des écrivains de son temps.

Le goût du merveilleux, si développé à cette époque, ne contribue pas pet à l'implantation de ces pratiques. Les

histoires d’enchanteurs et de magiciens peuplent les rêves, favorisées par une littérature et un art, eux-mêmes essentiellement populaires, où imagination règne en mâîtresse.

Désormais les croyances en matière d'art magique sont solidement enracinées et elles franchiront allègrement le Moyen-Age et la Renaissance, Elles iront imprégner non | “seulement la médecine populairé, mais aussi la médecine officielle dont certaines méthodes ne laissent aucun doute à cet égard. Il est démonstratif de voir un pharmacien de Montpellier du xvrr° siècle, Catelan, publier une Histoire de la nature, chasse, vertus, propriétés et usages de la Licorne (Montpellier. 1624) et un Discours de la plante

“appelée Mandragore (Paris, 1639). Au xvrrr° siècle on admet encore des pratiques de magie, comme à Metz où Percy (Dictionnaire des Sciences Médicales) relate qu’en 1785 on confia la guérison de soldats blessés à un meunier alsacien qui employait des incantations. Quant à la période contemporaine, les moyens thérapeutiques que nous allons envisager ne laissent aucun doute sur la persistance d'opérations magiques, plus ou moins déformées par la tradition. Ce

Envisageons d’abord ces objets symboliques destinés à matérialiser les forces occultes et que l’on porte à titre curatif ou préventif contre les maladies. Ce sont les amulettes, encore appélées phylactères par les Grecs et talismans par les orientaux. Elles sont vraisemblablement d'origine chaldéenne ou indienne, mais on les retrouve chez

les Egyptiens (où le scarabée était particulièrement employé), chez les Grecs et les Romains. Dès les origines de : Eglise les Pères et les Conciles attaquèrent violémment cet usage. L’empereur Constance défendit l’emploi des amulettes pour la guérison des maladies, Selon Thiers, Valentinien fit couper la tête à un jeune homme qui tou-

chait un morceau de marbre en prononçant sept lettres de l’alphabet pour guérir un mal d'estomac. On essaya de tourner là difficulté en faisant des amulettes avec des morceaux de papier sur lesquels étaient tracés des versets de l’Ecriture, ce qui fut plus facilement toléré.

On lit dans Thyraeus, d’après l'abbé Migne, qu’en 1568, dans le duché de J uliers, le prince d'Orange condamna à mort un prisonnier espagnol. Les soldats s’efforcèrent de le tuer à coups d’arquebuse sans y parvenir. On le defhabilla et on trouva sur lui une amulette représentant un : ‘agneau. On la lui ota et le premier coup de fusil l’étendit raide mort. | | :

- Selon une légende, le fils d’un roi de Navarre fut envoyé tout enfant à Saint-Jacques de Coipostelle, n'ayant pour toute protection qu’une amulette destinée à adoucir les bêtes féroces. En traversant une forêt il fut enlevé par une ourse qui lemporta dans sa caverne et l’éleva. Il devint célèbre par la suite sous le nom de dom Ursino.

On peut essayer de classer les amulettes selon leur nature, en ce qui concerne les objets simples qui ne représentent rien par eux-mêmes.et dont seule la bizarrerie ou la rareté paraît leur donner un pouvoir.

Les amulettes d’origine minérale sont peut-être les plus courantes. Les pierres précieuses ont toujours été const-

dérées comme possédant des vertus thérapeutiques. Le dia-

mant serait excellent contre le poison, la peste, les enchan-

tements. L’émeraude aurait la vertu d'empêcher les crises dépilepsie. L’améthyste qui guérit l’ivrognerie paraît, en raison de son ethymologie, avoir déjà été Re chez les Grecs dans le même but.

Nous pourrions multiplier à l'infini les exemples dont ie Petit Aibert est prodigue. L’aimant est doué de propriétés étendues mais qui varient selon les auteurs. Pour cér-

tains il préviendrait les avortements. Pour d’autres il

serait un poison et les blessures faites avec des armes

aimantées seraient plus dangereuses. Ce n’est pas Vopinion

de Garcias de Huerta, médecin d’un vice-roi espagnol, qui ranporte que les rois de Ceylan avaient coutume de se faite servir dans des plats de pierre d’aimant pour conserver leur vigueur. Aetius prétend qu’it guérit la goutte. D’après Marcellus Empiricus il serait souverain pers cal-

mer les céphalées, 2

Mais souvent les pierres employées sont Din curieuses encore, telle l’aétite qui se trouve dans les nids d’aigle et à laquelle on attribue la propriété de faciliter l’accouchement lorsqw’elle est attachée au dessus du genou, de Île retarder si on la place sur la poitrine. Les bézourds étaient des concrétions calculeuses se formant dans le tube digestif de certains ruminants. Ce furent les Persans, qui les employèrent pour la première fois, contre les piqûres venimeuses. Leur usage se répandit en France où ils furent très recherchés. Le plus réputé était le bézoard oriental formé dans la quatrième cavité gastrique de l’antilope des Indes.

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Les gamalies ou camaïeux étaient des talismans formés

. par des pierres sur lesquelles des images ou des caractères étaient naturellement gravés. Elles étaient surtout em-

ployées contre la morsure des serpents. George Agricéla rapporte que l’on voit des gamalies qui ont la forme de parties du corps où de plantes et qui ont des vertus merveilleuses, ce qui s’apparente à la médecine des signatures.

- Pline cite, sous le nom de päneros, une pierre précieuse

qui rendait les femmes fécondes.

Le règne végétal est également très riche en amulettes. Chez les anciens Grecs, quand il y avait un malade dans une maison, on attachait à la porte un buisson d’épines

pour éloigner les esprits malfaisants. Dans des provinces

françaises pourtant fort éloignées les unes des autres (Picardie, Poitou, Gironde, Orne), des couronnes d'armbise protègent les maisons. En rencontrer une touffé au bord du chemin porte bonheur. En Dauphiné le millefeuille est l’herbe à « antroller », un brin glissé sous la porte est un talisman souverain. En Touraine on fait porter à l’enfant un sachet de graïnes de pivoines contre les convulsions et les vers. Une feuille de renouée sous le talon guérit les diarrhées.

Mais il est des plantes plus proprement magiques, dont le gui, réputé pour lutter contre les sortilèges et

guérir les maladies, persistance du culte celtique. De mé-

me la verveine, plante sacrée des anciens Armoricains. Qu’on se rappelle la prédiction faite à la duchesse Anne: par trois chevaliers qui lui offrirent un pied de verveine lors de son entrée à: Rennes, selon la légende :

S'il fleurit, Anne, tu seras reine...

Elle a fleuri la verveine,

Mais la plus mystérieuse et la plus puissante de toutes reste la mandragore qui est un talisman inestimable contre tous les maléfices. Les plus merveilleuses étaient celles qui avaient pu être arrosées de l’urine d’un pendu. Leur pouvoir viendrait de la forme de leurs racines, qui est celle d’un homoncule. Pour certains on doit les arracher à minuit et un vendredi, en se bouchant les oreilles car la racine est vivante et pousse des cris terribles. D’autres pensent qu’on risque la mort en les arrachant et font

“effectuer cette opération délicate par un chien qui suc-

combe par la suite.

Envisageons maintenant les amulettes d’origine animale. Selon: Pline (XXVIII, 5), Mucien portait au cou une mouche vivante dans un petit linge blanc pour se préserver des affections oculaires. L’araignée a la réputation de guérir la fièvre, et un journal anglais recommandait, en 1745, d’enfermer cet insecte dans une coquille de noix et de porter celle-ci contre la fièvre quarte. L’œuf du Vendredi-Saïint (qui ne pourrit jamais) est un talisman fort employé en Provence pour les accouchements ; de même la mue d'hiver d’un serpent. Les pattes de taupe, portées au cou, garantissent au bébé une heureuse dentition. En Vendée, une tête de vipère dans un sachet guérit Vérysipèle. En Périgord, un poil de bouc pendu au cou est un talisman souverain contre la coqueluche. En Provence, un cocon de mante-religieuse protège du mal de dents, un hippocampe dans son chapeau guérit les cépha-

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lées et un œuf de RapeRt rend inoffensives 1 morsures venimeuses.

‘J] existe bjgn d’autres amulettes qui ont encore cours en France et qu’on ne peut classer dans les paragraphes précédents en raison de leur complexité. Beaucoup doivent leur vertu à leur extrême rareté, et le meilleur exemple est fourni par ce talisman provençal : pour guérir les hémorroïdes, passer au doigt du sujet un anneau fait en travaillant à froid la seconde caboche de la rangée interne du pied gauche d’un cheval blanc entier. II en figure un e au Museon Arlaten, envoyé par le docteur Eee d’Auba- \ = gne, d’où vient le procédé, :

On croyait encore au xvn siècle que la main ou le bras d’un foetus humain rendait invisible et faisait découvrir les trésors cachés, d’où certains crimes dont furent victimes des femmes enceintes. Fo

L'emploi des bijoux comme amulettes remonte fort loin et n’est pas près de cesser. Notons la vieille recette selon laquelle un fragment de cordon ombilical inséré sous le chaton d’un anneau d’or.ou d’argent préserve des coliques.

Of, en Provence, le cordon ombilical séché et réduit en

. poudre dans une infusion guérit les coliques néphrétiques, tandis que chez les Annamites modernes le cordon ombilical est conservé précieusement, séché, réduit en poudre et mélangé à la nourriture des enfants pour les guérir de la colique (R. Thimy, La magie aux colonies).

Ces phylactères, sous l'influence de la Kabbale, firent aussi appel à la vertu du nombre, pripcipalement du nombre 3 qui reste le plus répandu dans les traditions populaires. Puis se mêlèrent les textes sacrés aux formules ma-

giques. Certains pensent que l’évangile de Saint-Jean, In * principio erat Verbum, écrit sur du parchemin vierge et inséré dans un tuyau de plume d’oie, rend invulnérable qui le porte. Dans de nombreux endroits, la ferveur est Brande vis-à-vis des Rois Mages et ils trouvent, eux aussi, leurs applications médicales. En‘portant sur soi la formule suivante on guérit l’épilepsie : >

: e 5 Gaspar fert myrrham, thas Melchior, Balthazar aurum Haec triæ qui secum portabit nomina Regu Solvitur & morbo Christi pietate caduco.

. La vertü des caractères symboliques à souvent été employée. Pline cite le cas de Servilius Nonanius qui portait les deux lettres grecques P et À pour se préserver de la . chassie, De même le Taw, d’origine gauloise, qui serait Vidéogramme de la hache bipenne, et dont parle Virgile :

Tau gallicum spinac ipsemet male illisit.

Au milieu du xix° siècle pour conjurer les maléfices on

faisait encore avaler une feuille de hêtre marquée du

Tau et on traçait le signe sur la porte des maisons.

T1 n’est sans doute pas de tradition mieux conservée que celle des amulettes. On les voit encore portées couramment, surtout dans les villes par des individus qui se prétendent fort évolués et qui renouent inconsciemment par leurs fétiches, leurs chiffres symboliques, leurs mains de fathmas et leurs éléphants blancs, avec les pratiques de magie les plus aucieunes de l’humanité.

Envisageons maintenant les pratiques se rapportant à ce qu’on peut appeler la magie coercitive, qui agit directement sur la cause même du mal. C’est ainsi qu’on utilise souvent des conjurations, formules destinées à chasser l'esprit mauvais. Ces incantations sont fort anciennes. Caton, dans son De re rustica, enseigne des paroles dont on peut se servir pour guérir les maladies. I] donne par exemple ün remède contre la luxation de la hanche où il entre une longue formule magique. Pline dit que, de son temps, par le moyen de certains charmes, on arrêtait le

sang des plaies, on remettait les membres, on guérissait

la goutte et bien d’autres affections. Dans le Vexin fran-

‘ çais les parents qui ont eu quatre filles et qui veulent uu

garçon prénomment la dernière Gabrielle, charme qu’ils croient capable de leur donner un fils. On fait disparaître les verrues en les saluant d’un bonsoir le matin et d'un bonjour le Soir. Contre le mal à la cuisse il faut dire : sista, pista, rista, æista. Contre le mal de dents prononcer

trois fois : Onasages. Les formules de ce genre varient à

l'infini. En Provence, quand on se coupe, on prend une pincée de terre et l’on fait trois signes de croix en disant : Terre me nourrit, terre me guérit, terre me pourrit. Peutêtre est-ce une survivance du culte de la Terre-Mère.

Les actes destinés à conjurer le maléfice que représente

la maladie ne sont pas moins divers. On croit encore en beaucoup d’endroits au nouement de l’aiguillette, opéra:

tion qui se ferait pendant la cérémonie du mariage en

disant : «-ribald, nobald, varnabi », ou en récitant à

, rebours un verset du miserere. Pour empêcher l’aiguillette d’être nouée, les Provençaux mettent un peu de sel dans leur poche au moment du mariage ou font passer un jet d'urine à travers Panneau nuptial. Dans le Périgord on porte dans sa poche une poignée de millet. Les moyens employés pour dénouer laiguillette sont également nombreux. Le Petit Albert en donnait qui sont encore en usage : mettre du mercure sous l’oreiller, respirer la fumée du brasier dans lequel on a jeté une dent ‘le mort, manger un pic-vert rôti saupoudré de sel bénit. Pline raconte comment Justine, épouse de Marc-Aurèle, avait été victime

d’un noueur daiguillette et comment elle fut délivrée du maléfice en buvant chaud le sang d’un gladiateur.

Bien souvent l’acte magique est dirigé directement contre lexsorcier auteur du maléfice, Béranger-Féraud cite le cas d’une jeune femme qui voyait tous ses enfants mourir de méningite. Un sorcier lui conseilla de prendre un poumon d'agneau, de le percer d’aiguilles et de le mettre à bouillir en lui disant que l’auteur du maléfice serait forcé de venir sé soumettre. Elle se mit en embuscade derrière la porte et tomba à coups de bâton sur la première per: sonne qui entra et qui se trouva être sa propre mère, Cette méthode d’envoutement trouve une variante dans l’usage du clow votif que l’on enfonce dans les statues des saints dont on veut forcer la protection. Ainsi les anciens en-

clouaïient lés murs des temples, (comme les Romaïns qui, :

pour se préserver de la peste, plantaient un clou dans Je côté droit du temple de Jupiter), les arbres sacrés, les menbhirs. Sans doute vient de la mênie origine l’acte de jeter dans les sources sacrées des épingles pour obtenir

la réalisation d’un vœu. Quand on à des cauchemars on

doit uriner dans une bouteille et la boucher hermétiquement. Le sorcier ne peut plus uriner et doit venir implo-

rer sa délivrance. C’est une méthode qui s'inspire des

enchevillements classiques des sorciers.

Un des moyens les plus utilisés pour se TR de la maladie réside dans la pratique du transfert. I1 s’agit là d’une sorte de magie imitative selon laquelle il suffirait de transmettre le mal à un autre organisme, humain, animal ou végétal, pour en être guéri. Cette pratique, très dangereuse dans le cas des maladies vénériennes, expliquerait de nombreux cas de bestialité dans le monde muces maladies. On peut transférer le mal de dents à un but curatif. Pline raconte comment on peut se guérir des affections gastriques en les passant à un petit chien QUE à un canard. Bartholin relate que son oncle fut guéri de coliques et d’un mal de dents par un petit chien qui prit ces maladies. On peut transférer le mal de dents à un. arbre en enfonçant dans le tronc un petit morceau de bois qui a été placé au préalable au contact de la dent malade. Les goîtreux, dans Ja nuit de PAscension, doivent mordre l'écorce d’un pêcher, tandis que les gens atteints d’affections oculaires doivent, dans la nuit du 12 au 13 janvier (Sainte-Lucie), mordre Vécorce d’un grenadier. Nombreux sont les paysans qui frottent leurs plaies dun chiffon, lequel sera abandonné dans un buisson pour communiquer le mal à l’arbuste. .

Ces méthodes se rapportant au transfert sont trop nombreuses pour qu’il soit possible d'en citer seulement le

si

dixième. Nas envisagerons cement deux ordres de ta extrêmement répandus.

On connaît plusieurs procédés contre les verrues, qui. tous sont dérivés du transfert. On peut jeter par dessus son. épaule autant de pois chiches que l’on a de verrue, ou bien les frotter avec un chiffon que l’on abandonne, ou encore mettre à leur contact I pulpe d’une pomme qui pourrira en entraînant la disparition des verrues, et, etc. Si les moyens employés sont si nombreux c’est qu’ils n ‘agissent nullement par eux-mêmes et il paraît prouvé en l'occurence que l’auto- -suggestion joue le rôle déterminant. En effet, d’éminents cliniciens modernes ont pu obtenir des disparitions totales de verrues par le simple simulacre d’un traitement. Voici sans doute un des exemples les plus démonstratifs du rôle curatif de la foi.

D’autre part il est très courant de voir placer sur la tête des petits méningitiques ou sur le thorax des pleurétiques, des pigeons sacrifiés vivants et appliqués tout chauds. Il existe un certain nombre de variantes à cette méthode, selon la nature de l’affection ou les animaux employés. Il est certain qu’on se trouve en présence d’une

‘pratique de transfert. Quelle relation a-t-elle avec les sacrifices d'animaux employés autrefois pour obtenir une guérison ? Selon Servius, à Marseille, avant le Christianisme, dès qu’on apercevait un début de peste on nourrissait un pauvre homme des meilleurs aliments, on le faisait promener par toute la ville en le chargeant de malédictions, puis on le chassaïit afin que la peste s’en aille avec lui. Peut-être faut-il y voir une persistance du vieux rite hé breu du bouc émissaire. :

Mais il existe encore beaucoup d’autres pratiques dispersées dans toute la France et qu’il serait vain de vouloir enfermer dans une classification logique. À chaque instant nous voyons encore surgir devant nos yeux étonnés une survivance tenace du vieil art magique de guérir.

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