‹ Genèse et nature de l'hystérie (volume 2)Chapitre 18 sur 23 · L'HYSTÉRIE. — T · texte numérisé non relu

L'HYSTÉRIE. — T

motrice en est fréquemment le siège; mais ce qui l'est plus encore, c'est toute la zone pariéto-temporale et occipitale du cerveau, c'est-àdire toute la zone dévolue, soit aux centres moteurs, soit aux centres sensoriels. Cette répartition concordait singulièrement avec l'opinion que je me faisais que l'hystérie était due à de l'anesthésie, à de l'engourdissement du cerveau, et que tous les troubles n'étaient que des troubles sensitivo-sensoriels et cénesthésiques, tandis que l'intelligence continuait à élaborer presque normalement les données que lui fournissaient les autres sens d'une manière très imparfaite. Si les idées étaient quelquefois fausses, les jugements erronés, c'est que les éléments de ces idées et de ces jugements étaient incomplets. Mais les centres d'élaboration des idées et des diverses images n'étaient que peu ou pas touchés, ainsi qu'en témoignait l'absence de points douloureux, dont la préseuce est toujours liée dans les organes à une anesthésie assez profonde mais non complète, ainsi que nous l'avons vu à propos des points hystérogènes en général.

Ces points céphaliques sont si nombreux chez les grandes hystériques totalement anesthésiques, comme dans la plupart des cas que je rapporte, qu'il était très difficile de dire s'il y avait un rapport quelconque entre leur siège et les régions cérébrales sous-jacentes. Cependant un premier point me paraissait évident, c'est que c'était toute la zone sensitive du cerveau qui était la plus atteinte.

En restaurant la sensibilité de mes malades je constatai un second fait, c'est que le point douloureux qui persistait le plus était celui de l'occiput. Or, en même temps, l'organe qui recouvrait le dernier la sensibilité était l'œil. Quand les yeux avaient recouvré leur sensibilité normale, quand il n'y avait plus ni dyschromatopsie ni rétrécissement du champ visuel, les points de l'occiput disparaissaient. Bien plus, c'était le point droit qui disparaissait le premier, de même que c'était l'œil droit qui recouvrait le premier la sensibilité. Enfin il m'arriva fréquemment, alors que le sujet se réveillait en apparence tout à fait normal, et me prétendait tout à fait bien sentir ses yeux, de constater, rien que par la persistance d'une légère douleur occipitale, que l'œil gauche, ou même les deux n'étaient pas encore absolument normaux et avaient par exemple encore un léger rétrécissement du champ visuel. Je rendormais mon sujet et lui ordonnais de sentir complètement ses yeux. Quand il n'y avait plus aucun trouble sensitif, le point occipital avait disparu. Il y avait donc une relation évidente entre la sensibilité de l'œil et la douleur occipitale. Je n'eus pas de peine à me convaincre que le siège de cette douleur était précisément le centre même de la vision.

Si ma remarque était exacte en ce qui concernait l'œil, il devait en être de même pour les autres organes. Mais lorsqu'on a affaire à de grandes hystériques totales, dont toute la tête est douloureuse, plus ou moins suivant les régions, il est impossible de discerner ce qui revient à chaque organe. Il aurait fallu observer une hystérie monosymptomatique, et c'est là une chose beaucoup plus rare qu'on ne le croit. Néanmoinsj'ai pu constater dans quelques cas la coïncidence de certains points douloureux en même temps que l'apparition d'un trouble hystérique localisé.

Chez plusieurs anorexiques hystériques primitives j'observai, en même temps qu'une zone anesthésique plus ou moins étendue correspondant à l'estomac, une zone douloureuse de la tête avec sensation de glace ou de fourmillements au niveau de la suture sagittale du côté gauche. Paul D. (XX, 323), après avoir commencé à ressentir son estomac, met la main sur le creux épigastrique et dit : « Oh ! ça travaille là dedans ; ça picote, ça bouge, ça fait glouglou, » et il ajoute : « Ça craque dans ma tête, sur le dessus; entendez-vous comme ça craque ! » Le même malade avait une hyperesthésie très marquée de la région rolandique à la suite du commencement de retour de la sensibilité dans les membres inférieurs. Or, à la suite du réveil complet, l'hyperesthésie de la région rolandique disparut. Quand son estomac commence à ressentir, il apparaît deux points hyperesthésiques symétriques de chaque côté de la sagittale en arrière du sillon de Rolando. Tous mes sujets, dès qu'ils commencent à sentir les yeux, éprouvent des douleurs, et ont vraiment une douleur à la pression de l'occiput du côté de l'œil correspondant.

Maintes fois j'avais observé que des malades étaient reprises de douleurs localisées de la tête quand certaines régions de leur corps recouvraient de la sensibilité. Je remarquai de plus qu'il y avait entre-croisement pour les membres. Camille (XIX, 298), après avoir recouvré la sensibilité des membres inférieurs, n'a plus de points céphaliques. Celui du côté droit a disparu complètement, celui de gauche pas tout à fait. Je lui demande alors si elle sent bien les deux jambes pareilles. — « Non, pas tout à fait, me répond-elle. Laquelle sent le moins? — La droite. » Elle la ressent alors, et en même temps le point rolandique gauche disparaît.

Mais tous ces faits n'étaient pas suffisamment dégagés à mon gré de toute complexité provenant de la coexistence d'autres phénomènes. Pour en avoir une démonstration évidente, il fallait pouvoir déterminer chez un sujet indemne de stigmates plus ou moins temporairement, des paralysies, des anesthésies localisées, et voir ce qui se pro

duirait, en ayant bien soin, naturellement, de ne rien dire qui pût donner l'éveil sur ce que je cherchais.

Voici comment je procédai. Après m'être assuré qu'Alice est dans son état normal au point de vue de la sensibilité, et qu'elle n'a aucun point douloureux à la tête, je l'endors, et je lui ordonne de sentir de moins en moins le bras droit depuis le bout des doigts jusqu'au coude. Elle a bientôt une anesthésie absolue et une paralysie complète flasque. Je lui demande si elle éprouve quelque chose dans la tête. Elle me dit que non. Je tâte alors dans les différentes régions de la tête. Arrivé au tiers supérieur du sillon de Rolando, je trouve un point hypereslhésique très fort à gauche, très léger adroite. J'insiste pour qu'elle sente encore moins. Tout à l'heure il lui semblait que son bras pendait en boule. Maintenant elle ne sent plus rien et me montre avec le doigt une ligne circulaire au-dessus du coude où« son bras est coupé ». Les points hyperesthésiques ont diminué alors à la pression, mais il y a hyperalgésie très marquée dans une zone de 6 à 7 centimètres environ autour de ces points. Je lui ordonne alors de recouvrer sa sensibilité. Quand elle est revenue, les points ont presque totalement disparu. Je lui dis de sentir complètement sa tête et après quelques réactions elle n'y éprouve plus aucune douleur.

Je procède alors de la même façon pour le membre inférieur; mais cette fois je change de côté et opère sur la jambe gauche. Dès que l'anesthésie est survenue, les points hyperesthésiques reparaissent, mais cette fois c'est celui du côté droit qui est le plus intense, et de plus ils sont situés plus haut que les précédents, touchant presque la ligne médiane. Je lui ordonne alors de ressentir sa jambe. Elle a les diverses réactions classiques et tout à coup dit : « Ça craque dans mon pied, dans mon genou; ce sont les os ; vous entendez?... et puis ça tire dans la tête. » Elle met sa main sur le point hyperesthésique droit. Je lui demande ce qu'elle éprouve là. « Ça me tire, c'est comme un cordon qu'on tire. » Après avoir recouvré la sensibilité du membre inférieur gauche, le point droit disparaît comme celui de gauche.

Un autre jour, chez un autre sujet analogue, dont je ne rapporte pas l'observation, et dans les mêmes conditions, je refais la même expérience, en localisant l'anesthésie à la main gauche. Quand l'anesthésie est complète, je trouve un point douloureux situé exactement sur la partie moyenne du sillon de Rolando, dans la région correspondante au centre du bras. Le point disparaît dès que la sensibilité est revenue.

Il y a donc bien évidemment entre-croisement entre le point hyperesthésique du crâne et l'organe anesthésie, et comme ce point hype-

resthésique siège juste au niveau du centre cérébral du membre atteint, il est logique d'admettre que c'est dans le centre cortical luimême que se passent les phénomènes qui amènent l'anesthésie, ou le retour de la sensibilité.

J'ai renouvelé la même expérience chez deux autres sujets et j'ai trouvé identiquement les mêmes résultats.

J'ai fait des recherches semblables pour le mutisme. Je dis à Alice de ne plus sentir les lèvres ni la langue. Elle devient incapable, aussitôt anesthésiée, de proférer aucune parole. Spontanément elle s'appuie les deux doigts sur les tempes. Je lui demande pourquoi. Elle me répond que « cela lui fait du bien, que cela la détire, que c'était recroquevillé dans sa tête ». Quand elle ressent la langue et les lèvres, elle se remet à parler et en même temps les points hyperesthésiques disparaissent. La position de son index et de son pouce sur chaque tempe m'ont permis de marquer exactement les points les plus douloureux. En vérifiant leur situation, je constate qu'ils correspondent exactement au centre de la bouche et de la langue, au pied de la frontale ascendante.

Je reproduis la même expérience sur Berthe (XI). Elle a également, à la suite de l'anesthésie de la langue et des lèvres, un point hyperesthésique bilatéral, situé à un niveau correspondant au pied de la frontale ascendante.

Ainsi l'anesthésie des organes médians détermine l'apparition de points hyperesthésiques bilatéraux, tandis que celle d'un organe unilatéral détermine un point du côté opposé dans le crâne. Il y a donc bien évidemment correspondance entre ces deux phénomènes, anesthésie organique et hyperesthésie cérébrale.

Mais dès lors, si l'hyperesthésie cérébrale correspond au centre cortical de l'organe intéressé, il s'ensuit que nous avons là un moyen de localiser les centres de certains organes encore indéterminés et même tout à fait ignorés. Les faits précédents ne font, en effet, que confirmer les localisations motrices ou sensorielles connues. Mais toutes les localisations cérébrales des viscères sont encore inconnues.

Frappé de ce fait j'ai recherché ce qui se passait quand on anesthésiait certains viscères. J'ai dit plus haut que dans les cas d'anorexie primitive où l'estomac est sinon le seul organe, au moins le premier et le plus atteint, on observait presque toujours une hyperalgie de la région pariétale gauche principalement, ou des deux côtés de la suture sagittale, suivant l'intensité des cas, suivant surtout l'étendue de l'anesthésie stomacale.

Je repris un jour Alice, et après m'être encore une fois assuré de

l'intégrité complète de sa sensibilité de la tête aux pieds, je lui anesthésiai l'estomac. Sitôt l'anesthésie obtenue, accompagnée del'anesthésie cutanée épigastrique, je constatai la présence de deux points douloureux, dont l'un prédominant à gauche, et situés au-dessus du lobule du pli courbe dans la première pariétale (fig. 8).

Encouragé par ce résultat qui concordait avec l'observation clinique, je lui ordonnai de ne plus sentir son abdomen, son intestin. Bientôt l'anesthésie cutanée de l'abdomen est complète. Deux points douloureux se développent au niveau de l'occiput, au-dessus de la scissure perpendiculaire.

L'anesthésie de la vessie étant obtenue de la même façon, je vois

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Cœur

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Fis. 8.

Centres viscéraux.

apparaître un point unique un peu au-dessus des précédents sur la ligne médiane.

Après quoi je lui ordonne de ne plus sentir ses poumons, et deux points symétriques se développent au niveau du pied de la deuxième frontale. Le larynx donne deux points situés au niveau du pied de la troisième frontale environ.

Je passe alors au cœur. L'anesthésie s'accompagne d'une angoisse extrême, avec pouls rapide à 88, arrêts respiratoires assez prolongés, presque perte de connaissance, et impossibilité de parler. Un point unique sur la ligne médiane, en avant du point de l'estomac, apparaît, et disparaît avec le retour de la sensibilité cardiaque.

Enfin chez le même sujet j'ordonne de ne plus sentir les organes génitaux. Je m'attendais à trouver un point douloureux voisin de

celui de l'abdomen. Mais il n'en est rien et l'exploration au palper me fait découvrir qu'il en existe deux symétriques, tout près de ceux de la hanche, en avant de la zone du membre inférieur.

J'ai observé une fois chez Berthe (XI) la même localisation, mais alors d'une façon spontanée. Après avoir recouvré toute sa sensibilité, être revenue à l'état normal, elle commence à reperdre un peu de sensibilité de l'estomac : elle y éprouve des brûlures, tout ce qu'elle absorbe lui donne une sensation de feu. Je constate qu'elle a deux points douloureux symétriques, le plus fort siégeant à gauche, de chaque côté de la ligne médiane, à 5 centimètres en arrière de la ligne bi-auriculaire, point qui disparaît dès que je lui ai fait recouvrer sa sensibilité gastrique.

Toutes ces expériences sont ainsi, en effet, accompagnées d'une contre-expérience. Le point douloureux se montre en même temps que l'anesthésie, et la disparition de l'anesthésie le fait disparaître également. En clinique, c'est le plus ordinairement cette contreexpérience qu'on observe, si on a eu soin de noter l'existence et le siège précis des points céphaliques. Mais on peut également observer l'apparition et la disparition du phénomène chez le même sujet. Chez un de mes malades, sujet à des accès d'anesthésie des voies respiratoires dans leur partie supérieure, anesthésie portant principalement sur la partie droite du larynx et de la trachée et qui se traduisait à la fois par une plaque plus ou moins étendue d'anesthésie cutanée correspondante, et une sensation de corps étranger, « de pavé », comme il disait, plus ou moins gros, et d'angoisse respiratoire, je pus voir, en même temps que l'anesthésie respiratoire se développait, apparaître un point douloureux au crâne, vers la région pariétooccipale postérieure, du côté droit seulement, à 2 ou 3 centimètres en dehors de la ligne médiane, dans le point même où je déterminai chez Alice, ultérieurement, l'hyperesthésie double en anesthésiant ses poumons. De plus, chez ce malade l'anesthésie disparaissait assez facilement avec un peu de faradisation. Toute angoisse et toute fausse sensation de corps étranger disparaissaient aussitôt et en même temps le point hyperesthésique droit disparaissait. Il y avait donc corrélation évidente.

Chez une autre malade, atteinte'd'hyperesthésie du pied gauche, étendue secondairement à presque tout le côté, je constatai la présence de l'hyperesthésie et de l'hyperalgie dans la partie supérieure de la zone rolandique droite. Et à mesure que l'amélioration survint dans la marche, devenue impossible par suite de la douleur, cette hyperesthésie diminua et finit par disparaître.

Je n'en suis plus maintenant à compter les faits de ce genre où la

corrélation entre les points douloureux du crâne et les organes anesthésiés est ainsi mise en évidence.

Ce qui me paraît le plus digne de remarque et le plus nouveau, ce n'est pas tant le fait de cette corrélation, quoique personne ne l'ait encore signalée, que l'intérêt qui en ressort au point de vue des localisations cérébrales et du siège même des phénomènes hystériques.

Cela démontre, en effet, d'une façon très nette que tous les troubles hystériques ont pour point de départ le cerveau lui-même, que ce sont des troubles d'origine centrale et vraisemblablement corticale. En outre, les phénomènes douloureux qui se produisent au niveau des centres cérébraux montrent qu'il se produit là un travail physiologique d'un ordre spécial et qui n'est pas seulement psychique.

Mais cela rne paraît encore moins important que le parti qu'on peut tirer de ces faits pour les localisations cérébrales. L'apparition de ces points au niveau des zones motrices ne fait que corroborer et démontrer ce que je viens de dire du siège même de l'hystérie, mais ne nous apprend rien de nouveau sur la situation de ces centres, sinon toutefois que ce sont bien à la fois des centres sensitifs et moteurs et non pas seulement moteurs.

Ce que nous ne savions pas, c'est que nos viscères ont, comme les membres, une représentation corticale, c'est qu'il y a des centres cérébraux pour nos viscères comme il y en a pour nos membres. Le seul fait que pendant l'hypnose le sujet pouvait volontairement, sur simple injonction, en perdre la sensibilité ou la recouvrer, pouvait suffire à la rigueur pour démontrer que notre cerveau devait avoir une perception assez nette des différents viscères. Mais de là à en localiser les centres fonctionnels il y avait loin encore. Ce pas a pu être franchi, grâce à ce procédé simple de la production des points hyperesthésiques par anesthésie provoquée des viscères.

Mais est-ce bien réellement les centres viscéraux qui sont ainsi révélés? Par analogie avec ce qui se passe pour les centres moteurs, cela paraît non seulement vraisemblable, mais presque certain. Il y a plus. Où les voyons-nous se répartir? Est-ce dans des régions déjà occupées par des centres connus; est-ce dans la région motrice, est-ce dans la région intellectuelle? Non, c'est dans une région encore vierge de localisations, dont la destination fonctionnelle nous est jusqu'ici inconnue, dans la région pariétale supérieure, où ils s'échelonnent régulièrement. Le centre supérieur est sur la ligne médiane ; c'est celui du cœur; derrière lui se placent ceux de l'estomac, puis de la vessie et de l'intestin. Le centre respiratoire est situé en avant,

non loin du centre des mouvements du thorax, comme celui du larynx est près de ceux de la langue et du membre supérieur. Quant à celui des organes génitaux, loin d'être proche de celui de l'abdomen, il en est complètement séparé, et avec quoi est-il contigu? Avec le centre des membres inférieurs, tout près et en avant de la région destinée à la hanche, au bassin. Si l'on voulait penser que c'est par auto-suggestion que le sujet en arrive à localiser ses points douloureux, cela suffirait seul à démontrer que cette explication ne saurait être adoptée. Si, en effet, malgré les précautions extrêmes prises pour éviter toute auto-suggestion chez le sujet, malgré l'identité des résultats obtenus chez divers sujets n'ayant aucun rapport entre eux, on persistait dans une semblable interprétation, comment le sujet, après avoir localisé en un point le centre de son abdomen, va-t-il localiser dans une toute autre région celui du bas-ventre, qui dans son esprit ne fait qu'un avec l'abdomen ? Au lieu de cela, non seulement il localise son centre des organes génitaux loin de celui de l'abdomen, mais encore il choisit remarquablement bien son emplacement, juste en contiguïté avec le centre des mouvements de la hanche. C'est avec le centre de la sensibilité et du mouvement des parties supérieures des membres inférieurs qu'il juxtapose celui du scrotum, du périnée, de ce qu'on appelle communément le bas-ventre. Et si l'on veut bien se donner la peine de songer que tous les viscères dont les centres sont étages sur la région pariétale supérieures sont formés aux dépens du feuillet interne du blastoderme, tandis que les organes génitaux le sont aux dépens des feuillets externe et moyen, comme les membres qui leur sont contigus, on comprendra qu'il y a dans ce choix autre chose qu'un hasard, ou une idée, ou une auto-suggestion, mais le résultat d'un déterminisme non seulement fonctionnel, mais encore anatomique et embryologique.

Je ne veux pas m'étendre ici trop longuement sur ce sujet, qui. mérite d'être étudié à part d'une façon spéciale et à des points de vue beaucoup plus intéressants que la simple question de la nature de l'hystérie. Les conséquences qui peuvent découler de ces faits et des recherches dont elles seront, j'espère, le point de départ, sont d'ordre plus élevé et plus général.

Je ne veux retenir, pour conclure, que quelques considérations principales :

1° A toute anesthésie ou hyperesthésie organique ou viscérale correspond un point douloureux du crâne ;

2° Ce point crânien a une localisation très déterminée, toujours la même pour chaque organe, et correspond au centre fonctionnel

cérébral sous-jacent de cet organe. Ces points sont croisés pour les membres, homologues pour les viscères ;

3° Ce fait, confirmé par la concordance des points douloureux crâniens avec les centres moteurs quand il s'agit des membres, permet de conclure à l'existence de centres spéciaux des viscères ;

4° Ces centres spéciaux occupent des régions dont la destination fonctionnelle était jusqu'alors inconnue.

LES CENTRES MEDULLAIRES

Je ne dirai que quelques mots de ces centres, qui sont mis en évidence de la même façon que les centres cérébraux par la méthode des points douloureux. De même que toute anesthésie locale amène un point douloureux au niveau d'un centre du cerveau en correspondance avec la région atteinte, elle en amène également un au niveau de la moelle.

Voici dans quel ordre se présentent ces centres médullaires. Ceux des membres sont les moins intéressants : ils siègent, comme on pouvait le prévoir, au niveau des renflements, cervical pour les membres supérieurs, et lombaire pour les membres inférieurs. Mais les centres correspondant aux viscères offrent un intérêt de nouveauté tout spécial.

Le point douloureux correspondant à l'anesthésie des organes génitaux est le plus bas, et est situé au niveau du sacrum. Immédiatement au-dessus, au niveau environ de la dernière vertèbre lombaire, se trouve le centre vésical. Au-dessus, au niveau de la troisième ou quatrième vertèbre lombaire, correspondant à peu près au niveau de l'ombilic, se trouve le centre de l'intestin. Le centre de l'estomac apparaît à une assez grande distance au-dessus, vers la sixième ou septième dorsale. Un peu au-dessus seulement, vers la cinquième, se montre le centre cardiaque, et au-dessus encore, vers la troisième dorsale, le centre pulmonaire.

Le retour de la sensibilité fait disparaître ces points douloureux comme ceux du crâne, comme ceux qui sont superposés aux organes anesthésiés. De sorte qu'à toutes les étapes, de la sensation, de la périphérie au centre, nous voyons se produire de la douleur quand l'anesthésie atteint un certain degré ; d'abord l'organe lui-même est douloureux, puis le point de la moelle où se réfléchissent les sensations, ensuite la partie du cerveau que j'appellerai organique où se font les perceptions, et enfin les régions intellectuelles, qui sont

douloureuses d'une façon générale, diffuse, où se fait l'élaboration des sensations.

Tous ces faits nous démontrent d'une façon claire et évidente qu'il ne saurait être question de phénomènes d'ordre psychologique. Les sujets ignorent totalement — on me l'accordera sans peine — quelle est la localisation de leurs différents centres tant cérébraux que médullaires, et cependant les points douloureux qui traduisent l'état morbide de ces centres sont déterminés par des lois extrêmement fixes. Il faut donc bien admettre qu'il y a un trouble physique réel, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature présumée, et que c'est ce trouble qui entraîne tous les autres phénomènes hystériques, somatiques ou psychiques. Une simple idée ne saurait créer un état organique, et si l'on suppose, comme dans la théorie psychologique, que la plupart des phénomènes sont le résultat d'une idée fixe, d'une sorte de raisonnement subconscient, il paraît incompréhensible que ce raisonnement amène un état douloureux dans un centre cérébral tenant précisément sous sa dépendance la fonction altérée.

Les recherches que je viens d'exposer sur la localisation des centres cérébraux et médullaires viscéraux ne sauraient conduire à des conclusions définitives. Elles ont besoin d'être poursuivies, vérifiées, contrôlées encore. Je crois le fait indéniable. Certains centres comme ceux du cœur et de l'estomac me paraissent définitivement placés là où je les ai indiqués. Pour les autres, des recherches ultérieures sont encore nécessaires pour arriver à une plus grande précision. Mais tels quels, les résultats auxquels je suis arrivé présentent une importance assez grande, je pense, au point de vue de la physiologie cérébrale, en dehors de l'appui qu'ils donnent à ma conception de l'hystérie, pour mériter l'attention des observateurs.

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