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Jinesthèsie
Rappel delà Sensibilité.
Fi- 5.
énorme de l'évolution digestive. Ceci nous explique la lenteur de la digestion chez les hystériques, et comment l'assimilation ne peut se faire, malgré une alimentation en quantité normale, tant que la sensibilité gastrique n'est pas revenue (fig. 5). Je ne veux pas entrer ici dans le détail de ces faits qu'on trouvera
exposés dans les Archives de Physiologie (1895) ; je ne discuterai pas davantage la valeur qu'il faut attribuer à tel élément chimique plutôt qu'à tel autre. Un fait brutal, évident, se dégage du simple examen de ces graphiques, c'est qu'il suffit d'une modification de la sensibilité de l'estomac pour voir immédiatement se produire une modification dans l'évolution chimique de la digestion; c'est le premier point. Le second, c'est que la diminution et l'abolition de la sensibilité gastrique amènent un ralentissement et presque un arrêt de la fermentation digestive.
On ne saurait invoquer pour expliquer ces faits l'influence de la suggestion. Quand j'ai fait ces expériences, les sujets n'étaient pas prévenus de ce que je cherchais, et, l'eussent-ils été, ils n'auraient pas su plus que moi ce qui allait se passer. Je me suis d'ailleurs borné à leur dire de « sentir » ou de « ne plus sentir » leur estomac, sans faire la moindre allusion ni à leur appétit, ni à leur digestion. L'analyse chimique était là pour révéler ce qui se passerait et l'on vient de voir quelle a été sa réponse. On peut bien par suggestion ordonner à une hystérique anorexique de manger, mais on ne lui suggérerajamais d'avoir de l'appétit. J'en avais fait l'expérience avant de connaître ces faits et jamais je n'y avais réussi. Par contre il m'a suffi de provoquer le retour de la sensibilité gastrique pour voir revenir spontanément l'appétit.
J'avais été conduit à ces expériences pour confirmer mes observations cliniques sur l'anorexie hystérique, convaincu que j'étais qu'il devait exister des modifications chimiques uniquement dues à l'état fonctionnel et nullement à un état structural. Divers cas où j'avais constaté un parallélisme parfait entre l'anorexie, l'anesthésie, l'atonie gastrique, l'assimilation et la nutrition générale, m'avaient conduit à penser que le chimisme stomacal devait marcher de pair avec les autres troubles. Uncas oùilme fut permis de comparer les résultatsdu traitement, suivant qu'il s'adressait à l'état fonctionnel ou au contraire à l'état anatomique ou chimique, me confirma dans cette opinion.
Au bout de neuf mois de traitement psychique Yvonne (IX), à son premier séjour dans mon établissement, avait augmenté de douze livres, avec un régime alimentaire ordinaire. Elle était très améliorée, mais non guérie ; elle ruminait encore et n'avait pas recouvré l'appétit, mais elle ne vomissait plus jamais et n'avait plus de refus des aliments. L'analyse de son suc gastrique pratiquée alors donna :
A = 204 C = 214 T = 3(39 t/F — S> Si. L = Oo II = 0 F = 155 1/r ~ ~''*
Il s'agissait donc d'un cas d'hyperpepsie atténuée.
Se basant sur cet examen, on la soumit dans sa famille au régime des hyperpeptiques. Sous cette influence elle maigrit d'une dizaine de livres et voici les résultats de la nouvelle analyse qui fut faite alors :
Cette fois l'hyperpepsie était très marquée. Bien loin de l'avoir améliorée, le régime spécial n'avait fait que l'aggraver. Singulier résultat s'il s'agissait réellement d'un trouble chimique ou organique.
C'est alors que j'entrepris de lui réveiller la sensibilité de l'estomac, et delà remettre d'ailleurs dans son état normal en la réveillant complètement. Je mis deux mois et demi à y arriver et pendant tout ce temps elle fut soumise à un régime alimentaire ordinaire. L'analyse du suc gastrique pratiquée alors donna ce qui suit :
Ces chiffres se rapprochent de très près de la normale et font avec les précédents un contraste assez démonstratif pour que je me dispense d'insister davantage.
Sans vouloir entrer ici dans les questions de thérapeutique, je ne puis m'empêcher cependant de faire remarquer l'influence désastreuse qu'ont sur les dyspepsies nerveuses les traitements qui s'adressent à l'état anatomique ou chimique de l'estomac.
4° Il me reste quelques mots à dire sur les réactions du sujet sous V influence de V anesthésie du tube digestif supérieur. J'ai désigné autrefois l'anorexie hystérique sous le nom de sitieirgie pour indiquer que son principal caractère était le refus des aliments. C'est une erreur que je m'empresse de reconnaître. Le phénomène fondamental de l'anorexie hystérique est bien la perte de l'appétit ; le refus d'aliments n'en est que la conséquence, mais il n'en est pas la conséquence directe. Il faut, pour qu'il se produise, qu'il y ait plus que de l'anorexie, il faut qu'il y ait un degré particulier d'anesthésie gastrique. En effet, au début, il y a perte de goût. Cette agustie entraîne tout naturellement un certain dégoût des aliments. Néanmoins il est vaincu dans une grande mesure si la sensation du besoin de manger se produit encore. Il y a faim, il n'y a déjà plus appétit. Au degré suivant la faim elle-même disparaît. Avant de disparaître complètement, il y a perte de la notion de satiété, en ce sens que le
sujet a bien encore une vague sensation de besoin mais est rassasié dès les premières bouchées. La conséquence naturelle de cet état est la tendance du sujet à diminuer considérablement sa nourriture. Bientôt la perte de la faim s'accompagne de la sensation de plénitude continuelle del'estomac, sensation assez justeen somme, puisque nous avons vu tout à l'heure que l'estomac ne se vidait jamais complètement. Cette fois, le sujet n'ayant pas faim, pas d'appétit et ayant de plus la sensation que son estomac est plein, se refuse à manger. D'anorexique elle devient sitieirgique. Néanmoins, il accepte encore, quoique difficilement, une alimentation restreinte et spéciale.
Mais les choses n'en restent pas là le plus souvent, et l'anesthésie devient douloureuse. Dès qu'il mange, le malade a des brûlures, des régurgitations acides, etc. Il acceptait encore de manger quand cela ne lui procurait que de la gêne, des étouffements. Maintenant que cela provoque de la douleur, il refuse énergiquement de le faire. C'est la sitieirgie confirmée, et dès lors le sujet ne se contente plus de dire qu'il ne mange pas parce qu'il n'a pas faim, ou que l'on veut trop lui donner, il invente mille raisons, mille subterfuges pour éviter de manger. Prendre ces raisons pour les causes de l'anorexie, c'est prendre l'effet pour la cause. On veut forcer la malade à manger malgré sa douleur. Elle se met en colère, l'émotion amène une plus grande anesthésie gastrique et dès que les aliments sont introduits, il y a des régurgitations ou des vomissements, qui servent de nouveau prétexte au refus des aliments. Il suffît d'empêcher mécaniquement le vomissement de se produire pour voir cette tendance disparaître rapidement.
Enfin si l'anesthésie s'aggrave encore, ce qui ne survient guère que dans des cas de vigilambulisme profond, comme chez Paul D. (XX), il y a perte complète de la notion d'existence de l'estomac, toute sensation même douloureuse ayant disparu. Le sujet résiste alors à l'alimentation comme un aliéné hypochondriaque qui croit n'avoir plus d'estomac. Mais si on agit avec autorité, on fait accepter plus facilement l'alimentation que dans le cas précédent où la douleur entretient la résistance.
L'ordre dans lequel se refait l'alimentation est exactement l'inverse. Il y a d'abord acceptation des aliments, mais en cherchant à les restreindre toujours le plus possible, puis acceptation sans observation, ensuite le besoin revient d'abord le matin, où il y a un plus long intervalle avec le dernier repas que dans le reste de la journée ; ensuite le besoin reparaît presque à chaque repas, et enfin renaît le désir de manger en même temps que le goût des aliments.
Il résulte, en somme, de tout ce que nous venons de voir que tous les troubles de la digestion gastrique sont dus uniquement à l'anesthésie des différentes parties du tube digestif depuis la bouchejusqu'au pylore. Le fait fondamental est l'anorexie qui dépend de la perte de la sensibilité spécifique, fonctionnelle, de l'estomac, de la bouche et du pharynx. Suivant les degrés qu'atteint l'anesthésie, d'autres accidents peuvent se produire, tels que les spasmes et les contractures atteignant depuis les muscles masticateurs jusqu'au pylore, entraînant les troubles de la mastication, de la déglutition, empêchant le passage du chyme dans l'intestin, provoquant les régurgitations, la rumination ou le vomissement, amenant enfin des troubles dans l'évolution chimique de la digestion, d'où un ralentissement général de la nutrition.
Les réactions, tant objectivement que subjectivement, qui accompagnent le réveil de la sensibilité du tube digestif supérieur, reproduisent tous les troubles spontanés que la clinique nous fournit et nous permettent ainsi de les rattacher nettement à leur véritable cause. L'examen de l'état de la sensibilité gastrique et des impressions subjectives des malades qui guérissent par un autre procédé que celui du réveil dans l'hypnose, — laquelle, je ne saurais trop le répéter, ne convient qu'aux cas où toute autre méthode échoue — montre que les phases par lesquelles passe l'estomac pour recouvrer sa fonction normale sont identiques aux réactions provoquées, ce qui confirme notre théorie. Si j'ajoute que l'on constate facilement l'existence des centres cérébraux tenant sous leur dépendance la fonction gastrique, et que le réveil du cerveau seul suffît quelquefois pour provoquer des phénomènes réactionnels du côté de l'estomac, alors qu'on ne le croyait pas atteint, comme c'était le cas chez Jeanne Dem. (X), on verra que l'anesthésie tient encore ici à l'engourdissement, au sommeil du centre cérébral viscéral, et que c'est par conséquent toujours à un seul et même trouble cérébral que sont dues toutes les manifestations de l'hystérie.
Je ne dirai qu'un mot de la gastralgie qui se montre presque toujours soit au début, soit dans tout le cours des manifestations gastriques de l'hystérie. Cette gastralgie n'est que le résultat de l'hyperesthésie, c'est-à-dire de l'anesthésie douloureuse, généralisée, et plus souvent des points douloureux qui accompagnent constamment les anesthésies, où qu'elles siègent. Elle se produit lorsque l'estomac perd sa sensibilité. C'est ainsi que MmeL.(V) et surtout Jeanne Dès. (XVII) la présentaient d'une façon très caractéristique. Cette dernière, en effet, ne commença à en avoir que lorsqu'elle eût recouvré l'hystérie. — i. 13
la sensibilité gastrique. A peine a^t-elle commencé à manger qu'elle éprouve une douleur constrictive à l'estomac, avec sensation d'angoisse, étouffements, crainte de mourir, perte de connaissance, cris, pleurs, tortillements généraux. Après quoi elle rouvre les yeux et éprouve des fourmillements partout. Son estomac est devenu anesthésique. Je lui en fais recouvrer la sensibilité et elle peut alors continuer à manger sans inconvénient. Au cours des expériences faites sur le chimisme stomacal, j'avais constaté cette douleur constrictive quand je supprimais la sensibilité gastrique. Il se produisait également de la douleur, mais alors sous forme de tiraillements, de crampes, de déchirures, quand la sensibilité reparaissait. La clinique nous montre également que la gastralgie s'accompagne de perte de la sensibilité gastrique, car il est facile de constater au moment de l'accès, si le sujet n'est pas habituellement anesthésique total, qu'il existe une anesthésie de l'épigastre, ou même de toute la région gastrique, en même temps que la sensation douloureuse profonde.
J'en arrive maintenant aux troubles intestinaux. Pour être moins apparents, ils n'en sont pas moins constants. Le plus important de tous par sa constance est la constipation. Toutes les hystériques à manifestations viscérales sont constipées et quelquefois d'une manière opiniâtre. A quoi tient cette constipation ?
Si nous examinons la sensibilité de l'abdomen, nous constatons qu'il y a anesthésie cutanée, c'est-à-dire, par conséquent, anesthésie des organes sous-jacents, de l'intestin. Le sujet est, en même temps, incapable de percevoir les sensations de besoin qu'il peut avoir, et si son anesthésie intestinale n'est pas assez profonde pour qu'elles soient perdues, sa parésie des muscles abdominaux et de sa tunique musculeuse de l'intestin, s'oppose à l'expulsion des matières. La constipation tient, en effet, à quatre causes : 1° anesthésie de la muqueuse de l'intestin, d'où arrêt de sécrétion du suc intestinal, comme pour toutes les autres glandes, par suite de la vaso-contriction ; 2° parésie de la tunique musculaire de l'intestin, qui résulte de l'anesthésie, d'où absence de contractions expulsives de l'intestin et stase des matières ; 3° anesthésie et parésie des muscles de la paroi abdominale, qui empêchent les efforts de défécation ; 4° anesthésie de l'anus, et suppression de la sensation de besoin. Tout concourt donc à la constipation : la dureté des excréments par suite de l'absence du suc intestinal, l'impossibilité des efforts d'expulsion, et enfin la perte de la sensibilité fonctionnelle de l'intestin et de l'anus, d'où l'ignorance du besoin. Cette anesthésie de l'intestin disparaît comme
toutes les autres anesthésies quand l'hystérie guérit. L'on voit alors se produire quelques coliques, quelques tiraillements, et quelquefois même de la diarrhée, en même lemps que la sensibilité cutanée reparaît.
J'ai, d'autre part, montré qu'à la suite du retour provoqué de la sensibilité abdominale, il y avait presque toujours une débâcle ou, tout au moins, une selle spontanée. La diarrhée qui se produit dans certains cas d'hystérie n'est pas due à autre chose qu'à un retour de la sensibilité intestinale.
Nous avons vu aussi que ce retour s'accompagne toujours de gargouillements, de borborygmes. Ces borborygmes sont liés nettement aux contractions de l'intestin que provoquent les sensations de réveil de la sensibilité, absolument comme dans les membres il se produit des secousses, des détentes, des mouvements divers. Dans l'intestin, ces contractions musculaires produisent des ondulations qui font progresser les matières clans son canal, ondulations qui sont perceptibles à la vue et au palper. Et cela est si bien lié au retour de la sensibilité que ces contractions ne se montrent que du côté anesthésique, ou persistent le plus longtemps du côté qui était le moins sensible et où, par conséquent, la sensibilité met le plus de temps à reparaître.
Les borborygmes hystériques sont dus à des contractions de l'intestin sous l'influence d'une modification de sa sensibilité. Lorsque celle-ci reparaît, lorsque les fonctions intestinales reprennent leur cours normal, les borborygmes en sont toujours les signes précurseurs. Mais quand ils se présentent sous forme d'accès, il est naturel d'admettre qu'ils sont dus à des spasmes de l'intestin, celui-ci pouvant en être le siège aussi bien que l'œsophage ou l'estomac. Ces spasmes s'observent assez souvent et ils sont quelquefois assez forts pour déterminer une débâcle intestinale.
Un phénomène qui a beaucoup intrigué les auteurs et sur la nature duquel on a peut-être un peu exagéré les choses , c'esllati/mpanite. Elle est d'abord beaucoup plus rare qu'on ne le dit. La question de l'origine et de la disparition des gaz intestinaux dans les cas de tympanite considérable a donné naissance à toutes sortes de théories. Y a t-il production réelle de gaz d'une façon anormale, ou bien y a-t-il au contraire absorption d'air par l'estomac, le pylore étant paralysé, cela est assez difficile à préciser? Néanmoins cette dernière hypothèse est beaucoup plus vraisemblable et probable que la première. Cependant, aucune issue de gaz ne se produisant quand la tympanite disparaît, il faudrait admettre qu'ils sont absorbés? A quoi bon tant d'hypothèses, quand les phénomènes connus peuvent nous suffire?
Je rappellerai tout d'abord ce fait constant, à savoir que tout organe anesthésié présente, en un point donné, de la douleur tant que l'anesthésie n'est pas complète. Or dans l'intestin nous constatons la présence de deux points douloureux situés sur le gros intestin dans la partie moyenne de la fosse iliaque et plus particulièrement du côté gauche. Ce sont ces points douloureux intestinaux qu'on prend si souvent pour des points ovariens. J'aurai l'occasion d'en reparler. Nous savons d'autre part que l'anesthésie complète s'accompagne de paralysie, et incomplète de spasmes ou de contracture. La partie de l'intestin dont la sensibilité normale est la plus vive, et sera, par conséquent, la plus persistante, est le gros intestin. Nous n'avons guère de sensations provenant de l'intestin grêle que s'il souffre. Au contraire c'est du gros intestin que nous vient le sentiment du besoin de défécation. C'est donc là, et plus particulièrement dans l'S iliaque et dans le rectum, que l'on trouvera les derniers vestiges de la sensibilité intestinale. Aussi tandis que l'on constatera de la paralysie de l'intestin grêle, on aura de la contracture du gros intestin. Une cause quelconque qui amènera une aggravation de l'anesthésie intestinale produira de la paralysie de l'intestin grêle, et seulement de la parésie ou de la contracture du gros intestin.
Supposons cette anesthésié survenue. La paroi de l'iutestin grêle paralysée se laisse aussitôt distendre par les gaz qui existent normalement, mais qui sont ordinairement comprimés grâce à la tonicité de l'intestin, et la tympanite se produit brusquement. Il n'est donc pas nécessaire de supposer une production anormale de gaz. Il suffit de savoir que les gaz de l'intestin sont sous une certaine pression à laquelle fait équilibre la tonicité de la paroi. Que cette tonicité vienne à diminuer et les gaz prennent immédiatement toute leur expansion. Que la paroi intestinale récupère sa tonicité, le calibre de l'intestin redevient ce qu'il était avant, les gaz sont de nouveau comprimés sous la même pression, et il n'y a pas d'émission par conséquent. Cependant, si le retrait de la paroi intestinale se produit d'une façon brusque, s'accompagne, comme cela arrive ordinairement, de spasmes, il peut se faire qu'une certaine quantité de gaz soit expulsée, mais toujours, on le comprend, d'une façon très inférieure à ce qu'on pourrait attendre si la tympanite était réellement due à une surproduction de gaz intestinaux.
Un phénomène clinique, qui coïncide fréquemment avec la tympanite quand elle est intense, vient confirmer la pathogénie que je propose en ce moment : c'est la rétention d'urine. Nous allons voir tout à l'heure en effet qu'elle est due à une anesthésié complète avec paralysie de la vessie. L'anesthésie qui envahit l'intestin et
cause la tympanite frappe du même coup tous les viscères abdominaux.
On comprend dès lors comment la tympanite peut être permanente. Il suffit en effet que la paralysie de l'intestin soit permanente ellemême. La constipation qui en est l'accompagnement ordinaire n'est que la conséquence de cette paralysie intestinale intense et l'on se rend compte ainsi de son opiniâtreté.
On comprend aussi facilement que la tympanite localisée simule des tumeurs abdominales. Il y a un signe absolument pathognomonique qui permettra toujours d'éviter l'erreur de diagnostic, c'est la présence de l'anesthésie cutanée au niveau de la tumeur.
J'ai dit que, théoriquement, la partie de l'intestin qui devait présenter le plus souvent de la contracture était le gros intestin, et en particulier l'S iliaque. Cette conception théorique est pleinement confirmée par la clinique. Ce n'est guère en effet que sur le segment inférieur de l'intestin et sur le sphincter de l'anus qu'on observe de la contracture. Quand celle-ci survient d'une façon assez intense on peut se trouver en présence de phénomènes rappelant à s'y méprendre l'obstruction intestinale avec arrêt complet dans l'émission des matières et des gaz et vomissements fécaloïdes. Le mécanisme de cet accident est très analogue à celui de la tympanite, avec cette différence que l'anesthésie s'accompagne de spasmes et non de paralysie. Sous l'influence de ces spasmes, les matières contenues dans l'intestin sont mises en mouvement, mais la contracture de l'S iliaque ou du rectum leur opposant un obstacle, le mouvement spasmodique se produit en sens inverse et devient antipéristaltique. Il y a alors reflux du gros intestin dans l'intestin grêle et de celui-ci dans l'estomac. Que la valvule de Bauhin se laisse franchir, il n'y a rien là qui doive nous surprendre, puisque cela se produit dans l'obstruction intestinale vulgaire. lien est de même du pylore. Cette propagation, cette généralisation du mouvement antipéristaltique de l'intestin n'a donc rien qui soit spécial à l'hystérie. C'est un phénomène physiologique bien connu. Ce qui diffère ici c'est la cause qui le provoque. C'est en effet une contracture par anesthésie incomplète du gros intestin qui produit l'obstruction, et c'est ensuite l'état spasmodique de la partie supérieure de l'intestin qui produit le mouvement antipéristaltique, et les vomissements fécaloïdes qui en sont la conséquence.
Contracture, spasme, paralysie nous sont des phénomènes bien connus et toujours identiques comme mécanisme. Leurs conséquences seules diffèrent suivant les appareils qui en sont le siège. Mais cela ne modifie en rien, comme on le voit, la pathogénie générale des
accidents hystériques, et nous ne trouvons dans les troubles intestinaux d'origine hystérique rien qui ne rentre dans la conception générale que nous nous en faisons. C'est toujours à des troubles de la sensibilité organique que nous avons affaire, troubles en rapport avec un état spécial des centres cérébraux (Voir Centres cérébraux, p. 351) qui président aux fonctions de l'appareil digestif.
Il me reste un mot à dire d'un trouble assez fréquent chez les anorexiques : le vomissement de bile. Il s'accompagne ordinairement d'une douleur vive, revêtant même quelquefois l'aspect d'une colique hépatique, au niveau de la vésicule biliaire. On observe très fréquemment chez les anorexiques, ai-je dit plus haut, et particulièrement chez celles qui ont des vomissements, un point douloureux au niveau du pylore. Chez un certain nombre ce point est très étendu, et occupe toute la région correspondant à la vésicule biliaire et au duodénum. On a désigné cet accident sous le nom d'hépatalgie hystérique. Je l'ai observé plusieurs fois et il n'est pas douteux pour moi qu'il s'agisse d'un spasme du duodénum quand il y a seulement vomissements bilieux, spasme qui gagne les voies biliaires quand il y a crise d'hépatalgie, suivie fréquemment d'ailleurs d'un certain degré de jaunisse, comme cela se produit dans l'ictère émotif, ce qui nous prouve encore une fois qu'il n'existe dans l'hystérie aucun phénomène dont on ne puisse trouver l'analogue dans la pathologie ordinaire. Tout se comporte suivant des lois générales; tout est déterminé d'une façon précise; il n'y a rien de paradoxal, ni de contradictoire, ni de bizarre dans les manifestations hystériques. Il suffît pour les comprendre d'en connaître le point de départ, la cause réelle. Si cette cause était, comme certains auteurs le prétendent, purement psychologique, on devrait s'attendre à voir toutes les associations possibles de phénomènes se produire, en quelque sorte au hasard, en tout cas sans aucune apparence de loi, sans aucun déterminisme. Mais outre que cela n'est pas, bien au contraire, je ferai remarquer que cette théorie ne tendrait à rien moins qu'à renverser toutes les lois physiologiques, de même que la croyance au miracle emporte la négation des lois naturelles.
La conséquence immédiate du retour de la sensibilité du tube digestif, de l'estomac et de l'intestin en particulier, est le relèvement de la nutrition générale, de l'assimilation. J'ai pour habitude de peser régulièrement une fois par semaine tous mes malades. La constatation du poids est en effet le meilleur critérium de la nutrition générale, et toutes les analyses chimiques de l'urine, du suc gas-
trique ou même du sang, ne valent pas ce procédé simple, qui, étant donné le régime alimentaire, permet d'apprécier exactement le pouvoir d'assimilation. Or tout est là. Vous pouvez alimenter une hystérique anesthésique de l'estomac et de l'intestin aussi fortement que vous voulez. Sans doute, si elle avait réduit dans des proportions considérables son alimentation, la verrez-vous augmenter un peu de poids. Mais tant que subsistera l'anesthésie viscérale, elle n'augmentera que peu ou point. Du jour où l'anesthésie disparaîtra, sous une influence ou sous une autre, immédiatement son poids croîtra.
Voici par exemple un type d'anorexie hystérique primitive. BertheM. entre le 13 novembre 1895 dans mon établissement, pour de l'anorexie avec vomissements, datant de quatre ans et traitée par tous les régimes possibles et pendant longtemps par la suggestion, sans résultat d'ailleurs. Elle avait une diminution générale légère de la sensibilité cutanée, beaucoup plus marquée dans la zone gastrique , et avec analgésie assez accusée au creux de l'estomac. Elle pesait 60 livres et demie. Mise, comme toujours, au régime alimentaire commun dès le premier repas, les vomissements cessent aussitôt et l'appétit reparaît le troisième jour en même temps que l'anesthésie et l'analgésie de l'estomac disparaissent. Cette disparition s'accompagne de crampes d'estomac et de coliques suivies de diarrhée. Le sommeil reparaît en même temps. Voici le tableau de ses pesées :
13 novembre 60 1
ivres
4 janvier 88 1
ivres 1/2
6 décembre 81
1 février 98
En l'espace de trois mois cette jeune fille a donc repris 42 livres! Mais ce qui est plus intéressant, c'est de considérer la façon dont s'est faite cette progression. Chez elle la disparition de l'anesthésie gastro-intestinale, et corrélativement le retour de l'appétit, s'étaient produits immédiatement sous l'influence de l'isolement et de l'alimentation normale, sans suralimentation. Aussi dès le début la voiton regagner huit livres en l'espace de quatre jours. Du 25 au 30 novembre elle passe par une période de tristesse vague, dort moins bien, a moins d'appétit. Elle mange cependant autant, mais elle ne gagne que 6 livres et demie et en quinze jours. Sous l'influence du traitement moral, elle redevient plus gaie, recouvre l'appétit et le sommeil et se remet à augmenter de quatre livres par semaine. Arrivent ses règles qu'elle n'avait pas eues depuis longtemps. Elle
dort moins bien, l'estomac est un peu moins sensible, elle a moins d'appétit. Son régime alimentaire reste identiquement le même. Cependant, non seulement elle ne gagne rien, mais perd une livre du 21 décembre au 4 janvier. De nouveau elle recouvre un appétit et un sommeil meilleurs que jamais et, à partir de ce moment, elle regagne 8 livres en vingt jours. Il y a de nouveau un arrêt dû au retour des règles. Après quoi la progression de poids continue à raison de 250 grammes par jour.
Voici un autre cas d'anorexie hystérique, secondaire celle-là, et datant de deux ans, avec vomissements, attaques de contractures, anesthésie généralisée, cutanée et viscérale, amaurose,astasie-abasie, vigilambulisme complet. Mlle Lucie pèse 74 livres le 19 février. Mise au régime habituel immédiatement, les accidents ne tardent pas à disparaître. Les vomissements cessent définitivement le second jour pour ne plus reparaître ; l'appétit ne revient que vers le dixième jour, en même temps que l'anesthésie générale diminue rapidement. Voici le tableau des pesées de cette malade, sortie complètement guérie au bout de sept semaines :
19 février 74 livres 21 mars 87 livres 1/2
4 avril 93 —
Soit 20 livres de gagnées en 50 jours, c'est-à-dire 200 grammes d'augmentation moyenne par jour. En voici une autre, Léa, ayant une anesthésie cutanée et viscérale généralisée mais peu profonde, avec anorexie, apathie physique, intellectuelle et morale, cystalgie. Elle pèse 112 à l'entrée dans l'établissement, le 5 décembre. Mise aussitôt au régime, malgré l'apparition de ses règles elle augmente de5 livres et demie dans les dix premiersjours, soit 250 grammes par jour. Non sans peine j'arrive peu à peu à lui faire recouvrer sa sensibilité générale et viscérale. Peu à peu l'appétit revient, après que le refus d'aliments eut cessé, et elle augmente progressivement de poids. On observe une diminution et un arrêt du 18 au 22 février correspondant au retour des règles et à quelques crises, et une diminution du 14 au 21 mars tenant à la même cause. Tout le reste du temps elle augmente en moyenne de 100 à 110 grammes par jour et regagne 27 livres en moins de quatre mois. Voici du reste le tableau de ses pesées successives ;
5 décembre 112 livres (règles) 1 février 132 livres