‹ Genève et Charles Emmanuel Ier, 1589-1591Chapitre 11 sur 16 · RUPTURE DU TRAUIK DE NYON. — COMBATS AUTOUR UE GENÈVE · texte numérisé non relu

RUPTURE DU TRAUIK DE NYON. — COMBATS AUTOUR UE GENÈVE

ANDis ([lie les Genevois tenaient en échec les troupes du Duc, le gouvernement bernois se voyait complètement désavoué par ses propres sujets. Ne sachant quel parti prendre, il s'était décidé à consulter les Communes et à soumettre le traité de Nyon au vote populaire ; il avait posé la question dans les termes suivants : « Voulez-vous accepter la paix de Nyon « ainsi que Talliance avec la Savoie et abandonner « Genève à elle-même ? »

Stiivnnt M. de Stiirler la volation eut lieu dès le mois de janvier. T^e résultai lut pour le gouvernement une éclatante défaite. N'écoutant que la voix de la loyauté, fidèle à la politicjue honnête et généreuse des anciens temps, le peuple bernois déclara, à une grande majorité, qu'il ne voulait ni paix, ni alliance avec la Savoie et qu'il n'entendait pas abandonner Genève. Belle et noble victoire de la politique du sentiment sur celle de l'intérêt.

A la fin du mois de février, le gouvernement bernois voulut connaître aussi l'opinion du pays de Vaud ; les baillis reçurent l'ordre de clioisir dans chaque district deux ou trois tles hommes les plus en vue, qui se feraient les interprètes des communes \audoises. Ce n'était pas à celles-ci à désigner leurs mandataires, c'était aux l)aillis à faire leur choix. On pouvait craintire, seml)le-t-il, <(uc des délégués, li'iés sui' le \olel, l'usseni plus disposés à exprimer ropiuioii du goux eriiemeni (|ue celle (bi peuple. Il n en fui rien (>t on [)eul

' Die Viillisanfragen iiii allen Hern, von M. von Sturlkr, p. 256. (Arctiiv des histurisclien Vereiiis des Cantons Bern, VII. Band, /weites Heft). Consulter sur le même sujet l'intéressante élude de M l'rol. Milly dans le .lahrliuch de t'.»06.

lire tout au long, dans le Registre du Conseil de Genève, la belle et éloquente déclaration que tirent les délégués du |)eu|)le vautlois. Il y a, disent-ils à Messieurs de Berne, trois points à considérer, la oloire de Dieu. I hotineur de votre ifouvernement et le profit coiiiiuuii de la patrie. Développant ces trois points, ils montrent, dans un langage à la lois respectueux et énergique, que le gouvernement bernois sacrifierait 1 honneur du pays et son intérêt en ratifiant le traité île Nyon. Ils rappellent ((ue. si le Duc venait à niaitrisei- Genève, rien ne Tempècherait de « courir tout le pays de\au(l et possible d'autres.» Ils concluent en déclarant que rien au monde, ni la perte de leurs biens, ni la j)erte de la vie. ne pourra les amener à dire qu'il faut abandonner Genève ou [)orler atteinte à la religion.

Ainsi, de tous côtés, sur les rives du Léman, comme dans les hautes vallées de l'Oberlancl. le sentiment public s'afïirmait a\ec une netteté et une énergie qui ne pouvaient laisser aucun doute aux gouvernants bernois. 11 fallait en finir, l ue dernière conférence fut convoquée à Berne pour le 2 mars ; ce jour-là se ti'ouvèrent réunis l'.Sm-

bassadeur du Woi, Sillery, les délégués des trois cantons de Zurich, de Bàle et de SchafFhouse, les dix représentants des communes vaudoises, enfin les députés de (jenève, Roset et Manlich. Ceux-ci engagèrent vivement les députés des trois cantons à s'abstenir de ce qui pourrait piquer les Seigneurs de Berne, afin de ne pas donner prise aux opposants. Messieurs des trois villes répondirent : « Vous vovis trompez, car ils ne connaissent pas leur faute. » Les Genevois insistèrent, priant leurs collègues de n'omettre dans leur exposé aucune bonne raison, uiais d'user de douceur et de modération. C était de bonne polili((ue, et il faut croire que l'avis fut suivi, car le résultat de la conférence fut des plus satisfaisants.

Le 2 mars, le Graïul Conseil de Berne se réunit en séance solennelle. Les députés dn pays de Vaud furent introduits les premiers; ils doiincrent lecture de la déclaiation résumée plus haut; puis l'Ambassadeur du l{oi, Sillery, soumit au Conseil ses propositions par écrit. Ce fut ensuite le jour (l(;s d(''[)ul(''s de Zurich, liàle cl Schaft'house, <Hii (IcfcndircMt une lois de |)lns la cause de (îe-

nève *. (^uant à Roset et à Manlicli, il ressort claireuierit de leur ra[)port que les chefs du gouvernement bernois auraient voulu les tenir à l'écart; il y avait là une question d'amour propre ; les Bernois s'étaient résignés à l'idée de céder, mais ils voulaient au moius sauver les apparences ; ils voulaient céder aux sollicitations de l'Ambassadeur de Henri IV et des députés des Cantons confédérés, mais il leur en coûtait tro[) d'avoir l'air de reconnaître le bien fondé des griefs de (îenève. Néanmoins Roset et Manlich paraissent avoir insisté et ils furent entendus le 3 mars, à 6 iieures du matin, par le Deux-Cents ; ils présentèrent leur proposiliou par écrit et en alleuiand, faisaut ressortir tout le préjudice qui résultait de l'article 5 pour Genève ; ils terminèrent par une émouvante péroraison en recommandant aux membres du Deux- Cents de penser à Dieu plutôt ((u'aux hommes et de suivre l'exemple de leurs ancêtres. La séance se prolongea jusqu'à il heures, uiais la réponse

' Il serait injuste d'oublier qu'à ce moment un prince allemand, le Duc Casimir, écrivait au gouvernement bernois pour lui recommander avec instance de renoncer au traité de Nyon. Voy. Reg. Cons. de Genève, 9 mars 1590.

(lu Deux-Cents fut concluante ; il fut déclaré verbalement aux députés de Genève que Messieurs de Berne, tenant compte de l'avis de leurs sujets et des remontrances qui leur avaient été adressées de toute part, avaient décidé, par un vote unanime, de renoncer nu Duc et au traité et de le notifier au Duc. On ajoutait ([u'il l'allait a\iseraux moyens de se maintenir courageusement ; Messieurs de Berne entendaient respecter les alliances avec Genève et le traité de Soleure et espéraient que, sui\ ant les ilispositious de ce dei-nier traité, TAml)assa(leur du Hoi ferait rétablira Soleure l'avance de 18, 000 écus, afin qu'on put s'en servir au besoin.

On se représente aisément avec quelle effusion Hoset et Manlich remercièrent les Bernois de leur décision ; ils promirent que les Genevois s'emploieraient pour le bien public « d'estoc et de taille. » El TAxover répondit par un compliment (|ui a\ail sa valeur: « N'ous faites |)rou, on le \oil bien. » En exécution de la décision j)rise par le l)eux-(]ents, on reniil aux députés genevois une ])ièce ofIici(dle (|ui, en raison de son importance, mérite d'être citée textu(dl(Mneul :

— AlVA —

« Mes susd. Seigneurs Avoyer, Petit et (Irand (Conseil, s'estans soleimellenient assemblez pour entendre les responses de leurs féaux et très chers subjets de leur ancien et nouveau pays, tendantes à quitter ou confirmer la susdicte alliance et traicté de paix et se résoudre linalementlà dessus, où estans, aussy comparus M. de Sillery, Ambassadeur ordinaire pour la Majesté royale de France aux Ligues, et les honnorables Ambassadeurs de nos susdicts teaux et très chers alliez, lesquels, après les présentations de la part de leurs Seig'" et Supérieurs de leur bonne volonté et service, Hdèle et helvétiale amitié, ayans derechef, tant de bouche que par escript, remonstré, exhorté et prié de refuser à l'Altesse du Duc de Savoye Taliance de secours ou pour le moins le 5° article du tiaicté de paix et au contraire de vouloir prendre en main la défence d'une ville de ("«enève contre une inique violence, selon les alliances, et ne se despartir d'icelle pour les raisons et argumens cy-devant alléguez, lesquelles ne sont icy mentionnez pour éviter longiieur de discours. Sur ce, mes susd. Seig. et Supér. ont advisé de remercier très affectueusement lesd. S" Ami), au nom de leurs

Supérieurs de leurs recommendations et offres tant amyables et tle leurs peynes et despens par eux supportés pour desclarer leur tant syncère affection, avec offres de le recognoistre en totes occasions qui se présenteront et de leur déclarer que jaçoit que les fidèles subiects de niesd. S" fussent contraires à lad. alliance et traicté de paix, ainsi qu'ils s'en sont grevés, toutefois qu ayans plus d'esgards et considération aux remonstrances et prières de leurs féaux et très chers alliez, ont esté par icelles meus de se résoudre unaninienieiit de fjuitter et se despartir entièrement de latlicte alliance et traicté de paix avec Sad. Altesse et de réparer, avec l ayde de Dieu, ce à quoy la nécessité urgente les avoit contraints. Fait le 'A de mars de l'an I5!)U. » Cette déclaration, si nette et empreinte d une grande cordialité, était de nature à dissiper toute écjuivoque et le gouvernement bernois avait décidé d'écrire dans des termes semblables à M. de Sillerv et au Hoi. Et cependant la sitiiii I ion u t'Iail (iii à nioitii' «'claircie. Pour ( ontinuer ou reconiniencer la guerre contre le Duc, il fallait de l'argent, beaucoup d'argent, el on ne sa- \ait ou (Ml demander, iii où en pi'endre.

Saucy et Sillery promettaient monts et merveilles, mais ils étaient fort eml^arrassés de remplir leurs promesses. Hien de |)lus piquant que les explications un peu aigre-douces qui furent échangées, k Berne, entre Michel Roset et Sillery, et qui sont rapportées textuellement dans le Registre du (>onseil :

Sillery : Je n'ai pas promis de frayer, de payer les dépenses de la guerre.

Roset : C'est M. de Sancy qui a promis.

Sillery : (^est moi qui ai charge et puissance ici.

Roset: ^lais vous avez promis par plusieurs lettres et je dois vous rappeler que Genève a « tout foncé » jusqu'à présent.

Sillery : Si ne scay-je |)as où on prendra. »

Il paraît que le ton de la conversation s'était un peu échauffé, car le Registre nous apprend que, dans l'après-midi. l'Ambassadeur yu<7/ /« plus doux, disant : « Il faudra bien que le Roi paie tout, mais pour de l'argent, on n'en pourra avoir qu'à la foire de Francfort. » Puis il demanda quelle somme il fallait à Genève. Dix mille éciis par mois, lui fut-il répondu. Et le Registre ajoute « (ju il fut bien é])ahi. » Avec moins d'assurance, Sillery

jouait à peu près le même rôle que Sancy ; il promettait toujours, afin d'encourager les Genevois, mais il promettait sans avoir la certitude de pouvoir tenir.

Le 9 mars Roset et Manlich étaient de retour à Genève et présentaient au Conseil leur rapport; le

10 mars le Deux-Cents fut convoqué pour être renseigné sur le résultat de la mission. Il s'agissait aussi que le Deux-Cents autorisât Roset et Manlich à retourner à Berne, afin de continuer les négociations, car il ne suflisait pas d'avoir obtenu la rupture tlu traité de Nyon, il fallait négocier pour que la guerre fût reprise avec une nouvelle ardeur. Le Deux-Cents décida par un vote unanime (le renvoyer à Berne Rosel et Manlich, mais il fut proposé de leur adjoindre Chevalier « pour l'impoi lance du i'aict. » Le procédé était un peu blessant pour Michel lloset, pour l'illustre magistrat ([ui servait depuis tant d'années la République avec un patriotisme et une aljnégation admirables ;

11 semblait (|u'on lui dît : Nous vous remercions de vos services, nous nous prions de les continuer, mais nous pensons que vous ne pouvez, à vous seul, conduiic les nétjfocialions. Chevalier

parait avoir compris qu'on lui faisait jouer un rôle ingrat et il s'empressa de ref user, invoquant un fait curieux, à savoir que Messieurs de Berne avaient « quelque maltalent » contre lui, étaient mal disposés à son égard, parce (|u'on avait répandu le bruit mensonger que, pendant son dernier voyage en Allemagne, il avait mal parlé d'eux. Le Deux- Cents accepta l'excuse et désigna V^arro, mais ce dernier refusa également, prétextant qu'il n'avait pas comme Roset « la langue germanique à son commandement ; » V^arro donna encore d'autres motifs qui parurent plausibles, car finalement il fut décidé que, malgré ses excuses. Chevalier accompagnerait Roset à Berne. Le procès-verbal ajoute, détail typique, que les appréhensions de Chevalier ne sont pas de nature à être prises en considération, que la qualité d'ambassadeur rend inviolable et « que, grâce à Dieu, les aigreurs du passé cessent. » Ce curieux incident méritait d'être rappelé, car il fait connaître les petits dessous de la scène, les passions, les jalousies et les intrigues qui se retrouvent en tout temps et en tout pays ; le fonds de la nature humaine ne change guère. Tandis qu'on négociait à Berne, les hostilités

continuaient autour de Genève. Le 2 mars, vers 8 heures du matin, deux compagnies d'Espagnols et d'Italiens, avec de la cavalerie, arrivèrent par Pinchat vers le fort d'Arve ; aussitôt quelques gens de cheval et de pied, comme on disait alors, marchèrent à leur rencontre ; dans le combat qui suivit, six ennemis furent tués et un jeune arquebusier espagnol fut fait prisonnier. L'avantage resta aux Genevois, qui poursuivirent l'ennemi jus qu'à une assez grande distance.

Le printemps approchait et les Genevois allaient profiter des premiers beaux jours pour pousser plus loin leurs incursions. Le 13 mars, deux compagnies d'infanterie et un détachement de cavalerie, gens d'armes et cuirassiers, quittèrent la ville dans la soirée pour aller surprendre le petit fort du Vuache. On essaya de faire sauter les portes à l'aide d'un pétard, mais l'intérieur était fortement barricadé, de telle sorte que la tentative échoua. Entre temps l'alarme avait été donnée et les compagnies de Genève se trouvèrent aux prises avec les troupes (|uî étaient cantonnées à Ghevry. Les ennemis furent mis en fuite et se réfugièrent dans diverses maisons de Ghevry

auxquelles on mit le feu. Du côté des Genevois, un sergent fut tué ainsi qu'un soldat; le capitaine La Ramée et deux ou trois soldats furent blessés.

Le 14 mars 1590 marque une date importante dans l'histoire de notre contrée; en effet, ce jourlà le Conseil de (ienève décida du sort de bon nombre de vieux manoirs ; il fallait les détruire, car ils pouvaient servir d'asile et de retraite à l'ennemi; ainsi furent condamnés sans appel les châteaux de Pouilly, Vesancy, Vernier, Thoiry, Saconnex-le-Grand et Tournay, au pays de Gex, et dans les bailliages de Ternier et Gaillard, Corsinge, Compesières, Laconay, Beaumont, La Grave, Villars, La Perrière et Chatelard, Ogny, (>onfignon et Saconnex (de là d'Arvei. Il fut décidé de commencer l'cpuvre de destruction par les châteaux situés au delà de l'Arve et ce furent les lansquenets qui en furent chargés ; on leuiattribua pour leur peine la dépouille de la ferremande, c'est-à-dire la vieille ferraille, mais, en revanche, il leur fut défendu de rien prendre aux paysans. A maintes reprises on peut constater dans les documents cette louable préoccupation

du Conseil de ménager le paysan, qui souffrait si cruellement des maux de la guerre. L'œuvre ordonnée par le Conseil ne s'accomplit pas aussi rapidement qu'il pouvait le désirer; le 28 mars, Beaumont, Ogny, Saconnex et Pouilly étaient encore debout et il lallut un nouvel arrêté du Conseil, prescrivant de raser Béniont (Beaumont) et Ogny.

Il y avait un château que les Genevois n'avaient pu conserver, c'était Monthoux, que les documents italiens appellent par erreur Mouton ^ Perché sur un coteau verdoyant, il dominait la vallée, couvrait la route de Bonne et les Genevois n'avaient pas à s'éloigner beaucoup pour contempler le donjon menaçant. Il fallait s'emparer de Monthoux, si l'on voulait pousser jusqu'à Bonne. Dans la nuit du 29 au .30 mars, des compagnies d'infanterie et de cavalerie, avec les deux canons de Savoie et deux pièces de campagne, se mirent en route pour aller battre Monthoux. Dans la matinée du 30, les assiégeants commencèrent les travaux d'approche. La petite garnison croyait, parait-il, (|uo la place était inexpugnable ; en effet, le chroniqueur ra-

' (iinevra. Berna e Carlo Emmaiiuele /, par Caiiiillo Manfroni, p. 529.

conte que « ceux de dedtuis n'ont fait que nio- « quer et tout le matin ont vomi une infinité « d'injures contre le Roy, le S' de Lurhigny, « Genève et plusieurs particuliers, avec propos « vilains et exécrables. » iVIais ils changèrent de langage et d'attitude, lorsque, vers 2 heures de l'après-midi, le canon eut ouvert une brèche dans la muraille. Suivant l'expression pittoresque de Goulard, les assiégés commencèrent à chanter un peu plus bas et plus doucement. Le l'eu d'une pièce d'artillerie, qui est désignée sous le nom de gros canon de Versoix, acheva d'élargir la brèche et les Genevois se précipitèrent dans le château, taillèrent en pièces la garnison et tuèrent une trentaine d'hommes ils ne lirent qu'un seul prisonnier. Le butin fut maigre, car on ne trouva dans le château qu'une fournée de pain et un char de vin, mais il paraît que les soldats cherchèrent des compensations aux alentours, car au l)out de quelques jours, les paysans dépouillés s'adressèrent au Conseil pour obtenir la restitution des bœufs et des vaches qui leur avaient été enlevés.

' Suivant le Registre. 25 ou 26; suivant Goulard, 37.

Le Conseil décida qu'on les leur rendrait moyennant une contribution de dix florins par tête de bétail *. Les paysans de Monthoux s'en tiraient à bon compte. Quant au château lui-même il n'avait plus que quelques jours à exister. Le 31 mars le Conseil décida de le ruiner et de le raser ; l'arrêt fut si bien exécuté que toute trace du vieux manoir a disparu.

Vers le soir, le 30 mars, les troupes reprirent le chemin de la ville ; une demi-compagnie resta à Monthoux pour garder le château, en attendant les maçons qui devaient le détruire. Il ne parait pas que dans cette attaque de Monthoux les Genevois aient perdu un seul homme; il n'y eut que quelques fantassins blessés et encore le furent-ils parleurs j)ropres compagnons, « car, dit le chroniqueur, ily a des Suisses maladroits arquebusiers. »

De Monthoux à Bonne le trajet n'était pas long, el on se demande pourquoi les troupes genevoises ne profitèrent pas de l'entrain et de l'élan que donne un pi-emier avantage, pour aller surprendre et assiéger Bonne. La garnison de cette place

' Reg. Cous. de. Genève, soancc du 1'''' avril.

étail dans la plus grande anxiété, « dans Tespouvantenient, » et il est fort possible qu'une attaque énergique eût entraîné la reddition presque immédiate. A Genève le Conseil était d'avis qu'il fallait marcher sans retard et il envoya le S"" De la Rive pour en donner l'ordre, mais De la Rive, en allant accomplir sa mission, rencontra près de la ville les troupes qui revenaient. (]'était Lurbigny qui avait empêché de marcher sur Bonne, malgré l'avis de plusieurs de ses olïiciers. Il est bon d'être prudent, mais l'excès en tout est un tléfaut. Pour s'excuser, Lurbigny invoqua le fait que la plus grande partie de l'infanterie s'était « écartée » dans les villages du ressort de Monthoux. Nous ignorons quelle était la valeur de ce prétexte, mais ce qui est certain, c'est que Lurbigny se montra parfois timoré et craintif', en tout cas au-dessous de sa tâche.

Tandis que les Genevois s'emparaient du château de Monthoux, la garnison de S"'-Catherine tentait une diversion ; dans la nuit du 31 mars un grand nombre de gens de guerre vinrent attaquer le fort d'Arve. Les assaillants s'étaient munis d'échelles pour tenter l'escalade et de pétai'ds qui

devaient être appliqués contre la porte. La nuit était fort noire, ce qui permit aux Savoyards d'approcher sans être vus. Toutefois le pétardier fut aperçu à temps par un jeune soldat, qui était de garde, et qui s'empressa de donner l'alarme. Le capitaine Mesnil, qui commandait le fort, orgauisa aussitôt la défense avec sa compagnie et les lansquenets revenus tout fraîchement de Monthoux. Les ennemis s'étaient aventurés dans le fossé plein d'eau qui entourait le fort; ils ne tardèrent pas à être délogés par « la mousquetade et l'arquebusade » des défenseurs du fort; ils tentèrent de répondre par une salve, mais ils ne blessèrent personne, leur feu étant mal dirigé. Entre temps l'alarme s'était répandue jusque dans la ville ; bientôt le tocsin retentit à S'-Pierre et à S'-(lervais ; au son des cloches se joignirent le roulement des tambours et les noies stridentes des trompettes. Les compagnies bourgeoises répondirent [)leiiies d'entrain à l a|)pel ' et se dirigèrent en hâte vers le fort d'Arve. Lors(|u'elles arrivèrent

• Goulai-ii remarque eepeiulaiit que « plusieurs n'ont rien eatendu à cause du premier somme el de la douceur du repos eu une nuici tempérée, .joint la joye de la prise de Monthoux. »

à destinntion, la petite garnison du fort avait déjà fait son devoir et repoussé l'enncMiii. Les Ducaux, très éprouvés, se i-etirèrent après ce premier échec, mais ils revinrent vers trois heures du matin, sans doute pour chercher leurs morts et leurs blessés; ils furent une seconde fois repoussés avec perte. Des paysans racontèrent (ju ils avaient vu passer « trois charretées de morts ; « c'élail probablement exagéré, mais il est certain que l'ennemi éprouva des pertes sensibles. Notre chroniqueur ajoute qu' « à leur l'etraite vers le Plan-des-Vuattes, ils ont commencé à battre à Tespagnole, ce qui fait penser que ceux de Sonzy ont eu renfort depuis peu de jours. » (^ue |)ou\ aienl ])ien signifier ces mots « battre à l'Espagnole ? » Quoiqu'il en soit, la garnison de Sonzv avait essuyé un échec dont elle se souvint, cai* elle parait avoir i-enoncé à l'espoir de s'emparer tlu foi't d'Arve.

On ne tarda pas à savoir (piel avait été le motif de cette attaque imprévue. Le comte de Montmayeur, (|ui commandait à Sonzy, avait appris l'expédition de Monthoux et il avait supposé que les Genevois ne s'arrêteraient pas en si l^eau chemin, qu'ils poussei'aient jusqu'à lionne ; il s'était em-

pressé d'écrire à Pierre-Charve, gouverneur de Bonne, pour l'infornier (|u'il ne pouvait lui porter secours, mais qu'il allait tenter une diversion en attaquant le fort d'y\rve. Le courrier qui portait la dépèche de Montinayeur fut arrêté près du pont de Boringe par un argoulet de Genève et la lettre fut ainsi interceptée.

Tandis que Genève luttait avec avantage contre les bandes du Duc de Savoie, les négociations continuaient à Berne. Le 16 mars une nouvelle journée avait eu lieu dans cette ville entre les représentants des ([uatre Cantons évangéliques, l'Anibassadeui' du Roi et les délégués de Genève, Roset et Chevalier. Les magisliats bernois se voyaient contraints de renoncer au traité de Nyon, mais ils n'en cherchaient pas moins à tirer les choses en longueur, car ils se trouvaient dans un(^ situation embarrassante vis-à-vis du Duc de Savoie. A la journée du 16 mars, l'Avoyer de Mulinen vint déclarer ([ue Berne était prêt à (|uitl(>r le traité de Nvon, à la condition (|u'()n resj)ectàt d'autre part l(»s engagements pris. Le traité de Soleui'e, coiudu en L")?!* avec le lioi de l'iance, portail (|ue ce <iei ni(M' fonrnii'ait 13, ()()() (H'us ponr

les frais d'iiiio garnison à Genève ou 15,000 écus par mois pour secourir cette ville La somme ainsi stipulée avait bien été consignée à Soleure, mais retirée Tannée précédente par Sancy. Que pouvait-on attendre de ce côté ? D'autre part l'alliance de 1584 entre Berne, Zurich et (lenève, portait que celte dernière ville paierait la moitié des irais de secours. Impartialement il l'aut reconnaître que M. de Mulinen était dans son droit. Ce qui avait été absolument répréhensible, c'était le traité de Nyon, mais, si la Ré[)ublique de Berne consentait à ne pas ratifier le traité, elle pouvait dire au Roi de France et à Genève : Vous entendez m'obliaer à recommencer la guerre avec le Duc de Savoie, êles-vous en situation de vous ai^quittcr des obligations que les traités vous imposent. M. de Mulinen concluait donc en disant : nous voudrions savoir ce c|ue Messieurs de Genève voudraient ou pourraient faire, car il est bien à présumer qu'ayant eu la guerre sur les bras pendant une année, ils sont en nécessité. Enfin, ajoutait M. de Mulinen, il serait indispensable de savoir

' Voir le texte de ce traité dans notre étude, Genè^'e. le parti huguenot et le traité de Soleure. Genève 1883, p. 190 et suiv.

quelles sont les intentions de nos alliés de Bàle et de Scliaffhouse et quelles sont les propositions qu'apporte l'Ambassadeur du Roi ; dans ces conditions. Messieurs de Berne avaient décidé de suspendre l'envoi des lettres de rupture jusqu'au moment où on serait fixé sur les moyens de faire la guéri e. En résumé Berne disait à ses alliés : ^'ou8 ne voulez pas que je conclue la paix, prouvez-nous que vous pouvez continuer la guerre.

On se représente fort bien que les membres de la conférence durent être déconcertés par les questions habiles de M. de Mulinen. Les Genevois déclarèrent très franchement qu'ils ne pouvaient prendre aucun engagement quant à la moitié des frais, attendu les charges considérables que la République supportait depuis si longtemps. De leur côté les députés des villes Evangéliques, ne sachant trop quel parti prendre, proposèrent d'attendre l'arrivée de l'Ambassadeur du Roi. « Et sur ce, dit le rapport, l'assistance s'est départie. »

Par ses diversions adroites, M. de ]\Iulinen croyait sans doute éloigner le moment où la rupture avec le Duc de Savoie (bniendrait définitive, mais de nouveaux pourparlers s'engagèrent entre

l'Ambassadeur du Roi, les députés des trois villes Evangéliques et de (ienève. On discuta si la guerre serait défensive ou offensive et dans quelle proportion chacun y contribuerait financièrement. Comme toujours l Anibassadeur du Roi promit monts et merveilles, en tout cas beaucoup plus qu'il ne pouvait tenir; il s'engagea pour le Roi à fournir 1,500 arquebusiers et 'AOO chevaux. Toutes ces promesses de part et d'autre n'avançaient guère les choses, et la journée aurait pu se terminer sans résultat, si les représentants de Zurich, Bàle et Schaffhouse. ne s'étaient décidés à adresser au gouvernement bernois une dernière remontrance ou proposite ; ils l'engageaient à prévenir le Duc qu'il ne pouvait ratifier la paix de Nyon, mais qu'il était prêt k discuter un traité sur d'autres bases; si le Duc ne veut rien entendre, disaient les délégués des trois villes, nous sommes prêts à prêter toute assistance à Berne et à Genève. La proposite concluait dans des termes f|ui ne pouvaient laisser planer aucune équivoque sur les intentions des trois villes :

« Et s'il advenoit que nous ne pouvons toutefois pas croire f|ue tout cela ne peut rien servir et

que, nonobstant, il ne laissât pas de vous assaillir hostilement ou une ville de Genève, nosdicts Seigneurs et Supérieurs s'offrent, comme ils y sont aussi tenus, à tout ce que portent les alliances et confédérations, et de s'en acquitter fidèlement et vertueusement, comme il convient à fidèles alliés. >)

La déclaration des trois villes Evangéliques était d'une importance capitale, car elle garantissait la République de Berne contre les conséquences possibles de la rupture avec le Duc. Les trois villes se déclaraient prêtes à soutenir parles armes non seulement Berne, mais aussi Genève. Berne, se sentant appuyée, prit enfin le parti de rompre ofliciellement avec le Duc, mais, au préalable, les quatre Cantons Evangéliques écrivirent au Duc pour lui proposer une nouvelle conférence à Nyon, dans laquelle on chercherait d'un commun accord les moyens de rétablir la paix. Charles Emmanuel avait (|uelque motif de se plaindre et d'être froissé; il avait considéré le traité de Nyon comme conclu et tout était remis en question ; il dissimula toutefois sa mauvaise humeur et se borna à répondre on date du 10 mars c|u'il acceptait la conférence,

qui se tiendrait non pas à Nyon où on s'était déjà réuni plusieurs fois inutilement, niais h S'-Glaude, localité assez rapprochée de Genève, disait le Duc, pour que les représentants de cette ville eussent le loisir de s'y rendre, « si besoin sera. » Pourquoi (Charles Emmanuel proposait-il S'-Claude ; le choix était sans doute calculé ; le Duc voulait que la conférence se tint sur territoire espagnol, afin que Philippe II fût engagé dans la partie. Ce cjui est certain, c'est qu'à Genève on flaira un piège et le Gonseil u'hésila pas à déclarer qu'à S'-Glaude ses députés ne seraient pas en sûreté. Ainsi on ne réussissait pas à s'entendre sur le choix d'une localité pour le siège de la conférence et il s'écoula des mois avant (|ue l'accord put s'établir en faveur de la petite ville de S'- Maurice en Valais.

Ce fut le 23 mars que Messieurs de Berne se décidèrent à signifier au Duc qu'ils ne pouvaient ratifier le traité. C'était une fâcheuse mission à accomplir, et il faut reconnaître que, dans l'intérêt de la république de Berne, il eût été préférable d'agir plus tôt. Il était vraiment difïicile d'expliquer, d'une manière un peu plausible, pour quels

motifs on avait attendu près de six mois avant de se décider à ne pas ratifier. Nous possédons, grâce au Registre du Conseil, le texte de la dépêche que le Chancelier de Savoie Milliet expédia au gouvernement bernois en réponse à la notification du 23 mars. C'est un curieux document, où de cruelles vérités sont habilement enveloppées sous des formes courtoises. Nous nous contenterons de citer Fexorde, qui trahit autant d'irritation que de surprise :

« Magnifiques, Puissans et honorés Seigneurs. A l'arrivée de vostre messagier, j'ay receu la vostre du 23 de mars, ensemble les deux qu'avés escrit à S. A., lesquelles ledict messagier me remist pour les luy présenter, comme j'a}' fait, et ayans esté leues, je puis asseurer Vos Magnificences que jamais Ton a veu chose qui apportas! plus d'esbahissement que le contenu en icelles, voyant qu'une telle République, comme la vostre, qui s'est acquise partout si grande réputation de bonne foy et intégrité, de laquelle mesmes la nation souisse fait principale profession, après avoii' Iraicté une paix cl alliance avec S. A. j)ar vos Ambassadeurs, des premiers de vostre Conseil, el puis l'ayant ap-

prouvé et trouvé hon tout ce que par eux avoit esté convenu etaccoi-déavec les Ambassadeurs de S. A., comme apert par vos lettres et seaux que nous avons rière nous, suyvant lesquels avoit esté pris jour pour mander les Ambassadeurs d'un costé et d'autre, afin de solemnisersi bonne (ruvre, à présent, par ceste dernière lettre, vous appellés le traicté de paix un traiclé projecté et le cassés et annullés contre vostre promesse, lettres et seaux sus mentionnés, qu'est chose si estrange et tant inaccoustumée entre personnes d'honneur que, je m'asseure, elle sera entendue entre les Princes et Potentats de la chrestienté avec une extrême adniiiation, comme par vos accoustuméos prudences pouvés assés considérer. »

11 eût été diUicile de critiquer en termes plus sévères, mais en même temps plus mesurés, la conduite du gouvernement bernois et il faut reconnaître que le Chancelier de Savoie avait beau jeu, car on ne pouvait considérer conune un simple projet un traité qui avait été conclu et signé par des ambassadeurs munis de pouvoirs réguliers. 11 paraît (|ue LL. EE. de Berne cherchaient à pallier leurs torts, à excuser la rupture, eu alléguant

des propos imprudents qui auraient été tenus en Italie par des personnages de la Cour de Savoie. C'étaient de piètres arguments que le Chancelier n'avait pas de peine à réfuter, mais il ne s'en tient pas là : il déclare qu'évidemment le gouvernement bernois, édifié et rassuré sur les intentions réelles du Duc, s'empressera de ratifier le traité ; « autrement, dit le Chancelier, ce seroit donner argument pour faire croire au monde que l'on ne pourroit jamais rien traicter avec vous qui fût ferme et stable. »

La dépêche du Chancelier de Savoie mériterait d'être citée en entier ; I homme d'état qui l'avait rédigée était un diplomate consommé, sachant dissimuler de dures vérités sous des formes courtoises. La dépêche laissait la porte ouverte à de nouvelles négociations, car elle annonçait, comme conclusion, que le Duc attendait avant toute chose la réponse des Etats de Zurich, Bàle et Schaffhouse relativement au conflit de Genève.

Tandis que le Duc de Savoie cherchait à ramener les Bernois |)ar la douceur, il appelait à son aide la diploinati(> es|)agii<)le . l^'Ambassadeur d'Espagne se j)résenta au uom du Duc de Terranova, gouverneur du Milanais, et adressa au

Sénat (le Berne « une harangue » conçue dans (les termes, plutôt hautains, auxquels la République n'était guère habituée Il ressort de ce document un fait intéressant et capital : c'était sur l'expresse demande des Bernois que l'Ambassadeur d'Espagne auprès du Duc, Joseph d'Acuna, s'était interposé entre les deux parties pour la conclusion du traité de Nyon. Cette circonstance permettait à l'Espagne d'intervenir et de parler haut.

Au début de son discours, l'Ambassadeur déclare que le gouverneur du Milanais est, lui aussi, « grandement esbahy » de la rupture du traité de paix; il prie et exhorte Messieurs de Berne de ne pas donner suite à leur intention et de suivre ce (|ui a été accordé et promis. La conclusion était menaçante :

« Ne vous puis céler, au nom de Sad. Excellence, Lieutenant de Sad. ^lajesté au'duché de Milan, qu'il vous fait entendre et proteste que là où V. S. vouldroient faillir à leur promesse et au lieu de paix choisir la guerre contre le Duc de Savoye,

' Le texte de la « harengue » est reproduit //( extenso au Reg. du Coiis. de Genès'e, à la date du 27 avril 1590.

que S. M. défendra et protégera les hommes et pays de Sad. A. et dommagera ceux qui luy feront dommage et que vous devés croire que vous n auriés seulement afaire avec Sad. A., mais aussy avec S. M., laquelle répute tout ce qui est fait aud. Duc estre fait à sa propre personne. »

Ainsi le Roi d'Espagne déclarait, sans ambages, qu'il faisait sienne la querelle du Duc de Savoie. Lorsqu'on se souvient que les bandes espagnoles occupaient la Franche-Comté et pouvaient, au premier signal, se jeter sur le pays de Vaud. il faut reconnaître que l'avertissement de l'Ambassadeur n'était pas à négliger. Nous ignorons en quels termes le gouvernement bernois répondit, mais ce qui est certain, c'est qu'il se garda d'envoyer aucun secours à Genève.

Messieurs de Berne écrivirent à Zurich, Bàle et SchafFhouse. pour leur proposer de faire la guerre en coiiunuii. niais les trois villes répondirent qu'elles ne voulaient pas « espouser ceste querelle, » offrant néanmoins de secourir Berne et (lenève. conformément aux alliances; d'autre |)ai't elles déclaraicii I (|u Clles étaient prêtes à intervenir |)()ur a|)aiser les di (IV-rends entre Berne,

Genève et le Duc. Le gouvernement bernois saisit avec empressement la branche qui lui était tendue; à son tour il pouvait déclarer qu'il entendait se tenir i\ l'écart et laisser Genève se débrouiller. Donc, le 5 mai. Messieurs de Berne écrivirent au Conseil de Genève qu'ils ne pouvaient lui envoj'er aucun secours, attendu, disaient-ils. que leurs alliés des trois villes se disposaient à concilier le diflerend existant entre le Duc, Berne et Genève; ils ajoutaient toutefois que, si Genève venait à être serrée de trop près par l'ennemi, ils s'acquitteraient, avec leurs Confédérés de Zurich, des devoirs imposés par la combourgeoisie.

COi\TINUATIOx\ DES HOSTILITES (PRINTEMPS DE 1590).

ous avons vu plus haut ({ue, du côté du Faucigny, les Genevois s'étaient emparés du château de Monthoux, qui leur ouvrait le [Faucigny; en même temps ils faisaient de fréquentes et heureuses sorties dans ia direction de Sonzy et du Chablais. D'autre part, au pays de Gex, tout marchait à souhait ; le château de Pierre s'était rendu et le fort de la Cluse avait été emporté d'assaut. On [)eut se demander quelle eût été l'issue de la campagne du prin-

temps de 1590, si les troupes de la République avaient été conduites par un chef plus entreprenant et plus audacieux (|ue Lurbigny. Et cependant le Conseil de Genève avait à lutter contre des diflicultés de toute nature, sans cesse renaissantes. Les soldats, f|ui ne recevaient qu une maigre solde avec de continuels relards, perdaient patience et se débandaient ' ; les capitaines Grenoble, F'avrat. La Pierre, Mangin, Guignet et Sauvet s'en vont comploter à Coppet avec les capitaines Bérald, Desbordes et le baron d'Aubonne. Le Conseil se voit forcé de sévir pour réprimer les actes d'indiscipline et de l)rigandage. \'ers le 10 avril un certain nombre de soldats de la compagnie du capitaine Bossey se rendent à Lully et au Crest pour piller et rançonner ; on réussit à mettre la main sur deux des coupables et le Conseil les condamne à être pendus.

Ce qui était le plus grave, c'était la pénurie d'argent. On se rappelle que le Deux-Cents avait ordonné une « cottisation » générale, une contribution foicée. Le 17 avril on l'apporte au (Conseil

' fie^. Cous, de (lenci o, séiuice du 2 avril 1590.

que l'opération est presque terminée, et qu'on en retirera tout au plus 3,000 écus par mois, encore à grand'peine. Néanmoins le Conseil ordonne de continuer la perception de rimj)ùt, en ayant recours, si cela est nécessaire, à la contrainte. La population, appauvrie par la guerre, ne pouvait supporter le poids des charges exceptionnelles qui lui étaient imposées. Un mois après, le 23 mai, on rapporte que les particuliers éprouvent la plus grande difficulté à payer leur cotisation, « s excusans la plus part sur leur impuissance et sur l'inégalité. » Si on voulait la l'aire rentrer avec toute rigueur, la contribution pouvait fournir 3,000 écus, tandis qu'il fallait cha(|ue mois G, 000 écus. Mais le Conseil, qui se trouvait en face de l'impérieuse nécessité, ne se laisse j)as fléchir; il ordonne que les Seigneurs Commis continueront à faire l'entrer les contributions et qu'on usera de contrainte à l'égard de ceux qui ne s'acquitteront pas.

A la fin du mois d'avril, les Espagnols et les Italiens, qui composaient l'armée ducale, profitèrent du retour de la belle saison pour faire parler d'eux. Le 23 ils quittèrent leurs garnisons du Faucigny et s'avancèrent vers Genève ; ils avaient

déjà traversé Chêne, lorsqu'ils entendirent « la scopetterie, » du côté du pont d'Arve ; en même temps les cloches sonnaient l'alarme dans la ville. Ils jugèrent que c'était peine perdue de poursuivre et ils se dédommagèrent en mettant le pays environnant à feu et à sang. Comme le dit en termes énergiques notre chroniqueur Goulard, « ils déli- « bérèrent de commencer l'exécution qu'ils ont « machinée il y a longtemps, qui est d'exterminer « tout en ce pays. » Ils se répandirent dans les villages de Ville-la-Grand, Puplinge, Paconinge, Annemasse, Gaillard, Amhilly, n'épargnant ni les vieillards, ni les femmes, ni même les enfants à la mamelle. Nos documents contiennent des détails révoltants sur les atrocités commises par ces bandes d'aventuriers.

Ils tuaient les femmes enceintes avec des raflinements de cruauté : « A une entre autres ils tirèrent doux bessons qu'ils poignardèrent. » Ils violaient les femmes et les lilles, puis les transperçaient de coups d'éj)ée ou de poignard ; ils coupèrent la tête à une jeune fille (|ui rel'usail de se livrer, poignardèrent sa sd'iir' : une enfant, désespérée d'avoir vu massacrerses deux soeurs, les suppliait

de la l'aire mourir, mais les misérables furent tellement saisis par Tattitude héroïque de la pauvre enfant (|u'ils n'osèrent la frapper'. En ces temps de désolatiou on se laissait rarement émouvoir par le récit de telles cruautés, mais il l'aut croire que les excès commis par les soudards Espagnols et Italiens dépassèrent toute expression, car le Registre du Conseil, à la date du 25 avril, contient ce passage significatif: « A esté arresté qu'on note totes ces choses pour en informer et les publier, mesme par impression. » Après avoir rançonné et dévasté le pays, les bandes du Duc de Savoie se retirèrent, emmenant des prisonniers et de nombreuses tètes de bétail. Quant aux malheureux habitants, ils firent aux Genevois le plus grand honneur qu'il fût possible de leur faire; ils montrèrent qu'après tout les ennemis de leur souverain valaient mieux que ses défenseurs ; ils en-

' De la part des soldats mercenaires du Duc de Savoie, de semblables excès n avaient rien de surprenant. En 1561, lorsque le Duc entreprit d'exterminer l'hérésie dans les vallées vaudoises du Piémont, les paysans catholiques des vallées voisines amenèrent leurs filles aux montagnards hérétiques pour les mettre à l'abri des soldats. Ils vinrent les reprendre après la victoire des Vaudois. Les habitants d'Anneniasse, de Pupiinge. etc. auraient dû en faire autant.

voyèrenl leurs blessés à Genève, «oii l'on amena, dit le chroniqueur, trois charrettes pleines d'hommes, femmes et enfants blessés. » Et (loulard ajoule avec un cri d'indignation : « C) Dieu, fais vengeance du sang innocent qui crie à toy. » Les faits odieux qui s'étaient passés du côté d'Aniiemasse se reproduisirent sous une forme atténuée du côlé de S'"-Catherine. Là aussi la garnison, composée d'Italiens et d'Espagnols, commença à tuer les paysans el on assurait même que le comte de Montmayeur connivait à cela, était com[)lice de ces actes de cruauté, et qu il rançonnait les habitants qui voulaient subsister autour tle son fort. Le l'ait nous paraît des plus invraisemblables. Montmayeur était du |)ays, et nous ne pouvons croire que, i'roidenient, il laissât tuer les sujets U)yaux de son maître.

Dans les premiers jours du mois de mai, le Conseil s'avisa que le château du Crest, la future demeure d'Agrip[)a d'Aubigné, pourrait devenir la proie de l'ennemi ; ce petit manoir, qui dominait et défendait le village de Jussy, était utile à conserver et il pouvait S(M'vir à assurer le pays environnant ; il fut donc résolu d'y envoyiM- une

garnison de 25 hommes. C'était fort bien ; encore fallait-il pourvoir à la solde et n la subsistance de ces vingt-cinq hommes. A cela on n'avait guère songé et le 15 mai, le Conseil se voit dans un assez cruel emi)arras. La situation financière de la Républi([ue était telle qu'il fallait éviter tonte dépense nouvelle ; or, la petite garnison du Crest représentait une charge quotidienne d'une certaine importance et le Conseil avertit le S' Franc (c'était sans doute le châtelain du Cresti, d'avoir à trouver u un moyen expédient pour payer la garnison « ; autrement il lui était enjoint « d'en faire oster les défenses, « en autres termes de dépouiller le vieux manoir de sa parure féodale. On reconnut alors que, pour entretenir la garnison, composée d'arquebusiers, de mousquetaires et d'argoulets, il fallait dépenser 2,000 (lorins par mois et il lut décidé (jue la somme nécessaire serait répartie entre les habitants des villages voisins, même ceux du Chablais ; à défaut de paiement de la contribution, on devait procéder par voie de saisie. L'état de guerre a ses exigences, souvent cruelles ou arljitraires ; la décision du (.onseil était conforme aux usages du temps, mais elle [)rovoqua un

mouvement de révolte chez les paysans des villages savoyards. Le 29 mai, le capitaine Moiliex, qui commandait au Crest, envoya à Balaison le sergent La Guiche avec 18 fantassins et autant de cavaliers pour recouvrer la contrilmtion. Les villageois exaspérés se soulevèrent au nombre de 300, firent sonner le tocsin et se ruèrent sur la petite troupe genevoise, qui se composait de 25 fantassins et 7 ou 8 cavaliers. Les Genevois firent bonne contenance et réussirent à plusieurs reprises à refouler les rel)elles, mais ces derniers se ralliaient toujours. Le capitaine La (iuiche, monté sur un cheval rétif, cherchait à se retirer, lorsqu'à un coin de route il fut terrassé et tué, ainsi (jue trois ou (juatre soldats qui l'entouraient, l u sergent, nommé Clerc, iut Idessé ainsi qu'un autre sohlal, et k^s [)aysans emmenaient (|uatre prisonniers, loi'sque survinreni des soldats de (^oudrée (|ui enU'vèrcnt les |)iisonniers et les conduisirent au château. Tandis que les d('bris du delachenu'ut genevois cherchaient le salut dans la l'uile, éclatait un formidable orage, <|ui parait a\oir rempli d'angoisse et d'efl'roi l'imaginalion des contemporains. Ou en ])eiil juger

par la description suivante, que nous empruntons à notre guide habituel : « Sur le soir parurent en l air des nuées de couleur estrange, spécialement droict sus le pas de la Cluse. Sur les 9 heures du soir Teftect en apparut, les tonnerres et esclairs ayant esté ouis et veus. tels que depuis vingt-cinq ans n'y en a eu de si horribles en ce pa\'s. Les nuées crevèrent et depuis le fort de Sonzy jusques à Chesne y eut d estranges ravines d eaux, qui ont fait des fosses nouvelles en divers endroits. La foudre tomba en deux endroits ès entours du boulevard du Pin, où elle laissa des marques, et dedans la ville légèrement en la grange du S'' Barrillet, sans aucun dommage. 11 tomba de la o-resle très orosse, comme des chastagnes et œufs, qui fracassa le vignoble et entours du pont tl Arve et gasta les bleds. «

On se représente dans quelles conditions, au milieu d une semblable tempête, s'effectua la retraite précipitée des malheureux soldats du Crest. Les éléments eux-mêmes semblaient conjurés contre eux. En arrivant près de la ville, les fuyards donnèrent l'alarme vers Rive et le Bourgde-Four, mais ils n'étaient pas au ternie de leurs

misères ; trois d'entre eux, dans l'obscurité, se précipitèrent avec leurs chevaux dans un fossé ; le premier qui tomba, un cavalier nommé Porral un nom genevois fort connu à cette époque % fut gravement blessé; les deux autres réussirent à se dégager.

Les paysans tie Douvaine et des villages voisins comprirent cpi ils s'étaient mis dans de mauvais draps et qu'ils couraient le risque d'une sévère punition ; ils écrivirent au Conseil de Genève pour s'excuser ; ils alléguaient pour leur défense que les soldats du Crest enlevaient leur bétail, qu'ils leur faisaient d'autres extorsions, qu'ils avaient cassé les bras à des femmes, fendu la tète à un enfant de six ans : ils ajoutaient que, se voyant attaqués, ils s'étaient mis en état de défense. D'autre part il résultait d'une lettre écrite du Chablais (jue les pavsans avaient parfaitement prémédité leur coup, (ju'ils avaient comploté de « se ruer » sur les soldats. Le Conseil décida d'envoyer sur place des cavaliers en nombre suHisant, pour arrêter les principaux auteurs de la révolte et j)our saisir les IxL'ufs, les chevaux et les cloches. La décision lut prise en séance extraoï'dinaire le

dimanche 31 niai, et dès le lendemain nn détachement de cavalerie se rendit à Douvaine pour rétablir Tordre et ramener les paysans à l'obéissance; l un des principaux meneurs fut tué ainsi que (piatre ou ciiu] autres [)aysans.

La révolte l'ut ainsi réprimée, mais il n'en résulta aucun avantage. La j)opulatioji appauvrie était hors d'état de payer une contri])iition de guerre. Les Genevois eux-mêmes réclamaient. Le 1'"' juin, le Conseil reçoit une requête « des procureurs de Jussy ' » demaïulaut l'exemption du paiement de la contribution ; ils alléguaient « leur paouvreté et les extorsions (|u'ils ont receu de la garnison du Crest. » (^omme on le voit, les soldats du Crest ne ménageaient pas plus les sujets tle la Républi(|ue ({ue ceux du Duc et c'est tout au plus si nous serions eu droit de les blâmer de leurs exactions, car ils étaient eux-mêmes réduits à la plus grande détresse. Quant aux habitantsde Jussy,

' Il n'existait, clans nos campagnes, aucune organisation communale, puisque les habitants étaient de simples sujets de la Seigneurie et n'avaient pas de droits politiques, mais te! ou tel village avait ses procureurs, ses mandataires, ([ui le représentaient pour la gestion des intérêts locaux.

le Conseil leur répondit par ces mois, d'un laconisme lapidaire : « A esté arresté qu'ils payent. »

Une situation aussi anormale ne pouvait se prolonger ; les soldats du Crest ne recevaient ni solde, ni alimenls, et les habitanis des villages voisins ne pouvaient payer leur contribution. Le 8 juin, « ceux de la garnison du Crest » annoncent (ju'ils veulent se retirer, si on ne les paie pas, car d'autre part ils ne peuvent recouvrer la contribution des paysans. Quant au Conseil, plus embarrassé que jamais, il se tire d'affaire en décidant (|u'on donnera du pain aux soldats, en attendant de savoir si on gardera la garnison, et le procès-verbal ajoute ce détail typique dans sa naïveté : « Cependant (|u'ils y facent provision de f'oing. » Quinze jours après, « ceux du village de Syonet » (Sionnet) suivent l'exemple des villageois de Jussy et s'adressent par re({uète au Conseil pour être exemptés de la contril)ution, mais le magistrat se montre inexoral)le et répond sèchement « (|u'ou les face payer, parce (|u'ils sont l)ien à leur ayse et f|u'ils sont les ])lus proches dud. Jussy. » Quel lui, dans la suite, le sort de la garnison du ("resl, nous rigiu)rons, nuiis on peut supp()S(>r les sohials,

réduits à la plus niaigro pitance, finirent par abandonnei' de guerre lasse le vieux luanoii' que Th. Agrippa trAuljigné devait illustrer et l'orlifier plus tard.

Ce n'était pas seulement sur terre que Genève avait à guerroyer; le lac était alors une grande route commerciale et les marchandises d'Allemagne ou de Suisse arrivaient plus facilement et peut-être plus sûrement par la voie du lac que par la route ordinaire. Du côté de Savoie on était renseigné et l'ennemi était aux aguets pour faire ([uelque bonne prise. Le 21 mai on apprend à Genève qu'à la hauteur de Rolle, cinq bateaux venant tlu Chablais ont entouré les barques de Jean Barbe, d'André Grivaut et celle de ^'evay, qui avaient quitté le port de Morges et qui étaient chargées de numéraire, de marchandises et de vivres, le tout d'une valeur de cent mille florins, non compris beaucoup de lettres, livres et papiers d'importance. Les marchandises appartenaient à divers négociants de Genève, récemment revenus de la foire de Francfort. Les pirates d'eau douce ([ui avaient conçu le projet de faire main basse suice beau convoi s'étaient eml)ar(|ués, au nombre de

cent trente ou cent quarante, sur deux frégates et cinq petits bateaux. Cette flotille apparut en plein jour à une demi-lieue de la rive vaudoise, entre Rolle et Nyon. Le bailli bernois de Nyon, ayant été prévenu, donna aussitôt l'alarme et fit partir en (oute hâte des secours par terre et par eau. Le colonel de Diesbach se dirigea rapidement sur Kolle avec des fantassins et quelques cavaliers; en même temps trois bateaux, montés par des gens armés, volaient au secours des barques menacées. A ce moment, les assaillants s'étaient déjà emparés de Tune des barques, celle de Grivaut, et ils se préparaient à faire main-basse sur les deux autres. Ils étaient tout près du rivage et pour pouvoir « butiner à loisir, » ils avaient débarqué une trentaine d'arquebusiers qui devaient sans doute surveiller les environs. Mais, lorsqu'ils virent approcher les embarcations chargées de soldats et le rivage se couvrir d'une foule menaçante, ils prirent [)eur et lâchèrent précipitamment leui- I)ulin; leur équipée leui- coûta deux soldats qui l'ui-ent tués; ils n'emportèrent pour tout butin (|ue quelques fromay-es et des \ ivres d'une valeur de .'UK) florins. A Genève, il veut une alarme i)ieu chaude, comme

on disait alors, l'ii I)rave citoyen, nommé Jean Auljert. était venu en poste avertir de ce qui se j)assait. On fit partir sur le champ deux frégates avec deux ou trois embarcations légères, montées par une cinquantaine de soldats, mais tout était terminé avant qu'elles fussent à mi-chemin. Lorsqu'on apprit à (ienève que barques et marchandises avaient échappé à l'ennemi, ce fut une joie générale et chacun se montra reconnaissant du secours si promptement fourni par les bons voisins de Nyon. Notre chroniqueur résume en ces termes ses impressions : « Chacun confesse que Dieu soulagea grandement la ville ce jour-là, car. outre la perte de tant de bien et de i)onne somme d'argent monnoyé, l'ennemy gagnoit trois belles barques dont il eut fait la guerre et eut eu sa revanche de Versoy. Aussy y eut-il grande joye le lendemain iiuitin en toute la ville, quand l'on entendit ces bonnes nouvelles, avec remerciement à ceux de Nvon (|ui firent bon devoir à ce besoin. »

Du côté du Chablais, les Genevois se maintenaient fort bien: à tout moment des compagnies d'infanterie ou d argoulets faisaient des sorties

heureuses et revenaient chargées de butin ; en tête de ces expéditions improvisées figurait presque toujours l'infatigable Baudichon. Si tout allait bien du côté du Chablais et du Faucigny, il n'en était pas de même dans le pays de Gex. Lurbigny avait remporté un éclatant succès en s'emparanl du l'ort de la Cluse, mais, grâce à l'incurie ou plutôt à la lâcheté du capitaine de Gaillon, la forteresse avait été reperdue et Lurbigny avait dû se retirer. On ne sait trop s'il y a lieu, dans cette circonstance, de reprocher à Lurbigny une certaine impéritie ; à Gen«>ve, l'opinion ne lui fut pas favorable ; le chroniqueur Goulard, dont le témoignage est si précieux, ne dissimule nullement son mécontentement : « Lurbigny, dit-il. a Ijeaucoup perdu de sa réputation en cesle honteuse retraite. »

Le malheureux échec essuyé au pays de Gex eut son i)endant en Savoie. Le 3 juin, les troupes se préparaient, dans l'après-iiiidi, pour une sortie ([ui d(>vail avoir li(Mi dans la nuit ; le plan était d'aller surprendre la garnison du château de Bran, au bailliage Thonon. Les troupes se mirent en marche par un ])eau clair de lune.

mais ((upIs riii-ont la surprise et le dépit des Genevois, lorsqa'arrivës aux aijords du château, ils se virent accueillis par des huées ; les défenseurs du château leur criaient ([ue dès la veille ils étaient informés de leur projet. Nos Genevois ne voulurent pas en avoir le démenti et tentèrent l'assaut, mais furent repoussés, perdirent deux hommes et durent se retirer, emmenant treize ou quatorze blessés. Le château était de petite défense, n'étant ni (lan([ué, ni entouré de fossés, et il est probable que les Genevois l'auraient emporté d'assaut, s'ils avaient pris la précaution de se faire accompagner d'une pièce de campagne. Quoiqu'il en soit, l'échec lit à Genève mauvaise impression et provo(|ua des murmures contre le Conseil le guerre. On soupçonnait qu'il y avait des traîires qui révélaient les [)rojets de sortie et on faisait remarquer que les portes de la ville n'étaient pas sufïîsamiiient surveillées par le guet, (|ue des soldats déguisés en paysans pouvaient aisément se faufiler dans la ville. Heureusement, la défiance et la haine paralysaient les efforts de l'ennemi. Notre chroni- (|iieur raconte, à la dalc du 8 juin, (|ue les Espagnols se plaignent d avoir été trahis, (|u'ils se sont

attaqués aux Savoyards et en ont tué quelquesuns ; « ceux du fort de Sonzy sont très aises de cette estrillade, « et ils poussent la franchise jus- ((u'à dire qu'ils voudraient que « ceux de Genève eussent deftait le reste. » Faut-il s'étonner de Thostilité qui se manifestait parmi les soldats du Duc de Savoie .' Nullement, car les marrons, comme le chroniqueur appelle les Espagnols, venaient d'incendier quelques villages par delà la Cluse et se livraient à toute sorte de déprédations et de violences.

Pendant tout le mois de juin, il y eut une sorte de chassé-croisé entre Genevois et Savoyards; des deux côtés on cherchait à picorer; les Savoyards venant à Cologny, le 16 les Genevois leur rendent la visite en poussant jusqu'à Contaminesur-Arve. Le 20 juin il y eut une action plus sérieuse et qui tourna mal pour les Genevois. Entre 7 et S heures du soir, de noin])reux cavaliers et argoulets se mirent en marche dans la direction du \'uache. il parait qu'on avait reçu des averlissemenis do mauvais augure et Goulard, qui vit partir h^s troupes, était fort angoissé; son iii<(iii('lii(le palri()ti(|ii(' troubla son som-

meil. .Nous nous reprocherions de ne pas citer textuellement le passage, charmant de simplicité et de naïveté, dans lequel il raconte le cauchemar qui l'aflligea pendant la nuit : « Le dimanche 21, à minuit, je me suis resveillé, ayant eu ceste vision que plusieurs blessez estoient à la porte, demandans qu on allast promptement secourir leurs compagnons, qui estoient investis par 1 ennemy. Ayant recommandé le tout à Dieu avec gémissement, je me suis rendormy. »

La vision du digne ministre devait se réaliser. Vers cintj heures du matin, il se réveilla et il entendit qu'on venait en toute hâte demander du secours; à six heures, les cloches de la ville sonnaient à toute volée et le bruit se répandait que l'infanterie était entièrement défaite, que la cavalerie était sur le point d'être cernée ou taillée en pièces, en un mot que la déroute était complète.

Que s'était-il passé ?

Comme nous l'avons dit. des compagnies de cavalerie et d'inlanterie s'étaient mises en route, se dirigeant vers le Vuache : à deux heures du matin elles arrivèrent au village de N'ulbens, l'occupèrent et réussirent à déloger un détachement

de lanciers, mais Tennemi se rallia un peu plus loin et reprit l'offensive. Les Genevois, qui avaient si rondement attaqué, furent décojicertés et commencèrent à se retirer. On entendit sept ou huit arquebusades du côté du fort du Vuache ou de Ghevry et un oflicier fit crier soudain : Tourne visage, tourne visage. Il n'en fallut pas davantage pour jeter le trouble dans les rangs des Genevois. L'ennemi les suivit en les harcelant, mais n'osa les atlaquer franchement qu'auprès du village de Bernex ; la plus grande partie de la cavalerie eut alors la lâcheté de dépasser l'infanterie au lieu de la couvrir et de la protéger ; quelques cavaliers, entre autres le capitaine Baudichon, Nicolas Gallatin, Jean Lullin et .Moene, ne cédèrent pas à la pani({ue et firent front ; ils réussirent ainsi à retarder la marche des lanciers, sans quoi, dit Goulard. « on tient que l'enneniy eusl tout fouldroyé. » Dans cette rencontre, près de Bernex, il y eut, du côté des (ienevois, une vingtaine de soldats tués, de nombreux blessés et |)risonniers. Parmi ceux (|ni succombèrent, on cite avec ('loofo un ary-oulet nommé N[ichon. natif de Thonon. cpii lit « l)rave rc'sis-

tance » et se fit tuer plutôt f|ue de se rendre. Il est intéressant de constater ({ne les habitants de Bernex et des environs vinrent en aide aux Genevois et facilitèrent leur fuite'; tout semble indiquer qu'ils avaient plus de sympathie pour leurs voisins huguenots que pour les bandes espagnoles qui mettaient le pays à feu et à sang.

La nouvelle de la défaite parvint à (ienève entre cinq et six heures du matin et aussitôt on fit pailir ce qu'il y avait de troupes disponibles ainsi que des volontaires, au nombre de se|)t à huit cents. Ces troupes poussèrent jusqu'à Bernex et recueillirent les fuyards ; les habitants avaient donné la sépulture à dix-neuf moris.

La veille du jour où avait eu iieu cette sortie malheureuse, le Conseil de Genève avait reçu du comte de Montmayeur une lettre datée du fort de Sainte- Catherine et dans laquelle il demandait une entrevue, en laissant au Conseil le soin de fixer le jour et le lieu. Que voulait le gouverneur de Sainte- Catherine? Nul ne le savait. Fallait-il accepter ou refuser la conférence? La proposition fut discutée le

' « La plus part se sauvèrent à la faveur des buissons et maisons, ceux rin lieu s'estans monstre/, humains aux noslrcs. n

19 juin et le Conseil se décida à accepter l'entrevue ; il désigna le Syndic Chabrey et le Conseiller Varro pour se rendre le lundi suivant 22 juin), entre 7 et 8 heures du matin, à Lancy, dans la maison des de la Pale ; le Conseil ajouta : « s'il plaît au Comte de Montmayeur de venir, il pourra se faire accompagner et s'en retourner en toute assurance. » La réponse de Montmayeur l'ut apportée le 20 juin. Le gentilhomme savoy^ard s'excusait de ne pouvoir venir conférer à Lancy, « pour estre, disaitil, le lieu trop esloigné de sa charge. » En revanche, il invitait les délégués du Conseil à se rendre le mercredi suivant à Saint-Julien, pour s'y rencontrer avec lui. l'n détail curieux jette un jour inattendu sur les rapports entre Savoyards et Espagnols : Montmayeur avait dit a Gentilis, héraut de la République, que, s'il venait à Lancy. aussi près de Genève, iL se reiidi ail suspect aux Espagnols, (|u'au surplus il n'avait aucune mission du Duc et qu'il faisait la démarche de son propre chef. Le Conseil n'avait aucune raison de se montrer moins défiant que Montmayeur et il lui fit savoir qu'il s'en tenait aux termes de sa [)remière réponse. Finnlenient, ce fut

Montmayeur qui se ravisa: il dit à Gentilis que. sur nouvelle invitation, il se rendrait à Lancv. Donc, le 24 juin. Roset et Chevalier, escortés d'une douzaine de cavaliers, se rendirent à Lancv: le Comte de Montmayeur avait constaté que les sorties continuelles des troupes genevoises portaient le plus grand préjudice à la population rurale et il voulait obtenir des garanties pour la protection des récoltes et du travail agricole. Son intention était louable, mais il parait qu il voulait retirer tous les avantages de la situation, car il n'entendait pas permettre aux paysans de trafiquer librement et de porter leurs denrées à Genève. Goulard dit avec sa franchise coutumière. un peu brutale : « Le comte veut avoir tous les paysans sous sa patte. En somme, la route déroute de dimanche et le pas de la Cluse le fait un peu parler gros. '> C'était exact : la perte du fort de La Cluse et la déroute de Bernex avaient ranimé les espérances des Savoyards, mais le comte de Montmayeur avait en face de lui des hommes que nul revers ne pouvait abattre : ils ne se laissèrent nullement intimider et se bornèrent à de simples pourparlers, puis rentrèrent paisiblement à Genève.

Cependant la situation était plus sombi'e que jamais. Le pays de Gex était retombé presque tout entier entre les mains des Espagnols ; la garnison de Sainte-Catherine se réjouissait de la défaite de Bernex et se promettait de nouvelles victoires. D'autre part, les ressources pécuniaires de Genève étaient épuisées : le trésor public était littéralement à sec. Michel Roset avait été envoyé en mission en Allemagne pour chercher à obtenir quelque subside sous forme de prêt; mais, comme toujours, on ne lui avait prodigué que de Ijonnes paroles. A Mulhouse, les magistrats font Téloge de la vertu de Genève, mais ne peuvent rien faire de plus. A Fribouig-en-Brisgau, porte close. A Strasbourg, on est plein de bonne volonté, et les autorités oflrent une avance de 20,000 llorins, montant d'une somme à reudjourser par le comte de Montbéliard et qui est (Ic'posée entre les mains de Sillery, Ambassadeur du Roi, mais quand Roset, repassant à Soleure, s'adresse à Sillery pour obtenir la somme, l'Ambassadeur se récrie et fait des dillicultés. A ce luonioul, I^oset, excédé, donne libre cours à son iirilalion : « Nous sommes, dit-il, au seizième mois d(> guerre; nous

n'en pouvons plus el les soldats ne se paient pas de paroles. » L'Ambassadeur changea de ton et promit encore monts et merveilles : « Assurez vos Seigneurs, dit-il, que vous aurez du secours et de gens et d'argent, voire M. de Chastillon en personnel » Hoset se borna à répondre : « Ce sont de bonnes espérances, si l eftect les suyvoit; nous sommes au bout. » Il était réservé à une petite ville vaudoise de donner un bel exemple de solidarité : le 29 juin, Arnautl Dupuis écrivit au Conseil qu'il avait trouvé 8000 écus à emprunter à Bàle, partie en argent comptant, partie en grains; mais il fallait une caution et c'étaient les magistrats de Payerne qui avaient consenti à se porter cautions pour Genève. Comme on le pense bien, le Conseil de Genève accepta l'offre et écrivit aux S" de Payerne pour les remercier avec effusion.

' Pour être impartial, nous devous reconnaître que Sillery avait commencé à donner une preuve tangible de sa bonne volonté ; en oli'et, il venait d'annoncer au Conseil l'envoi d'une somme de 4000 écus, afin, disait-il, de s'acquitter de ses promesses et « pour faire cognoistre par ce commencement le désir que S. M. a de vous secourir et contenter. »

C'est dans ces circonstances, peu favorables, qu'allaient s'ouvrir les conférences destinées à régler le différend entre le Duc de Savoie et la République. Les quatre cantons Evangéliques avaient réussi à obtenir l'adhésion de Charles Emmanuel, mais on avait eu quelque peine à se mettre d'accord sur la localité où se réuniraient les délégués; Berne avait proposé Nyon, mais le Duc avait fait des objections; il lui déplaisait apparemment de voir siéger ses mandataires dans une ville bernoise qui lui rappelait un échec ; il avait donc proposé Saint-Claude, mais Genève Mvait catégoriquement refusé d'envoyer des députés sur terre espagnole. On s était alors rabattu sur Saint-Maurice ; le choix de la petite ville valaisanne ne blessait aucune susceptibilité. L'ouverture de la conférence avait été fixée au 25 juin, et dès le 16 du mois le Conseil désigna pour représenter Genève, Roset Varro et Chevalier ; quel-

' Michel Roset demanda au Coiisfil 1 autorisation do se faire accompagner d'un secrétaire dans la personne de son fils, Daniel Roset. ou de tout autre « pour aller et venir, écrire ou translater ce qui sera nécessaire à la journée de S'-Mauris. » L'illustre magistrat, qui venait de remplir en Suisse et en Allemagne une série de missions délicates et pé-

ques joins après, N'ai io lui remplacé |)ar (iallaliii. nous ne saxons |)oui- iiiolif". Le 25 juin, le

l)(Mi\-(]('nls se l éuiiit à Saitil-l'iei re pour ralilier les clioiN (lu Polit (lonseil ol approuver les inslrucfions (lontiées aux députes. Il devait régner dans toule la ville un sourd niéconlenleuienl, motivé par les récents échecs ; en effet, le Lieutenant, dès le début de la séance, jugea nécessaire d'exhorter les membres de la comjjagnie « à parler « sobrement, tau! de la Majesté Royale île France « que du Duc de Savoye et des S" de Bern<\ afin »' (|u<^ [)ersoMne ne soit pic(|ué. » La discussion dut être aniujée et nous pouvons regretter que le secrétaire d Ltat ne nous en ail |)as consei'vé le résumé. ()uoiqu il en soi!, la majorité de l'assemblée se rangea à l'opinion du Petit Conseil; les députés de (lenèxe reçuieni le simple mandai de conférer de la paix, mais sans aucun pouxoir- pour conclure.

Le Deux-Cenis a\ail-il (jiielque couliance dans le résultat dt^s négocialions de Sainl-Manrice ? Cela parait douteux. Croulaid dil (|ue dans la \ ille

iiit)l<,'s, (levait èlre excédé de faligiio el d in((iiiéUidc. I.e Conseil lui accorda de se faire accompajfiier par' son (ils.

on discourait (li\ erseiuenl de In journée de Sainl- Maurice, « la plupart flottant entre espérance et crainte. » En réalité, les Genevois se voyaient complètement isolés, (joulard n'hésite pas a dire qu(; « ceux de Berne » sont les piinemis jurés de Oenève ; il ne ménage pas mieux les serviteurs du Roi, qui, dit-il, ont jeté la République « en uu « estrange labyrinthe, et (qui pis est ne se soucient « d'y remédier, autant que faire se peut, au regard « des hommes, encore qu'ils sachent que (jenève « est espuisée d'argent, vuide d'hommes de guerre, « desnuée de munitions de bouche et de guerre. « n'ayant conseil ni force, pleine de gens qui ne « scavent ni obéir, ni commander, remplie de « pauvres, de malades, de blessez, de familles dé- « solées, de mendicité, de deiliancc, de mescon- <( tentemeni, de murmures, de plaintes, de séance dales et de péchez, qui font craindi-e quelque « grande mutation. »

Il est évident que l'austèi-e chroni(|ueur écrixait ces lignes sous une impression de pessimisme exagéré, mais il faut conv(;nir que la situation de la République était des [)lus dilliciles et des j)lus précaires, et il (!st d'autant plus cxlraordinaii'c (jiie les

(leiiexois de l'iîlO aient eu assez d'énergie et de constance pour continiKM- la lutte et poui- en sortir victorieux.

Sur ces entrefaites, et au moment où allait s ou- \ rir [a journée de Saint-Maurice, le Conseil leyut du conile d(^ Montniayeur une nouvelle communication fort inattendue. Le gouverneur de Sainte- Catherine, se posant <^n quelque sorte en ami de denève. tentait une dei iiiére démarche [)Our- que la lîépublique rendît qi/éi> siinl (';i'S(/ris, Cu'snri, rendit à Cesai ce (|ui est à César, en autres termes, reconnut la s()u\ erainelé tie la maison de Savoie, l/annalisie ( lautier qualide la lettre de Montniayeur de foi'l insiiLlante et il a sans doute raison an point de vue genevois, mais il est tiès possible que le gentilhomme savoyard cherchât de bonne loi à ménagei- une entente entre son souverain <•! (ienève. O qui évidemment était injurieux poulies Cienevois, c'était de débuter en ces termes : « Lorsque vous vous despartistes de la su[)ériorité « qu'avoit S. .\. surcesie ville, » mais Montniayeur était convaincu, comme tous ses congénères, (|ue les prétentions de la maison de Savoie ne pouvaient [)as être contestées. Au surplus, il est à

piésmiHM- ([IIP la (h'niaithc tic Montniayeur fut leiilce à 1 insligalioii du Duc lui-iiiènie ou de ses luiuistros. luais elle ne pouvait réussir, les Genevois élaiil décidés à tout sacrifier plutôt que de laisser disculer leur indépendance

' La lellre ilii cointc de Montma yeur. qui se termine par une adjuraliou pathéliqiic. a été publiée dans V Hisloirt' de Gautier, to. VI, p. 62.

i.i;s i;si'A(iN()i.s Al l'AVs i)K

\ i:Nl)A.\f,i;s l)K lîONNK

K 2() juin, les (Icpiilés de (j(Mié\e qiiilh'ioiil hi \ill(>, se leiitlanl à Saint- Maurice. Xous ne les siii\i()ns pas dans les négocialions épineuses qui s v engagèrenl. (le serait pt'iiie |)er(lue. car ces négocialions étaient destinées à échouer, comme les précédentes. Le Duc de Savoie ne xoulail pas démordie de ses prétentions et les Genevois restaient inébranlables sur le terrain de leurs droits. (^)uaiit aux représentants des quatre Cantons, qui devaient remplii- les fonctions d'arbitres, ils ne sa\aient où clterchei- une base d entente entre des points de vue irréconciliables et irréductibles. Mais, tandis les deux parties entassaient

nuMiioiics, i'éj)li(|ues et dupliques, la siluatioii rl<^ ( ieuève s aogravail. Doni Aniédëe de Savoie élail entré dans le pays de Ge\ avec une armée que l'historien De Tliou évalue à 2500 fantassins et ôOO cavaliers; aux premiers jours de juillet, il se rapprocha de (icnève et vint le 7 juillet se mettre en embuscade vers le Bouchet et C.hâtelaine. Les (^iene\ois se laissèient allirei- et lurent cernés ; ce l'ut une fatale journée. A Genève, l'alarme lut grande ; on crut que l ennemi allai! pouisui\ re son succès et tenter l'escalade des remparts. I^e même jour, à 4 heures tie l'après-midi, le Conseil se réunit ;t 1 extraordinaire ; s'atteutiani à une attaque immédiale, il l'ail doubler la <^ai(le aux portes de la ville et charge en même temps le S' du \ illars de l'aiie des reconnaissances. A la même séance, on annonce une autre mauxaise nouvelle: la garnison du château du Gresl se débande el, par suite du récent ecliec de (]hâtelaine, on ne lr()u\(> personne qui xcnille aller défendre la |)lace. Sans se déconcerlei", le Conseil décide d'y envoyer \ ingl soldais. Ajoutons que la pénurie d'argent aggra \ ail chaque jour la situation. ConinuMil retenir et contenir (l(>s soldats (|iii ne recoi \ en I pas leur solde!

l.c 10 jiiillel. on ;i|)[)r('iiil les soldais de la

fOiii[)a<^nie du capilaiiie lioisjtdi se iiiuliiienl. flernaiidaiil leur coiioé p,w suile du manque d arii'cnt : le (loiiseil les renxoie aux contrôleurs de guerre, pour (|u ils a\ isenl. Mais les contrôleurs de gueire avaieul-ils les l'onds nécessaires.

Entre temps, rennenii s'était enhardi et les alertes se multipliaient, soi! du t('»té du pavs de (ieN, soi! \ers le pont d'Arxt^. Au pays de ("re\, les Espagiu)ls incendiaieni les villages et massacraient les paysans. Oi\ Novail, dil l'historien De rhou, les malheureux habitants, abandonnant leurs maisons, aller cherchei* ailleurs un asile, (rainant avec eux leuis l'emmes et leurs enfants. Les éléjuenls eux-mc'mes semhiaieni conjurés contre cette malheureuse i-égion: ce que l'incendie axait épargné fut détruit pai- la grêle et les inondations; les grains qui étaient sur pied furent en partie perdus, et dans l'espace de quelques semaines le pays de ( lex fui transformé en désert, giàce aux Espagnols et aux Italiens fl'Amédée, lîàtard de Savoie. Après avoir ruiné le pays de Gex, l'ennemi se rapprocha de (iené\e; le M juillet, il se présenta en force de dix ei s c(">tés ; vers l^iuicy, il mit

le ('(Ml à (|ii('l(|ii('s maisons el à des champs de l)lé, mais le plus oiand ell'oi l lui \eis ('c)iiKi\iii. Les Iroupes espagnoles (M ilalieuues s "a\ aueèienl au delà de N'ernier. miieul le l'eu au hameau de (lointrin, au Joue, iueendièi-eiil eouiplelemeul le l'elil- Saconnex, |)oussèieiil jusqu à l'reguy el à Sécherou, où ils miieul égalemeiil le l'eu. Lorsqu'ils se préseiitèreni vers N ai'emhé \ ai'emheig- , Tai lillerie des i-eiiiparis ouxril sou l'eu, ce (|ui les obligea de se retirer piéeipilamiuenl, non sans avoir laissé (|uel(|ues-uus des leurs sur le carreau. Des ca\ aliers oeue\ ois c|ui (MaienI sorlis en recoiiiiaissaiice rétissirenl à melire la main sur deux de ces « hoii le-t'eux i> comme les appelle le chroniqueur, el l(>s rameiièreni prisomi iei-s. Pendant ces qu(dques jours, luil e\i<leiil de reniiemi <'lail de [)ro\(i(|uer les (leiiexois au comhal. mais les chel's de la garnison ne peruiireiil aucune sortie, reiineiiii disposani de Corées liop considérahles. D'autre pari, ce (|ui conirihuail à augiueuler l'inquielude el I appridiension, c'est (|u on soup(,onnail reniieini d'a\oir des inlelligences dans la ville; eu edel, la uuil ou crctvail remar(|uer de iuvsl(''i'ieiix signaux dans la direction d(> Son/.v

el (lu |»ays <!(> (icx. Dans les périodes liouhlëi's, en lemps (l(> oikmi-c. riiiiaoiiialioii surcxcilée se donne libre carrière. Imi soinine. (h'puis le déhnl de la gueri-e, la silnalioii de (iene\e na\nil jamais éle aussi soinhre el (ioulard nous apprend (|ue le Savoyard se \anlail parloni » (|u à ce eoup (jenève esl à luy. » Il seniMail en eUel (pTun miracle seul pou\ail sau\er la République.

[.a nou\(dle du désastre de Châtelaine était parvenue à Saint-Maurice, au momeni où (lenevois et vSavovaids étaient engagés dans de vives et stériles discussions. Hoset, \ arro et (]he\aliei-. niou- Irèrent dans cette occasion tout ce qu'il y axait <mi eux de courage civique et d'énergie virile: malgré les nuiuvaises nouvelles (|ui leur \eiiaienl de dejié\e. ils n Curent pas uu instant de l'aiblesse ou de découragemenl ; ilsdeclarereul une l'ois de plus que les Conseils de la lîepublique ne céderaient au Duc sur aucune de ses prétentions, que les (ienevois étaient prêts a mourir jusqu au dernier pour la défense de leur liberté. De leur coté, les députés sa\oyai (ls paraissaieid coun aincus que Genève ne pourrait résister longtemps et qu'elle ne tarderait pas a lomi)er, comme» uu l'iuil mûr.

enfle les mains de leui' souverain ; ils ii"a\aienl donc (|U à se canloniuM- dans Tint ransigeance la plus tomplèle. La Journée élail destinée à échouer, malgré les bons olllces des représentants des Cantons [{ivangéliques. Les députés de (lenèx e s'en l'evinrenl, n'ayant rien obtenu el rien accorde ; les allaires, l)ien loin de s'éclaircir, «s'y sont enaigries d'esti-ange laçon » dit (ioulard en |)arlant de Saint-Maurice, el il ajouN^ d'un ton prophétique : « Toutes les gens de i)ien se pi'éparenl de \()ir « tous les jours quelque tragique spectacle. »

Le 17 juillet h" (À)nseil des l)eu\-(kMils se léuiiil (Ml s(»anc(' solennelle pf)ur (Mileiidre le rapporl sur la journée de Sainl-.Maui ice ; les députés flemandèreni au (Conseil, suivaiil l'usage, dai)pi()ii\('r leur mission et de leur en donnei- décharge, ce (|ui eut lieu. Puis le Premier Svudic adressa aux assistants une allocu! ion paliioiique : <i .Nous connaissons le but de noire ennemi, dil-il; « nous ne dexons pas perdre courage, mais nous « éverluer d'aiilanl plus el (MU'ourager !(> resie du « p(Miple. (|ui esl bien iiaïass*'* ; nousdexons i'aii'e « en sorle (pie l(>s murmures cesseni el nous de- I' \ (dis su pp( )rlei' a\ ce resignal ion les cou I l'i bii I ions

« et les g-ardes. ( Mcsseij^iieui s du (loiiseil, de « leurcôlé, appoi leni loul te (ju'ils pourront . »

(]es derniers mois comportaient sans doute un avertissement disticl à l'adresse do certains membres du (Conseil, qui ne s'imposaient pas (les contributions suflisanles.

Kntretem|)s, les Espagnols continuaient à dévaster les environs de(ienève. Ils mettaient littéralement à l'en et à sang le bailliage de (le\; ils poussaient leur rage dé'x asiat rice jusqu'à conpei- les arbres: pour tout dire, ils appelaient la terre de Gex la /e/Tc t/éser/c et en eU'el ils ne reculaient de\ant aucun moven [)our rendre inhabitable ce mal heureux pays. Le 30 juillet ils complétèrent leur (puvre en achevant de brûler la ville de Gex. A l'horreur de ces actes de rage insensés venaient se joindre des phénomènes (|ui éliiieiil de natui'cà l'iapper l'imagination des populations. Laissons la parole à notre chroniqueur: « (]e jour au soir 30 juillet), sur les !) heures, ont esté apperceus au ciel, sur Thoiry, de grandes et prodigieuses innammalions en forme de ()outres et cheN ronsde l'eu, a\ ('c telle clarté que de (ienève l'on xovoit le pavs comme en plain jour. De fois à autre il soi toit de la niK'e

cctiiimc ( ('l iai lis rayons. (Tcsl iiii lepioclic aux ciijieiiiis (le Iciiis ('iiil)i'as(>iiieiils, accoiiipagiu^/ (1111- (li(il)l('s cnia II le/., cl ad verliss(3in('iils (|iril \ a (I aiilies l'eus pour eux. eu U^iups cl lieu. iMusicuis oui csl(> l'ort csiucus de lel s|)eela( Ie. »

Au X\'l'' sit'cle les pressages el les idées suj)erslitieuses exerçaient leur empire sur les esprits, même l(>s plus aAanees; aussi esl-il dillicile de (lénu'ler si noire elironi([ueu r n(> lui pas vielinie de son iniaginalion el si les u prodigieuses inllanimalions )> (|ui reniur(Mil ii un si liaul degré, n'étaient pas siniplenienl la eoiisé(|uence des incendies (|ue les Ks|)agnols allumaient de tous (-("liés dans le hailliage de (îe.\.

Tandis (|ue les lispagnols pillaient el incendiaient le pays de (Icx, les (jcncxois reprenaient rolFensixc. Ils n'a\ aient pas un eU'eelil'de troupes snllisanl pour li\ rer coiiihal, mais ils l'aisaient de fréquentes sorties. TanhM, comme \v '22 juillet, « nos conr(Mirs » se dirigeai(Mit vers I roinex el ranienaicnt (|uatre prisonniers, lanUM, du côté de Chêne, ils raisaicnl une charge sui- un (h'-taclie- Jiicnl d'argoidels. tuaient cin(| ennemis et ramenaient sept prison n iers. V(M"s \ i llc-la-( 1 rand iiss Cm-

|);ii;ii(Mil (In (ils (11111 iioiniiic 1/ Ksl;i iiclic, (|iiaiirK'' Hiaiid ciiiiciiii (le (jeiicxe. Le Juillcl iiiic |)(Hil<^ Iroiipe (Tarij^oiilels ol de iaiilassiiis se dirigea sur Moiine, liia liiiil ennemis, et revint '< avec quelque picoree. » A ce jcn la prison de rKv(''clie linil par regorocr de pensionnaires; il l'allul nliiis(M- les cachots, les croloiis, comme (jn disait alors. Le o:e(~)lier de riM(M'lu^ finit par concevoir <l(; rin(|niétude et axcriil le (lonseil (pie les prisons t'taien t tellement pleines (pic les dc-teniis pouriaicnl » l'acilement taire (pieKpie ellorl. » Il fut df'cide ipTon augnienlerail la garde aux (l('q)ens des prisonniers'.

Le pays de (lex élant complètement ruine, les l'jspagnols avaient de la peine à v subsister et ils se d(^ci(Ièren( à l évacner. Le 5 août dans Tapi-esmidi, le liompellc ("icnlilis, rexcnani de Thoirv.

' l^es RcLçisI rcs du Conseil soni commo un iiiircjii' (ji'i se l'cftè- Iciit les iiioiiKli'cs incidi'iils do la vie (|uolidienne ; en ed'el le Conseil iivail à inlei'venir dans tous les domaines. Ainsi le ("onsisloire ne pouvait admettre que l't'tat de guerre était dillicilemont compatible avec la stricte et i-iuoureuse observation des Kdils. Il découvi-e un jour qu'il y a au fort d Arve un lans- (|uenel 11 (|ni tient avec soy une lansknete, soubs ombre de la vouloir espouser, » mais le soldat fait des diffïcuttés pour ri'gulariser la silnalion. (îros scandale. Le Consistoire en appelle an (Conseil. (|ni inliuic au lanscjnenet l oi'dre d'i'pouscr : aiUrenieiil il :uira son cong(''.

appointa l'heureuse nouvelle que ['eunenii avail décampé; dans quelle région allail-il continuer ses déprédations.' (joulard dit que les Espagnols conjplaient se refaire tians le bailliage du (lhablais, mais en réalité ils se dirigèrent du côlé de Sa- Ienove-en-Ciene\ ois, où » ils se ralraîchirent. »

Dés (|iie le bailliage de Ge\ l'ut évacué, les habitants qui s'étaient enfuis commencèrent à se montrer ; avec cette passion innée qui attache l'homme au terroir, ils se riinireni au travail; ils moissonnèrent ce qui restait à moissonner et ils firent si bien qu en trois ou quatre jours ils amenèrent en ville j)lus de trois mille couj)es de blé en gerbe et en giain ballu, a\ec d'autres gi aines et des légumes, l'ont le monde trou\ail son compte à cet échange de produits. A\ec l'argent des (ienevois, les haljilanis du bailliage allaieni lenlemenl et péniblement réparer les maux de la guerre, reconstruire leurs chaumières el rétablir leui's cidlures.

Le danoer s'étani éloii>ne, le (lonseil de (îenèNc se pr<'occu|)a des niesur(>s ii prendre en \ue de l'avenir. Il y a\ail ;i rhuiry, à Sergy el a (iieny (diegny des maisons foi-jes (|ui avaient s(>r\ i de

retraite aux Espagnols; le Conseil décida de les faire incendier. D'autre pari, le danger d un siège étant pour le nu)nienl écarté, l'artillerie fui retirée des boule\ ai (ls.

Depuis un certain temps l'étoile de Luihigny avait pâli; les Genevois ne pouvaient oublier dans quelles lamentables circonstances ils avaient perdu La Cluse et le pays de Ce\ ; on rendait Lurbigny responsable de ces désastres et les apparences étaient contre lui. Le général malheureux senlait qu'il ne jouissait |)lus de la même autorité et de la même confiance qu'auparavant et il en soullVail. On ne sait trop s'il demanda d'être relevé de son commandement ou si le Conseil de (ïuerre l'engagea à se retirer ; toujours est-il qu i I se démit de ses fonctions et fut remplacé par Guillaume deClugny, Baron de (^onforgien, ollicier bourguignon, qui avait fait ses premières armes sous Coligny ; il arri\ ait à Genève avec la réputation d'un ollicier expérimenté. Le dimanche 23 août, après le sermon du soir, il fit son entrée pai- la porte de (]ornavin, escorté de 8 ou 10 chevaux et de quelques argoulels. A six heures du soii- il passa en revue les ^3 coïupagnies qui formaient la garnison de la \ ille.

Malgré l'éc hec léceiil de la Journée de S'-^fauriee, les Caillons lél'orjiiés n axaient pas renoncé à l'espoir de légler le ditïérend entre le Duc et (ienéve. An cours du mois d août, ils cherchèrenl à obtenir de Charles l']ninianuel une trêve, pendant laquelle on pourrait à nouveaux frais chei'cher les bases d un airangenieiit. Le Duc, df)nt 1 atlentioii était absorbée pai- les événements de Kiance, parut disposé à entrer dans les vues des (Cantons réformés ; il écriAit qu il consentail à une suspension d'armes, à la conditif)n (|ue les <|uatre Cantons se |)orteraient garants de l'observation de la lrè\e par les Genevois. C'était iiijuri<'ii\. A (jenè\e on l'ut r('\oll(^ de la condition posée par le Duc. Le 2.") août, le C.onseil se l'éuuit pour examiner quelle réponse il coii\ iendrait de laire à ces |)roposilions ; assistaient à la séanc<' les ministres 'i'héodore de Hé/.e et Cliaiidieu, le S' De la \ iolette, les deux généraux Lurbign v et ( lonforgien. Ces personnages avaient sans doute à cd-iir l'intérêt de la petite Répii bl i(| lie, mais ils ne po mai (Mil oublier (| ni Is étaient l'iançais d'origine et il importait pour eux (|iie rien ne se lit sans la\eu ou le consentement de r A m bassadeii r du Hoi. Les fautes des patriciens

bernois avaient jeté Genève dans l'orbite de la France

Le Conseil décida d'envoyer Michel Roset auprès de l'Ambassadeur du Roi pour lui demander son avis sur la réponse qu'il convenait de faire aux Cantons protestants; il devait lui tenir le langage suivant :

« Nous n'avons aucune intention de faire quoi « que ce soit à votre insu ou sans votre avis et « nous n'entendons accepter aucune trêve au pré- « judice du Roi, s'il nous fournit les moyens de « soutenir le poids de la guerre et surtout de payer « la solde de nos troupes, dont nous avons été « forcés de licencier une partie faute d'argent. « Nous attendons la partie de 20,000 florins que « l'Ambassadeur nous avait promise au nom du « comte de Montbéliard ; faute de cette somme « nous n'avons plus de quoi payer nos gens. »

* A cet égard Leti, dans son Histoire de Genève, est très affirmatif ; il fait allusion (to. III, p. 301 et 302) à la jalousie des Bernois qui voyaient venir le moment où la France serait maîtresse à Genève. Si à ce moment les Genevois subissaient l'influence française, les Bernois étaient mal venus de s en plaindre, puisqu'ils avaient conclu le traité de Nyon sans se préoccuper de la situation de leurs alliés. Il y a dans Leti bien des faits curieux et des appréciations très justes à recueillir.

A la Journée d'Aarau Roset devait parler à peu près dans le même sens. Il devait avertir les quatre Cantons que Genève ne pouvait accepter une trêve sans l'assentiment du Roi. qu'au surplus la trêve serait plutôt prëjudicialjle aux intérêts de la Républi(|ue. qu en tout cas elle devait être limitée à un temps très court, par exemple deux mois. D'autre part, la trêve ne serait d'aucune utilité, si elle ne permettait pas aux Genevois de vendanger et de semer. Quant à la question de l'observation de la trêve, les instructions données à Michel Roset étaient d'une netteté et d'une dignité parfaites ; nous citons textuellement :

« (^)uant à la garantie que le Duc réclame des « quatre villes. Messieurs de Genève ne savent à « quel propos le Duc peut formuler semblable « exisrence ; en effet on ne saurait sio:naler un seul « cas où nous n'ayons pas tenu ce que nous avons « i)romis; par contre nous n avons pas sujet de « nous fier au Duc attendu (|ue, ni lui. ni ses pré- « décesseurs n ont jamais tenu ce (|u'ils ont pro- « mis. Si nous le disons, ce n'est pas pour empê- « cher la j)aix, c'est au contraire pour tâcher de « l'obtenir si fei jue et si assurée (|ue nous n'ayons

« plus à craiiidi-e le retour de nos peines. C'est « dans ce but cpie nous réclamons, à bon droit, « des sûretés de la partie adverse. »

Ce langage était d'une franchise et même d'une rudesse toutes républicaines. Que pouvait-on reprocher à cette déclaration ? Rien, sinon de faire dépendre un peu trop du Hoi et de son Ambassadeur les décisions à prendre, mais Genève, ne pouvant compter sur Berne, était bien obligée de chercher son point d'appui ailleurs, auprès de l'Ambassadeur de Henri

Muni de ces instructions, Michel Roset reprit une fois de plus le chemin de Soleure et d'Aarau. A Soleure, l'Ambassadeur rinforma que le fameux subside de Montbéliard n'était pas prêt et se prononça naturellement contre toute suspension d'armes. A Aarau, Roset recueillit un avis exactement contraire. Les Cantons Evangéliques exhortaient Genève à accepter la trêve immédiate. Sillery ne se contenta pas de l'avis formel qu'il avait donné à Roset; il écrivit au Conseil de Genève pour l'inviter à n'accej)ter aucune trêve. Au fond peu lui importait que Genève fût dans l'embarras; l'essentiel pour le représentant du Roi était

d'immobiliser en Chablais ou en Faucigny une partie des troupes que Charles Emmanuel pouvait mettre au service de la Ligue. Qui sait si à Genève on se rendait compte des calculs intéressés du diplomate français ?

Aussitôt après avoir reçu la communication de Sillery, le Conseil convoqua de nouveau ses hommes de confiance, Lurbigny, Conforgien, Th. de Bèze, Chandieu et le S"" de la Violette. Comme on devait s'y attendre, ils déclarèrent qu'on ne pouvait, sur la question de la trêve, être d'un autre avis que l'Ambassadeur; ils reconnurent toutefois que Genève pouvait accepter une nouvelle journée, « afin de tirer les choses à la longue. » Le Conseil se laissa convaincre et, sous réserve de l'approbation du Deux Cents, il décida d'écrire à Michel Roset que, pour être agréable aux Cantons Evangéliques, il acceptait la proposition d'une journée qui aurait lieu sur territoire suisse, pour fixer les conditions de la trêve. En même temps il fut entendu (ju'on écrirait une fois de plus à l'Ambassadeur Sillery pour obtenir des subsides. C'était peine perdue, car l'Ambassadeur avait la bouche pleine de promesses, mais ne pouvait les tenir. Le 8

septembre le Deux Cents se réunit et la majorité se prononça pour les propositions du Petit Conseil.

Ainsi, malgré la détresse financière, lors même qu'elle ne pût compter ni sur Henri IV, ni sur Berne, la vaillante République cherchait à écarter la suspension d'armes et acceptait la continuation de la lutte. Au surplus, la chance des armes allait lui redevenir favorable. Pendant les derniers jours d'août et la première quinzaine de septembre, il n'y eut aucun fait d'armes digne d'être rappelé. Les garnisons savoyardes restaient cantonnées en Chablais, oii elles vivaient « commodément. » La saison de la vendange était arrivée V et de nombreux citadins, protégés par des détachements de cavalerie, allèrent gaiement vendanger de divers côtés ; ils ne furent nullement inquiétés ; l'ennemi restait blotti derrière les vieux créneaux. Il y eut

' Veut-on s.ivoir comment le Conseil réglait le ban des vendanges ; on lit .TU Registre à la date du 7 septembre : Sus ce qu'on rapporte qu'il est temps de vendanger, a esté arresté qu'on permet les vendanges selon l'ordre suyvant, assavoir jeudy prochain Costaro, Champel, Contamine et Conclies. vendredy et sabmedy Chastelaine et S' Jean, lundy Sécheron et Saconay, mescredy Collogny et rière Piguey ; qu'on permet de vendenger ceste sepmaine les esgarés et la sepmaine suyvante le reste. »

toutefois line petite sortie de « ceux de Sonzy, » qui s'avançèrent jusqu'à Bardonnex, mais ils ne firent rien et depuis ne sortirent plus de leur fort '. Du côté de Genève, on se sentait chaque jour plus rassuré et le 14 septembre des détachements d'infanterie et de cavalerie s'acheminèrent au-delà de Jussy pour protéger les vendangeurs ; tout se passa paisiblement et Goulard raconte que grande quantité de vin fut amenée en ville. Le baron d'Hermance fit bien une apparition, mais il ne voulut pas livrer bataille. Le 15 septembre, les Genevois retournèrent du côté de Jussy pour terminer leurs vendanges ; ils ne rencontrèrent aucun obstacle ; vers le soir, les troupes d'escorte rentrèrent fort allègrement eu ville.

A ce moment le but du baron d'Hermance était de faire tomber les Genevois dans une embuscade. Le bruit se répandit que les Savoyards, ne se sentant pas en force, s'étaient retirés au loin ; en même temps des paysans, qui, selon toute apparence, obéissaient à un mot d'ordre, annonçaient

' Jusqu'il ce niomenl nos docunicuts od'iciels ne parloni que du Coi'l (le Souzy : c'esl le l''"" septembre (|ue poui- la première fois paraîl au Registre la flénouiinaliou fie S''" (^aliieriue.

(|iie dans tout le Faucigny et le Chablais il n'y avait pas 300 fantassins et 100 chevaux. Complètement rassurés, les Genevois décidèrent d'aller vendanger à une demi-lieue de Bonne, mais, comme la troupe était harassée, la sortie l'ut différée d iin jour, soit jusqu'au jeudi 17 septembre. Malheureusement la décision ne resta pas secrète, et dès le Kî, un espion prévint le baron d'Hermance, qui prit sans délai ses dispositions. Dans la nuit des détachements se mirent en marche, venant de toutes les garnisons des environs, de Bonne, des Allinges, de Langin, de Coudrée et de Brens; le 17 septembre le baron d'Hermance avait sous la main un corps composé de 5 cornettes de cavalerie et de 6 compagnies d'infanterie, soit 500 piétons et200 chevaux, tous gens de combat. Le général savoyard comptait sur le fait que les Genevois se croyaient à l'abri de toute attaque ; il se proposait donc de les laisser vendanger sans les inquiéter, mais de les surprendre au retour, en leur coupant la retraite au-dessous du coteau de Monthoux.

Le baron d'Hermance ne calculait que trop bien, lorsqu'il supposait que les Genevois s'endormaient dans une trompeuse sécurité. A Genève, dit le

chroniqueur, on ne pensait pas plus au baron d Hermance et aux siens que s'ils eussent été à vingt lieues de distance. C'était d'une imprévoyance presque coupable et il aurait pu en résulter un nouveau désastre. Au surplus, les sorties des jours précédents, qui n'avaient donné lieu à aucun incident, avaient un peu énervé la discipline : le jeudi 17 septembre, lorsque le bouteselle sonna dans les rues de la ville, plus d'un soldat fut pris au dépourvu : le cheval ou les armes n'étaient pas prêts, et la troupe d'escorte quitta la ville entre 6 et 7 heures, laissant derrière elle des trainards. Le défilé devait présenter un assez pittoresque coup d'œil. le détachement de soldats entourant une longue file de charriots, couverts de tonneaux. Le baron de Conforgien. qui payait volontiers de sa personne, voulut être de la partie et prit le commandement : on se dirigea sur Bonne. Soldats et vendangeurs marchaient en grande allégresse, comme des gens qui se rendent à une partie de plaisir. Le temps était beau, sans doute quelque journée tiède et ensoleillée, comme on en voit à la fin de septembre. La troupe arriva sans encombre jusqu'au vignoble, situé à une demi-

lieue de Bonne; elle fit halte: les paysans et les serviteurs de l'Hôpital commencèrent leur besogne. Le baron d'Hermance avait suivi tous les mouvements des Genevois, et tandis que les vendangeurs étaient à l'œuvre, il plaçait ses troupes en embuscade; des mousquetaires et des arquebusiers se postèrent dans un moulin au bord de la Menoge ; le reste de la troupe, cavaliers et fantassins, lut embusqué dans les vignes d'alentour et sur les coteaux, do manière à pouvoir entourer et cerner les Genevois. Les vendangeurs, ayant achevé leur besogne et rempli leurs tonneaux, se disposaient à regagner la ville; il était près de midi, lorsque tout à coup on vint avertir Conforgien que les Savoyards, divisés en trois détachements, lanciers et fantassins, étaient à quelque distance. Il y eut sans doute un instant d'émoi et de confusion, mais Conforgien rassure la petite troupe qui l'entourait, composée de 150 fantassins et 130 chevaux, puis ayant promptement reconnu la position occupée par l'ennemi, il fait lui-même la prière en présence de sa troupe et commande l'attaque. Il envoie des fantassins et la compagnie du capitaine Boisjoli s'emparer du moulin et eu chasser les

mousquetaires ennemis ; en même temps P. Baudichon et une trentaine de cavaliers ou argoulets se précipitent pour frayer un chemin du côté opposé. Les fantassins genevois, après une vive escarmouche, s'emparèrent du moulin; la plupart des ennemis qui s'y étaient postés furent tués, blessés ou faits prisonniers. D'autre part, Baudichon s'étant bravement avancé avec sa compagnie, se heurta à un premier parti de lanciers qu'il chargea et mit en déroute. Un autre détachement de lanciers fondit sur Corneille Pélissari et ses argoulets. Gonforgien fit alors avancer ses mous- ([uetaires et il en résulta une mêlée générale qui dura de midi à trois heures Le combat fut des plus vifs, d'autant plus acharné que l'ennemi comptait absolument sur la victoire ; le baron d'Hermance s'était imaginé qu'il prendrait les Genevois comme des rats dans une souricière. Ge qui prouve le mieux la l'oUe conliance du général et de ses soldats, c'est le l'ait suivant : sur vingt hommes, il

' Nous avons deux récits oritfiuaux des veiidinigcs de Boune : la version oflicielle, au Registre du Conseil du 18 septembre ; le récit est très court et donne peu de détails ; l'autre version est celle de Goulard -, elle est très développée, mais un peu roufuse. Nous avons clierclié à coniljinei' les deux nai i'ations.

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n'y en avait presque pas un qui eût casque en tête, et les capitaines étaient vêtus de riches casaques (le velours, sans cuirasses, « comme s'ils fussent allés à nopces. »

Vers 3 heures, le combat était terminé et l'ennemi en pleine déroute. Sur le terrain gisaient les cadavres de quarante ou cinquante cavaliers et de deux cent cinquante fantassins, italiens et français. Les Genevois perdirent un cavalier nommé Abraham Quay et une dizaine de fantassins ; on ramena en ville une quinzaine de blessés.

Le baron d'Hermance qui, le matin même, se berçait de chimériques espérances, ne dut son salut qu'à la rapidité de son coursier d'Espagne. Un brave cavalier, nommé Laforest, s'était élancé à sa poursuite et allait le rejoindre, lorsqu'il eut à se défendre contre un lancier de l'escorte du gentilhomme savoyard ; Laforest le frappa de son coutelas, mais le cavalier savoyard répondit par un coup de pistolet qui atteignit Laforest à la cuisse; il dut renoncer à la poursuite et le Baron d'Hermance, petitement accompagné, comme dit le chroniqueur, se sauva pour déplorer à loisir son malheur.

Goulartl, dont le récit nous est d'un si grand secours pour l'année 1590, fournit quelques particularités intéressantes sur ce combat, si connu dans nos annales sous le nom de vendanges de Bonne. Parmi les cavaliers de marque qui restèrent sur le carreau, il cite les noms de ^lontfalcon et de Boëge-le-cadet. De noml^reux officiers succombèrent sur le champ de bataille, César, Frank et Carpinel, qui commandait l'infanterie ducale.* Carpinel montait un cheval qu'il avait pris à un officier genevois. De Bons. Dès le début du combat. De Bons avait reconnu à la fois son ennemi et son cheval et il cria à Carpinel : Tu as beau fuir, tu ne m'échapperas pas. Il disait vrai ; De Bons se mit à la poursuite de son ennemi, l'atteignit et le blessa à mort ; il recouvra son cheval et s'enrichit des armes du capitaine savoyard. Parmi les ennemis qui résistèrent jusqu'au bout, on signale un moine qui maniait une masse d'armes avec la plus grande aisance; il finit par succomber; les prisonniers rapportèrent que ce moine belliqueux était « un des plus méchants de la bande. »

Le succès remporté par les (Genevois était d'autant plus brillant que le Baion d'IIermance dis-

posait (le troupes aguerries et plus nombreuses. Conforgien paya courageusement de sa personne ; il eut un cheval tué sous lui ; quant aux soldats genevois, Goulard leur rend le témoignage « qu'ils firent fort bien » et il mentionne spécialement la compagnie de Boisjoli. les argoulets de Pelissari et l'intrépide Baudichon, avec ses vingt-cinq ou trente cavaliers. Quant aux ennemis, il s'exprime sur leur compte avec un détlain qui était justifié : « En somme, dit-il. Dieu leur osta et le cœur et « les mains, mais il leur laissa les pieds qui leur « vindrent bien à propos. »

On ramena en ville une centaine de prisonniers. Conforgien se montra très généreux et rendit la liberté à une trentaine de ces prisonniers qui étaient plus ou moins grièvement blessés ; la plupart partirent pour Bonne, où ils portèrent la nouvelle de la défaite. Le butin recueilli était considérable : plus de soixante lances, trois cents arquebuses et mousquets, une trentaine de corps de cuirasse, trente casaques rouges, dont un certain nombre de velours et garnies de passements d'or et d'argent, d'autres d'écarlate.

Les troupes de Genève étaient parties gaiement

le matin, ne s'attendant guère à un combat; elles rentrèrent en ville vers 7 heures du soir, avec 1 entrain et la joie que donne une victoire. De toute manière elles pouvaient se réjouir; elles rapportaient le fruit d une belle vendange, avec un Ijutin copieux. Un peut se représenter aisément avec c[uelle allégresse soldats et vendangeurs turent accueillis par le peuple, lorsqu'ils franchirent la porte de Rive.

Les petites garnisons de La Roche, de Bonneville et ti autres localités voisines, avaient été rapidement informées de 1» défaite et elles envoyèrent du renfort à « ceux de Bonne » qui étaient fort alarmés, en voyant allluer les blessés et les fuyards. Peu après, le Baron d'Hermance voulut passer en revue ce qui lui restait de sa ])rillante escorte et il dut constater avec un profond chagrin les pertes qu'il avait éprouvées. Comiiit' il arrive souvent dans des circonstances semblables, les vaincus se reprochaient iiiiituellement le désastre. Le Baron d llerniance accusait les auxiliaires Milanais et Espagnols d avoir troj) tardé à le i-ejoindre : de leur côté les Espagnols reprochaient au capitaine savovard d avoir quitté la dtMensive. contre

l'ordre formel du Duc. Il parait ])iea (jue les reproches et l'irritation du Baron d'Ilerniance étaient fondés, car notre chroniqueur rapporte que le capitaine savoyard avait, dès le 10 septembre, fait demander du renfort aux garnisons prochaines ; si le renfort avait fait diligence, les Genevois aviraient couru danger merveillei/.v, mais les Espagnols et Milanais n'eurent garde de se presser et ils arrivèrent à Bonne, le 17 vers le soir, lorsque tout était terminé.

Le vendredi IS septembre le Conseil fut informé dès la première heure des particularités du combat, (|ui est mentionné au Registre sous le nom de « bataille près Monthoux et de Menoge. » C'était la revanche inespérée de la défaite de Châtelaine et le procès-verbal, habituellement conçu dans les ternies les plus laconiques, atteste la joie que chacun ressentait : « Après avoir loué Dieu de cette belle victoire, » dit le Registre, le Conseil décide d'en aviser sans retard le Bailli de Nyon, l'Ambassadeur du Roi, le Duc (Casimir, les Cantons de Zurich, Bàle et Schaffhouse, et la ville de Strasbourg.

Le 18 septembre f|uelques cavaliers genevois

firent une reconnaissance du côté de la Menoge et ils comptèrent, sur remplacement du combat, deux cent soixante-deux morts. Les paysans des environs découvrirent encore de nombreux cadavres dans les vignes et dans les taillis. Le chroniqueur Goulard évalue à trois cent cinquante le nombre des ennemis tués dans le combat.

Le succès remporté par les Genevois jeta la stupeur et la consternation dans le camp ennemi. Quand on lit avec attention les documents, on constate que la plus grande partie de la région qui environnait la ville, était à la merci des Genevois. Depuis les vendanges de Bonne, les Espagnols et les Italiens des garnisons voisines semblaient avoir perdu tout ressort; d'autre part, la situation de la population rurale était navrante ; à Genève même, la souffrance était grande par suite de la cherté des vivres et Goulard fait un tableau des plus sombres de l'état matériel et moral de la ville : « Le public est du tout accablé, dit-il, les particuliers, pour la plupart, ne battent que d'une aile et d'autant que l'injustice, la paillardise, l'envie, la haine et dissention continue, ioint l'avarice et les traistres, les gens de bien

prévoyent des changements horribles! » En écrivant ces lignes, le digne Ministre se croyait en chaire avec la mission de morigéner ses ouailles. 11 se montrait certainement injuste pour ses contemporains. Sans doute, dans une ville où se pressaient des soldats de fortune, des mercenaires de divers pays, les abus et les excès devaient être fréquents, malgré les constants et louables efforts des magistrats qui cherchaient à les réprimer. Le tort des ministres était de croire que Fétat de guerre pouvait être soumis aux mêmes règles austères que la vie normale en temps de paix. En fait, les lugubres prophéties du chroniqueur ne se réalisèrent pas.

Vers la fin de septembre se produisit une démarche bien imprévue et qui mérite d'être mentionnée, car elle atteste la désolation qui régnait en Savoie et le découragement qui s'emparait des populations. Le 23 septembre, trois habitants de Thonon, François Mestrezat, Nicolas Clerc et Jean Chapuis, qui étaient restés fidèles à la foi réformée, font savoir qu'ils voudraient se rendre à Genève pour proposer au Conseil « quelque chose pour le bien public. » Le Conseil leur accorde sauf-con-

duit pour le lendemain. Que voulaient ces braves citadins de Thonon? On le sut exactement au jour dit, car le 24 septembre ils arrivèrent à Genève et firent connaître en ces termes le hui de leur visite :

« La population de Thonon et de tout le Chablais est réduite à une extrême pauvreté par suite de la guerre et des garnisons qui désolent le pays ; la situation menace de s'aggraver, si de nouvelles bandes Espagnoles surviennent. Récemment le Baron d'Avully. cherchant par tous les moyens à conserver la patrie, nous a engagés à nous charger de la garde de Thonon, Brens et Balaison. Nous sommes disposés à le faire, si Messieurs de Genève nous donnent assurance que ces trois localités ne seront pas attaquées, les garnisons elles-mêmes se tenant sur la défensive. Thonon, Brens et Balaison ne seraient occupés que par des gens du pays en petit nombre. Si l'arrangement est admis, il ne restera au château de Thonon que 25 à 30 soldats, aux Allinges environ 50, gens du pays, et à Coudrée une vingtaine d'étrangers mercenaires, parce que le Comte Martinengo prétend que la place lui appartient. De la sorte, disaient

les délégués, on pourra aller et venir, trafiquer librement; l'exercice de la religion réformée serait l'établi, les Espagnols ne remettraient plus le pied dans ce pauvre pays, qui pourra vivre du peu qui lui reste et en faire profiter ses voisins. »

11 est à remarquer que les délégués qui s'adressaient ainsi au Conseil se donnaient comme protestants ; Goulard insinue qu'ils étaient simplement les agents du Baron d'Hermance, qui se servait d'eux pour traiter '.

Le Conseil ne pouvait accepter une proposition qui cacliait un piège, mais il répondit aux délégués de Thonon qu'il était marri de leur aflliction ; « nous savons fort bien, disait-il. que la République n'a rien à gagner à la ruine du pays voisin : nous regrettons les incendies qui ont désolé la contrée, mais nous ne saurions prendre l'engagement que vous demandez, car il nous serait impossible de le tenir. Au surplus, vous ne nous garantissez pas l'adhésion dvi Baron d'Hermance et si nous vous accordions ce que vous nous demandez, ce

' M Les Espagnols de Bonne menacent le bailliage de Thonon et un syndique est envoyé finement par le Baron d Hermance pour traitler ici quelque chose, afin que sa proye lui demeure.»

serait renforcer les autres places fortes des environs, comme Bonne et Evian. »

L'argument final que donnait le Conseil était irréfutable; une partie du pays se trouvant neutralisée, l'ennemi aurait concentré toutes ses forces sur deux ou trois points qui auraient été d'autant plus faciles à défendre. La démarche des délégués de Thonon n'eut pas de suite.

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