LE DUC DE SAVOIE PREND L OFFENSIVE
MASSACRE DE TERMER.
'(^^^î A. situation clans la([uelle Sancy laissait Genève était des plus tristes. Laissons la parole à l'auteur des Mémoires de la
Ligue: « Le départ inopiné de cette armée mettoit la ville de Genève en merveilleuse peine, se voiant chargée de tout le faix de la guerre, après avoir été presque épuisée d'argent, de vivres et munitions, et davantage de douze pièces d'artillerie que la Seigneurie avoit remises au sieur de Sancy'. »
Quelles forces restaient aux Genevois pour continuer la guerre ? Trois cornettes de cavalerie, quelques compagnies d infanterie, les garnisons de
' Mémoires delà Ligue, t. III. p. 709.
Bonne, de Monthoux et de quelques châteavxxforts situés au delà de TArve. Les cinq enseignes du régiment d'Erlach étaient restées pour garder les bailliages conquis et on attendait le renfort de 3000 Bernois. Les troupes réunies de Berne et de Genève formaient un effectif de six à sept mille hommes, (tétait encore un chiffre respectable. Il est vrai que Charles Emmanuel, brûlant de se venger, n'était pas resté inactif; suivant les renseignements qui lurent fournis à Roset par un gentilhomme savoyard, le duc avait sous ses ordres 12,000 hommes de pied et une nombreuse cavalerie ; il avait établi son (|uarlier général à Rumilly en Albanais, oii aflluaient des renforts du Piémont, du Lyonnais et de la Franche Comté ; son armée s'augmentait chaque jour de nombreux aventuriers, qui « se glorifiaient du pillage de Genève, comme si elle eût été déjà en leur puissance. » Avec des forces aussi imposantes Charles Emmanuel pouvait hardiment repiendre l'offensive ; il commença par le P'aucignv. Le château de Boëge, au pied des Voiions, était occupé par une pauvre petite garnison de dix-huit soldats genevois détachés du fort de Bonne; c'est sur ce
châtelet que porta le premier effort de l'ennemi; il ne tarda pas à être investi par le baron d'Herniance, les Seigneurs de Boëge, Chassey, Dumont et quelques autres gentilshommes « de la haute et basse Bonne, » à la tête d'un corps d'infanterie et de cavalerie. Le château de Boëge n'était qu'une très modeste maison-forte, sans pont-levis, ni défenses; néanmoins les dix-huit Genevois qui l'occupaient le défendirent vaillamment: une circonstance particulière leur facilita une retraite honorable. Au nombre des assiégeants se trouvait le frère du Seigneur de Boëge; naturellement il ne se souciait guère de participer à la destruction du château; lorsqu il vit que pour l'emporter d'assaut on avait recours au feu et à la sape, il fit offrir une composition honorable aux assiégés, qui avaient déjà perdu six hommes, morts ou blessés. La petite garnison obtint de sortir avec ses armes, mèche allumée, et elle se retira en bon ordre à Bonne ^; elle avait tué dix ou douze Savoyards. Dans ces moments troublés où les plus grandes
* Le Registre du Conseil de Genève couslale, à la date du 15 mai, la capitulation du château de Boëge: o A esté icy raporlé que Boege a esté repris par l'ennemi. »
calamités semblaient se préparer pour Genève, le Petit Conseil ne montra aucun découraaremenL aucune hésitation ; le 15 mai il organisa le commandement de la petite armée genevoise ; il désigna comme chef de guerre le Syndic Varro; il ne pouvait faire un meilleur choix; ce magistrat, qui était en même temps un savant, un phvsicien de premier ordre', montra autant d'énergie, de résolution et de prudence que s'il eût vieilli dans les combats. On lui tlonna comme lieutenant le S'" du Villard et comme sergents-majors Andrion et Bairiiliet. Mais ce qui manquait, c'était toujours l'argent ; le Conseil envoya Chevalier en Allemagne |)our cherchera emprunter aux princes, aux villes et même aux particniliers.
Après avoir repris le château de Boëge, les troupes du baron d Ilerinance s'établirent à Viuz, village situé entre Marcossey et St-Joire ; un détachement commença « à voltiger » autour du château de Marcossey, où commandait un capitaine de Genève avec ()0 hommes. Cette petite garnison lit
' Pliysicioii, il avait (''lé pi'i's de dcTOUVi-ir avant IVowtoii la loi (le la |)psaiilciir : llK'olofricii, il avait (i-adiiit la liil)le en polonais. Voy. llisloirc suisse de .Jean de .Millier, to. .\II, p. 26ri.
bonne contenance, elle « salua » de loin l'ennemi, puis fit une sortie si heureuse que Tennemi battit en retraite, mais il ne tarda pas à revenir et investit le château. Le Conseil ne voulut pas laisser en peine la garnison de Marcossey et le 20 mai environ 300 hommes, fantassins et cavaliers, sortirent de Genève, se joignirent à la garnison de Bonne pour aller au secours de Marcossey. Les soldais du baron d'Hermance ne les attendirent pas et délogèrent précipitamment : « il fut impossible de les suivre, disent les Mémoifes de la Ligue, à cause que ce jour au soir et tout le lendemain il plut sans cesse. » Marcossey l'ut ainsi dégagé pour quelques jours et les trois cents hommes rentrèrent à (jenève le 21 mai au soir.
Tandis que les Genevois réussissaient à se maintenir à Marcossey, le baron d'Herniance conduisait une partie de ses troupes à St-Joire; il lui tardait sans doute de prendre sa revanche, de reconquérir son château, qui était occupé par 25 ou 30 Genevois sous les ordres du sergent Emerand Le Mêlais'. Ce sergent était un libraire que les circonstances
' Emerand Le Mêlais était originaire de Paris ; il l'ut reçu bourgeois en 1576. On trouve des livres imprimés pour lui dès
avaient improvisé soldat ; il était, dit un contemporain, bien alFectionné à la ville, mais de petite conduite; en fait il se montra au-dessous de sa tâche. St-Joire était une place réellement forte, construite sur le roc et ne pouvant être minée; la place contenait des vivres et des munitions pour plus de trois mois et le baron d'Hermance n'avait aucune pièce de batterie. Emerand Le Mêlais manqua sans doute de constance et de résolution ; assiégé le 18, il livra la place le dimanche 20 mai, ayant obtenu que la garnison sortirait avec Tépée. La prise de St-Joire était un fait regrettable et la conduite de Le Mêlais fut jugée sévèrement. Lorsque le malheureux libraire l'entra à (ienève, il fut arrêté et demeura en prison quelques semaines. La clémence des magistrats l'ayant rendu à la liberté, il s'empressa de reprendre du service et répara sa faute en mourant comme un brave.
Tandis (|ue le baron d'Hermance rentrait en possession de son château de St-.foiro, le (Conseil de (ienève ordonnait des sorties â droite et à gaucho, dans la direction du mandement de Ternier ; le il mai, quelc|ues compagnies d'infanterie f|uittèrent
la ville le soir et s acheminèrent vers le Salève ; elles atteignirent le sommet du grand Salève et s'avancèrent jusqu'à la Croisette, devenue dès lors le but de tant de promeneurs genevois. L'ennemi avait établi à la Croisette un poste d'une certaine importance ; le détachement genevois brûla le corps de garde, tua le capitaine, un enseigne et environ trente soldats et paysans ; il ramena de l'expédition une dizaine de villageois de Bossey que l'ennemi détenait prisonniers ; en outre, il s'empara de cent tètes de gros et menu bétail.
Nous avons laissé Charles Emmanuel à Rumilly, occupé à réunir les forces imposantes, à l'aide desquelles il se flattait d'écraser Genève. Vers la lin du mois de mai, il se dirigea vers le Mont-de-Sion [)0ur pénétrer dans le bailliage de Ternier ; son intention était de s'emparer en premier lieu du [)etit fort (|ue les Genevois avaient construit à la hâte à l'extrémité du pont tl'Arve; maître de ce l'ort, il aurait pu menacer les remparts de la ville ou. à son choix, marcher sur le Chablais et le Faucigny. Le 23 mai, une avant-garde, composée de cinq cents cavaliers et de quinze cents fantassins,
suivit le bas de la montagne du Salève et s'arrêta au village de CoUonge.
Dans la nuit du 25 mai, les troupes de Charles Emmanuel se dirigèrent vers le fort d'Arve pour tenter de s'en emparer par surprise; entre deux et trois heures du matin, elles appliquèrent des échelles contre le fort et firent jouer le pétard, mais l'alarme fut aussitôt donnée dans la ville ; les Genevois sortirent précipitamment par la Porte Neuve et « escarmouchèrent bien vivement » jusque vers huit heures du matin. L'ennemi fut contraint de se retirer à la débandade avec ses échelles et ses pétards; dans la rencontre il avait perdu quelques hommes et le trompette de M. de Sonnas fut fait prisonnier; en revanche aucun Genevois ne fut blessé ou fait prisonnier. Mécontents de leur échec, les soldats de Charles Emmanuel voulurent, en se retirant, prendre leur revanche sur le château de Ternier, mais ils ne furent pas plus heureux; la petite garnison genevoise lit mieux son devoir (|ue celle de Sl-Joire ; (>lle lit une vififoureuse sortie et donna à l'ennemi « une rude; étrillade, » si l)ien que, découragés, les Savoyards se retirèrent vers le Mont-de-Sion.
Les relations piémontaises racontent rattaqne (lu fort (TArve il'iine manière tonte différente ; suivant ces relations, les Savoyards ne perdirent que deux ou trois hommes, tandis que les Genevois laissèrent sur le carreau vingt-cinf| ou trente des leurs et une relation ajoute avec emphase « essendosi li nostri portati benissimo ed e state cosa bellissima da vedere. » ^I. Manfroni ^ en conclut qu'il faut reconnaître, en tout cela, la mauvaise foi des écrivains genevois. La déduction ne nous paraît pas fondée; il est possible ((u'il y ait quelque erreur dans le nombre des morts ou des blessés, mais ce qui est indubitable, c'est que Charles Emmanuel échoua dans sa tentative contre le fort d'Arve et (ju il ne [)ut pas même se dédommager en emportant d'assaut le château de Ternier.
Les Genevois faisaient de leur mieux, déployant toute l'énergie, tout le courage nécessaires pour résister à un ennemi bien supérieur en nombre, mais la lutte était vraiment inégale; Sancy, qui avait promis tout ce qu'on voulait, était parti sans
' Cnmillo Manlroiii, Ginevra, Berna e Carlo Emamiele I, p. 512.
s'inquiéter autrement de la situation où il laissait Genève. Quant aux Bernois, ils avaient été, eux aussi, trompés par Sancy ' et ils rejetaient une partie de leur dépit et de leur mauvaise humeur sur les Genevois qui n'en pouvaient mais. Michel Roset s'était rendu à Berne pour tâcher de contracter un emprunt qui permît de payer la solde des troupes; il se heurta à un refus catégorique ; Messieurs de Berne étaient eux-mêmes dans l'embarras ; ils cherchaient à emprunter au dehors, mais ils n'avaient pas réussi ; aux instances de Roset, ils répondent en s'ex(Hisant « sus ce que les François les ont desaisy d'argent et s'il estoit à faire, ils ne le feroient pas. » Ce qui devait doubler leur mauvaise humeur, c'est que Sancy, avec son aplomb imperturbable, leur demandait à emprunter 40,000 écus ! C'était se moquer, car les magistrats bernois en étaient à se demander s'ils ne disposeraient pas de la vaisselle d'argent appartenant à l'Etat! Dans de pareilles circonstances,
• C'est ainsi que le jugeait d'Erlach ; dans un entretien avec Hoset, il lui (lit tout uniment: « M. de Sancy est un dangereux liouiine ; il nous a embarqués dans la guerre, puis nous a laissés. »
Roset ne pouvait s'attendi-e qu'à être poliment éconfluit; un magistrat bernois, poussant la franchise jusqu'à la rudesse, lui dit : « Vous n'avez ni argent, ni vivres, vous n'avez que vos murailles ! « Roset aurait pu lui répondre : « Si nous n'avons que nos murailles, du inoins elles sauront se défendre. » Revenu à Genève, Roset fit son rapport au Conseil ' et il cher(;ha dans un but patriotique à présenter les choses sous un jour optimiste ; il (conclut même en disant qu'il avait trouvé les magistrats bernois « lort gracieux en ce despart ; » c'était exagéré, si on en juge par les propos qu'il rapportait lui-même.
Roset était revenu de sa mission sans argent, ni promesses, ni espérance ; que faire ? Le Registre constate que « les meilleures bourses étaient vides; » on avait par deux fois convoqué les citoyens et bourgeois les plus aisés pour obtenir des prêts, mais les deux appels avaient été infructueux et cependant il fallait aviser, car les mercenaires qui s'étaient enrôlés au service de la République réclamaient leur solde^. Le Conseil des Deux-Cents
' Voir le protocole de la séance du 26 mai 1589.
- La petite armée de la République se recrutait des éléments
— (iU —
est convoqué d'urgence et le Premier Syndic signale en quelques mots la détresse de l'Etat : il conclut en proposant un remède héroïque, la cotisation mensuelle, chacun devant se taxer ou être taxé suivant ses ressources : les circonstances étaient trop graves et le sentiment du devoir civique trop profond pour que le projet de taxe extraordinaire soulevât de l opposition : le Conseil des Deux-Cents ap[)rouva. a la condition que l'égalité fût observée autant (|ue possible : les plus riches ou les plus aisés redoutaient sans doute d'être taxés trop haut. 11 fut édicté en outre que la cotisation serait établie par les soins d une délégation de huit membres, cpialre choisis par le CC. et ((uatre par le Petit Conseil. .Aussitôt après le Petit Conseil décida que la contribution la plus élevée ne dépasserait pas 20 écus par mois, puis il désigna les huit commissaires (|iii devaient assumer la tâche peu enviable de taxer leurs concitoyens
les plus variés ; il suffira d un exemple; le 19 mai on annonce au Conseil qu'il arrive des Lorrains sous les ordres d'un capitaine Adenot-, le Conseil décide qu'ils seront loujés chez les bourgeois et le i'.i mai il enrôle toute la compajjnie en fixant la solde mensuelle des officiers et soldats.
' Pour le Petit Conseil, le Syndic Clieueial, le lieutenant
A la fin (lu mois de mai, le retour de la belle saison allait donner aux hostilités une nouvelle impulsion ; quelles étaient à ce moment les forces que Charles Emmanuel et les Oenevois allaient mettre en présence ? L n agent de Genève s'était rendu au quartier général du duc pour traiter de l'échange des prisonniers ; il rapporta que Charles Emmanuel disposait de 8000 fantassins et de 2500 chevaux et qu'il attendait encore 2000 chevaux et 8000 fantassins sous les ordres du duc d'Urbin. A ces forces considérables la République n'avait à opposer que sa milice bourgeoise et environ 900 étrangers enrôlés, qui se trouvaient dispersés dans les divers châteaux et places fortes des environs, à Ternier, à Saconnay de là d'Arve), à Monlhoux, à Bonne, etc.^ Il y avait une telle
Ctiabrcy, les S"'* Chàteauneuf et Pictet ; pour le Deux-Cenis, les S''** Miiiifredo Balbnni, Jean Loys Lilfort, François Villain et Benoit Caille.
' Le Registre du Conseil, à la date du 25 mai. indique la répartition de ces soldats par compagnie ou par garnison : « S'cnsuyvenl les soldats qui sont pour le jourdiiuy aux gages de la Seigneurie : Lantzknets 150 ; cap. Payen au fort 60 ; Célérier 100; cap. Jaques 90 ; cap. I^ance 60; cap. Adenot 60 ; cap. Xavier 50; au cliasteau de Ternier 40; à Saconay 12; Monloux iO ; Bonna l'.iO : .Marcossey 60. »
disproportion entre les forces de l'ennemi et celles de la République que le Conseil reconnut la nécessité immédiate de modifier ses dispositions militaires et de concentrer ses efforts. 11 était impossible de maintenir des garnisons dans toutes les places du Faucigny et du Genevois; il fallait se replier. On commença par raser tout ce qui restait debout du vieux fort de Gaillard, qui, dans le passé, avait été une source si vive d'inquiétude pour la République; puis il fut décidé de mettre le feu au château de Lucinge, situé sur le flanc des Voirons ; l'ennemi s'y était fortement établi et de là il venait « harasser les nostres, » harceler la garnison de Bonne. Fallait-il conserver Marcossey, ou une garnison de 60 hommes se maintenait depuis le commencement des hostilités ? Le conseil de guerre fut consulté et se prononça pour la négative ; il fut décidé le 28 mai de brûler le château de Marcossey et d'envoyer les 60 hommes renforcer la garnison de Bonne. Dans le voisinage de Genève, sur un gracieux coteau, s'élevait le château de Confignon; il paraît (|ue ce château n'était guère tenable; néanmoins le Conseil décida de le garder, sans doute à cause de sa proximité
de Genève ; on ne tarda pas à le regretter, car les soldats mercenaires qui l'occupaient se livraient à toute sorte d'excès et de déprédations; la garnison était placée sous les ordres d'un certain capitaine Peloux qui ne valait pas mieux que ses soldats. Ayant rencontré un paysan qui amenait deux bœufs à Genève, il les saisit en déclarant ((u'il les prendrait, lors même qu'ils seraient attelés à la charrue ; les soldats suivent l'exemple qui leur vient de haut et ils rançonnent de pauvres femmes. Au XVI" siècle, en temps de guerre, le soldat se croyait tout permis, mais il n'est que juste de le reconnaître, le Conseil de Genève s'efforçait de réagir contre la brutalilé et la violence ; au surplus la Compagnie des Pasteurs ne perdait aucune occasion de lui signaler les actes d'indiscipline qui pouvaient se produire. Bref, le Conseil n'hésita pas à sévir et il rappela Peloux pour le remplacer par le capitaine Beaujoli.
Ce lut le 27 mai que les Genevois évacuèrent le château de Marcossey, après y avoir mis le feu; ils laissaient derrière eux des munitions et des vivres ; les Savoyards survinrent, firent éteindre l'incendie par les paysans des alentours et réussi-
rent à s'emparer de quelques vivres et munitions. De tout le Faucigny, il ne restait plus aux Genevois que Bonne et Monthoux. Le baron d'Hermance dispersa ses troupes à St-Joire, Viuz, Marcossey, Peillonnex et Booge ; par les belles soirées du mois de mai, des feux s'allumaient sur les montagnes du Faucigny et transmettaient des signaux aux postes détachés. Les garnisons genevoises de Bonne et de ]Monlhoux n'avaient qu'à se bien tenir, car le moment approchait où elles allaient être constamment harcelées par l'ennemi.
Bonne était admirablement situé : le ('hàteau dominait toute la vallée de l'Arve et pouvait être considéré comme la ciel' du Faucigny; aussi le baron d'Hermance et ses troupes ne cessaient-ils de «voltiger» à l'entour. La petite garnison genevoise se composait de 130 hommes auxtpiels vinrent se joindre les 60 soldats de Marcossey. Mais dès les premiers jours une grave question se posa : Bonne était-il tenable, pouvait-il résister à un siège? On y envoya de Genève deux hommes du métier, un ingénieur piémontais et « M" Ni(;olas le masson » autrement dit Nicolas Bogueret. Ce dernier revint en déclarant (puî Bonne n'élait pas
tenable, à moins d'importants travaux. Le Conseil décida en principe de compléter les fortifications de Bonne, « mais non selon le grand dessein, » que proposaient les ingénieurs. En attendant, le Conseil envoya à Bonne un nouveau renfort, des munitions et des chevaux, et il invita le gouverneur du fort, le conseiller Aubert, a revenir à Genève. .\ la veille de son départ, ce dernier écrivit au Conseil une lettre datée du i*"" juin, à laquelle nous empruntons le passage suivant : « Il sera bon, s'il est question que je déloge, d'envoyer quelqu'un ([ui pourvoie à vos allaires. Je prie au Seigneur (|u'il suscite quelqu'un qui fasse mieux que moi : néantmoins puis-je protester de vous avoir faict service autant lovaulment. diligemment et avec la plus grande sollicitude, qu'à moi a esté possible, comme j'espère continuer là oii il vous plaira me (commander et emplover de ma vie jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour l'avancement de vostre Estât. ' »
Ces lignes simples et touchantes, empreintes de patriotisme et de modestie, ont en même temps
' Aubert ne tarda pas à retourner à Bonne.
quelque chose de triste et de résigné. On dirait que le gouverneur de Bonne lit dans l'avenir et qu'il entrevoit la catastrophe prochaine. Quelques semaines après, la garnison de Bonne se voyait contrainte de capituler devant l'armée de Charles Emmanuel et le duc, foulant au pied le droit des gens, faisait massacrer tous les vaillants défenseurs du château, sans excepter leur chef Aubert.
Tandis que le baron d'Hermance courait le Faucigny, le Duc ne restait pas inactif; il tournait autour de Ternier, défendu par sa petite garnison de 40 ou 50 hommes. Le 30 mai, Charles Emmanuel établit son quartier général à une lieue du château ; le 31 on fit les approches, suivant l'expression du temps, et on amena l'artillerie tout près de Ternier. Par hasard, l'officier commandant se trouvait ce jour-là à Genève et, lorsqu'il voulut rentrer au château, il le trouva investi de tous côtés ; il ne se doutait guère qu'il échappait ainsi à une mort certaine ; ce fut son lieutenant qui dirigea la défense'. Le dimanche f"^ juin Charles
• Suiv;inl une note di' Gaullieiir, les soldais de ceUe garnison ('laicut |)Onr la pluparl des iiii|)iMiii('iii's ; nous ne savons où (iaullieui" a puisé ce délail, niais il est bon de l'appeler qii à
Eminaniiel parut en personne devant Ternier, avec deux gros canons et quatre pièces de campagne ; il disposa la batterie sur deux points, puis somma les assiégés de se rendre: ils refusèrent; aussitôt l'artillerie ouvrit son feu qui dura jusqu'à quatre heures de l'après-midi : les assiégeants tirèrent 170 coups de canon sur le château, qui ne se composait que d'une simple tour fort ancienne et « non flanquée. » La petite garnison genevoise se comporta vaillamment; dès les premiers coups de canon, un caporal, nommé Beaucaire, fut tué vers l'embrasure d'une fenêtre ; d autres soldats eurent le même sort. Vers quatre heures de l après-midi, le feu de l'artillerie avait abattu le couvert et les fenêtres de la tour ; prolonger la résistance eût été une folie ; le duc ayant sommé une seconde fois la garnison de se rendre, celle-ci se décida à capituler sur la promesse expresse qu'oliiciers et soldats auraient la vie sauve. Le duc, aveuglé par le ressentiment, n'eut pas honte de violer sa promesse. Lorsque, vers six heures du soir, les assiégés, confiants dans la parole donnée, sortirent
cette époque l'imprinierie occupait à Genève uu grand nombre de personnes.
du château, ils furent arrêtés et garrottés ; sur l'ordre de Charles Emmanuel, plus de quarante de ces malheureux furent pendus ; le sergent et quelques autres assiégés furent sauvés j)ar des capitaines et des soldats de l'armée ducale, tant il est vrai que. même aux époques troublées, les sentiments d hu inanité et de générosité innés chez Thomme ne peuvent être complètement étouffés. Il y a quelque trente ans, on montrait encore à Ternier le châtaignier séculaire, dont les branches, suivant la tradition locale, avaient servi à l'exécution ^
Il faut le dire, l'acte barbare de Charles Emmanuel, la violation de la parole donnée, ne furent ni compris, ni approuvés de tous : il se Iroina des gentilshommes français et bourguignons qui eurent le courage de faire au duc de respectueuses remontrances, qui le sup[)lièrenl d'observer les termes de la capitulation; ils s'eft'orcèrent même de lui l'aire entrevoir le danger et les malheurs
' César Di val. /îssai historique sur Ternier et Saint-Julien . p. 111. M. DiiViil nous aj)prentl en outre (jue de récents travaux de reci ificatiou du cticiuin situé au-dessous du cliàlaignier ont mis à jour des ossements humains, cjui sans doute sont ceux des victimes de la capitulation.
qui pourraient résulter d'une violation flagrante du droit des gens. Tout fut inutile : le duc ne voulut rien entendre; cette âme altière et vindicative était devenue inaccessible aux conseils de la prudence et de la justice! Quelques jours après un soldat bourguignon s'étant avancé jusqu'au bord de l'Arve. fut fait prisonnier par les Genevois. On était encore sous la lugubre impression des exécutions deTcrnier; quelques membres du Conseil étaient d'avis de faire mourir le [)risonnier par représailles, mais le Conseil donna à 1 ennemi une leçon de clémence et de générosité ; il ne voulut pas écouter la voix de la haine et de la vengeance : il décida que le prisonnier serait mis en liberté et conduit hors de ville, a moins toutefois fju'il ne lïit reconnu pour un de ceux qui avaient servi de bourreaux à Ternier. La décision du Conseil mérite d'être citée textuellement : « A esté arreslé qu'on ne le face ainsy mourir de sang-froid, ce que seroit trouvé mauvais de chacun, mays qu'on le renvoyé par la porte de Cornavin, si non qu'il se trouvast, comme aucuns veulent dire, q»ril s'est aydé à pendre des soldats de Ternier, séance du 11 juin). »
(]ertes, au lendemain de la catastrophe de Ternier, les magistrats de Genève auraient pu se livrera des représailles! Qui donc aurait pu les blâmer; il s'agissait d'un prisonnier de guerre, peut-être d'un espion, et ils n'étaient liés par aucun engagement. A des actes de barbarie ils répondaient par un acte de clémence et de générosité. Honneur à eux'.
La prise de Ternier eut des conséquences immédiates auxquelles on pouvait s'attendre. Le 2 juin, vers 11 heures du soir, la petite garnison de Saconnex-Vandel évacua ce château et se retira au fort du pont d'Arve ; quant à la garnison de Confignon, elle était déjà revenue la veille; ces deux petites places ne pouvaient être défendues contre l'artillerie. Charles Emmanuel était rentré en possession de la région qui s'étend entre le Montde-Sion et l'Arve et il pouvait menacer Genève ;
* Par scrupule (rimparti.ililé, nous rappellerons un fait rite par le ctironiqueur Uu l'crril : n Coninio on amenait un prisonnier en ville, il y en eut ([ui, après lui avoir doiuié plusieui-s coups d'épée, le jetèrent à l'Arve de dessus le pont, irrités de l'alFaire de Ternier. » Le fait cité pai- Du Perril est-il exact, nous l ignoroMS, mais il ii inlinnc nulleniciit la décision du (>onseil.
dès le 2 juin, une partie de son armée s'avança jusqu'à Lancy, où elle alluma des ("eux de joie, à roocasion de la prise de Ternier ; c'était triompher d'une manière prématurée; Charles Emmanuel ne tarda pas à s'apercevoir que les Genevois brûlaient de venger le sang ré[)andu.
Le 2 juin, le duc fit avancer vers le |)ont d'Arve le régiment du (;omte de Montrevel (Maurevel dans les Mémoires de la Ligue) et un corps de cavalerie italienne ; une partie de ces troupes se posta du côté de Lancy, une autre vers la croisée de la route de St-.Julien, enfin une troisième près de Grange-Colomb. Quelques compagnies sortirent aussitôt de la ville et se portèrent au-devant de l'ennemi ; il v eut. disent les Mémoires de La Ligue, « une rude escarmouche » ; plusieurs soldats du duc restèrent sur le carreau, et finalement l'armée de Charles Emmanuel battit en retraite, emmenant à la hâte ses blessés ; un gentilhomme bressan, le baron de Pressia, qui appartenait au régiment de Montrevel, fui fait prisonnier avec plusieurs ofHcùers piémontais ; du côté des Genevois, il n'y eut que deux hommes tués et (|uelques blessés.
Le lendemain, 3 juin, s'engagea une action plus sérieuse'. Les Genevois, ayant appris que l'ennemi était au Plan-les-Ouates et qu'il paraissait vouloir se diriger vers le fort d'Arve, sortirent au nombre d'environ cinq cents et lurent aussitôt attaqués. Les conditions du combat étaient inégales, car le duc opposait aux cinq cents arquebusiers gene vois trois mille fantassins et mille cavaliers. Néanmoins les Genevois firent bonne contenance et soutinrent vaillamment le choc. Autant que nous en pouvons juger, le combat, qui dura près de quatre heures, se livra dans la plaine qui s'étendait entre le fort d'Arve, Carouge et le coteau de Lancy. Des pièces d'artillerie qui avaient été mises en batterie sur les hauteurs de Champel furent d'un grand secours et leur feu bien dirigé contribua à jeter le trouble au milieu des troupes ducales ; un coup de canon tua deux chevaux sous leurs maîires et un second coup tua deux cavaliers près du duc qui, voyant tomber plusieurs des
' Aous i-c])i-o(luisoiis une gi-avuro du loiups, d'une exécution tout à fait rudimenlaire, qui réunit en un seul tableau les cinq « notables escarmouches ou rencontres entre l'armée du duc « de Savoye et les troupes de Genève au mois de juin et de « juillet. »
siens, s'écria de dépit : « Les poltrons tueront tous mes gens. » Les Genevois restèrent maîtres du terrain; l'ennemi dut se retirer, ayant perdu deux cents hommes et dans le nombre plusieurs capitaines de marque, entre autres le comte de Salenove, favori de Charles Emmanuel et mestre de camp de l'armée de Savoie'. Suivant les mémoires du temps, le comte de Salenove était « le premier homme de guerre de l'armée; » il avait juré qu'il entrerait ce jour-là dans le fort d .Arve; il y entra en effet, dit un contemporain, y étant apporté mort. Quant aux Genevois, leurs pertes furent insignifiantes, deu.x morts et trois ou quatre blessés. La République avait remporté un signalé succès et, suivant la coutume, grâces furent rendues à Dieu dans tous les temples de la ville « pour une si solennelle et miraculeuse délivrance. »
Le duc avait échoué dans ses diverses tentatives pour s'emparer du fort d'Arve ; déçu dans ses espérances, il commença à faire bâtir non loin
' Jl s'appelait Simon de Mermier. seigneur de Massy, comte de Salenove en Genevois, gentilhomme du comté de Bourgogne iGuichenon).
de St-Julien, à Sonzy, ce fameux fort de Sainte- Catherine qui, pendant plus de dix ans, fut une menace constante pour Genève. En même temps, il cantonna ses troupes à Lancy. Saconnex (delà d'Arve), St-Julien et Ternier, afin de pouvoir surveiller les mouvements des Genevois.
Quand on voit Charles Emmanuel multiplier les tentatives pour s'emparer du fort d'Arve, on peut se demander ce que valait bien cette position. Or voici les faits. Le 2 juin, on rapporte au Conseil que les prin('ipaux ofliciers de la petite armée genevoise, les capitaines Bois, Guignet, Adenot et Navier, sont d'avis de détruire le fort, comme étant plus nuisible qu'avantageux, dangereux à conserver, parce qu'il est insuffisant et ne peut être défendu contre l'artillerie. L'ennemi, disentils, s'en emparera aisément et viendra s'établir au pied du bastion de la ville. Le Conseil ne put se résigner à suivre l'avis des quatre capitaines ; la majorité se prononça pour que le fort fût conservé et rendu plus défendable. Il est intéressant de constater avec quels cliétifs moyens Genève réussit à se défendre. De l'avis de cpiatre capitaines, le fortin qui biavait depuis un mois les attaques de
Charles Emmanuel pouvait être emporté aux premiers coups de ranon !
Le duc n'obtint pas plus de succès du côlé du pays de Gex que sur les bords de TArve ; ayant appris que les Bernois marchaient vers La Cluse, il fit avancer une partie de ses troupes par le pont de Grésin. Le colonel d'Erlach demanda à Genève du renfort, qui lui fut libéralement accordé, et il se dirigea au-devant des Savoyards, qui durent se retirer.
En Faucigny, les Genevois restaient maîtres de Bonne et deMonthoux. Au château de Monthoux commandait un brave oflicier genevois du nom de Baptista : il manquait de tout, de vivres et d'argent, et ses soldats se nuitinaient. Dans sa détresse, il écrit le 3 juin au Conseil pour demander humblement du secours et des vivres. L'orthographe de l'épître est fantaisiste, mais on n'apprécie que davantage la simplicité touchante des sentiments exprimés ; s'il écrit, ce n'est pas qu'il se défie de lui-même, « non poin, dit-il, pour craincte que j'ay « de moy et trois ou quatre que nous somes, car « je vous proumet que ancore que tous mes soldat « sans iroy l'un après l'aultre que je ne quite-
« ray poin le chatiaii que premierreman je n'ay « congé de vous Seigneurie, encorre qu'il vous « playroy de demure un mois »
Les troupes de Charles Emmanuel, cantonnées dans le Faucigny, s'étaient accrues de quelques bandes de Bressans; elles vinrent alors se poster au village de Filinge, d'où elles menaçaient le château de Bonne. Le commandant genevois, le 10 juin, envoya à la découverte une quarantaine de soldats; puis, craignant que le déta(dîement ne s'engageât trop avant, il sortit lui-même avec une douzaine d'hommes; au cours d'une assez vive escarmouche l'ennemi perdit 5 ou 6 soldats et un capitaine piémontais, nommé La Roche ; il y eut en outre un assez grand nombre de blessés. Quant h « ceux de Bonne, » ils furtuit assez heureux pour ne perdre aucun des leurs. A la lin du combat, le capitaine de la garnison de Bonne, se souvenant des vieilles traditions de la (chevalerie, descendit de cheval et défia courtoisement le baron d'Herniance ou tout autre gentilhomme de sa suite qui
' La Icllrc (le IJaplistii , daléo do ((Vautre cliàliau de Mouton, le '.i de juin lôS'J, » existe aux Arcliives de Geiu've, 1'. II., no 21'. 5.
voudrait combattre avec lui corps à corps, mais son appel ne fut pas entendu; personne n'accepta le défi.
A Genève, on voulut prêter main forte à la garnison de Bonne; le 11 juin, vingt cavaliers quittèrent la ville et, arrivés à Bonne, allèrent sans déijrider attaquer l'ennemi qui s'était enfermé et barricadé dans l'église de Filinge. Les cavaliers furent suivis île près par un détachement de 70 ou 80 fantassins, commandés par le capitaine de Bonne. Ily eut, disent les récits du temps, rude escarmouche, mais les Genevois restèrent maîtres du terrain. Pour en finir, on mil le feu à l'église de Filinge et à un certain nombre de maisons voisines, qui servaient de retraite à l'ennemi.
Tandis qu'à Bonne chacun faisait son devoir, les magistrats genevois se débattaient au milieu des difïicultés financières ; le trésor de la République était épuisé et les mercenaires réclamaient impérieusement leur solde. Les mesures exceptionnelles qui avaient été prises n'avaient pas donné le résultat qu'on en attendait. On avait essayé d'imposer aux citoyens une « cotisation » ou contribution de guerre, suivant la fortune présumée de chacun, mais ce mode de taxation, fort arbitraire.
suscitait toute sorte de plaintes et de récriminations; nombre de gens se plaignaient d'être taxés trop haut. Et cependant il fallait aviser, et promptement, car les besoins étaient urgents. Le Conseil décida de convoquer le Deux-Cents pour le 11 juin, afin de lui soumettre des propositions. Le Premier Syndic n'eut recours à aucun faux-fuyant ; il déclara qu'il fallait trouver 7000 écus par mois pour continuer la guerre; or, dit-il, il est impossible d'obtenir cette somme par contribution forcée ; celle-ci ne rapporte en tout que 3,000 écus par mois et à quel prix I 11 y a dans la ville de tels murmures, un tel mécontentement, que cela ne peut continuer ; les uns se plaignent d'être taxés trop haut; d'autres ne paient pas ce qu'ils devraient; en réalité les charges ne sont pas réparties aussi également (|u'on pourrait le désirer, car, ajoute le Premier Syndic, on ne peut lire dans la conscience d'autrui. En désespoir de cause, le Petit Conseil proposait que chaque citoyen eût à déclarer, sous la foi du serment, l'or ou l'argent, monnayé ou non monnayé, qu'il avait en sa possession; l'argent comptant serait utilisé pour les besoins de l'Etat et les lingots seraient
envoyés à la monnaie. Le Premier Syndic conclut en ces termes :
« Si quelqu'un d'entre vous a un avis meilleur, il pourra l'émettre à son rang et le Conseil décidera ce qu'il convient de faire à cause de la nécessité urgente. Messieurs ont fait appel aux gens riches ou aisés qui ont contribué, mais tout est dépensé; il ne reste rien. On ne peut contraindre les gens, parce qu'on ne peut tirer de l'huile d'une pierre. »
Le Premier Syndic; tenait un langage d'une belle franchise répulilicaine, niaisses déclarations étaient peu réjouissantes. Les mesures extrêmes proposées par le Petit-Conseil n'obtinrent pas les suffrages du Deux-Cents ; après une discussion qui dut être animée, il fut décidé qu'on s'en tiendrait au système de « la cotisation. » mais que les sommes versées par les particuliers seraient considérées comme simplement prêtées à la République, et qu'il en serait passé obligation portant intérêt ^ Quatre membres du Conseil devaient être
' Le 14 juin, le Pelit Conseil fixa à 8 °/o le taux de 1 intérêt des sommes prêtées et le Registre, pour expliquer ce taux un peu élevé, ajoute naïvement : « pour leur donner courage de prester. »
chargés de recueillir une somme de 30 à 40,000 écus. Quant à ceux (|ui n'avaient pas d'argent comptant, il l'ut décidé qu'ils apporteraient leur vaisselle ou leurs marchandises, qui seraient évaluées et déposées contre reconnaissance. En réalité, il s'agissait d'un emprunt forcé ; tel était au XVP siècle le sentiment d'abnégation civique (ju'une semblable mesure semblait légitime et naturelle; le citoyen devait à la République ses biens comme sa vie. C était, dans sa simplicité grandiose, le patriotisme austère des cités de la Grèce antique.