JULES CARRARA
— Nos cœurs à tant d'appels ne resteront pas sourds ! Les blessés de la vie attendent le secours : Prodiguons-leur nos soins ! Retirons-les du bouge ! Pour tous ces malheureux formons une Croix-Rouge! Que son noble drapeau couvre le genre humain 1 A toutes les douleurs sachons tendre la main ! La Charité n'a point ici-bas de barrières ; Enfants d'un même Dieu, tous les hommes sont frères !
Eugène de Budé.
Trends ton vol,..
Prends ton vol, mon amour, vers celle que j'adore ! Dis-lui qu'elle est mon astre et qu'elle est mon aurore ; Que mes yeux, n'ayant plus son charme souriant, A toute heure, en tout lieu, tournés vers l'orient, Attendent avec foi que l'étoile se lève En laquelle j'ai mis ma fortune et mon rêve. Adieu, ma douce étoile ! Adieu, mon astre pur! Puisqu'il faut qu'aujourd'hui notre ciel soit obscur Et que nous subissions cette épreuve première, Au fond de notre cœur ayons notre lumière, Et portons avec nous notre coin de ciel bleu. L'azur ne manque pas où l'on sait trouver Dieu. C'est où Dieu ne luit plus que l'horizon se voile. Adieu, mon astre pur ! Adieu, ma douce étoile ! Voici le soir ; la nuit s'incline sur les champs ; Mais mon cœur est un bois plein d'astres et de chants Où, comme un clair regard du soleil dans l'espace, Délicieusement ta chère image passe.
Voici le soir; mon âme est pleine de clartés. Quoique absente, je t'ai toujours à mes côtés. Et mon ombre, en ce long voyage de la vie, Par la tienne de près sera toujours suivie. Oh ! je suis avec toi ! N'entends-tu pas souvent. Quand du pays natal vers toi souffle le vent
Embaumé des parfums lointains de la patrie, N'entends-tu pas ma voix qui te parle et qui prie ? Dans ce soupir qui passe, ineffable et subtil, De l'absent regretté rien ne t'arrive-t-il ? Lorsqu'un de ces oiseaux que nous aimons ensemble, Se posant près de toi sur le rameau qui tremble. Enchaîne ton oreille à son hymne vainqueur, N'as-tu jamais pensé qu'il t'apportait mon cœur ? Va ! demande-le-lui ! Mon âme est sous son aile. Et toute la nature a mon amour en elle, Pour que la fleur que tu cueilles sur le chemin, Pour que l'insecte d'or arrêté sur ta main, Pour que la graine errante au gré du vent folâtre, Pour que l'eau sur la terre et que le feu dans l'âtre. Pour que tout ce que Dieu crée et tient sous sa loi. Te dise que je t'aime et n'aimerai que toi 1
Jules Carrara.
Droit au but.
— Pourquoi fuis-tu si vite, ô limpide ruisseau ? Laisse-moi, dit le pont, à loisir, dans ton eau.
Contempler ma belle arche 1
— M'arréter dans ma marche ?
Impossible 1 Je vais à l'océan lointain, Dit le ruisseau; j'y cours, adieu, c'est mon destin.
— Halte, charmant ruisseau !... crie un essaim frivole De fleurs, qui sur ses bords balancent leur corolle. Suspends ton cours ! Ris et chante avec nous !
— Je le voudrais ; quel sort serait plus doux ? Votre charme m'attire ,et vous êtes si belles. Mais je vous dis adieu, riantes asphodèles,
De l'océan j'entends la grande voix.
Et droit au but, j'y cours à travers champs et bois.