EUGÈNE DE BUDE
Nous la voulons immaculée, et nous avons raison: ne l'induisons pas en tentation. Ne l'exposons en particulier ni aux orages ni surtout à la lumière trop intense de la vie publique ; elle ne manquerait pas de s'y flétrir. Portons-la dans nos bras, de peur qu'elle ne se heurte aux pierres du chemin et ne se roule dans la fange. Gardons-la des souillures du monde : elle nous montrera le chemin du ciel.
Henri Brocher de la Fléchère.
La Croix-T^uge.
Vers composés à l'occasion du 25' anniversaire de la Société de secours aux blessés, le 26 octobre 1888.
C'était jour de combat. — Dès l'aube on entendait
Le sifflement du plomb, le canon qui grondait...
Se levant radieux, le soleil d'Italie
De ses feux éclairait la campagne, rougie
Du sang que répandaient, au pied de leur drapeau,
Les héros du grand jour, — jour de Solférino !
Les éclats des obus, le bruit de la mitraille.
Les appels du clairon au fort de la bataille,
Se mêlaient aux clameurs, aux longs gémissements
Que poussaient les blessés et les agonisants.
De cadavres sanglants la terre était jonchée ;
On voyait sur le sol la jeunesse fauchée ;
Ainsi que l'ouragan redouble son effort.
Aveugle, sans merci, partout frappait la mort.
Comme un éclair sorti du choc de la mêlée
Jaillit incontinent une noble pensée ;
Une voix retentit et s'écria soudain :
« A tous les malheureux sachons tendre la main !
La Charité n'a point ici-bas de barrières ;
Enfants d'un même Dieu, tous les hommes sont frères ! »
La Croix-Rouge est fondée, et l'on voit désormais
Au milieu des combats apparaître la Paix.
Brûlant d'un saint amour, on voit de nobles femmes
Aux blessures du corps, à l'angoisse des âmes,
Prodiguer des trésors de pitié, de douceur ;
En elles, les blessés retrouvent une sœur,
Une mère priant, et lisant la Parole
Qui dans l'heure suprême encourage et console.
A leurs côtés l'on voit ces hommes dévoués.
Qui depuis vingt-cinq ans au bien se sont voués.
Recouvrir les blessés des plis de leur bannière.
Avant eux qu'étiez-vous, victimes de la guerre ?
Vos corps inanimés demeuraient sur le sol...
Tournoyant, les vautours, dans leur sinistre vol.
Epiaient le moment d'en faire leur pâture;
Grâce à des soins pieux ils ont la sépulture.
A l'enfant du Midi, comme au fils du Germain,
On voit s'ouvrir les cœurs et se tendre la main !
La Charité n'a point ici-bas de barrières ;
Enfants d'un même Dieu, tous les hommes sont frères !
Du sang et de la mort si, détournant les yeux, Nous portons nos regards vers tous les malheureux Que la souffrance abat et la misère assaille, Nous voyons que la vie est un champ de bataille D'où s'élèvent au ciel, de l'aube jusqu'au soir, Des soupirs, des sanglots, des cris de désespoir. C'est la lutte partout, lutte pour l'existence. Le désir d'arriver, les échecs, l'impuissance... C'est la mère inquiète en songeant à demain. Les larmes des enfants qui demandent du pain ; C'est le mal social et ses suprêmes crises. C'est le vice qui mène au banc des cours d'assises...