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A SON AVÈNEMENT A LA COURONNE

vEC Diane de Poitiers, Taltière maîtresse en titre, le connétable de Montmorency possède absolument le cœur du jeune roi Henri II, prince faible de caractère, qui remet tout son être aux mains de ces deux tuteurs. Le défunt François I^'" avait ce défaut d'abandonner le pouvoir à des favoris ; mais il gardait du moins assez d'énergie pour les remplacer, quand leur politique cessait de plaire. Henri II reste fidèle à ceux qu'il a élus. Il s'entête dans sa confiance : il grandit, il règne, il meurt entre Diane de Poitiers et Anne de Montmorencv.

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A son avènement, Henri II avait vingt-sept ans, sa maîtresse quarante-huit, son favori cinquante-quatre.

Le nouveau roi ne se présentait pas avec toutes les qualités de François I*^^, son père. Sans doute, au physique, il avait hérité de la beauté propre aux princes de la maison de France. Il était grand, fort, élancé, plein d'élégance dans la tournure, la tête fine et superbe, et le teint brun, comme si la longue captivité, qu'il avait subie en Espagne, lui eût imprégné le caractère et les traits du pays. En revanche, des dispositions naturelles de son père, le Roi-Chevalier^, il n'a conservé que la vigueur corporelle, la souplesse, l'adresse, l'ardeur au combat, le goût pour les exercices de l'équitation, de la chasse et des tournois, où il excelle ; et même, ce sera sa perte. Mais il n'avait pas l'entrain intellectuel et moral, les vues généreuses du Père des Lettres. C'est un esprit étroit et sombre, malgré la culture reçue, malgré les goûts élégants de tous ces Valois. Fin connaisseur, quand même, en art et en musique, il se récrée au jeu du luth, et il compose des vers avec facilité, ayant accoutumé de consacrer aux lettres une heure par jour. Il aime les belles constructions de la Renaissance, digne émule, en cela, de son « compère », le connétable.

Au point de vue politique et religieux, Henri II n'aura pas plus de largeur d'idées que Montmorencv. Le connétable a constamment cherché à

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maintenir le royaume en bons termes avec l'Espagne, et à réprimer à l'intérieur les aspirations des premiers réformés. Si François I*^^ n'a pas consenti à partager toujours cette manière de voir, Henri II s'y trouve naturellement porté. Ce ne sera pas ce prince qui soutiendra jusqu'au bout la lutte héréditaire, et les belles entreprises d'antan en Italie. Il les continuera d'abord parce qu'elles font partie de la succession royale. Mais, moins avide de conquêtes, ou d'aventures, il laisse pressentir le jour où, sous son règne, les maisons d'Autriche et de Valois se réconcilieront, par le sacrifice des ambitions françaises dans la péninsule, et par la persécution religieuse au dedans du rovaume.

Si la communauté d'idées et de sentiments unit le connétable au roi Henri II, l'intérêt le rapproche de la jeune reine, Catherine de Médicis. Montmorencv passait pour avoir désapprouvé l'alliance du fils de France avec une fille de marchands, et conseillé au prince de répudier sa femme comme stérile. Cependant, il n'a cessé, dès le début, de correspondre affectueusement avec Catherine, qui l'invitait à ne lui plus écrire en « syrimonye». De même que Henri II est parrain d'un des fils .du grand officier, elle est marraine d'une des filles. Pendant la disgrâce de Montmorency, à la fin du règne de François 1^% les rapports s'étaient améliorés encore ; le baron exilé envoyait à la princesse, du fond de ses ter-

res, des remèdes contre la stérilité, qui réussirent, il faut le croire. La princesse, en retour, le comblait d'égards, et, au mois de septembre 1546, elle recommandait à son cousin, le duc de Florence, les jeunes neveux du connétable, Coligny et d'Andelot, qui faisaient en Italie un voyage d'instruction et d'agrément pour compléter leur éducation.

A l'avènement de Henri II, il ne saurait être question de divorce. La fécondité a assuré le trône à Catherine. A partir de i543, la princesse donne, chaque année, pour ainsi dire, un héritier à la couronne. Elle n'en est pas plus puissante. Les reines font petite figure, du vivant de leur mari ; ce n'est qu'en temps de veuvage et de régence qu'elles tiennent un rang mérité. En attendant ce moment, l'astucieuse Italienne, élevée à l'école du malheur, se borne à réserver ses droits. Se faisant petite et modeste, elle s'efface devant Diane de Poitiers, la hautaine favorite, qu'elle appelle respectueusement « Madame ». Elle ne tente aucune opposition contre le connétable. C'est sur lui qu'elle compte pour se maintenir en bons termes avec son mari ; c'est à lui qu'elle recourt pour avoir des nouvelles du roi en campagne. Elle en souffre sans doute intérieurement, mais elle se laisse protéger et même diriger par son puissant « compère ». Leur correspondance montre combien l'autorité du premier ministre s'impose aux royaux époux.

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La politique allie Catherine et Montmorency. On les soupçonne de se concerter pour susciter à Diane de Poitiers des rivales de second ordre. Parmi ces dernières, une Ecossaise, lady Fleming, eut prise sur le cœur du roi, qui eut d'elle un fils. La reine et la favorite en titre, également inquiètes cette fois, s'entendirent pour chasser Milady. La Cour est un foyer d'intrigues amoureuses.

Dans ce ménage à trois ou à quatre (il y faut faire rentrer le roi, la reine, Diane et Montmorency), la paix n'était troublée par aucun des partenaires. Ils constituent une famille étrange, irrégulière, mais bourgeoisement unie. Un même soin les absorbe tous, celui des enfants de France. Ils en remettent l'éducation à des amis communs, M. et M'^^' d'Humières, parents euxmêmes d'une nombreuse famille.

A leur avènement, le roi et la reine ont deux enfants, le Dauphin (François II), né en i543, et Madame Elisabeth, âgée de deux ans. De 1647 ^ 1554, suivront, d'année en année, sans compter les enfants morts en bas âge. Madame Claude, le duc d'Orléans (Charles IX), le duc d'Angoulème (Henri III), Madame Marguerite (la reine Margot) et le duc d'Anjou, celui-ci filleul du connétable. Rien de curieux comme la sollicitude de Montmorency pour ces petits princes. Il entretient à leur sujet, avec ses cousins d'Humières, une correspondance journalière. Il leur dicte les près-

criptions des parents ; il les questionne sur l'état des enfants ; il fixe les itinéraires qu'ils doivent suivre afin d'éviter les épidémies, les séjours qu'ils doivent faire dans les résidences du roi ou les siennes propres.

Il leur envoie des nourrices, choisies expressément par lui-même, des bonnes, des médecins. Madame Elisabeth a-t-elle la rougeole, vite il adresse au gouverneur un remède, avec le moyen de s'en servir : surtout qu'on ne le mette point « dedans l'eau chaude ». Le Dauphin (François II) se trouve déjà tourmenté des humeurs qui minent sa santé et causeront sa mort. « Voiant cette malladye procéder d'acumulacions d'humeur, provenues à faulte de se moucher, écrit le connétable, il est bien besoing que, pour l'advenir, vous y pourvoies et ne l'espargnés poinct en cela ». Voilà bien l'office d'un connétable de France, de faire moucher un enfant! D'autres précautions sont à prendre. « Surtout vous prie, mande-t-il au gouverneur, que vous gardés bien de ne le laisser poinct sortir, car entendes que .cette maladie-là est dangereuse au froit». Le duc d'Orléans est malade à son tour ; le connétable lui fait changer de nourrice. La petite Madame Claude donne des inquiétudes ; le connétable lui envoie son propre médecin. Comme on le voit, ces rejetons des derniers Valois et des Médicis avaient beaucoup de peine à vivre.

On peut croire que Montmorency faisait

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