‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 15 sur 61 · FRANCIS DE CRUE · texte numérisé non relu

FRANCIS DE CRUE

preuve d'une telle sollicitude par dévouement pour la maison de France; on conviendra aussi que la fibre paternelle doit être singulièrement développée chez l'auteur de onze enfants. Il sait bien que ce dévouement lui attire la confiance du roi, très bon père, de la reine, très bonne mère. Enfin il se ménage l'avenir. Il cherche à procurer des agréments aux petits princes. Quand ils voyagent, il les fournit de chevaux, de litières, de chariots branlants ou coches perfectionnés. Il spécule sur une coquetterie précoce. Madame la connétable est fort satisfaite de son tailleur ; le connétable l'envoie faire les corps ou corsages des petites princesses. Il veut mériter leur gratitude. Les princes lui rendent son afi^ection, s'amusant à l'appeler tantôt mon mari, tantôt ma femme. Madame Claude lui réclame des popines ou poupées, de petits bonshommes et de petites femmes. Montmorency ne se fait pas prier ; il offre d'assez bonne grâce de menus cadeaux au dauphin. Il rentre mieux dans son caractère de connétable de surveiller la compagnie d'hommes d'armes du futur roi, dont le sous-lieutenant est le fils d'Humières. Montmorency aidait activement dans leur tâche le gouverneur et la gouvernante des enfants de France, ses bons parents et amis. A son grand regret, M. d'Humières étant mort, il le remplaça par M. d'Urfé, ancien ambassadeur à Rome. Pour distraire les jeunes princes de ces graves figures, on élevait

près d'eux des enfants d'honneur étrangers, recommandés par le connétable, tels que les fils et filles du comte Pic de La Mirandole, le fils du duc Gonzague de Mantoue. En 1548, la petite reine d'Ecosse, Marie Stuart, viendra compléter cette société enfantine.

C'est ainsi que le connétable se maintient dans les bonnes grâces du roi et de la reine, et balance l'influence de Diane de Poitiers. Après eux, il faut songer aux princes du sang. Comme il doit lutter contre la maison de Guise, soutenue par la favorite. Montmorency devient forcément l'allié des princes de Bourbon, en rivalité avec cette famille lorraine...

Le combat singulier, que le coup de Jarnac a rendu célèbre, est le premier engagement des hostilités entre les grands du royaume...

Le règne de Henri 11 commence par ce duel,

fâcheux pour le prince; il se terminera par un

tournoi funeste. Cette époque est étrangement

mêlée de scènes d'amour, de fêtes somptueuses

et de sanglantes tragédies. Les temps brillants et

troublés d'une fin de dynastie s'annoncent; la

rivalité de Guise et de Montmorency, qui doit

précéder celle des Lorrains et des Bourbons, éclate

dans le bruit des réjouissances, des fanfares, des

tournois, le cliquetis des armes et la poussière

de l'arène.

Francis De Crue.

(Anne de Montmorency, t. II, Paris, 1889.)

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