MARC DORET IO
« Je sais qu'au pied de ma tourelle, A cette heure il rêve, en chantant, Beau pastoureau, sa pastourelle Qui ne vient pas et qu'il attend.
« Or la fille de la fontaine, Celle qui paraît sous son toit, Et celle qu'à l'heure incertaine Du soir il appelle : c'est toii
« Ah 1 vous crovez que sans entrave On peut détourner un soldat!
Et mentir, chose encore plus grave, A son vieux châtelain... oui-da !
Je vous arrête et ma sentence...
— Beau sire! ayez pitié de moi!
— Oh! pas de larmes, pas d'instance !
Je déteste les cris d'émoi.
« Pour que chacun ait connaissance Qu'un menteur est toujours puni, Demain vous ferez pénitence Devant mon peuple réuni.
« Puis, pour vous ôter toute envie De plus longtemps me l'arracher, Au fond de ma tour, pour la vie.
Je vous enchaîne au bel archer.
« Mon chapelain, homme fort sage,
Bénira très bien vos amours.
Et pour fêter le mariage,
Je veux qu'on s'amuse huit jours.
« Car les vieux ont l'âme ainsi faite Quand des amours plus n'est le temps.
Qu'ils se font toujours une fête De bénir l'amour des enfants.
Marc Doret.
Comment un poète devint célèbre en trente minutes.
L'autre soir, je lisais le dernier volume de Coppée : Mon franc parler. Dans un article consacré au théâtre des poètes, l'auteur s'exprime ainsi :
« Il a cependant pour lui, le jeune poète, une chance, un numéro à la loterie. C'est le succès au théâtre qui donne la gloire en un jour. J'en suis la preuve. Le 14 janvier 1869, à neuf heures du soir, j'étais un petit employé des bureaux de la guerre, et il me manquait toujours quarante sous pour équilibrer mon budget. A neuf heures et demie, on avait joué le Passant, et j'étais une sorte de personnage. »
Il s'est passé déjà un quart de siècle depuis cette mémorable soirée. Mais je m'en souviens aussi nettement que si c'était hier. Je puis en parler presque avec autant de détails et le même