‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 21 sur 61 · LOUIS DUCHOSAL · texte numérisé non relu

LOUIS DUCHOSAL

passés ! tant d'enfants sont revenus sur ces bords !.. Pourtant jamais Técho n'a redit ces noms qu'il semblait aimer :

Walti !... Majorie !...

Ch. Du Bois-Melly.

(Majorie.)

Cœur de Soleil.

Je descendais la morne route de nos pleurs;

Le vent où persistait un souvenir de fleurs,

Triomphant de la nuit comme d'un orgue immense,

Formulait à l'aigu mon intime démence.

Sous un ciel lourd, pareil à ce cœur outragé

Dont tant de rêves ont tour à tour pris congé,

J'allais, le pas navré, trébuchant aux ornières,

Et distinguant à peine, en relevant le front,

Les arbres de la voie, arc-boutés sur leur tronc.

Qui me tendaient des poings hérissés de lanières.

Que le terme était long ! Je sentais par instant

Des vols de papillons sur mes cheveux flottants,

Et j'entendais des voix chuchoter dans le sombre.

D'où quelque doigt de mort accrochait mon manteau..

Un frisson me perçait alors de son couteau,

Et la peur jaillissait comme une source d'ombre.

Quand verrons-nous la fin .^ Si nous n'arrivons pas Bientôt, ces pieds meurtris refuseront le pas, O mon âme, et le cœur ne pourra plus te suivre. Car nous sommes partis sans ce qu'il faut pour vivre. Sans autre qu'un bâton d'épine dans la main; Vous m'avez oublié. Seigneur, en ce chemin.

L'aile du doute noir planait sur l'odyssée,

Une pierre d'angoisse émoussait ma pensée,

Quand un homme parut, venant on ne sait d'oij,

Un homme au regard triste, aux traits graves et doux,

Et dont le chef portait un nimbe de misère.

C'était Jésus sous les haillons de Bélisaire,

Et mon cœur à sa vue eut un frémissement.

L'âpre essaim de mes deuils s'envola brusquement;

Un instant, j'oubliai mon mal devant cet autre....

Je versai devant lui du baume de pitié.

Ses yeux étaient en sang, et je les essuyai....

Le sourire éclaira son visage d'apôtre,

Et, bientôt il reprit sa course dans la nuit.

Mais chacun de ses pas changeait l'aspect des choses :

Le firmament de plomb muait en azur rose.

Quelque jour merveilleux s'annonçait avec bruit.

Et, comme si le doigt lumineux de l'aurore

Eût effleuré du même coup tout l'univers.

Le ciel d'encre, les rocs transis, les nids déserts,

Tout cela maintenant vibrait dans l'air sonore.

Et les arbres, tirés de l'engourdissement.

Semblaient des lyres d'un métal d'enchantement.

Or, pendant qu'entouré des rosiers de l'extase,

J'aspirais la beauté du monde comme un gaz.

Je vis, dans l'or encore endormi du matin,

Une Alpe dont le front de neige avait un voile.

Et que le voyageur ébloui du lointain

Eût pris pour un incomparable éclat d'étoile.

Sa pointe flamboyait d'une aigrette de feu

Qui peu à peu s'enfla, monta, gagna le bleu.

Et ce fut, quand rompit le dernier fil d'obstacle,

Un astre de féerie, un soleil de miracle

Dont le rayonnement embrasait l'infini.

La terre palpitait sous un souffle béni,

Le mot d'amour passait des sillons aux fontaines;

Il était dans la brise, il courait dans mes veines

Où se pressaient des flots ardents de charité,

Et, pour marquer son œuvre auguste de bonté,

Le soleil prit ensuite une forme suprême,

Il fut un cœur, le Cœur puissant et créateur

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