‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 26 sur 61 · ANTOINE ORANGER · texte numérisé non relu

ANTOINE ORANGER

Dans les champs de l'azur une étoile a filé :

File, douce étoile filante!

Au bord de ma paupière une larme a perlé,

Larme divine et consolante !

Dans les champs de l'azur une étoile a filé : Va, mon âme, vole à sa suite !

Pour retrouver la Foi, mon cœur inconsolé Comme une aile d'oiseau palpite!

Il demande à l'azur où l'étoile a filé

La route, la route inconnue Où pour toujours a fui cet astre mutilé,

Mais il consulte en vain la nue!

Va, va, suivant la trace où l'étoile a filé.

Va la rejoindre dans l'espace ; Et, comme le sillon par elle profilé.

Pauvre cœur, à ton tour, passe!

Antoine Oranger.

Légende de la petite ville.

tT^^L y avait dans un pays chrétien une " petite ville chrétienne, dont le nom, jadis bien connu, est aujourd'hui universellement oublié.

Pendant longtemps, de graves dissensions dévastèrent TEglise de cette ville. lien résulta un grand dommage pour la foi et pour la vie. Le sel

ayant perdu sa saveur, il y eut une effrayante corruption du cœur et de l'esprit.

Alors le Seigneur, attristé de tout ce qu'il entendait et voyait, descendit lui-même au milieu de ses disciples, et, parcourant leurs assemblées, il répéta partout ces simples mots : Aime^-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.

Sa voix fut entendue. Les coupables reconnurent et déplorèrent leurs errements; des mains longtemps séparées se joignirent dans une fraternelle étreinte; les cœurs tremblèrent d'une même émotion ; et tous les chrétiens de la ville se trouvèrent réunis dans un même désir et dans une même pensée.

L'un d'eux s'écria : L'ennemi, c'est l'ignorance! — Et tous de répondre : Nous ferons briller partout le flambeau de l'Evangile.

Un autre : L'ennemi, c'est le vice! — Et chacun de dire : Formons une sainte ligue pour abattre le vice par le courage, l'exemple et l'amour.

Un troisième : L'ennemi, c'est l'idolâtrie renaissante ! — Mille voix répliquèrent : Si nous sommes fidèles, nos mains la renverseront pour' toujours.

Un quatrième: L'ennemi, ce sont les abus qui déshonorent notre époque! — Alors une immense rumeur retentit: L'Esprit du Seigneur viendra à bout de tout.

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Et chacun se mit à l'œuvre, et ce fut un beau spectacle.

Cependant le diable, qui parcourait le monde, et qui se trouvait non loin delà petite ville, comprit qu'il se passait là quelque chose de contraire à ses intérêts. Il fronça le sourcil et devint inquiet, mais, comme il est fertile en expédients, il ne resta pas longtemps dans l'embarras. Prenant une forme humaine, il descendit à terre, et commença de se promener dans les rues, cherchant divers prétextes pour aborder les passants et même pour s'introduire dans les maisons.

Aux uns il disait: La tunique sans couture du Christ était blanche. Aux autres il disait : La tunique sans couture du Christ était bleue.

Quand il eut continué ce manège pendant tout un jour, il partit et poursuivit son voyage, l'œil brillant de joie, la bouche contractée par un rictus infernal.

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Bientôt toute la ville était divisée de nouveau, et la guerre avait recommencé dans l'Eglise. Le parti des blancs anathématisait le parti des bleus, et le parti des bleus anathématisait le parti des blancs, et chacun se rangeait à droite ou à gauche, selon ses opinions et ses affinités. Quand les Mu-

sulmans, exécuteurs des jugements de l'Eternel, arrivèrent dans le pays, nul ne s'aperçut de leur approche, et ils prirent la ville presque sans coup férir, s'étonnant d'entendre, jusque sous les coups du cimeterre, d'étranges paroles sortir de la bouche de leurs victimes. En effet, les unes criaient en mourant : Elle était blanche ! — Et les autres : Non, elle était bleue!...

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