‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 28 sur 61 · LOUIS GUERY · texte numérisé non relu

LOUIS GUERY

la seconde œuvre, les Ottomans et la monarchie espagnole, pleine de frais tableaux et de portraits vivants. Dès lors Ranke est maître de sa forme, et il commence cette série d'oeuvres artistiques, dont VHistoire des papes est le chefd'œuvre et qui sont certainement le plus bel ornement de la littérature historique allemande du dix-neuvième siècle.*

Antoine Guilland.

Tableaux anglais.

A kensington garden

E parc n'était pas loin de Westbourne Grove ; ils y passaient le meilleur de leur temps, sachant y découvrir de délicieux coins de pré. La foule a ses lieux de prédilection; ils évitaient le pavillon de l'orchestre, les allées fashionables au bord de la Serpentine, le Marbre Arch où les prédicateurs en plein air attirent les badauds, le Rotten Row,

^ Extrait d'un volume en préparation : Les historiens nationaux de l'Allemagne contemporaine.

lyO GENEVE LITTERAIRE

abandonné de ses cavaliers, mais où la church parade circule gravement avec une lourde allure de cortège, en grande toilette et le minuscule livre de prière à la main. Seul, Técho de cette animation pénétrait dans les vastes plaines de Kensington Garden, la vraie campagne, les champs broutés par les moutons qui fuyaient en bonds éperdus à l'approche des fiancés. Car ceux-ci ne suivaient pas toujours les allées, Therbe était trop tentante, et Phœbé, vive, légère ne craignait pas de franchir la barrière, à fleur du sol, qui l'entourait, se laissant aider uniquement pour faire plaisir à Lionel. Alors ils se promenaient en zigzag sous les grands arbres aux branches retombantes qui les cachaient, leur ofl'rant des retraites d'ombre et de fraîcheur au milieu des prairies ensoleillées; ils allaient au hasard, là où la solitude était la plus complète. La croix dorée du monument d'Albert, quelques sommets d'édifice, pignons, coupoles, flèches de clochers apparaissant par-dessus les verdures, rappelaient que la ville était proche, s'étendant comme une ceinture de poussière et de bruit, mais ils ne levaient pas les yeux si haut, ils les baissaient plutôt vers la terre, sur les brins de gazons, les mousses, les fleurettes d'avril dont ils cueillaient des bouquets. L'après-midi se passait ainsi, en errant d'un pas tranquille, s'asseyant sur les bancs, quelquefois sur l'herbe; qu'importait, c'était si désert! D'ailleurs quelque chose existait-il pour eux.

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