‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 35 sur 61 · PHILIPPE MONNIER · texte numérisé non relu

PHILIPPE MONNIER

Les vignes sont en fleur, et parfument la terre

Qui dort sous un manteau de lune et de mystère.

Je lis du droit romain et rêve. Pas un bruit.

Strié de noir, de rose, un papillon de nuit

Va, vient, passe et repasse, et se brûle à la flamme....

Oh ! vers un point qui brille et m'illumine l'âme,

M'élancer d'un essor candide et turbulent,

Ne voir dans l'univers rien que ce point brillant,

Dans l'obscure forêt que cet huis de chaumière.

Me laisser fasciner par sa claire lumière,

Le contempler en face, ébloui mais joyeux.

M'en réchaufl^er le cœur et m'en dorer les yeux,

A son éclat divin obscurcir ma pensée,

Y courir follement tout droit, tête baissée.

Et puis m'en approcher de si près, de si près.

Qu'à la tin, y brûlant mon aile, je mourrais

D'un supplice pareil à quelque apothéose.

Comme toi, papillon de nuit, phalène rose!

Philippe Monnier.

Gavotte.

Dans le vieux salon bouton d'or Tout rempli de mélancolie, Où l'on dirait que le temps don Depuis si longtemps qu'il s'oublie,

La vieille dame aux cheveux blancs, Parfilant l'or de. quelque écharpe.

Les soirs d'hiver tristes et lents Parfois va découvrir sa harpe.

Alors, sous ses doigts effilés.

Elle éparpille au loin les notes, Vibrant avec ces sons perlés Qu'avaient les antiques gavottes.

Elle redit tous les vieux airs

De ce temps de fleurs et de fêtes ,

Où les salons bien moins déserts

Etaient pleins de gens bien moins bêtes;

Où, rose et vert galant, l'Amour N'auscultait point son cœur phtisique, Où chacun lui faisait la cour, Jusqu'au vieux maître de musique;

Où les femmes vivant d'éther Pleuraient en choeur sur la souffrance Et la mort du jeune Werther; Où l'on faisait la révérence;

Où l'habit était de gala, Où les mots étaient moins sincères, Où cet affreux Monsieur Zola N'avait point écrit ses misères;

Où tout, où même la douleur Etait discrète et bien apprise; Où l'on savait tendre une fleur, Mettre un gant et prendre une prise ;

Où l'art ne remplissait pas l'air De cris et de grosse démence, Mais où régnait le style clair.

Le pastel et puis la romance;

Où l'amour parlait à genoux, Où le cœur portait des dentelles, Où les soupirs étaient plus doux.

Et les flammes plus immortelles.

Alors, revivant en esprit

Le doux temps enfui comme un leurre,

Sur la gavotte qui sourit

Voici la dame en noir qui pleure.

Philippe Monnier

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