‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 37 sur 61 · EDOUARD MONTET 2O · texte numérisé non relu

EDOUARD MONTET 2O

un même paysage, de la nature alpestre et de la nature maritime. Lorsqu'on remonte ces golfes étroits, dont quelques-uns s'avancent jusqu'à plus de i5o kilomètres dans l'intérieur des terres, que voit-on et qu'admire-t-on? Une série de lacs salés, se succédant pittoresquement les uns aux autres, lacs profonds, sur les eaux desquels voiliers et vapeurs de haute mer glissent entre les montagnes qui les enserrent, et qui rappellent les Alpes par leurs abîmes, par leurs forêts de sapins entremêlés de bouleaux, et par les neiges et les glaciers qui les couronnent. Ce spectacle grandiose est grave et sombre, mais il est sublime dans sa solitude austère et silencieuse.

C'est aux mêmes causes que la baie de Rio doit sa réputation, que rien ne saurait exagérer. D'où vient l'enthousiaste admiration dont nous avons été saisi, chaque fois que nous l'avons contemplée? De ce mélange de nature alpestre et maritime, enrichi d'un élément nouveau, la nature tropicale.

C'est bien la mer que nous avons devant nous et autour de nous. Du pont du paquebot qui a jeté l'ancre dans la rade, nous voyons une forêt de mâts et de cheminées, des navires semblables aux nôtres, et des voiliers de toute forme et de tout tonnage, dont le nombre n'a d'égal peutêtre que celui des îles grandes et petites dont la baie est parsemée. Les barques de pêche rentrent au port chargées de poissons, et, de loin, nous

assistons aux ébats des requins, dont le dos noir apparaît au-dessus des vagues. Tout, autour de nous, nous dit : c'est la mer!

Mais levons les regards, et portons-les sur l'horizon qui enclôt la baie : partout des montagnes, des pics déchiquetés, des rocs abrupts, des blocs surplombants. Toutprès, c'est le Corcovado(7 1 o""), avec son chemin de fer à crémaillère; plus loin, c'est la Tijuca (1025"^) avec ses cascades; plus loin, c'est la chaîne des Orgues, la Serra da Estrella, et plus loin encore, la Serra da Mantiqueira, dont les plus hautes sommités atteignent près de 3ooo mètres. Tout, autour de nous, nous crie : c'est la montagne, la haute montagne, comme nous aimons à dire en Suisse!

Mais détachons nos regards des sommets, et fixons-les sur les flancs des hauteurs : partout des forêts s'engoufl"rant dans les gorges, s'accrochant aux pentes inaccessibles, se suspendant aux abîmes, forêts de palmiers, de cocotiers et de toutes les essences équatoriales. Dans les vallées qui débouchent sur le rivage, des orangers, des bambous, des cactus, des aloès, et tous les arbustes, et toutes les plantes des pays chauds. Tout, autour de nous, nous dit : c'est la nature des tropiques!

Edouard Montet.

(Brésil et Argentine.)

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