‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 38 sur 61 · MATHIAS MORHARDT · texte numérisé non relu

MATHIAS MORHARDT

LoAuberge,

J'ai goûté tous les biens promis :

Des jours mauvais aux jours meilleurs

J'ai passé lentement, parmi

Tant de jours stériles d'ailleurs ;

Et voici : je sais autre chose.

Je sais la lourde porte close

Sur la révolte nécessaire,

Et sur l'impatience fière

Dont les volontés me poussèrent

Vers la route, en pleine poussière!

C'est l'Auberge posée au coude du chemin ; Un tilleul plein de cris d'oiseaux étend sur elle Le geste de ses longues branches maternelles, Et l'odeur de ses fleurs enchante le chemin.

Ah ! l'orgueil des marches joyeuses 1

L'orgueil d'adorer la lumière

Dans sa subtile et glorieuse

Magnificence coutumière 1

Et l'orgueil d'être en liberté

Dans un domaine illimité

Dont la vision multiplie

Autour du voyageur pensif

Le charme et la mélancolie

De ses horizons successifs !

L'Auberge est au milieu de la plaine, si calme Sous son toit aux larges auvents hospitaliers ; Si calme avec le vieux tilleul, comme une palme. Dont l'ombre rêve autour des hôtes familiers.

S'il me souvient d'avoir couru !

Par la pluie ou le vent, toujours Epris des sites apparus, Toujours jaloux de tout amour, Je fus dans la plaine et les monts L'enthousiaste vagabond.

Et j'eusse crié d'épouvaate Si l'Auberge ou si la prison M'avaient proposé leur savante Et détestable trahison.

L'Auberge est dans un coin caché de la vallée; La tempête autour d'elle outrage les sommets : Dans l'abri sûr, d'où toute angoisse est exilée, L'Auberge rit à la douceur des jours de mai.

S'il me souvient d'avoir vécu !

Mon Dieu! j'ai magnifiquement

Dévoué mon cœur invaincu

A la flamme et à l'élément;

J'ai largement versé ma vie

Sur l'espérance inassouvie

De tout connaître et de tout croire,

Et, le long des chemins ouverts,

J'ai inscrit ma joie et ma gloire

Sur les reflets de l'univers.

L'Auberge, elle est posée au coude du chemin. Un rosier grimpe autour du banc où, chaque soir, L'hôte qui n'ose plus songer au lendemain. L'hôte pacifié et vieilli vient s'asseoir.

Hélas ! hélas I la longue route A désespéré mes pas lents, Et l'Auberge m'appartient toute Avec son toit et ses murs blancs.

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