‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 40 sur 61 · JEANNE MUSSARD · texte numérisé non relu

JEANNE MUSSARD

» Souhaiter un grand nom !... Y pensez-vous, Madame? ^> La gloire est un fardeau trop lourd pour une femme, » Genève d'écrivains est riche, Dieu merci! ^> En admirant l'éclat dont son passé rayonne, •» Comptez tous les fleurons de sa jeune couronne, » Elle resplendira, n'en prenez nul souci.»

Quoi ! ce sont des amis qui parlent de la sorte! « Vous avez du talent, de l'avenir... qu'importe? » Filez, cousez, brodez pour gagner de l'argent; » Si le feu créateur en votre âme s'allume, » Gardez-vous de quitter l'aiguille pour la plume, » Le gain n'est pas acquis au plus intelligent. »

Suivrai-je ces conseils ?... Contre ma destinée Puis-je me révolter? Si Dieu m'a condamnée A mourir quelque jour sur un lit d'hôpital. S'il veut que de la faim je sente les tortures Pour les dépeindre mieux à toutes créatures. Je suis prête à passer par ce chemin fatal.

Te briser, moi !... Jamais ! Sceptre de la pensée ! Tu ne t'échapperas que de ma main glacée. Quand la Mort de son doigt aura scellé mon front. Courage ! entrons en lutte, ô ma plume chérie ! Contre les coups du sort tu dois être aguerrie; Il faut par un succès effacer cet affront.

Jeanne Mi;ssard.

2l8 GENÈVE LITTÉRAIRE

c/l Sultan^ lion dcAfrique.

Sultan, que penses-lu, dans ta cage enfermé, Toi, le roi du désert, toi, dont la voix puissante Répandait autrefois l'angoisse, l'épouvante. Quand on suivait ton pas sur le sable imprimé?

Captif, mais toujours roi jusque dans l'esclavage, O fils du Sahara ! fier lion, rêves-tu — A l'heure où nul ne peut te surprendre abattu De la verte oasis dans quelque lieu sauvage ?

Rêves-tu de la source oix tu venais la nuit. L'œil au guet, épier et dévorer la proie ? Ici, plus de combats, plus d'amours, plus de joie Derrière ces barreaux où le sommeil te fuit.

Quand l'homme, ce tyran dont tu subis l'empire Exploitant ton malheur, t'expose à tous les yeux, Attends-tu, rage au cœur, que cet audacieux Se livre quelque jour, et sous ta griffe expire ?

Ou pour lui ne sens-tu que mépris et dédain ? Non ! tu hais l'oppresseur, qui, protégeant sa race, T'enferme prudemment en trois mètres d'espace, Et t'arrache à jamais de ton sol africain.

Oui, tu dois le haïr... Mais, dans la sotte foule Que tu vois circuler à travers les barreaux. S'il est des curieux, des niais, de froids bourreaux, Tu comptes des amis dans cette humaine houle,

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