ADRIEN NAVILLE
Des hommes que ton sort attriste; des penseurs Trop sages pour nier la divine étincelle Que tout être vivant en son cerveau recèle, Ecoute, ô fier lion ! tes hardis défenseurs :
« Tu seras homme un jour, courageux, invincible, » Disent-ils, «les héros ont été tes pareils. » Celui qui parsema l'espace de soleils, » Et créa le bacille à nos yeux invisible,
» A la loi du progrès a soumis l'Univers. » Tu dois monter aussi, Sultan, monter encore, » De tes destins futurs poindra bientôt l'aurore, » Quand la mort pour toujours aura brisé tes fers. »
Jeanne Mussard.
La Raison.
ES lois de la nature attachent les uns aux autres les biens et les maux par des liens indissolubles. La raison qui nous engage à chercher ces lois, et qui doit nous faire comprendre leur nécessité, nous enjoint ensuite de les accepter et de nous y soumettre. On en sort quand on méconnaît les dépendances nécessaires, et qu'on prétend obtenir un bien sans les maux dont la nature a fait ses compagnons inévitables. Qui veut la fin veut
les moyens, dit un proverbe dans lequel la raison logique se reconnaît elle-même. Non pas sans doute que les moyens soient indifférents, non pas qu'une bonne fin les justifie tous. Il v a des moyens si cruels, si bas, si venimeux, si corrupteurs, qu'aucune fin ne saurait les excuser, et qu'on doit renoncer à viser un but lorsqu'on a reconnu l'impossibilité de l'atteindre sans en user. Mais qu'on ne prétende pas non plus se soustraire à la loi commune, et qu'on sache, quand il le faut, consentir à un mal moindre pour obtenir un bien plus grand. Il resterait toute sa vie un rêveur inutile, celui qui reculerait devant tous les actes dans les conditions ou les conséquences desquels il entreverrait pour lui ou pour d'autres quelques maux.
Ne nuire jamais en rien ni à soi ni aux autres, c'est la morale de l'inaction; faire du bien, faire le plus de bien possible, même au prix de certains sacrifices, voilà le précepte viril et fécond. Et, quand on a mûrement pesé les avantages et les inconvénients, les conditions et les conséquences, les moyens et le but, et qu'après cela on a pris une décision consciencieuse, il faut savoir marcher avec fermeté dans le chemin tracé par la raison. Soutenu par l'espoir du bien plus grand auquel on aspire, il faut savoir s'imposer à soi-même, et imposer aux autres des efforts pénibles, exiger le renoncement à des biens qui semblent légitimes, courber les volon-