E. THURY
(z4u sommet.
li|Tl#çTpoiiRRÂH ! la cime est atteinte, la montagne est vaincue. Parti avant Faube, le grimpeur a devancé le pâtre sur les pâturages endormis; il a gravi les longues pentes aux maigres gazons, aux éboulis cahotants; il a suivi l'interminable moraine; il a assisté sur le haut glacier aux splendeurs du lever du jour, heures d'espérance et de recueillement; il a vu tout autour les sommets les plus rapprochés s'abaisser successivement, et les grandes cimes lointaines surgir à l'horizon. Puis est venue la grimpée vertigineuse d'une arête de rocher où. il a dû déployer toute son énergie pour surmonter la difficulté. Maintenant, sur la cime, il pousse son cri de triomphe ; la victoire est à lui : hourrah !
L'alpiniste, heureux du succès qu'il doit à sa force de volonté, ne veut pas qu'un seul rocher le domine encore. Il se redresse fièrement sur la dernière pierre du sommet. La tête haute, le regard perdu dans l'infini, il semble vouloir monter plus haut encore. Mais non ! il a atteint cette limite entre le ciel et la terre que seule la pensée peut encore franchir.
Au sommet Tair est plus pur, le jour plus resplendissant, la vue plus grandiose, le calme plus parfait, Tesprit plus libre. Loin du tumulte de la civilisation, au-dessus des bruits du monde, au-dessus de tout ce qui est misère, rien ne vient troubler le grand silence de ces régions éthérées. En paix, l'alpiniste peut en jouir, et se plonger dans la contemplation des œuvres du Créateur. Toutes ces cimes qui s'élancent glorieusement autour de lui, c'est la patrie : il les admire et les aime. Beaucoup d'entre elles sont d'anciennes connaissances qu'il se plaît à passer en revue; d'autres réservées à des courses futures se présentent comme des espérances.
Perçant la brume qui couvre la plaine, bientôt le regard du touriste s'abaisse sur les vallées; il semble chercher un point spécial vers lequel il se dirige, comme l'aiguille aimantée vers le nord ; c'est un coin de lac bleu, un clocher, un toit qu'il découvre au loin. C'est là qu'il a laissé ceux qui lui sont chers, et auxquels il voudrait faire partager son bonheur d'un moment.
S'il n'est pas donné à l'homme de pouvoir jouir longtemps des splendeurs d'un monde trop beau pour lui, du moins lui est-il permis d'y faire quelques incursions, et d'en rapporter une gerbe de souvenirs qu'il gardera précieusement jusqu'à son dernier jour.
E. Thury.
(Echo des Alpes).