‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 47 sur 61 · D. TISSOT · texte numérisé non relu

D. TISSOT

Ce fut le dernier mot. L'éclat de la journée

S'éteignait. Du brouillard, la poussière entraînée

En vagues tourbillons, de partout arrivant,

Glissait dans le vallon, sur les souffles du vent.

Plus de ciel ; plus de cime au lointain qui se dresse ;

Plus de chaude lumière: au cœur, plus d'allégresse.

Un long voile grisâtre agitait ses replis.

Il faisait froid. Pensif, le chasseur avait pris

Le sentier qui serpente à travers la bruyère.

Le fusil sous le bras ; au dos la gibecière

Peu garnie, et sans voir les cailles, les tarins

Qui — jamais si beau jour ! — volaient sur les chemins.

Il s'en allait songeant aux douleurs de sa vie.

Comme l'âme qui fuit, par une ombre suivie. On dit qu'il aperçut en vision flotter La bergère, dans l'air, qui sembla s'arrêter; Mais de tant de vertus saintement entourée. Et de chaste candeur si fraîchement parée.

Qu'il n'osa lui parler. Il se tut de regret

Ou de remords ? hélas, un ange seul le sait.

Le chasseur regagna le manoir aux tourelles,

A l'heure où, près du nid, viennent les hirondelles.

D. TissoT.

Champel, près Genève.

GENEVK LITTERAIRE

Taysages de UH^rmandie.

ES brises viennent de la mer. Ces brises dont il est parlé dans M"^^ Bovary^ qui roulent leurs rafales sur tout le pays de Caux. Je suis seul, je marche en pleine campagne , m'éloignant de la falaise, et, toujours plus lointaine, j'aperçois là-bas, la mer, — la mer éternelle, et qui semble infinie. Cest une journée de soleil, il y a de la joie dans Tair. La mer a des accalmies de lac suisse. Sous cette lumière, elle est bleue, d'un bleu très doux, d'un bleu éteint de gris, cerné pourtant à l'horizon d'une ligne foncée et bien définie. La mer est paisible, la mer est souriante ; elle a des voiles blanches et des lointains de brume ; elle a l'attirance et le mystère et la grâce d'une femme endormie. Aujourd'hui, elle semble enjôleuse, compatissante pour l'homme... Mais les soirs d'orage ? Mais la folie des vagues déferlées et hurlantes? Est-ce un songe? Comment, ce même océan, bercé par la douce brise, sous le soleil d'août, peut-il se tordre et rouler ses furies dans l'épouvante des nuits de tempête ?

Le vent souffle, — de gros corbeaux noirs.

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