AUGUSTE BLONDEL
très occupée. Mais la naissance d'un enfant dérange ses prévisions, lui fait délaisser ses malades. Elle constate avec étonnement que la science ne l'intéresse plus, que son mari, est charmant,,... et elle transforme son cabinet pour le consacrer aux ébats de son bébé: lorsque sur le seuil apparaît le Docteur Fournier:
— Ciel ! que les maris sont peu intelligents ! s'écria la jeune femme.
Elle se mit à rire, comme on n'avait jamais ri dans ce sanctuaire de la science; toujours riant, elle alla déposer sur un fauteuil une pile de livres ; puis, s'approchant du docteur :
— Pour que tu comprennes, faudra-t-il donc que j'écrive sur la porte de mon cabinet : « Cessation de commerce pour cause... »
Et lui jetant ses bras autour du cou, les lèvres à son oreille, elle acheva dans un murmure :
— « Pour cause de bonheur? » grand
nigaud !
D^J. Blanchard.
La V^it,
Fiévreux, sans trouver le sommeil.
Quand je m'agite sur ma couche.
Je te maudis, ô nuit farouche!
Je songe aux splendeurs du soleil.
Au rayon doré qui flamboie Prodiguant la vie et la joie!
Pour toi, nul ne te voit venir Sans un frémissement dans l'âme; L'esprit du mal seul te réclame.
Est-ce un instinct, un souvenir?
Même l'animal solitaire Frissonne à l'heure du mystère,
Quand l'ombre descend lentement, Le troupeau brame après l'étable; Quelque chose de redoutable,
Un funèbre pressentiment Pèse sur la nature entière :
C'est le regret de la lumière.
Tu t'approches, reine de mort!
Et sous la terreur qui l'oppresse Le monde a perdu l'allégresse.
Une lourde torpeur l'endort; Dans ces ténèbres solennelles Les oiseaux ont fermé leurs ailes,
Et partout un silence épais 1
Plus de chant; sur les fleurs vermeilles
Plus de bourdonnement d'abeilles.
Mais ce calme n'est point la paix : De la terre une plainte immense S'élève malgré le silence ;
C'est le cri de l'humanité, Le cri des vaines espérances.
De la misère, des souffrances.
Qui monte dans l'obscurité!
Car presque sur chaque demeure On peut écrire : « Ici l'on pleure...