‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 6 sur 61 · AUGUSTE BLONDEL · texte numérisé non relu

AUGUSTE BLONDEL

L'on pleure ou veille avec effroi. »

Si des mains travaillent dans l'ombre C'est à quelque besogne sombre;

A cette heure le crime est roi!

L'homme en sa maison, la fauvette Au bord de son nid, chacun guette.

Mais l'hôte qu'on n'écarte pas.

Et qui trompe les sentinelles, C'est le remords aux dents cruelles 1

Nuit sombre, il s'attache à tes pas.

Et l'on dirait que tu te railles Tandis qu'il fouille en nos entrailles!

Oh! ces minutes de la nuit.

Quels siècles de mortelle angoisse!

Il semble que la terreur croisse

A chaque souffle, à chaque bruit...

Enfin traversant le silence

Un appel triomphant s'élance :

Le cri du coq a retenti !

Alors, bien qu'il soit nuit encore.

Sentant que va venir l'aurore,

L'être vivant, grand ou petit, Délivré de l'horrible étreinte.

Frémit d'une espérance sainte!

La feuille et le brin de gazon Redressent leur tige écrasée Par la glaciale rosée;

La fleur, qui servait de prison A l'insecte, ouvre ses pétales.

Le ciel prend des teintes d'opale;

Du fond des eaux, du fond des bois La terre, en extase, et ravie.

Entonne un cantique de vie,

O bonheur! Encore une fois J'applaudis à ton agonie Nuit maudite, sombre génie!

Auguste Blondel.

Le Fantôme,

Conte du 31 décembre.

Page 1