PIERRE VAUCHER
mes et des choses, son humeur conciHante et son affabihté de tous les instants, une influence telle que rien désormais ne la remplacera.
Comme historien, indépendamment du grand ouvrage sur l'abbaye de Zurich, qui fonda jadis sa réputation, M. de Wyss avait ouvert, sur plusieurs points des voies nouvelles à Tétude du xiii^ et du xiv^ siècle, publié dans toutes sortes de recueils, quantité de mémoires et d'articles aussi attrayants qu'ingénieux, et porté jusque dans les recherches les plus minutieuses quelque chose de cette inspiration patriotique qui faisait l'âme de tous ses travaux. Mais qu'est-il besoin d'entrer plus avant dans le détail de son oeuvre? L'essentiel n'est-il pas de s'attacher à ce qu'il a été plutôt encore qu'à ce qu'il a fait? Or, parmi les qualités si précieuses que nous admirions en lui, — largeur et netteté du coup d'œil, fermeté du jugement, droiture antique de la conduite, charme pénétrant de la conversation, dignité, simplicité, modestie même de la vie privée, — il en est une surtout que les membres de la Société générale d'histoire n'oublieront jamais : la bonté parfaite, la complaisance infinie dont il usait envers le moindre de ses collègues. Sa correspondance était immense, sa facilité de relations prodigieuse, son temps à la merci de quiconque recourait à ses lumières. Et maintenant que Georges de Wyss n'est plus là, nous ne savons que trop, nous qui touchons
à la vieillesse, combien son grand savoir et son grand cœur vont nous manquer.
Cette notice, venue après tant d'autres, n'a pas la prétention de juger en quelques mots la méthode scientifique de notre vénéré confrère. Qu'on me permette seulement un souvenir et un hommage.
M. de Wyss, qui avait commencé par les sciences dites exactes, possédait au plus haut degré le talent de discerner avec précision les données essentielles d'un problème, et d'en résoudre l'une après l'autre les inconnues. Plusieurs de ses monographies — voyez, par exemple, les trois articles qu'il a publiés en 1866-1867 sur la paix de Ratisbonne de i355 — sont, à cet égard de véritables modèles. Parfois cependant, au moins dans l'intimité, l'intuition rapide qui résulte d'une longue pratique le dominait à son insu ; parfois aussi, comme dans certaines controverses, les tendances conservatrices de son caractère semblaient émousser quelque peu la rigueur native de sa pensée. Il traitait avec plus d'indulgence que d'autres critiques (un Albert Rilliet, un Maurice de Sturber) les récits enfantins de nos chroniqueurs; et bien qu'il ait lui-même admirablement défini les limites qui séparent le domaine de l'histoire de celui de la légende, il lui est arrivé ici et là de les franchir, tantôt pour chercher du côté de l'histoire l'explication première de ce qu'on nomme à tort, selon moi, la « tra-