‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 7 sur 61 · A EMILE YUNG · texte numérisé non relu

A EMILE YUNG

'est la nuit de la Saint-Sylvestre.

Quelques bons amis et moi, Victor Gobardin, tous célibataires endurcis, nous nous sommes donné rendez-vous dans un de nos plus sélect restaurants, avec l'intention bien légitime de festoyer en Thonneur de Tan nouveau.

Cristi ! quel copieux réveillon ! Tout à fait chic, le menu ! En fait de vins, les plus grands crus! Comme liqueurs, les premières marques! Le souper touche à sa fin. Nous sommes d'une gaîté désordonnée. Les bons mots et — surtout — les bêtises les plus drôles ou les drôleries les plus bêtes partent, se croisent, éclatent, rico-

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chent en tous sens. Et ce sont des pâmoisons de rire, des bouffées d'hilarité à n'en plus finir.

Mais — chose singulière! — Tun de nous lâchant je ne sais quelle plate facétie à propos de la vie future, notre conversation à bâtons rompus prend subitement, grâce à Mussol, un tour grave que, rinstant d'avant, nous eussions juré impossible. C'est que Mussol n'a garde de laisser tomber ces paroles inconsidérées ; il se hâte d'enfourcher son éternel dada: le spiritisme. Et le voilà qui chevauche en plein dans l'au-delà mystérieux, nous entraînant tous à sa suite.

Ce qu'il nous débite d'ébouriffantes histoires de « l'autre monde » est inimaginable. Et avec quel feu! avec quelle conviction! A peine si, de loin en loin, il prend le temps de se lubrifier le gosier d'un verre d' Asti spumante.

Seul, Vieubert — le sceptique Vieubert — larde l'ami Mussol d'épigrammes ratioci natives; mais celui-ci, qui est un garçon d'esprit — dans les deux sens du mot, — ne se laisse pas prendre sans vert: il a réponse à tout.

Moi, j'observe une attitude neutre, cherchant à démêler le vrai du faux. Mais, je dois l'avouer, je ne puis me défendre d'un certain frisson aux récits de Mussol, car je ne suis guère éloigné de croire que cest arrivé...

L'année compte un peu plus de trois heures lorsque je regagne mon logis.

Il fait un froid de loup, et la nuit est noire comme de Tencre. Le clignotement des becs de gaz rageusement secoués par une bise aigre ne parvient pas à jeter quelque clarté dans ces ténèbres.

Je presse le pas, le capuchon de ma pèlerine rabattu jusque sur mon nez. Je me sens un peu... agité. Est-ce l'effet de nos libations répétées ou bien celui des anecdotes macabres de Mussol?...

Il me tarde de retrouver ma chambre de vieux garçon, où mon chouberski doit avoir entretenu une douce chaleur, et — c'est l'essentiel — où m'attend un bon lit, au fin fond de l'alcôve.

Enfin, j'arrive. Je gravis mes deux étages en tâtonnant... Me voici heureusement chez moi... Ha! ha! il fait meilleur ici que dehors... Sapristi ! il fait même rudement chaud. Mais, bah ! je ne crains pas cela, moi... Où sont donc mes allumettes?... Pas moyen d'en découvrir une!... A la rigueur, je puis m'en passer. Le temps de me déshabiller et de me fourrer entre mes draps.. Hâââ! qu'on y est bien !

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... Impossible de fermer l'œil. C'est la faute de cet animal de Mussol!... Que diantre avait-il besoin de nous narrer ses «machines» ? — Ses

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médiums, ses esprits frappeurs m'ont frappé l'esprit. Ses pythonisses, ses tables tournantes me font tourner la tête, à moi.

Tout à coup ! un craquement sec me fait faire un sursaut dont mon lit gémit formidablement à son tour. Un instant, je reste saisi, le souffle suspendu ; mais je finis par me calmer un tantinet... quand un second craquement, plus retentissant que le premier, me secoue de nouveau de la tête aux pieds... puis un troisième, un quatrième, coup sur coup...

Certes, je ne suis pas poltron ; d'ordinaire même, je ne manque ni de sang-froid, ni de présence d'esprit, mais, en la circonstance, je ne suis pas maître d'un certain émoi.

Par bonheur, mon courage naturel reprend bientôt le dessus ; je me décide à aller explorer l'endroit d'où me semblent partir ces bruits insolites, inexplicables, là-bas, dans le coin opposé à mon alcôve, à contre-jour de la croisée.

Je me lève donc, et, le cœur secoué de soubresauts extravagants, j'avance à tâtons, n'ayant pour tout éclairage que la tremblotante lueur que, d'en-bas, m'envoie un lointain réverbère...

Horreur!... En arrivant près de la baie de ma fenêtre, j'aperçois... là, devant moi... à quelques pas, dans le sombre absolu de l'angle, j'entrevois une ombre blanche, à peine estompée, qui semble se mouvoir à ma rencontre...

Je n'en puis douter: c'est bien un habitant

d'outre-tombe que j'ai sous mes regards, un véritable esprit, — j'allais dire en chair et en os, — un de ces purs esprits dont Mussol affirme l'existence...

Soudain, une émotion intense m'étreint le cœur!

Cette ombre, cette vapeur, cette buée, je la reconnais. C'est mon frère, mon pauvre Jean, mort il y a tantôt deux ans. C'est lui!... C'est bien lui, enveloppé dans son suaire!...

Ma foi ! — je le confesse, — un long frisson me sillonne tout le corps... je n'ai plus une goutte de sang dans les veines... mon front se couvre d'une sueur froide... mes cheveux se hérissent... mes yeux se dilatent outre mesure... je suis glacé de stupeur!...

Pourtant, une fois encore, je parviens à me ressaisir en pensant qu'il n'est pas d'exemple qu'un trépassé ait fait du mal à un vivant, à plus forte raison quand ce mort fut votre frère bienaimé avec qui l'on eut tant de ressemblance, au moral comme au physique. A moitié rassuré, je vais donc au devant de lui, mais avec circonspection, cependant, et sans hâte.

Insondable mystère ! — à mesure que nous nous rapprochons l'un de l'autre, sa forme à lui semble s'évanouir, s'effacer... Et voilà que, lorsque je suis dans la complète obscurité de l'angle, le spectre «s'éteint» tout à fait... Plus rien! plus rien du tout !

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Va-t-il reparaître?...

Après un moment d'attente vaine, je prends le parti de rentrer dans mon alcôve. Mais, parvenu au milieu de la chambre, attiré par une force surnaturelle, je me retourne involontairement, et là !... là !... à la même place qu'auparavant... le spectre est là qui me regarde!...

Et comme pour augmenter, semble-t-il, le désarroi de ma raison, à l'instant même un craquement inopiné me fait frémir avec violence... C'est à en devenir fou !

Décidément, il faut que j'en aie le cœur net ! Je reprends le chemin du recoin mystérieux, et le même incompréhensible et troublant phénomène se produit : plus j'avance, plus le fantôme se fond, s'évapore... Alors, comme je ne veux pas que, cette fois, il m'échappe avant que j'aie pu me rendre un compte exact de sa nature, je m'élance de toutes mes forces, les bras en avant, pour le saisir « au vol », en l'appelant à tue-tête : « Jean ! mon Jean ! »

Un assourdissant vacarme de verre brisé répond à mon étreinte ; en même temps, un cri de douleur m'est arraché par une intolérable sensation d'entailles profondes faites dans ma chair.

A tout ce tintamarre, mon hôte accourt effaré, un bougeoir à la main.

— Eh bien! M. Gobardin, on a donc un peu trop bamboché ?

Mon premier mouvement, quand la pièce est éclairée, est de sonder du regard la place où j'ai vu — car j'ai l'inébranlable conviction de n'avoir pas été le jouet d'une hallucination — où j'ai vu, de mes yeux vu, cet esprit, ce spectre, ce fantôme, ce revenant, — appelez-le comme bon vous semble.

Jugez de ma stupéfaction!... C'est dans une armoire à glace que je viens de donner du visage et des bras.

Mais d'où diable sort cette ébénisterie de sapin, avec sa saint-gobain de pacotille ?

Devinant mon interrogation mentale, mon propriétaire me donne sur-le-champ le rriot de la cruelle énigme.

— Excusez-moi, M. Gobardin... j'ai cru pouvoir me permettre d'entreposer cela, jusqu'à demain matin, dans votre chambre, qui est un monde... Ce sont les étrennes de ma femme.

— Jolies étrennes, à cette heure!

Tout s'explique. Les bruits sinistres qui m'ont fait tressaillir si fort provenaient tout bêtement de ce meuble dont le bois, mal sec^ travaillait ferme, grâce à la température de mon domicile.

Quant au revenant, — vous l'avez déjà compris, — ce n'était rien autre que ma propre image réfléchie par le miroir. Ce semblant de spectre apparaissait ou disparaissait selon que j'étais ou non éclairé par la lumière diffuse de la rue; je le voyais quand je me trouvais dans

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Taxe de ma fenêtre ; je ne l'apercevais plus du tout dès que j'étais plongé dans la partie tout à fait enténébrée où est Tarmoire.

Et puis — on peut bien le dire, n'est-ce pas? — les fumées de notre « balthazar » sont peut-être pour quelque chose dans tout cela.

Mon nez balafré, mes poignets tailladés, ma bourse saignée à blanc — pour payer la casse, — tout cela guérit du coup et pour toujours ma fièvre spirite.

— Ah! gros farceur de Mussol! tu peux dorénavant me raconter tes histoires les plus palpitantes, les plus noires, les plus abracadabrantes ! Foi de Gobardin ! je te défie de me faire jamais éprouver autre chose qu'une invisible envie de rire!

Entre tes esprits et moi, la glace est désormais rompue.

Louis Bogey.

Tropos de Touriste.

E que j'ai vu ne sortira pas de ma mémoire; seulement, quand je veux parler, tantôt les expressions me manquent, tantôt je trouve insuffisantes celles qui me viennent à Tesprit. De la pyramide altière où j'avais porté mes pas, le ciel semblait plus vaste, plus profond, plus riche en étoiles... Mais déjà leur éclat diminue. Une ligne blanchâtre se dessine dans la direction de Test, prenant peu à peu ces colorations chaudes qui font le désespoir des peintres. Immense, l'horizon que ma vue embrasse. Ils sont là, les suzerains de cette féodalité minérale qui reste debout, alors qu'en bas, niveleurs que nous sommes, nous renversons les derniers vestiges du régime ancien; ils sont là, le Mont-Blanc, le Mont-Rose, la Jungfrau, les trois géants dont la silhouette de marbre se découpe sur le bleu du ciel. Tout à coup, leur front s'illumine; les flammes de l'astre invisible à mes regards les baignent d'une clarté idéale, les nimbent d'or, de rose et de pourpre. Cette féerie ne dure que quelques minutes, les ombres cèdent partout à l'étreinte du vainqueur, dévalant dans les précipices, se perdant au fond

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des couloirs, caressant Tépaule des glaciers frileux, tandis que Toiseau lance ses notes perlées, que le chamois quitte sa retraite et que le pâtre hume avec délices Tair vivifiant du matin.

Je ne chercherai pas désormais d'autres satisfactions, d'autres remèdes contre la fatigue et l'ennui. Naples m'offrirait les magnificences de son golfe enchanteur. Vienne son Prater, Constantinople ses mosquées, que je vous resterais fidèle, Alpes de Suisse et de Savoie, oui, fidèle, en dépit de tout. J'ai regagné mes pénates, non point las, mais alerte, dispos et plein de gratitude envers le Créateur, dont la sagesse n'a pas copié le relief de notre vieux monde occidental sur celui des steppes de la Russie. Le miracle de mon entière résurrection opéré, dans l'espace d'une semaine, c'est pour rien. Parti faible, blême et grincheux, je suis revenu restauré, oxygéné, riche de vaillance et de belle humeur. C'est que, libre de toute contrainte, j'avais cheminé au gré de mes caprices, le long des crêtes pierreuses, sous la pluie des cascatelles, sur la mousse du sentier tracé par les chèvres vagabondes, trempant mon cerveau dans le fleuve de vie qui descend des sommets, faisant un vœu, vœu d'une âme éprise de votre incomparable nature, cimes valaisannes, gorges du Hasli, vallons de la Gruyère, celui d'élire domicile en pleine montagne et d'y étancher ma soif aux sources du vrai, du simple et du beau.

Voilà pourquoi, lorsque juillet ramène les

longues journées, vous me voyez fuir vers les lieux qui furent les témoins de mes exploits juvéniles. Là, je savoure des joies saines et pures dont je bénis l'Eternel. Leur préférer les plaisirs que multiplie le raffinement de notre civilisation, quelle erreur, quelle sottise! J'essaie de me l'expliquer, mais sûr que je n'y parviendrai ni aujourd'hui, ni demain, lors même que j'aurais appris à distinguer, comme les disciples de Bouddha, « les trois degrés de l'extase, les quatre vérités sublimes, les cinq voies de l'existence, les six formes de la sagesse éminente, les sept substances sacrées et les huit états successifs de la pensée affranchie ». Nous souffrons, nous gémissons, la race dégénère, les volontés fléchissent, l'entrain diminue, et nous ne songeons pas que le Sanatorium est à nos portes, construit par un Architecte qui doit prendre en pitié les ruches mesquines où s'agitent les humains!

Vive donc notre Suisse, quoique bien changée depuis les jours de Tœpffer! Il y a des transformations que la poésie regrette ; sa plainte les rendra-t-elles moins brutales et moins nombreuses? Acceptons-les, des forces nouvelles n'utilisant que ce que nous jugeons convenable, gardant notre pleine liberté, nos principes et nos sympathies, notre sac et notre bâton, ces amis de la bonne et de la mauvaise fortune. Au sein d'une civilisation que n'arrêtent ni les sommets de l'En-

CHARLES BONIFAS Sy

gadine ni les glaces du Wetterhorn, restons nousmêmes, à moins que nous ne voulions finir comme ces hyménoptères trop gourmands qui meurent asphyxiés dans les délices d'un pot de

confitures.

J.-L. BoissoNNAS, past.

Soir joyeux.

La nuit majestueuse étend sa draperie Sur le jardin étroit, clos de vieux murs penchants, Et qui forme, au milieu du grand désert des champs, Une île de parfums solitaire et fleurie.

Près de moi se sont tus tous les bruits familiers; Mais j'entends au lointain l'océan de la vie Qui jette les rumeurs du mal et de l'envie Dans les souffles des vents puissants et réguliers.

La sereine fierté des choses me pénètre;

Mes heureux souvenirs palpitent sourdement :

Le ciel illuminé verse un apaisement

Qui descend jusqu'au plus intime de mon être ;

Et je vois, entouré de rêves attendris,

Parmi la horde humaine aux souffrances livrées,

La douce nuit poser de sa lèvre sacrée

Un baiser maternel sur tous les fronts meurtris.

Le chemin désert

xNeuf, à peine achevé, traversant des jachères, Ce chemin s'allongeait sinistre et désolé ; Comme dans un désert j'y marchais isolé, Pour compagnes n'ayant que mes visions chères.

Dans l'infertile plaine, il s'en allait tout droit, Recouvert d'un tapis de pierres et de sable ; Et, comme un corps où court la lèpre ineffaçable, Un gazon jaune et sec le tachait par endroit.

Sur son aridité, sur sa mélancolie.

Le soir silencieux jetait son manteau gris, Et la campagne morne, immobile, sans cris, Semblait y concentrer sa tristesse infinie.

Hélas! ceux qui l'ont fait, l'imaginaient pourtant Bordé d'arbres touffus, d'aubépines fleuries. De maisons, de jardins remplis de causeries D'où le rire devait s'envoler en chantant!

Ils le voyaient plus doux qu'une écharpe de soie; Occupé tout le jour par des oiseaux heureux, Et livré chaque soir aux couples amoureux Aux yeux étincelants, aux fronts nimbés de joie !

Et je pensais : la Vie est un chemin banal, Qu'après avoir rêvé plein d'ombre et de verdure. On trouve dépouillé par la haine âpre et dure, Et creusé sous les pas des douleurs et du mal.

CHARLES BONIFAS Sq

Les yeux bleus.

L'âme, on l'a dit souvent, dans les yeux se dévoile ; En effet, dans les yeux tout monte : les regrets, Les craintes, les chagrins douloureux et secrets, L'amour qui resplendit comme un rayon d'étoile.

Or, les yeux que j'ai vus hier, ces grands yeux bleus Dont le regard candide attire et tranquillise, Quelle âme cachent-ils dans leur douceur exquise ? Que reflète au dehors leur azur merveilleux ?

Sans doute un lac dont nul n'a visité la grève. Un lac frais, sans écueil, sans plis, sans aquilons, Où, creusant de légers et fugitifs sillons, Nagent royalement les beaux cygnes du rêve.

LEpouse.

Depuis qu'elle a franchi le seuil de la demeure, Oii l'ennui dans les coins tissait son voile au mur. Le logis s'est tendu d'un large pan d'azur Pareil au blond matin après la nuit qui pleure.

Depuis que la fraîcheur de son rire descend Comme un souffle chargé de printaniers arômes. L'esprit du jeune époux libre de ses fantômes Est comme un bois flétri qu'Avril pare en passant.

Elle a, dans cet esprit, répandu les richesses De sa raison, de ses gaîtés, de sa candeur; Noble et grave, elle met une adorable ardeur A conjurer en lui l'ancien froid des tristesses;

Et lui qui s'enivrait d'un songe trop amer. Lève aujourd'hui le front, ébloui par la joie ; Il voit les lys tombés refleurir sur sa voie Où marche auprès de lui son idéal fait chair.

Et, poète embrasé, qui d'un rien s'extasie. Frémissant comme un luth par une aile effieuré, Il a placé l'épouse, être auguste et sacré, Dans une haute gloire, et dans la poésie.

En strophes où son nom cent fois est répété, Il la fête et l'exalte ; il crie au vent qui passe : Elle est la paix, elle est le charme, elle est la grâce. Elle est la certitude et la sécurité.

Elle est le frais ruisseau, désir du sol stérile, L'ombre où le voyageur accablé va s'asseoir, La bonne lampe autour de laquelle le soir. On se groupe inondé d'une clarté tranquille.

Elle est le chant d'oiseau déroulé dans la nuit, Elle est la fleur d'argent dans l'épaisseur de l'herbe, Elle est le jeune et vert sapin toujours superbe, Même lorsque l'hiver souffle son vaste ennui.

Elle est le port durant les chagrins et les crises. L'abri des lâchetés et l'oubli des trompeurs; Elle est le grain d'encens dont les tièdes vapeurs Imprègnent de parfum le granit des églises ;

L'Eden splendide où plane un perpétuel jour, Où dans les airs émus des concerts se répandent. Où les roses d'extase aux doigts ravis se tendent, Où palpite le flot des profonds lacs d'amour.

Charles Bonifas.

(Chansons douces.)

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