‹ Genève litteraire contemporaineChapitre 8 sur 61 · HENRI BROCHER DE LA FLECHERE · texte numérisé non relu

HENRI BROCHER DE LA FLECHERE

La Femme,

ON VENONS-EN franchement : les aptitudes de la femme ne sont point inférieures aux nôtres, elles sont seulement différentes. C'est parce qu'elle sent ce que nous ne sentons pas, qu'elle ne supporte pas ce que nous supportons. Les missions des deux sexes se complètent en s'opposant l'une à l'autre, comme la grâce à la loi, comme la charité à la nécessité, comme le sentiment de ce qui est bien et le sentiment de ce qui est possible. Nous sommes la base brutale, la femme est la couronne délicate et fragile ; elle accomplira ce que nous ne pourrons qu'ébaucher. Pendant que nous luttons avec la réalité pour assurer les conditions indispensables de l'existence, elle tient en réserve pour nous restaurer, la poésie, l'idéal, l'affection, tout ce qui fait le charme de la vie. Tandis que nous associons nos haines pour combattre l'ennemi commun, elle se prépare à panser nos blessures.

Alors que nous errons éperdus au milieu de nos dissensions désolantes, de nos négations prématurées, elle, d'autant plus capable d'apprécier nos théories qu'elle n'a pris aucune part à leur formation, discernera les partis-pris condamna-

bles d'avec les scrupules légitimes. Elle retrouvera ces épaves impérissables qui surnagent toujours dans tous les prétendus naufrages de notre foi et de nos espérances. Nous avons le bras qui exécute , la tête qui calcule et combine les moyens ; mais c'est à elle d'assigner le but à nos efforts, car elle a le cœur, d'où viennent vraiment toutes les grandes pensées. Et l'on peut dire, non pas toujours, mais souvent : ce que femme veut. Dieu le veut. Dans le monde à venir, la religion le dit, la science le confirme, les derniers seront les premiers. Pourquoi la femme, la dernière venue des créatures, qui n'a pas encore sa place dans la société, n'aurait-elle pas, elle aussi, ses grandes destinées?

N'oublions pas seulement que c'est le sort des meilleures choses de devenir les pires de toutes en se corrompant. La séductrice n'est qu'une inspiratrice dévoyée. Si la femme est pure, la société tout entière reste pure. Si elle tombe, elle nous entraîne tous dans sa chute. C'est par la femme, nous dit la tradition religieuse que le péché est entré dans le monde ; c'est par la femme, répète à satiété l'histoire profane, que la décadence envahit les nations. Aussi ne craignons-nous pas de lui imposer de grands et sévères devoirs ; c'est la meilleure manière de l'honorer. Seulement, donnons-lui la protection et les privilèges dont elle a besoin pour remplir sa tâche.

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