GENEVIÈVE REVOIT SES PARENTS
qu'elle pût former encore ici-bas, c'était de revoir ses parents. Tout à coup on les vit arriver... Après les premiers transports de joie, le respectable duc s'écria, comme jadis Siméon : « Maintenant, Seigneur, vous laisserez partir votre serviteur en paix! » Et la pieuse duchesse, en embrassant sa fille, ajouta avec la même émotion que Jacob : « Actuellement je mourrai volontiers, puisque tu vis encore, et que ton innocence a été reconnue. .» Apercevant Béiioui, ils s'écrièrent :
— C'est donc là notre petit-fils ? oh ! viens, viens dans nos bras.
— Dieu te bénisse, aimable enfant! dit la duchesse en le prenant dans ses bras, et le couvrant de baisers.
En ce moment, le pieux évèque s'approcha de Geneviève. Eq l'apercevant tout à coup, elle crut voir un messager des cieux. Le saint homme, après avoir présenté ses félicitations au comte et à la comtesse, ajouta d'un ton inspiré :
— Le Seigneur a accompli ce que mon âme avait pressenti, lorsque je vous donnai la bénédiction nuptiale. Il vous a fait éprouver de grandes infortunes, mais c'était pour vous préparer un grand bonheur. Il a dirigé les événements tout autrement que nous ne l'aurions pensé ; contre toute attente, il vient de nous réunir au pied de l'autel, comme nous l'étions le jour de votre mariage, mais d'une manière miraculeuse. Heureux celui qui sait soutenir dignement l'épreuve du malheur, car, s'il en sort pur et vertueux, il reçoit la couronne de vie, que Dieu a promise à tous ceux qui l'aiment !
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^NE foule de personnes de tout rang désiraient voir Geneviève et lui présenter leurs hommages. Sensible à ces marques d'attachement, elle défendit qu'on refusât l'entrée à personne, même aux plus humbles.
Geneviève, vêtue de blanc, était assise dans un fauteuil ou sur un lit de repos. Sa figure avait une si angélique expression de piété et de douceur, qu'elle semblait environnée d'une auréole céleste. Elle avait toujours quelques paroles bienveillantes à dire aux personnes qui venaient la voir, et ces paroles restaient gravées dans leur cœur. — Mes amis, disait-elle d'une voix touchante, je suis sensible à votre empressement, et je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à mon bonheur. Hélas! je vois bien que vous n'êtes pas non plus exempts de peines. Rassurez-vous, aimez Dieu, confiez- vous en lui, et ne vous découragez jamais. Quand tout semble perdu, Dieu peut encore nous assister. Vous le voyez par les événements de ma vie. Sachez vous contenter du peu que vous avez, car l'indigence n'exclut pas le bonheur ; c'est ce que j'ai appris dans le désert. Quelque pauvres que vous soyez, vous ne l'êtes pas autant que je le fus durant sept longues années. Vous avez une chaumière, des habits, un lit, et en hiver du feu pour vous réchauffer. Que faut-il de plus à l'homme pour vivre heureux? N'attachez pas votre cœur