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voyant : Celte enfant sera un jour une femme bien extraordinaire.
A dix ans, elle se rendait souvent à l'église avec ses parents. L'ineffable expression de piété peinte sur son visage, l'innocente rougeur qui colorait ses joues, les longues boucles blondes de ses cheveux, sa robe blanche comme la neige, et surtout ses beaux yeux bleus tournés vers le ciel lorsqu'elle priait, la faisaient ressembler à un ange. Geneviève, en effet, était un ange de consolation, visitant les pauvres et les malades dans leurs humbles cabanes. Elle portait aux enfants des vêtements qu'ellemême avait confectionnés pour eux, et distribuaient aux malheureux les pièces d'or que son père lui donnait. Matin et soir, elle se rendait, sans être aperçue, un petit panier au bras, chez les malades, leur apportant quelques aliments fortifiants, parfois aussi des fruits savoureux, et dont elle aimait à se priver pour les donner aux malheureux.
Geneviève devint, en grandissant, un modèle accompli de candeur et de beauté ; toutes les mères la proposaient à leurs filles, comme un vivant exemple de piété, de modestie, de douceur, et de toutes les vertus de son sexe.
Le comte Sigefroi, gentilhomme plein de bravoure et de nobles sentiments, sauva dans une bataille la vie du duc de Brabant. A la fin de la guerre, le père de Geneviève engagea ce seigneur à passer quelques semaines dans son château. Le duc de Brabant y apprit encore mieux à connaitre le brave Sigefroy, finit par l'aimer, comme s'il eût été son propre fils, et lui donna sa fille en mariage. Le départ des deux jeunes époux pour le château du comte, occasionna une désolation générale dans le palais ducal et dans tous les environs. Geneviève ellemême, quoiqu'elle aimât tendrement son époux, ne put retenir un torrent de larmes. Le duc la serra une dernière fois sur son cœur, et lui dit en pleurant :
— Tu vas donc nous quitter, chère Geneviève? Ta mère et moi sommes déjà bien vieux; qui sait si lu nous reverras jamais? Mais Dieu sera toujours avec toi. Soislui fidèle en toute chose, observe toujours ses saints commandements. Si tu persévères dans la pratique de la vertu que nous t'avons enseignée dès ton jeune âge, nous serons sans inquiétude sur ton sort, et nous descendrons en paix dans la tombe.
La duchesse fit à Geneviève les plus touchants adieux ; elle l'entoura de ses bras tremblants, et, à travers les sanglots et les larmes, elle prononça ces mots d'une voix brisée :
— Adieu, Geneviève, que Dieu te protège! J'ignore le sort qui t'attend loin de moi, mais de noirs pressentiments troublent mon cœur. Tu as toujours été bonne et vertueuse, tu ne nous as jamais causé la moindre peine; conserve les mêmes sentiments, ne fais jamais rien dont tu aies à rougir devant Dieu et devant tes parenis. Je te le répète, ne cesse pas de pratiquer la vertu, et tu seras toujours heureuse. Et si nous ne devons plus nous revoir sur la terre, nous nous retrouverons certainement au ciel.
Se tournant ensuite vers le comte, le duc et la duchesse lui dirent :
— Nous vous la confions, c'est notre plus précieux trésor. Elle est digne de toute votre tendresse, aimez-la toujours, et à partir de ce moment, remplacez auprès d'elle son père et sa mère.
Le comte promit tout ce qu'ils lui demandaient, et, s'agenouillant avec son épouse, il reçut avec elle la bénédiction paternelle.
En ce moment, on vit entrer l'évêque Hidulphe qui avait consacré l'union des deux époux. C'était un vénérable vieillard aux cheveux blancs, qui avait conservé toute la vigueur de la jeunesse. Il étendit ses mains sur
» MARIAGE DE aENEVlEVE.
la tête des deux époux, les bénit et dit à Geneviève : — Ne pleurez pas, Madame, Dieu vous réserve un grand bonheur... mais bien différent de celui que se figurent les prévisions humaines. Un jour viendra que toutes les personnes ici présentes rendront au Ciel mille actions de grâces pour ce qu'il aura fait pour vous. Souvenez-vous de ces paroles, toutes les fois qu'il vous arrivera quelque chose d'extraordinaire... Adieu, que le Seigneur soit avec vous!
Le discours du pieux vieillard, prononcé d'un ton prophétique, impressionna tous les assistants, et l'émotion générale fit place à un sentiment de soumission pieuse aux décrets de la divine Providence. Alors le comte s'apercevant que son épouse était pâle et chancelante, la prit dans ses bras et la déposa sur un blanc palefroi magnifiquement harnaché; puis il s'élança lui-même sur son coursier, et ils partirent suivis d'une escorte brillante.
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IL— Sigcfroi part pour la guerre.
E château du comte s'élevait sur un rocher ; il l était situé entre le Rhin et la Moselle, Il dominait tous les environs, et à ses pieds s'étendait une vallée fertile et riante. Quand les deux époux arrivèrent à proximité de leur manoir, ils aperçurent tous leurs vassaux et leurs serviteurs, qui s'étaient réunis, en habits de fête, pour aller à leur rencontre et leur faire honneur. L'avenue était semée de fleurs et de feuillage, et des guirlandes de lierre, mêlées de couronnes de roses, décoraient le pontlevis, les cours et la façade de la ncvrle demeure.
Tous avaient les yeux fixés sur; Geneviève, tous brûlaient d'envie de contempler les traits de leur nouvelle suzeraine. Ils furent saisis d'admiration. La physionomie de la jeune femme reflétait une âme bienveillante et angélique, et avait réellement quelque chose de céleste qui donnait à ses traits une beauté plus qu'humaine. Elle descendit de cheval et salua ses vassaux d'un air affable, avec des expressions touchantes et simples ; elle parlait aux vieillards d'un ton respectueux, aux mères qui portaient leurs enfants d'une manière sympathique; elle demandait avec intérêt aux enfants leurs noms et celui de leurs parents; elle se montrait libérale et généreuse. C'était un ravissement général. Mais quand, selon la promesse qu'elle avait obtenue de son époux, elle annonça