‹ Geneviève de BrabChapitre 3 sur 24 · SIGEFROI PART POUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

SIGEFROI PART POUR LA GUERRE

aux soldats et aux serviteurs double paie pour cette année, aux sujets et aux vassaux l'exemption de toutes redevances, et aux pauvres d'abondantes distributions de blé et de bois, tous poussèrent mille cris d'allégresse, et des larmes de joie coulèrent de tous les yeux. On félicita le comte, et des milliers de vœux fervents montèrent vers Dieu pour le bonheur des jeunes époux. Les vieux guerriers du comte, qui, par respect pour leur chef, se tenaient immobiles sous les armes, ne pouvaient eux-mêmes maîtriser leur émotion, et l'on vit couler des larmes sur leur mâle visage.

Sigefroi et Geneviève vivaient dans la plus heureuse union. Hélas! cette félicité ne fut pas de longue durée. Un soir, fort tard, après le souper, les flambeaux étant déjà allumés, les deux époux étaient assis dans la salle à manger. Geneviève filait en chantant, et Sigefroi l'accompagnait sur le luth. Tout à coup ils entendirent, devant le pont-levis du château, le son de la trompette guerrière.

— Qu'y a-t-il? demanda le comte à son écuyer qui entrait précipitamment dans la salle.

— Guerre! guerre! répondit celui-ci. Les Sarrasins d'Espagne viennent de faire irruption en France, et menacent de mettre tout à feu et à sang ; deux chevaliers sont en bas et apportent les ordres du roi. Il faut, s'il est possible, partir cette nuit même pour rejoindre l'armée sans relard.

Le comte descendit aussitôt, salua les deux chevaliers, et les introduisit dans le grand salon de réception. La comtesse, tout effrayée, courut à la cuisine ordoncer les apprêts nécessaires pour traiter convenablement les chevaliers, car à cette époque les dames de son rang no rougissaient point de vaquer à ces soins domestiques.

L? comte passa la nuit entière à faire ses préparatifs

Page 1